Optimiser l'Arrosage des Tomates sous Serre : Un Guide Complet

La culture des tomates sous serre offre des avantages indéniables, notamment une protection contre les intempéries et une meilleure maîtrise des conditions climatiques. Cependant, l'absence de précipitations naturelles rend l'arrosage une tâche cruciale et délicate, nécessitant une attention particulière pour garantir la qualité et la quantité des récoltes. La tomate, étant constituée de 90% d’eau, exige une gestion hydrique précise tout au long de son cycle de vie. Cette approche est d'autant plus importante sous serre, où l'évaporation est souvent plus conséquente.

Schéma de l'installation d'une serre

Le Moment Idéal pour Arroser : Matin ou Soir ?

La question de savoir quand arroser les tomates, à quel moment de la journée, à quelle fréquence et avec quel volume d'eau est fondamentale. Le choix du moment de la journée pour l'arrosage dépend largement du climat de votre région et des conditions spécifiques de votre serre.

L'Arrosage Matinal

Arroser au petit matin présente plusieurs avantages. C’est l’avantage d’arroser une terre refroidie par les températures nocturnes. L’évaporation sera moins conséquente qu’un arrosage en pleine journée ou en fin de matinée. L’eau ira aux racines plutôt que de s’évaporer dans l’atmosphère. Dans les régions les plus fraîches, notamment celles au nord du pays, les nuits y sont plus froides et l’humidité ambiante plus conséquente. Un arrosage du soir risque de laisser une humidité nocturne trop importante pouvant favoriser les maladies, notamment le fameux mildiou. En arrosant le matin, la plante a toute la journée pour utiliser l'eau et le feuillage a le temps de sécher, réduisant ainsi le risque de maladies cryptogamiques.

L'Arrosage Vespéral

Arroser le soir a aussi ses avantages, particulièrement dans les régions les plus chaudes. L’eau apportée sera épargnée des rayons du soleil beaucoup trop puissants durant la journée. L’eau ira mieux encore aux racines des plants en ayant toute la nuit pour pénétrer les premiers centimètres de sol. Les nuits étant très sèches, souvent douces plutôt que fraîches, il n'y a aucun risque de maladie. Le seul inconvénient sera d’arroser une terre encore réchauffée par un soleil ardent toute la journée. En période de canicule ou de vague de chaleur, en plein été, la grande majorité des régions peuvent arroser le soir comme le matin sans aucun risque de maladies. Le tout est d’éviter un arrosage de pleine journée. Il est important de noter qu'en période de canicule, on peut mouiller le feuillage sans problème ; sinon, préférez un arrosage au pied. Comme Olivier du Potager d'Olivier le constate : "J’arrose souvent le soir via un goutte-à-goutte sous mon paillage. Le sol reste assez frais sous cette couverture épaisse composée de foin, paille, feuilles, tontes… L’eau a toute la nuit pour pénétrer le sol, alimenter les plants, permettre au feuillage de transpirer. Tout en évitant une évaporation trop importante. Le risque de maladie est nul tellement le taux d’humidité reste faible dans une région manquant d’eau toute la saison estivale. Parfois il m’arrive de faire un complément d’arrosage au petit matin si je vois un plant tout flétri."

Considérations Générales sur le Moment d'Arrosage

De façon générale, les plantes ont davantage besoin d’être arrosées le matin. Si le temps est chaud, il est possible d'arroser également le soir de façon à compenser l’évaporation qui s’est produite durant la journée. Évitez toutefois de trop arroser en soirée. Contrairement aux idées reçues, il faut arroser lorsque les plantes sont actives, c'est-à-dire de 1 à 2 heures après le lever du soleil et au plus tard 2 heures avant son coucher.

Fréquence et Volume d'Arrosage : Adapter aux Besoins Spécifiques

La culture de la tomate demande des besoins en eau très différents selon le stade de développement, la nature du sol, le climat et les pratiques culturales telles que le paillage. Il est crucial d'adapter la fréquence et le volume d'arrosage pour répondre au mieux à ces variations.

