Le Prunellier : L’Épine Noire, Joyau Sauvage des Haies et des Vergers

Le prunellier, botaniquement connu sous le nom de Prunus spinosa, occupe une place fascinante dans nos paysages ruraux. Souvent surnommé « épine noire » en raison de la couleur sombre de ses rameaux, il est un acteur majeur de la biodiversité. On remarque le prunellier deux fois dans l’année : au début du printemps quand il brille blanc comme neige, le buisson entièrement recouvert d’innombrables fleurs, et à l’automne quand ses fruits bleus invitent à la cueillette.

Le prunellier en fleurs au printemps

Une identité botanique entre arbuste et buisson

Dans mes recherches sur le prunellier, j’ai trouvé, selon les ouvrages, différents termes pour décrire le prunellier. Pour les uns, il s’agit d’un arbuste, pour les autres c’est un arbrisseau et pour d’autres encore, on est devant un buisson. Déjà, quand on parle d’arbres, d’arbustes, d’arbrisseaux ou de buissons, on parle de plantes ligneuses. C’est à dire qu’à la différence des plantes herbacées, elles fabriquent des lignines en grande quantité. L’arbre est caractérisé par un tronc unique duquel partent, à une certaine hauteur, des branches pour former le houppier. L’arbuste est bien un petit arbre, une plante ligneuse à tronc unique qui n’atteint pas plus de 5 mètres de hauteur. Quand on n’a pas de tronc unique mais qu’il y a des ramifications dès la base, on parle d’un arbrisseau. C’est un végétal ligneux à troncs multiples. Et un buisson ? Ce seraient plusieurs arbrisseaux qui poussent ensemble qui forment un buisson.

Le prunellier appartient à la famille des Rosacées. Le genre Prunus ne compte guère moins de 420 espèces d'arbres et d'arbustes. Les prunelliers à côté de chez moi se ramifient bien dès la base et on ne distingue pas de tronc central. Leur taille est de 3 à 4 mètres de hauteur. Selon les définitions ci-dessus, ce serait donc un arbrisseau. Et comme il y en a plusieurs les uns à côté des autres, ils forment un beau buisson.

Floraison printanière : Le réveil de la nature

Dès le mois de mars, dans les étendues en friche, les terrains vagues et les haies, on peut observer d’innombrables grands buissons remplis de petites fleurs blanches. Comme pour le cerisier et l’amandier, les fleurs s’épanouissent avant les feuilles. La fleur du prunellier est composée d’un calice de 5 sépales et de 5 pétales libres. Elle a un pistil et de nombreuses étamines. Quel plaisir de s’approcher d’un prunellier et de sentir le parfum de ses fleurs ! Leur parfum rappelle l’amande amère.

Les fleurs sont butinées à la fois pour leur nectar et pour leur pollen. Comme c’est le début du printemps et que les ressources sont encore rares, les abeilles s’en serviront surtout pour édifier leur colonie. Si vous aimez rechercher des trèfles à quatre feuilles, essayez, pour changer, de trouver des fleurs de prunellier à six pétales au lieu des cinq habituels. Rien de bien étonnant à cela : les pétales supplémentaires peuvent être soit des sépales pétaloïdes, soit des étamines pétaloïdes.

Le prunellier : bon plan... ou pas ? (Prunus spinosa)

Les feuilles et la structure épineuse

C’est seulement une fois que les fleurs se fanent que les feuilles apparaissent à leur tour. Elles sont petites, ovales, allongées et finement dentées. Jeunes, elles sont pubescentes, plus âgées elles sont glabres. Elles sont alternes, ce qui veut dire qu’elles poussent isolément à des endroits différents sur un rameau.

Les rameaux sont d’un marron très foncé, presque noir, et ils sont très épineux. L’épine du prunellier est donc un rameau modifié. Elle sert à protéger la plante contre les herbivores. C’est pour cela que les paysans en faisaient jadis des haies infranchissables pour le bétail. De par ce fait et par leur ramification dense, les buissons de prunelliers forment des cachettes parfaites pour les oiseaux qui aiment nicher dans leurs branches. C’est aussi pour cet aspect impénétrable que, dans le temps, le prunellier faisait partie des haies protectrices plantées autour des maisons et des champs.

