Le développement du bourgeon floral fruitier est un processus biologique complexe et fascinant, essentiel à la reproduction sexuée des arbres fruitiers et, par extension, à la production de fruits. Cette étape cruciale, particulièrement pour des espèces comme les pommiers et les poiriers, dicte le potentiel de récolte et la vitalité de l'arbre. Sans fleurs, il n'y aura pas de fruits, mais la seule présence de fleurs au printemps ne suffit pas à garantir une belle production de pommes et poires. Comprendre ce phénomène, de la formation du bourgeon à la transformation de la fleur en fruit, est fondamental pour tout arboriculteur.

De la Formation du Bourgeon à son Éclosion : Un Cycle Saisonnier
Les bourgeons sont des structures vitales pour la croissance et la reproduction des plantes, à l’origine de toutes les feuilles et de toutes les fleurs. Ils se forment à partir de cellules spéciales appelées méristème, une région de croissance située à l’extrémité des tiges et des racines où les cellules se divisent et se spécialisent pour former de nouveaux organes, qu'il s'agisse d'une feuille, d'une fleur ou d'une tige. Visuellement, les bourgeons sont des excroissances des végétaux, des bosses à l’extrémité, contenant des ébauches foliaires ou florales enfermées dans des écailles protectrices.
Contrairement à une idée reçue, les bourgeons ne sont pas "créés" au printemps. Ils sont en réalité fabriqués par la plante en été et recouverts de pérules pour les protéger des intempéries de l’hiver. Les pérules sont des écailles épaisses et dures enduites d’une cire ou d’une résine imperméable qui tomberont au printemps. L’éclosion des bourgeons au printemps se nomme "débourrement". Ce phénomène se produit lorsque la circulation de la sève, interrompue en hiver, se réactive avec l’augmentation de la température, la plante recommençant alors à absorber de l’eau et des minéraux par ses racines. Il est important de noter que le débourrement de chaque bourgeon ne se produit pas non plus au même moment.

Les Différents Types de Bourgeons : Un Monde de Diversité
Il existe plusieurs types de bourgeons selon la partie de la plante à laquelle il donne naissance, chacun ayant une fonction spécifique :
- Le bourgeon végétatif : C'est celui qui produit les jeunes feuilles et branches. Il est plus fin, allongé et pointu que le bourgeon floral et prend un aspect bien brillant, voire même duveteux. Une pousse peut naître de cet œil, certains restent dormants.
- Le bourgeon floral (ou bourgeon à fruit) : Il est généralement plus rond, plus gros et plus gonflé qu’un bourgeon à bois, car il renferme plusieurs fleurs qui n’attendent que le printemps pour s’épanouir. C'est lui qui produira les fleurs et ensuite les fruits selon l’espèce.
- Les bourgeons adventifs : Ces bourgeons peuvent se développer sur n’importe quelle partie de la plante et apparaissent surtout après un traumatisme (une coupe par exemple).
Chez les arbres fruitiers à pépins comme le pommier ou le poirier, les bourgeons indécis sont appelés "dards". Le meilleur moment pour observer les bourgeons est la fin de l’hiver, lorsque les bourgeons commencent à gonfler. Sur un arbre fruitier, les bourgeons à fruit sont souvent plus visibles car ils sont plus gonflés et légèrement détachés du rameau, tandis que les bourgeons à bois restent plus fins et collés au bois.

Identification des Bourgeons Selon les Espèces Fruitières
La localisation et l'apparence des bourgeons varient selon les espèces et même les variétés :
- Chez le pommier : Les bourgeons à fruits (ou à fleurs) sont assez facilement distinguables lorsqu’ils sont positionnés à l’extrémité des rameaux. L’apparition des premiers bourgeons floraux varie selon les variétés et le mode de conduite.
- Chez le poirier : Les bourgeons à fruits apparaissent presque systématiquement sur du bois de deux ans et plus.
- Chez le prunier : Les bourgeons à fruits se trouvent sur du bois de 2 ans minimum mais plus souvent 3 ans et plus. Le prunier présente des bourgeons souvent faciles à observer, ces "bouquets" regroupent plusieurs fleurs sur un même point du rameau.
- Chez le pêcher : Il présente une particularité : ses bourgeons à fruits se forment principalement sur le bois d’un an. Le bouquet de mai, comparable au dard pour les arbres fruitiers à pépins, porte latéralement, en plus de l’œil à bois terminal, plusieurs boutons à fruit groupés.