Besoins en Eau selon le Stade de Développement

Les besoins en eau des tomates varient au fil de la culture.

À la Plantation

Un arrosage copieux à la plantation permettra aux plants de prendre racine dans les meilleures conditions. Évidemment, si vous plantez après une grosse pluie, inutile de sortir l’arrosoir. Mais tout de même, quelques litres d’eau par plant permettront aux toutes jeunes racines de trouver l’humidité à proximité et de se développer sans contrainte hydrique et physique les premiers jours. Guillaume, un jardinier, partage son expérience : "À la plantation des tomates, notamment sous serre, je forme une cuvette autour du plant et j’arrose abondamment, vraiment abondamment ! 10 à 15L par pied, histoire de recharger le sol en eau. Suite à ça, je ne touche plus à rien pendant 10, parfois 12/13 jours." Cette approche vise à encourager les racines à s'étendre en profondeur, plutôt que de rester en surface.

Avant la Fructification

Avant la fructification, les besoins sont restreints. On peut se baser sur une moyenne d’un demi-litre par plant et par jour. Les besoins moyens par jour oscillent entre 200 et 300 mL par jour. En évitant de trop arroser les premières semaines, on encourage la tomate à s’installer afin qu’elle puisse d’elle-même aller chercher l’eau dont elle aura besoin hors période de sécheresse. Les besoins sont peu exigeants au début, mais ces apports vont permettre au système racinaire de descendre bien en profondeur. On privilégiera les arrosages en grande quantité et espacés (par exemple un arrosoir par mètre carré par semaine).

Après Fructification

Après fructification, il va falloir faire grossir les tomates et répondre à un besoin en eau bien plus conséquent. Quand les fruits commencent à grossir, les plants consomment davantage d’eau : c’est logique, la tomate est composée à plus de 90% d’eau. Vous pouvez garder une fréquence hebdomadaire, mais doublez vos quantités à deux arrosoirs par semaine et par m². Comme toujours, c’est une moyenne ! S’il pleue, laissez vos arrosoirs rangés. S’il fait au-dessus de 30°, du vent, augmentez la fréquence à deux arrosoirs par m² tous les 3 jours dans les conditions les plus extrêmes. La tomate consomme à ce stade 600 à 700 mL par jour. À partir de la nouaison du troisième bouquet de fleurs, la tomate aura besoin d’un litre par jour en Bretagne contre 3 à 4 L dans le sud-est de la France !

Graphique des besoins en eau de la tomate selon les phases de croissance

Influence du Climat

Notre beau pays regorge de climats fort différents. Par évidence, les besoins en eau seront eux aussi fort différents. On parle souvent d’un volume d’eau multiplié par deux entre nord et sud. On pourra même le multiplier par trois dans les régions les plus méridionales. Celles soumises à une intensité solaire très conséquente, du vent, des fortes chaleurs. S’il fallait le raisonner au m², ce besoin en eau peut atteindre plus de 10L par m² dans les conditions les plus agressives, avec une température au-dessus de 30°, du vent et évidemment aucune pluie à l’horizon. À l’inverse, ce besoin sera de seulement 3L par m², par exemple en Bretagne.

La Nature du Sol et sa Capacité de Rétention

Pour mieux adapter encore votre fréquence d’arrosage, il est bon de connaître la nature de votre sol. Et la capacité de cette culture à aller chercher l’eau en profondeur.

Sol Sableux

Si le sol est sableux (terre très friable quand vous la prenez dans votre main), il retient moins bien l’eau qu’un sol argileux. Conséquence directe, un gros volume d’eau va disparaître dans les profondeurs, là où les racines n’ont pas accès. C’est problématique pour irriguer correctement votre culture. Il faut alors raisonner par la réserve utile. C’est une réserve d’eau que le sol est capable de stocker. Par exemple, sur les quarante premiers centimètres dans un sol sableux, la réserve en eau sera faible, autour de 20 litres par m². Plutôt que d’arroser conséquemment toutes les semaines en cas de fortes chaleurs, prenez le temps d’arroser un bon arrosoir au m² tous les jours si nécessaire. Au maximum, espacez vos fréquences à deux, trois arrosoirs tous les deux/trois jours (en cas de fortes chaleurs).