Les prunelles : Fruits de l’automne et secrets culinaires

Les fruits, appelés prunelles, sont ronds comme des billes, plus petits que des cerises et de couleur bleue, couverts d’une pellicule cireuse qui leur donne un aspect argenté. Ils mûrissent en septembre - octobre. Comme pour les prunes, pêches, cerises, abricots et olives, il s’agit de drupes. On ne peut qu’être tenté de goûter à ces fruits bien remplis. Mais en général on s’arrête après avoir croqué dans le premier, car il fait de l’effet : le palais et la langue se contractent et souvent le visage se déforme en grimace. La prunelle a un goût âpre, astringent et acide même si on sent aussi une saveur sucrée.

Pour apprécier vraiment les prunelles, il faut attendre les premières gelées. Celles-ci rendent les fruits blettes et le goût âpre et astringent s’atténue beaucoup. Pour préparer une liqueur de prunelles, on écrase celles-ci quand elles sont blettes en prenant soin de concasser en même temps quelques noyaux. Puis on fait macérer 2 à 3 mois dans de l’eau de vie et du sucre avant de filtrer.

Récolte de prunelles en automne

Pourquoi on concasse les fruits ? Ce qui donne ce parfum à la plante, ce sont des traces de glycosides cyanogéniques. C’est la graine, qui se trouve au milieu du noyau, qui en contient le plus. Comme ces glycosides sont le précurseur de l’acide cyanhydrique, substance très toxique, ne vous amusez pas à manger des graines de prunellier en quantité. Par contre, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que la chair des fruits contient de la vitamine C, des sucres, des tannins et des anti-oxydants.

Le prunellier dans la généalogie des fruitiers

Nos différentes variétés de pruniers que l’on trouve actuellement dans nos vergers et jardins (mirabelle, quetsche, Reine-claude) seraient issus du croisement entre notre prunellier Prunus spinosa et le prunier-cerise, aussi appelé prunier myrobolan (Prunus cerasifera). Le prunier commun (Prunus domestica) est un arbre de taille moyenne, entre 3 et 7 m de hauteur. Sa floraison est précoce, entre mars et avril, mais sa profusion compense généralement les pertes dues aux gelées printanières.

Les pruniers sont des arbres acrotones, ils ont un port élancé, avec une dominance apicale forte. Tous les fruitiers du groupe des Prunus ont une particularité : ils ne peuvent pas repercer sur du vieux bois. Une taille régulière est donc nécessaire, car ils fructifient sur des jeunes rameaux, de l’année ou de la précédente. De plus, ils ont tendance à développer la gommose, qui touche particulièrement les cerisiers et les abricotiers, mais les pruniers n’en sont pas exempts.

Écologie et biodiversité : La "Mère du bois"

Le prunellier est un arbrisseau qui porte les prunelles. Son feuillage nourrit de nombreux insectes, notamment les chenilles de plus de 60 espèces de papillons. Parmi les chenilles de papillons diurnes figurent le flambé, la gazé ou le thécla du prunier ; parmi les papillons nocturnes : l’écaille marbrée, l’écaille fileuse, le petit paon de nuit. Ses fruits qui restent sur les branches une partie de l’hiver constituent une nourriture appréciée des oiseaux comme les rouge-gorges, les merles, les fauvettes à tête noire, les pics épeiches et les bouvreuils.

Ses épines acérées et son port touffu en font un buisson impénétrable pour les prédateurs comme les chats. En outre, les buissons touffus de prunelliers servent d’abri pour les graines et les jeunes plants des autres arbres qui peuvent ainsi grandir sous leur couvert. Ceci explique pourquoi le prunellier est appelé dans certaines régions « mère du bois ».

Conseils de culture et entretien

Le prunellier s’accommode de tous les sols mais préfère le calcaire. Sa croissance est plutôt lente. Il vaut mieux tenter de la multiplier par semis plutôt que de récupérer des drageons, car le plant issu d’un drageon aura lui-même tendance à drageonner beaucoup. Ces noyaux seront étalés par couches dans un pot rempli de sable humide mais bien drainé. Le pot sera enterré contre un mur exposé au nord. Pendant cette « stratification », les noyaux seront protégés de tout excès d’humidité ou de sécheresse, mais pas du froid, qui est indispensable à la germination future.

Dès février-mars, les noyaux pourront être semés en pleine terre, de préférence sur un site ensoleillé. Le seul véritable inconvénient de cet arbuste est sa forte tendance au drageonnage. Si vous avez planté un prunier cultivé et que vous voyez des branches pousser sous la greffe, il est impératif de les supprimer, car ce sont souvent des rejets du porte-greffe qui, s'ils ne sont pas taillés, prendront le dessus sur la variété greffée, laquelle finit par s'affaiblir ou mourir.

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