- Chez l’amandier : Les bourgeons à fleurs sont généralement très visibles en fin d’hiver car la floraison arrive tôt dans la saison.
Les plantes annuelles (les plantes qui meurent à la fin de la saison, comme le tournesol) sont un peu différentes et ont des bourgeons créés au printemps et non durant l’été. En effet, leur cycle de vie se termine complètement chaque année : elles produisent leurs fruits, puis toutes les parties de la plante disparaissent avant l’hiver. Elles n’ont donc pas à former de bourgeons à l’avance, ni à entrer en dormance pour survivre à l’hiver.
La Dormance Hivernale et sa Rupture : Un Mécanisme Essentiel
La dormance des bourgeons est un phénomène d'origine endogène, bien que liée aux conditions environnementales. Elle est étroitement liée à une diminution progressive des promoteurs de croissance (auxines, gibbérellines et cytokinines) et une augmentation progressive des inhibiteurs (acide abscissique). Cette période de repos est cruciale pour la survie de l'arbre en hiver.
Pour que la culture s'autorégule correctement, il faut atteindre un nombre suffisant d'heures en dessous de 7 degrés, dans une fourchette proche de décembre à mi-février. Le manque d'heures de froid entraîne l'apparition de ce que l'on appelle des "bourgeons aveugles", provoquant une germination partielle, irrégulière et inégale, ce qui rend difficile une gestion efficace des cultures. Les conséquences de ce manque de froid sont multiples :
- Germination retardée, notamment au niveau des organes végétatifs (bourgeons latéraux).
- Haut développement des bourgeons terminaux, avec une plus grande vigueur et une croissance finale par rapport aux autres.
- Croissance végétative excessive.
- Retard dans le démarrage de la production des arbres.
- Floraison retardée et prolongée, pousses précoces versus pousses annuelles (plus tardives).
- Les boutons floraux s'ouvrent avant les bourgeons végétatifs.
- Déséquilibre des réserves (chute précoce des fruits due à une carence en nutriments).
- Chez les jeunes arbres, il peut y avoir moins de bourgeons qui émergent, mais ceux qui émergent seront plus vigoureux, ce qui retarde la précocité de la plante.
- Chez des espèces comme le pêcher, la chute des bourgeons a été signalée.
- Petits fruits de mauvaise qualité.
- Maturation irrégulière.
Lorsque la concentration de ces hormones végétales est inversée, c'est-à-dire lorsque la teneur en promoteurs endogènes augmente et que le niveau d'inhibiteurs diminue, la dormance est rompue et les bourgeons germent. La fonction d'un compensateur d'heures froides est de stimuler les réactions chimiques dans les bourgeons qui ne se sont pas produites naturellement en raison de l'absence de basses températures. L'effet des compensateurs n'est pas généralisé dans l'arbre, puisque chaque bourgeon a généralement un état de repos différent, selon sa position (terminale ou latérale) et son type (végétatif ou floral).
À cet égard, l’augmentation des jours courts a un effet négatif sur la synthèse du phytochrome P730, situé dans les chloroplastes des feuilles. Lorsque ce niveau est réduit, les processus de croissance diminuent également. Quant à la thermopériode, elle sera, d'après les signes extérieurs, la plus importante chez les espèces caduques de nos latitudes. Au niveau hormonal, il y a une diminution de la synthèse d'auxines, de cytokinines et d'AG, ce qui déséquilibre la balance en faveur de l'éthylène et de l'ABA, déclenchant des processus de sénescence (abscission des feuilles, baisse du rythme respiratoire, paralysie métabolique, etc.).
La sensation de chaud et de froid
Les Hormones Végétales : Chefs d'Orchestre de la Croissance des Bourgeons
Les hormones végétales jouent un rôle primordial dans le développement et la différenciation des bourgeons :
- L’auxine : Elle est responsable des divisions cellulaires des bourgeons et de la croissance des tiges et des rameaux. L’auxine, une hormone de croissance, permet aux arbres de pousser en hauteur mais inhibe le développement des rameaux secondaires. Elle est localisée dans le bourgeon apical, d’où le nom de dominance apicale. Si l'on raccourcit l’axe, on supprime le bourgeon apical et les bourgeons axillaires se développent.
- La cytokinine : Elle aide à la différenciation des bourgeons entre végétatif et floral.