Sol Argileux

Au contraire, dans un sol argileux (terre qui « boudine » quand vous la prenez dans vos mains), la réserve utile est beaucoup plus conséquente. Ce type de sol retient facilement 40 litres sur les 40 premiers centimètres de sol. Dans ce cas, on peut arroser moins souvent mais de façon plus abondante. Marcus, un jardinier expérimenté, mentionne : "Dans ma terre argileuse je préfère planter profond et garder une surface saine, sans une surabondance d'humidité ni abris pour les gastéropodes. Dans mes platebandes, je suis plutôt sur un paillage constant."

Profondeur du Sol

Autre paramètre qui peut bouleverser la donne, la capacité des plants à envoyer leurs racines très profondément dans le sol. Ici se pose la question de votre contexte de sol, sa profondeur. De nombreux jardiniers ont une roche affleurante à 30, 40, 50 centimètres de profondeur. D’autres ont une texture si argileuse que les racines n’arrivent guère à dépasser 40 cm de profondeur. Si le sol le permet, la tomate a un système racinaire qui descend facilement à un mètre.

L'Impact du Paillage

Un paillage vaut deux binages ou encore, un paillage vaut quatre arrosages. Vous prendrez les grandeurs que vous voudrez, quoi qu’il en soit un paillage réduit drastiquement les besoins en eau, notamment l’évaporation au sol qui se résume au strict minimum. Néanmoins, les feuilles transpireront tout autant et auront besoin d’eau. Alors attention au raccourci « paillage = zéro arrosage ». Bien loin de là, mais considérez qu’avec un paillage épais de bien vingt centimètres, vous pourrez grandement réduire la fréquence de vos arrosages et réduire les volumes apportés. Difficile d’apporter un ordre de grandeur, cela dépendra totalement de l’efficacité de votre paillage (tonte ou foin ou paille ou broyat ou bâche ou feuilles…). Pour donner une moyenne, un paillage peut vous faire diviser facilement par trois les volumes d’eau. Un arrosoir vous permettra ainsi d’arroser trois m² plutôt qu’un seul. "En hiver j'ai mis des cartons pour garder la terre humide et éviter que la terre ne se transforme en poudre !", indique un utilisateur.

Le Rôle du Binage

Le binage, pratiqué depuis les temps anciens, permet de casser la croûte superficielle du sol. Il permet ainsi à l’eau de pénétrer plus facilement et plus rapidement. C’est moins d’évaporation à la surface. Le binage de la terre de votre serre permet d’ameublir le sol et facilite ainsi la pénétration de l’eau en profondeur. Sachez que même un sol riche peut avoir de mauvais rendement s’il est trop compact. Facilitez le développement des racines en l’ameublissant par le binage.

Signes de Soif et d'Excès d'Eau

L'observation est une indication essentielle pour vous aider à adapter vos volumes d’eau et savoir quand arroser vos tomates.

Signes de Manque d'Eau

Si le haut de vos plants s’affaisse, s’avachit pour avoir presque la tête vers le sol, c’est que le manque d’eau se fait cruellement sentir. Un plant tout flétri est un signe évident. Un déficit d’eau entraîne toujours un mauvais développement des racines. La perte de productivité s’accentue jour après jour. Les plants sont moins costauds et deviennent plus fragiles, tombent plus facilement malades. Sans parler des contraintes physiques pour les racines à se développer dans un sol endurci. Le manque d’eau, appelé stress hydrique, entraîne très souvent une montée en graines. Le signe pour arroser, c'est quand le haut de la tomate commence à regarder vers le bas.

Signes d'Excès d'Eau

Une plante souffrira davantage d’un excès d’eau que d’un manque. Trop arroser aura aussi quelques préjudices. Vous risquez de lessiver les minéraux présents dans le sol et les envoyer dans les nappes phréatiques, surtout dans un sol sableux propice à ce phénomène. Autre risque, celui d’avoir des tomates qui manquent de goût. Elles vont inutilement se gorger d’eau au détriment de la concentration en sucres, en arômes, en qualité gustative. Si vous arrosez trop, vos feuilles vont jaunir très vite.

