Les Caractéristiques des Racines d'Arbres Fruitiers : De la Croissance à l'Entretien

Les racines constituent le moteur alimentaire des plantes, un système vital qui fournit les substances essentielles à leur développement. Loin d'être un simple ancrage, le système racinaire est une structure complexe et dynamique, dont les caractéristiques et le mode de croissance sont cruciaux pour la santé et la productivité des arbres, en particulier les fruitiers. Comprendre la largeur, la profondeur et les interactions des racines est fondamental pour les jardiniers, les arboriculteurs et toute personne soucieuse de la bonne croissance de ces végétaux.

Système racinaire d'un arbre

Le Rôle Fondamental des Racines et la Fabrication de la Nourriture

Il est courant de croire que l'arbre se nourrit directement par ses racines. Cette affirmation est une simplification. Les racines puisent l'eau et les sels minéraux du sol, formant ce que l'on appelle la sève brute. Cette sève est ensuite acheminée vers les feuilles, où un processus essentiel se déroule : la photosynthèse. Grâce à la lumière du soleil et à l'absorption de gaz carbonique, l'arbre « cuisine » sa nourriture, la sève élaborée, et rejette de l'oxygène et de l'eau. La sève élaborée vient ensuite alimenter tous les tissus et organes vivants de l'arbre, y compris ses branches, bourgeons, feuilles, fleurs, fruits, et bien sûr, les racines elles-mêmes. Ces dernières utilisent cette source d'énergie pour se développer, croître et stocker des réserves. Un arbre en bonne santé est le résultat d'un équilibre subtil entre sa partie souterraine (le système racinaire) et sa partie aérienne (le houppier).

La Structure et la Croissance du Système Racinaire

La croissance du système racinaire de la plupart des espèces passe par des étapes communes. Initialement, il y a le développement d'un pivot vertical, qui se ramifie ensuite en racines horizontales. Ces dernières explorent le sol dans un rayon de plusieurs mètres pour les arbres. Par la suite, ce système émet, à proximité de la base de la tige, des racines verticales et obliques qui vont remplacer fonctionnellement le pivot initial. Le mode de croissance des racines est fixé génétiquement et s'exprime librement en l'absence de contraintes liées au sol.

Schéma des différents types d'enracinement

Chez les arbres, on distingue trois types d'enracinement principaux :

  • Type pivotant ou profond : Caractérisé par un pivot prépondérant, un développement de longs pivots secondaires et de racines horizontales. On retrouve ce type chez le sapin, le pin sylvestre, le chêne, l'orme, le noyer, ou encore le micocoulier.
  • Type traçant ou superficiel : Le pivot avorte rapidement, laissant place à des racines horizontales et de courts pivots verticaux. La surface prospectée est étendue mais peu profonde. L'épicéa, le tremble, le frêne et les légumineuses sont concernés par ce type d'enracinement.
  • Type en cœur ou oblique : Caractérisé par des racines horizontales, obliques et verticales, comme c'est le cas pour le hêtre, l'érable, le tilleul et le douglas.

Lorsque l'enracinement est superficiel, il arrive que les arbres drageonnent, menaçant parfois l'intégrité des revêtements ou des constructions, telles que les voiries et les murs. C'est une caractéristique de l'ailante, du peuplier ou du robinier faux-acacia. Tout épisode de stress, comme une taille sévère par exemple, peut déclencher ce phénomène. Il est important d'en tenir compte à proximité d'une maison. Inversement, pour préserver les réseaux souterrains, les essences à enracinement pivotant devront être évitées, car bien que les racines n'attaquent pas directement les conduites, elles peuvent, sous l'effet du vent, les fragiliser par un effet mécanique. Pour les arbustes, le conseil est le même : il faut se méfier des enracinements drageonnants qui peuvent envahir les pelouses.

La Largeur et la Profondeur des Racines : Au-delà des Idées Reçues

Les croyances concernant la largeur et la profondeur des racines sont nombreuses et souvent erronées. Autrefois, on disait couramment que les racines des arbres s'étalaient de façon symétrique jusqu'à la limite des branches de l'arbre, soit à la largeur de la couronne. Cependant, des études plus sérieuses sur la longueur des racines des arbres ont été publiées, révélant une réalité différente.