- La gibbérelline : Elle permet l’allongement de certaines cellules végétales et met fin à la dormance des plantes.
En effet, les conditions climatiques de chaque saison, telles que la température et l’humidité, doivent être optimales pour une bonne régulation de la croissance des bourgeons. Les nutriments présents dans le sol sont également essentiels pour le développement des bourgeons, car ils fournissent les éléments nécessaires au bon fonctionnement cellulaire.
La Floraison : Une Étape Clé pour la Fructification
La floraison est une étape cruciale pour les pommiers et les poiriers, car sans fleurs, il n'y aura pas de fruits. Elle se déroule généralement courant avril et s’étale sur deux ou trois semaines, voire sur une période plus longue selon les variétés plus ou moins précoces. La période où tout se décide, entre bourgeon à bois et bourgeon à fleur, se situe lors de la période avant la floraison.
Pour que les arbres portent leurs fruits, le processus de pollinisation doit avoir lieu. Concrètement, des grains de pollen portés par les étamines (organe mâle de la fleur) doivent arriver sur le pistil (organe femelle de la fleur). Une fois à l’extrémité de celui-ci (le stigmate), le grain de pollen doit germer pour atteindre l’ovule situé au « fond » de la fleur afin que la fécondation s’opère.

Les Enjeux Climatiques et la Protection des Cultures
Les conditions climatiques peuvent fortement influencer le succès de la floraison et de la fructification. Par exemple, pendant plusieurs nuits, les températures peuvent descendre jusqu’à -7°C, menaçant gravement les bourgeons floraux. Pour tenter de maintenir une température supérieure à -2°C, les arboriculteurs peuvent passer de longues heures dans les vergers pour allumer et surveiller des bougies de paraffines végétales.
Le Rôle Essentiel des Pollinisateurs
Afin d’accroître le nombre de pollinisateurs, des ruches de bourdons (Bombus terrestris) sont souvent positionnées dans les vergers. Très bons pollinisateurs, notamment grâce à leur pilosité importante sur laquelle se fixent les grains de pollen, les bourdons restent actifs même à une température comprise entre 5°C et 15°C. Les ruches de bourdons peuvent rester dans les vergers tant que les arbres portent des fleurs de manière à assurer la pollinisation optimale des fleurs tardives.
La Taille : Un Art au Service de la Fructification
Avant de tailler, il est nécessaire de connaître les différents organes de l'arbre fruitier pour optimiser la production. La reconnaissance des bourgeons est une compétence essentielle pour bien tailler les arbres fruitiers. Une taille mal réalisée peut supprimer une partie de la future production de fruits. À l’inverse, conserver un bon équilibre entre bourgeons à bois et bourgeons à fruits permet de maintenir à la fois la croissance de l’arbre et sa production de fruits. En fonction de la charge de fruits prévue pour l’année, la taille peut être adaptée. Une forte charge de fruits peut parfois permettre une taille un peu plus sévère.

Les Organes Clés de l'Arbre Fruitier
- L’œil à bois : C’est un élément de la production de bois de l’arbre fruitier. Le bourgeon est de forme de triangle très serré contre la branche, avec un aspect brillant, voire duveteux. Une pousse peut naître de cet œil, certains restent dormants.
- La brindille : C'est un rameau fin de 10 à 25 cm de longueur qui se termine par un œil à bois en forme de pinceau très fin.
- Le gourmand : Facilement reconnaissable, c'est une pousse particulièrement active et vigoureuse, implantée en général à la verticale de la charpentière. Le bois est luisant et la hauteur peut varier de 50 cm à 2 m. Attention, il peut polariser toute l’énergie d’un arbre et se nourrir au détriment de tout le reste, branches et fruits compris ! C’est aussi un élément stérile qu’il faut supprimer.
- Le bouton à fleurs : Nettement plus arrondi que l’œil à bois, il renferme plusieurs fleurs qui n’attendent que le printemps pour s’épanouir.
- Le dard : C'est l’intermédiaire entre un œil à bois et un œil à fruits. Il se trouve le long d’un rameau, légèrement détaché de celui-ci. Il porte à sa naissance quelques ridules attestant qu’il a porté à cet endroit des feuilles durant l’été précédent. Son extrémité est à la fois saillante et pointue. Il est parfois placé en extrémité d’un support de bois assez court appelé aussi lambourde. La vocation du dard est indécise, c’est la taille qui influencera sa destinée.