Arrosage Irrégulier et Ses Conséquences

L’irrégularité de vos arrosages pourra aussi poser quelques soucis, notamment générer la maladie du cul noir, appelée autrement « nécrose apicale ». La maladie du cul noir de la tomate est souvent la conséquence d’un arrosage irrégulier. Un arrosage irrégulier aura souvent pour impact deux soucis : l’enroulement des feuilles et le cul noir. Ces problèmes sont en réalité dus à une mauvaise assimilation du calcium par les tomates qui résulte d’une mauvaise gestion de l’arrosage.

Photo de tomates atteintes du cul noir

Les Méthodes d'Arrosage sous Serre

Choisir le bon système d'arrosage est fondamental pour la culture sous serre, car il n'y a pas de précipitations naturelles. Plusieurs méthodes s'offrent au jardinier, chacune avec ses avantages et inconvénients.

L'Arrosage Manuel

L’arrosage manuel est le plus simple mais aussi le plus long. Un simple arrosoir suffira, alimenté par un tuyau d’arrosage pour éviter les allers et retours fastidieux. Généralement, les arrosoirs contiennent 10 L d’eau. Cela permet d’avoir une idée de ce que l’on apporte à chaque pied. En début de saison, vous pouvez vous contenter d’un arrosoir pour 3 ou 4 pieds, puis jusqu’à un arrosoir par pied lorsque vous serez en pic de chaleur. Petit souci de l’arrosoir, si vous avez un grand jardin, cela prend du temps. On va donc essayer de répartir des cuves à eau le plus possible dans le jardin afin d’éviter les allers-retours incessants avec au bout de chaque bras un arrosoir de 10 L. Cette méthode est peu onéreuse, sans installation, et est une bonne solution intéressante pour les tomates dans un jardin de taille modeste et où le jardinier a un peu de temps. Dernier risque lié à l’arrosage manuel : la tendance à arroser plus qu’il ne faut.

Arroser et gérer la sècheresse au jardin (Rusticamag 75 épisode 4x14)

Le Goutte-à-Goutte

Très utilisé par les maraîchers et producteurs de tomates, le goutte-à-goutte est très efficace pour l’arrosage des tomates. Il permet un arrosage maîtrisé, programmable, sous le paillage et sans mouiller la partie aérienne de la tomate. C’est une solution que vous pouvez mettre en place sur vos cultures estivales si vous n’avez pas la possibilité de passer arroser régulièrement en été. Le goutte-à-goutte des tomates est installé en amont de la plantation. Les atouts de ce moyen d’irrigation sont nombreux mis à part la mise en place qui requiert du temps et de la méthode. Ce mode d’arrosage très ciblé, au pied des plantes, permettra d’abreuver précisément vos plantations sans risquer de mouiller leurs feuillages. Constitué de tuyaux microperforés ou équipés de capillaires, ce système fournira la même quantité d’eau à vos différentes plantes. Vous pourrez bien sûr augmenter ou diminuer l’apport au cas par cas. C’est le mode d’irrigation parfait pour la culture des tomates ! Seule précaution de l’arrosage au goutte à goutte : évitez d’arroser toujours le même côté de vos plantes. En apportant plus d’eau aux racines d’un côté, vous risquez de sous-alimenter l’autre partie des racines en nutriments. Pour palier à ce risque de déséquilibre, changez simplement le tuyau de place de temps en temps.

Le débit moyen par goutteur est d’environ 2L/h sous une pression de +/- 1,1 bar. L’espacement courant est de 0,33 et 0,50 m à adapter selon le type de sol. Il faut savoir que les 10 cm autour du goutteur sont très humides ; ce bol de lessivage est soumis donc au lessivage et surtout il est une niche pour pathogène (danger pour le collet). Si de la plantation et jusqu’à la reprise cela ne pose pas de problème, il faut éviter que le plant ne soit à une distance inférieure de 10 à 15 cm d’un goutteur.