La vérité est que les racines des arbres sont opportunistes. Elles s'allongent davantage quand elles ont l'occasion de le faire ou en ont besoin. La nouvelle norme est devenue "une fois et demie le diamètre de la couronne" pour la fertilisation, et c'est encore souvent la mesure utilisée. Les racines des arbres peuvent ainsi couvrir une surface 2 à 3 fois supérieure au diamètre de la couronne de l'arbre.

En ce qui concerne la profondeur, les racines des arbres ont tendance à se répandre en largeur, mais pas en profondeur. Elles restent généralement près de la surface du sol où l'oxygène, les minéraux et l'humidité sont les plus facilement disponibles. En moyenne, 80% des racines se trouvent dans les premiers 50 cm de sol. Elles sont rarement à 2 mètres ou plus de profondeur. Le système racinaire est donc assez peu développé en profondeur, mais il peut exploiter une grande surface de terrain à l'horizontale.

Plusieurs facteurs influencent la largeur et la profondeur des racines :

  • Concurrence pour les ressources : Les arbres plantés serrés auront généralement un système racinaire moins étendu que les arbres plantés loin de tout autre végétal.
  • Contraintes du sol : Le système racinaire s'élargit souvent davantage lorsqu'il est incapable de pousser vers le bas, par exemple en présence d'un substrat rocheux à faible profondeur ou d'une nappe phréatique près de la surface.
  • Conditions environnementales : Les racines ont tendance à être plus longues lorsque les conditions sont favorables. Les sols secs et compactés, en revanche, ont tendance à produire des racines moins nombreuses mais plus épaisses, dont certaines atteindront des longueurs extrêmes.
  • Barrières physiques : Les murs, roches, bâtiments et barrières de racines limitent également l'expansion des racines.
  • Humidité du sol : Les racines des arbres pousseront vers une source d'humidité fiable et éviteront les sols qui demeurent secs en permanence.

La règle « 1 ½ fois la couronne de l'arbre » reste une règle utile pour les jardiniers, notamment comme guide pour la plantation d'un arbre. Il s'agit de trouver le diamètre que la couronne est censée atteindre à maturité, multiplier ce chiffre par une fois et demie, et considérer cette zone comme appartenant à l'arbre. Cependant, pour des travaux majeurs près d'un arbre de grande valeur, surtout si cela implique de creuser en profondeur, cette règle doit être mise de côté.

Le Méristème Apical Racinaire : Le Centre de Croissance et de Perception

Le méristème apical racinaire (MAR) est la zone de croissance des racines chez les végétaux. Il est à l'origine de tous les tissus différenciés de la racine. C'est également la zone où sont perçus les signaux de l'environnement, tels que la gravité (gravitropisme), les obstacles (thigmotropisme) et l'humidité du sol (hydrotropisme). Les plantes analysent en permanence leur environnement au moyen de plus de 700 capteurs répertoriés dans le monde végétal afin de mesurer température, humidité, lumière, etc.

Le développement de la plante : croissance et organogenèse chez les végétaux

Les Racines Ligneuses et les Racines Fines Absorbantes

Le système racinaire est composé de différents types de racines. Les racines ligneuses forment le squelette du système racinaire et fixent l'arbre au sol. Leur diamètre peut varier de quelques millimètres à plusieurs dizaines de centimètres. Elles grandissent continuellement en longueur et en diamètre, se ramifient et explorent le sol. Dans leurs cellules vivantes, elles stockent des réserves d'énergie, ce qui est particulièrement important pour les arbres des régions tempérées qui doivent redémarrer après la période de dormance hivernale.

Ces racines ligneuses portent le deuxième type de racines, dites fines et absorbantes. Leur diamètre varie de 1 dixième de millimètre à 1 millimètre. Leur durée de vie est courte, en général une saison, sauf pour celles qui vont devenir ligneuses et permettre au système racinaire de se développer. Ce sont ces racines fines qui absorbent l'eau et les sels minéraux. Elles sont concentrées dans les 20 à 30 cm de la surface du sol. Une étude sur une hêtraie a même montré que 94% des racines fines se trouvaient dans les premiers 10 cm de sol. Forts de ces connaissances, on imagine bien le nombre de traumatismes que les systèmes racinaires des arbres en milieu urbain ou dans le jardin peuvent subir.