- La lambourde : Cet organe ressemblant au dard porte à l’extrémité un bouton à fleur et, durant la végétation, une collerette de feuilles plus nombreuses. On distingue les dards des lambourdes plus aisément sur le poirier que sur le pommier. Après deux ou trois ans, l’œil terminal se développe et donne des fleurs, puis des fruits.
- La brindille couronnée : C'est un petit rameau semblable à la brindille, mais son œil terminal est un œil à fleurs, bien renflé. Elle peut être conservée si la brindille n’est ni trop fine ni trop longue, elle doit pouvoir supporter le poids d’un fruit.
- La bourse : Organe bien renflé, il a déjà porté des fruits l’année précédente et il est prêt à en porter de nouveau. C'est un élément à conserver et à ne pas tailler. Cet organe renflé sur lequel sont insérés les fruits porte normalement des productions fertiles comme les dards et les lambourdes. On trouve souvent les bourses par deux.
- La coursonne : C'est une pousse relativement courte composée des différents organes décrits ci-dessus, dont des boutons à fleurs, en plus ou moins grand nombre, exception faite, bien évidemment du gourmand et du rameau à bois.
L'Influence de la Sève et de la Lumière
La sève brute circule des racines jusqu’aux feuilles où elle s’enrichit pour devenir la sève élaborée qui migre vers les lieux et organes d’utilisation, y compris les racines. La sève se dirige de préférence vers les extrémités des rameaux, surtout les rameaux verticaux, favorisant la formation de bois. Le but de la taille est de supprimer les gourmands et de favoriser la transformation des bourgeons à bois en dards et ensuite en bourgeons à fleurs. En taillant, on peut contraindre la sève à se répartir équitablement sur l’ensemble de l’arbre.
L’influence de la lumière et de l’air est également primordiale : elle nourrit l’arbre (photosynthèse), dirige la ramure, induit la floraison et assure le mûrissement plus uniforme des fruits.
La Production Alternée et l'Éclaircissage : Gérer les Ressources de l'Arbre
Le jardinier reste parfois perplexe devant son verger : pourquoi cette année les arbres fruitiers ne fleurissent que très peu et qu'en sera-t-il de la production de fruits ? Les années se succèdent mais ne se ressemblent pas en la matière. Certaines variétés de poiriers, de pommiers, de pruniers, pour ne citer que les exemples les plus courants, font partie de ces végétaux qui produisent en alternance. Ainsi, une année offrira abondance de fleurs et donc de fruits et la suivante sera souvent décevante. C'est la nature de l'arbre.
Sur les arbres fruitiers des zones tempérées, dès l'automne, des bourgeons capables de produire des fleurs sont présents sur l'arbre. Cette induction a lieu, selon les variétés, dans les bourgeons terminaux ou axillaires durant la période estivale et ce, pendant une longue période, puisque la formation des bourgeons sera plus rapide sur les rameaux courts que sur les longues branches. Sachant que, selon l'espèce, la croissance sera différente, notamment au niveau du positionnement des bourgeons floraux (bourgeons axillaires pour les Prunus, terminaux et axillaires pour les fruitiers à pépins), cela complique encore la donne !
Lorsque les fruits se forment en abondance sur un arbre, cela demande énormément de ressources que la seule photosynthèse ne peut assurer. Les nutriments sont donc puisés en masse. Une manière de réguler la production consistera donc en l'éclaircissage des fruits le plus tôt possible, c'est-à-dire dès la floraison et ce au maximum jusqu'à la première chute végétative. Il faudra alors enlever assez de fruits pour que la surface foliaire soit capable d'assumer la photosynthèse d'un nombre de fruits donné. Ce n'est pas facile, mais en échange, les fleurs laissées en place auront une croissance favorisée, et un chargement en eau et en sucres bien meilleur.
L'Évolution du BVC (Bio-Activateur Végétal Complet) et son Impact sur la Fructification
L'application de solutions comme le BVC peut grandement influencer l'uniformité de la germination et la rentabilité des cultures. Le BVC fournit aux bourgeons les métabolites nécessaires pour surmonter la dormance, assurant leur ouverture uniforme le long des branches et leur activation complète. Cette stratégie appliquée permet d'obtenir des résultats où les fruits atteignent la maturité commerciale plus tôt, avec un calibre plus gros, une meilleure coloration et des qualités organoleptiques optimales, ce qui génère également des économies sur les coûts de main-d'œuvre lors de la récolte.