Les Oyas et Bouteilles Inversées

Pour arroser vos tomates en profondeur, vous pouvez enterrer des bouteilles en plastique aux pieds de vos tomates dès la plantation. On viendra couper le fond de la bouteille et faire quelques petits trous autour du goulot. Elles seront positionnées bouchon vers le bas. On pourra ensuite venir arroser nos tomates directement en profondeur et ainsi limiter l’évaporation d’un goutte-à-goutte en surface. Nous voyons de nombreux jardiniers procéder de la sorte. Cependant, cette technique, bien qu’économe en eau, n’humidifie pas la surface du sol, où résident de nombreux habitants du sol qui ont aussi besoin d’eau. Tout comme l’arrosoir, cette méthode est peu onéreuse mais assez chronophage. Le système ingénieux du “Kondenskompressor” offre une irrigation solaire en goutte-à-goutte, idéale pour une serre de jardin, ne nécessitant que des bouteilles plastique d’1,5 L et de bidons de 5 L. Ce système est très utilisé dans les pays pauvres ou désertiques, car il utilise 10 fois moins d’eau qu’un arrosage traditionnel. De plus, il permet d’utiliser de l’eau de mer ou de l’eau saumâtre car les impuretés, ou le sel, ne s’évaporent pas et restent au fond de la bouteille.

L'Aspersion

L’arrosage en aspersion est généralement déconseillé pour les tomates car elles n’apprécient guère d’avoir le feuillage humide, vecteur de propagation des maladies. Cependant, il existe un cas de figure où l’on arrose les tomates en aspersion : lorsque les températures sont très élevées, au-dessus de 30°C, et que l’humidité ambiante est très faible. Cet arrosage se fera donc en journée, pour faire chuter la température à la surface des feuilles. En effet, en plein été, la température à la surface des feuilles dépasse bien souvent 50°C en plein soleil. Pour ne pas sécher, les tomates évaporent beaucoup d’eau par les feuilles. Ce petit coup d’aspersion permet de faire redescendre la température. Quelques minutes d’aspersion aux heures les plus chaudes de la journée permettent ainsi de protéger nos tomates des coups de chauds. L’aspersion ne sera en revanche pas réellement une méthode d’arrosage pour les tomates. Guillaume partage son habitude : "j’aime bien quand même, sous ma serre notamment, faire une aspersion de 3/4h tous les 10 jours en été. Cela permet de réhumidifier toute la surface du sol, quand le goutte-à-goutte n’humidifie qu’un petit cercle de terre. Sous serre, il ne pleut pas !" La micro-aspersion est adaptée à des cas très spécifiques, pour augmenter l’hygrométrie de l’air, par exemple pour les semis ou pour des plantes tropicales. C’est aussi un mode d’arrosage intéressant dans un sol très léger, sableux, qui laisse s’écouler l’eau très rapidement.

L'Arrosage Automatique

L’arrosage automatique offre de nombreux atouts. Plus économe en eau, il offre un gain de temps considérable passée la phase d’installation. Surtout, il répond au plus juste aux besoins en eau de vos plantations en éliminant le risque de sur-arroser ou de sous-arroser. Une serre est désavantagée par rapport au reste du jardin, car les végétaux qui y sont cultivés ne bénéficient pas des éventuelles précipitations. L’arrosage y est donc indispensable tout au long de l’année, son automatisation est donc d’autant plus utile. L'arrosage automatique permet de “déléguer” cette tâche et de pouvoir ainsi s’absenter sans risque.

Arrosage par Gravité

L’arrosage par gravité est idéal pour utiliser l’eau d’un récupérateur d’eau de pluie et il n’a pas besoin d’une installation électrique à proximité. La cuve de récupération doit être située en hauteur. L’équiper d’un sélecteur multivoies est judicieux pour que la cuve ne soit pas uniquement réservée à l’arrosage automatique de la serre de jardin. Posez également un filtre, des algues peuvent se développer dans certains récupérateurs et venir boucher les tuyaux. Un programmateur, certes facultatif, vous permettra de ne plus vous soucier de l’arrosage.

