Le lierre, cette plante tenace qui sait grimper partout où l’on veut bien d’elle, occupe une place centrale dans notre imaginaire collectif. Son nom vient du latin haerere : être attaché. À l'origine, c'est un être hybride dans les mythologies anciennes, mais pour le botaniste, il est une liane aux petites proportions, en harmonie avec nos paysages d'Europe, auxquels le lierre donne une physionomie toute particulière. Essentiellement conquérant, il s'élance au sommet des grands arbres, envahit les cimes pour chercher l'air et la lumière, puis, n'ayant plus de conquêtes à faire, redescend vers la terre en gracieux festons, qui se balancent au gré des vents.

Une présence historique et linguistique
L'étymologie du mot révèle une évolution fascinante. Issu, avec agglutination de l'article défini, de l'ancien français iere « lierre », lui-même issu du latin hedera, le changement de genre peut s'expliquer par assimilation au genre général masculin des noms d'arbres et d'arbustes en français. On l'a longtemps appelé eyre, yere, heire, edre, iedre, hierre, puis on a fusionné l'article l' avec le mot, ce qui a donné lierre. Il est amusant de noter que le lierre est un mot féminin dans toutes les langues romanes, conformément au latin, à l'exception du français.
Dans la littérature, cette plante semble n'être pas mentionnée dans les livres canoniques de la Bible ; car son nom latin, hedera, employé par la Vulgate pour désigner le mystérieux arbrisseau de Jonas, où il faut plutôt voir soit une courge soit un ricin, doit sans doute y être pris au sens général d'arbrisseau. En revanche, c'est bien le lierre qui est cité deux fois dans les livres apocryphes, comme plante consacrée à Bacchus (Dionysos) : les convives à la fête de ce dieu devaient s'en couronner.
Mythologie et symbolisme de l'attachement
Depuis l'aube des temps, le lierre est le symbole de l'amour-passion. Grâce à ses racines-crampons, le lierre est associé à l'expression « je meurs ou je m'attache ». Il représente l'amitié comme l'amour éternel. Véritable symbole de fidélité, il s'offre pour souligner la force de certains liens affectifs. En Égypte ancienne, sa longévité exceptionnelle lui permettait de symboliser la vie éternelle. Dans la Grèce antique, il faisait partie de la couronne nuptiale des jeunes mariés.
Aux origines de la symbolique de plantes
Le lierre n'est pas une plante parasite, car elle ne se nourrit pas de la sève de son hôte, comme le gui. Le lierre est plutôt protecteur des arbres sains. Les arbres qui chutent sous son poids sont déjà malades ou affaiblis. Le lierre et l'arbre s'entraident en quelque sorte : l'arbre sert de support au lierre qui a besoin de trouver la lumière pour fleurir et le lierre protège l'arbre des intempéries, comme le gel ou la chaleur, car il agit comme un isolant thermique.
Propriétés médicinales et usages thérapeutiques
C'est une plante qui possède des vertus analgésique, antispasmodique et emménagogue. On l'appelle aussi l'herbe à cautère. Le terme cautère viendrait du grec ancien « Kaiein » qui veut dire « brûler ». Au XIIIe siècle, le terme cautère désigne un instrument chirurgical qui peut être chauffé et qui est destiné à brûler les tissus organiques afin d'éliminer les parties malades.
Actuellement, on utilise peu le lierre grimpant car il détruit les globules rouges de l'organisme humain, mais on sait qu'il a des propriétés apaisantes. Les feuilles fraîches sont usitées pour panser les vésicatoires et les cautères ; on se sert aussi de leur décoction en lotions et en fomentation sur les ulcères sanieux et sur les éruptions cutanées, particulièrement les dartres et la gale.

Il est important de noter que les fruits du lierre sont très toxiques. La plante contient des saponines triterpéniques, présents dans les feuilles et les fruits. L'ingestion de baies, confondues avec des fruits comestibles, est souvent le fait de jeunes enfants. Les signes irritatifs sont représentés par une sensation de brûlure dans la bouche, une hypersalivation, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et une diarrhée.
Le lierre dans l'écosystème et l'imaginaire moderne
Le lierre fleurit à la fin de l'été et au début de l'automne, ce qui bénéficie aux abeilles, ainsi qu'aux autres insectes pollinisateurs. Pour les abeilles à miel, le lierre est bien souvent la dernière chance de faire le plein de nectar à transformer en miel une fois dans la ruche, pour passer l'hiver. L'abeille du lierre ou collète du lierre (Colletes hederae) est une espèce presque exclusivement inféodée au lierre pour sa survie.
L'association entre vieilles pierres et lierre grimpant a même donné le nom de l'Ivy league de l'Est américain : cette ligue regroupe huit prestigieuses universités américaines, qui, l'ancienneté pouvant être gage de qualité, comptent des bâtiments couverts de lierre. Dans les Langages secrets de la nature, Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes et s'interroge plus particulièrement sur la capacité de dépollution des plantes. Ainsi, en vingt-quatre heures, le lierre est-il à même d'éliminer 90% du benzène de l'atmosphère.

Malgré les superstitions populaires qui voudraient qu'il porte malheur, le lierre demeure une plante de protection et de guérison. Que ce soit dans les bouquets de mariage pour signifier l'attachement indéfectible ou comme ornement protecteur sur les ruines et les tombeaux, il traverse les siècles en conservant son mystère et sa vitalité. Les pouvoirs du lierre sont, en définitive, ceux de la nature elle-même : une force silencieuse qui relie le passé au présent, la terre au ciel, et les hommes entre eux par le symbole éternel de l'attachement.