Quelques Conseils Pratiques pour l'Arrosage des Tomates sous Serre

Pour un arrosage optimal, il est essentiel de suivre quelques bonnes pratiques qui favoriseront la santé et la productivité de vos plants de tomates.

Température de l'Eau

Privilégiez une eau tempérée, ni trop froide ni trop chaude. Un choc thermique n’est jamais bon pour une plante. Utilisez de l’eau à température ambiante, pour éviter un choc thermique.

Qualité de l'Eau

Privilégiez l’eau de pluie, elle n’est pas calcaire au contraire de l’eau du réseau. Or, la plupart des plantes préfèrent l’acidité, même faible. La seule dépense liée à l’utilisation d’eau de pluie se limitera à l’achat d’un système de récupération.

Éviter de Mouiller le Feuillage

La tomate n’apprécie pas d’avoir le feuillage mouillé, vecteur de propagation des maladies, notamment le mildiou. On va donc, dans la mesure du possible et sauf exception, essayer d’arroser bien au pied, sans éclabousser les feuilles.

L'Observation, Clé du Succès

Rien ne remplace l’expérience du jardinier pour savoir à quel moment arroser. Premier indicateur : jetez un œil à la couleur de la terre. Une terre humide est plus foncée qu’une terre sèche. Grattez la terre sur quelques centimètres pour vérifier que le sol est encore suffisamment humide. En cas de doute, retenez-vous d’arroser à tort. L'observation sera une indication pour vous aider à adapter vos volumes d’eau et savoir quand arroser vos tomates. Une tarière est un outil servant, entre autres, à vérifier l’efficacité de l’arrosage. Il permet de carotter votre sol pour s’assurer de l’état du sol en profondeur. Vous pourrez ainsi vous assurer que les basses couches sont suffisamment humides.

Variétés de Tomates et Résistance à la Sécheresse

Sachez que les variétés anciennes, bien que plus difficiles à trouver, supportent mieux le manque d’eau que les variétés modernes. Oui, certaines variétés seront moins gourmandes avec un feuillage moins consistant et moins gourmand en eau. Des variétés seront capables de développer des racines plus performantes, plus invasives dans les profondeurs de sol. Mais les quantités d’eau restent dans les ordres de grandeur vus précédemment.

Gestion de l'Hygrométrie sous Serre

Durant la phase végétative, l’hygrométrie est maintenue autour de 70-80% ; au-delà de ce seuil, il y a risque de développement du "Botrytis". Au moment de la floraison, il est souhaitable de descendre le pourcentage d’humidité aux alentours de 60-70% afin de faciliter la dissémination du pollen. Au cours du grossissement des fruits et leur maturation, une hygrométrie élevée la nuit augmente l’absorption de calcium et réduit par conséquent l’apparition de la nécrose apicale. Durant le jour, elle restreint les craquelures et corrige les défauts de coloration.

Calcul des Besoins en Eau : Des Approches Scientifiques

Pour les jardiniers souhaitant une gestion plus précise, il existe des méthodes scientifiques pour calculer les besoins en eau, souvent utilisées dans l'agriculture professionnelle.

Le Bilan Hydrique

Le bilan hydrique est un outil déterminant pour le calcul du dosage des arrosages, pour cela il se sert de données tels que l’ETP (Évapotranspiration Potentielle) et la RU (Réserve Utile). La teneur en eau est fonction de la porosité et de la perméabilité du sol.

Évapotranspiration (ETP)

L’évapotranspiration est la somme des quantités d’eau évaporées par le sol et par la plante. Elle se fait surtout à la surface du sol. ETPserre est l’évapotranspiration sous abris en mm, RG est le rayonnement global (en Joules/cm²), 0,67 est l’énergie active pour l’évapotranspiration par rapport au total reçu (environ 67%), Kp étant le coefficient de transmission de la paroi pour un plastique simple il est de 70% pour une double paroi il est de 65%, L est égal à 251 Joules/cm² ce qui correspond à la chaleur de vaporisation de l’eau. Sous serre ou abri, en absence de vent et pour une plage de température et d’humidité optimale, l’ETP dépend essentiellement du SRG (rayonnement solaire globale). Par exemple, pour une journée dont le SRG est égal à 1000J/cm², il faudra donner de 2 à 2,5ml/m² pour combler le besoin en transpiration. Ce facteur est à ajuster aussi fonction de la vigueur des plants.

Réserve Utile (RU) et Réserve Facilement Utilisable (RFU)

La Réserve Utile (RU) correspond à la capacité de rétention du sol, c'est-à-dire au volume d’eau que le sol peut absorber, il dépend donc directement de la nature du sol. La RFU (Réserve Facilement Utilisable) en eau d’un sol s’exprime en millimètre d’eau, elle correspond à la fraction supérieure de la réserve utile (RU). Elle est difficile à évaluer et peut être estimée à 60% de la RU. Un sol contenant des éléments grossiers (cailloux, graviers, tout éléments de plus de 2mm) aura une faible RU du fait de sa non capacité au stockage de l’eau. La RU d’un sol peut être évaluée à partir de sa texture.

Tableau d'évaluation de la Réserve Utile selon la texture du sol

Rayonnement Solaire Global (SRG)

Le rayonnement solaire global est l’énergie rayonnante totale du soleil. Il est la somme de trois types de rayonnement : le rayonnement direct, le rayonnement diffus et le rayonnement réfléchi. Il s’exprime en J/cm² (joule par centimètre carré) ou en KWh/m² (kilowatt heure par mètre carré). Il est en moyenne sur un an de 1100 kwh/m²/an à Lille pour 1900 kwh/m²/an à Marseille. Le taux de transpiration des plants de tomates est fortement relié à la SRG.

Coefficient Cultural (Kc)

Le coefficient cultural d’une plante varie en fonction de son stade de culture. Il faut considérer de façon particulière les besoins en eau à ce stade. En effet, d’un bon enracinement dépendront des plantes robustes et une bonne production.

Arrosage et Qualité des Fruits

L'irrigation a un impact direct sur la qualité gustative des tomates.

Goût et Concentration en Sucre

Un arrosage excessif peut avoir des préjudices sur le goût des tomates. Elles vont inutilement se gorger d’eau au détriment de la concentration en sucres, en arômes, en qualité gustative. Vous voulez des tomates qui ont du goût ? En culture Bio, il est possible de sous arroser pour générer une situation de léger stress et ainsi stimuler l'exploration du sol par les racines. Il est même conseillé de ne couvrir que 80% des besoins du plant afin d’obtenir un pourcentage de matière sèche plus élevé, une meilleure conservation et une saveur supérieure.

Calibre des Fruits et Rapidité de Maturation

Plus vous arrosez, plus vous augmentez le calibre de vos fruits et leur rapidité à mûrir, cela au détriment du goût. On voit clairement la différence entre les tomates du jardin, goûteuses, charnues, avec de la matière sèche et certaines tomates du supermarché. Ces dernières sont bien souvent sous “perfusion” d’eau dans un objectif d’augmenter les rendements. À vous de trouver le bon compromis entre goût et production !

Adapter l'Arrosage aux Conditions Spécifiques de la Serre

La serre, par sa nature, modifie les conditions climatiques et hydriques par rapport à la culture en pleine terre.

Absence de Précipitations

Sous serre, il ne pleut pas ! Cela en fait un abri privilégié pour nos solanacées qui sont sensibles à l’humidité. En été, les températures montent rapidement dans la serre et l’évaporation y est plus importante. Il faudra donc arroser en conséquence. La culture sous serre permet de contrôler l'apport en eau, mais cela signifie aussi que vous seul devrez subvenir aux besoins en eau de vos plantations.

Gestion de la Température

En été, les températures montent rapidement dans la serre et l’évaporation y est plus importante. Il faudra donc arroser en conséquence. Sous abri à tomates, généralement, on arrose au goutte-à-goutte, mais l’on s’équipe également d’une aspersion. Le goutte-à-goutte devra faire des apports réguliers et en conséquence des températures. L’aspersion servira quant à elle à faire chuter temporairement les températures lors des journées les plus chaudes de l’année. Pour ne pas sécher, les tomates évaporent beaucoup d’eau par les feuilles. Ce petit coup d’aspersion permet de faire redescendre la température.

Aération de la Serre

Pensez à bien aérer dès que vous constatez de la buée sur les parois de votre serre. Malgré le froid en hiver et en automne, la serre doit être aérée autant que possible.

Regrouper les Cultures par Besoins en Eau

Sous serre, rassemblez vos légumes selon leurs besoins pour plus de facilité d’arrosage. L'arrosage de vos légumes et autres plantes du potager doit correspondre exactement à leur besoin en eau. Voilà pourquoi, il est conseillé de regrouper vos cultures en fonction de leur besoin en eau pour plus de facilité d’arrosage.

Cas Particuliers et Retours d'Expérience

Les témoignages de jardiniers apportent un éclairage pratique sur la gestion de l'arrosage sous serre.

Expérience d'Olivier

"Au potager d’Olivier : Quand j’arrose ma culture de tomates, c’est une quantité de 20 litres par m². Les températures sont souvent au-dessus de 30° avec parfois du vent, un taux d’humidité au plus bas. Alors le besoin d’évapotranspiration grimpe vite pour atteindre des sommets. Comme mon sol est argileux, il retient parfaitement ce volume d’eau. Avec l’observation, je m’aperçois que je peux espacer de facilement 10 jours mes arrosages avec un paillage conséquent au sol. Les plants de tomates restent en pleine forme. Au-dessus de 30°, pire encore 35°, le taux d’humidité descend drastiquement et les besoins en eau grimpent. J’espace alors les arrosages de cinq jours au maximum."

Expérience d'Aline55

"Ma serre est terminée j'ai donc repiquée mes tomates. Elle n'a pas encore de portes mais c'est pas plus mal vu la chaleur au moins il y a un courant d'air. La terre est très sèche j'ai l'impression d'avoir planté dans un champ de cailloux faut il arroser tous les soirs tous les 2 jours????? Moi c'est la 3ème année sous serre je retire le plastique tous les hivers pour que la terre se regorge d'eau. La première année j’ai mis des bouteilles de 2l que je remplissais tous les 3 ou 4 jours en fonction du soleil. L'an dernier c’était des bouteilles de 1,5l et j'arrosais 1 fois par semaine. Cette année pas de bouteille. J'ai mis du broyât de végétaux en novembre, j'ai planté les tomates mi avril on est mi mai je n'ai arrosé que 2 fois et environ 1/2 l par pied. Pour l'instant ça pousse sans problème, mais avec cette sécheresse je pense garder ce rythme d'arrosage. Sachant que dans les arrosages j'ajoute de temps en temps du purin de consoude que je viens de finir…."

Expérience d'un Novice sous Serre

"Moi aussi je suis novice de la culture sous serre, elle est à peine finie. J'y ai mis une partie de mes tomates dedans mardi et dehors lundi, jours fleurs tant pis, et comme je viens de planter j'arrose tous les jours pour l'instant le temps que ça démarre bien, aussi bien dedans que dehors, c'est désespérément sec ! Ce que je constate, c'est que la terre reste plus humide dans la serre que dehors ! En principe après j'espace les arrosages en observant les feuilles des plants car il paraît que si le plant souffre un peu il fait plus de racines à la recherche de l'eau et devient par la suite plus vigoureux. Je vais pailler aussi car ma terre est très argileuse alors c'est déjà dur dur, j'y mets des tontes de pelouse, plutôt de l'herbe chez moi, ça tient bien l'humidité et empêche les mauvaises herbes."

Arrosage en Période de Canicule

En période de canicule, de vague de chaleur, en plein été, ce sont la grande majorité des régions qui peuvent arroser le soir comme le matin sans aucun risque de maladies. Le tout est d’éviter un arrosage de pleine journée. Au-dessus de 30°, pire encore 35°, le taux d’humidité descend drastiquement et les besoins en eau grimpent. Il faut alors penser à des solutions d’ombrage ou d’aspersion.

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