L'Importance Cruciale des Mycorhizes

En condition naturelle, la grande majorité des racines fines sont colonisées par un champignon. Cette association symbiotique entre les racines et une diversité d'espèces de champignons est appelée mycorhize, et elle joue un rôle primordial pour la santé des arbres. Dans ces associations, les filaments mycéliens du champignon infectent la racine et sont en contact étroit avec elle, permettant des échanges directs d'eau et de nutriments entre les deux partenaires.

Symbiose mycorhizienne

Le mycélium, très fin, explore un très grand volume de sol, développant une surface d'échange bien plus importante et pénétrant dans des pores bien plus petits que ce que pourraient faire les racines et même les poils absorbants, plus épais. Le champignon émet également dans le sol des molécules variées : enzymes, acides organiques, glycoprotéines, qui augmentent la disponibilité de nutriments et contribuent à structurer le sol. Ainsi, par les mycorhizes, le champignon aide l'arbre à absorber plus d'eau et de sels minéraux et lutte contre l'attaque de certains champignons parasites. En échange, l'arbre fournit au champignon sa nourriture sous forme de sucres issus de la photosynthèse. Beaucoup de champignons comestibles sont mycorhiziens.

Les mycorhizes sont donc indispensables à une majorité d'arbres, bien que certaines plantes pionnières puissent s'en passer. En milieu urbain et même dans les parcs et jardins, les conditions du sol ne sont pas toujours propices à l'établissement de mycorhizes. Parfois, les champignons pouvant les engendrer ne sont pas présents dans le sol. Pour ces raisons, il est encouragé d'avoir un sol se rapprochant le plus possible de ce que les arbres trouvent dans leur milieu naturel, c'est-à-dire avec une bonne couche d'humus. Afin de favoriser et d'accélérer la propagation des mycorhizes, il est possible d'introduire dans le sol des spores de champignons.

Il est important de noter que les mycorhizes sont très fragiles. Un sol compacté, pauvre en matières organiques, ou l'ajout d'engrais de synthèse, leur est très néfaste et peut entraîner leur disparition. Or, le sol décrit plus haut est exactement ce que l'on trouve sous un gazon ! C'est pourquoi il est recommandé de garder un sol riche en matières organiques sous les arbres. Pour cela, l'apport de mulch, de compost, de copeaux, et la plantation de plantes tapissantes telles que le lierre, les fougères, les pervenches, sont des mesures simples qui améliorent grandement la vie du sol et sa qualité.

La Taille des Racines : Une Technique de Contrôle et d'Induction Florale

L'art de tailler les racines des arbres et arbustes vigoureux revêt une importance capitale pour contrôler leur croissance et favoriser leur floraison. Cette opération convient aux arbres et arbustes robustes en pleine terre, mais également aux plantes cultivées en pot, permettant de maintenir des proportions adéquates pour la culture en pot et l'aménagement sur balcon ou terrasse. Il est crucial de noter que cette technique ne concerne pas le bonsaï.

Outils pour la taille des racines

En supprimant une partie des racines, on diminue les apports de substances nutritives, ce qui rejaillit directement sur la croissance prise par le sujet. Bien évidemment, cette opération doit être pratiquée raisonnablement, sur une partie limitée des racines, sous peine d'endommager durablement les végétaux, ce qui n'est pas le but poursuivi.

Quand s'y mettre ?Cette opération doit être effectuée pendant la période de dormance végétative. L'automne est la bonne saison pour les plantes, et l'hiver convient également pour les arbres.

Comment faire pour les arbres ?Le développement de la ramure des arbres est en rapport direct avec celui de leurs racines. Pour limiter un arbre à la taille qu'il a désormais atteinte, il suffira de creuser une tranchée à l'aplomb des extrémités de ses branches et de couper les racines rencontrées. Le développement en longueur des branches sera alors stoppé pour plusieurs années, avec un effet favorable pour l'induction florale et la mise à fruits.

Matériel nécessaire :

  • Une ficelle de longueur suffisante
  • Un bâton épointé
  • Une pelle
  • Une scie d'élagage ou un sécateur à bras

Méthode :

  1. Attachez la ficelle au pied de l'arbre d'une part, au bâton d'autre part. En tension, on doit se situer à peu près à la verticale de la ramure.
  2. Tracez grossièrement dans le sol avec la pointe du bâton un cercle tout autour de l'arbre. Ce cercle vous guidera dans la réalisation de la tranchée.
  3. Creusez la tranchée tout autour de l'arbre ou de l'arbuste, à la largeur d'un fer de bêche, et environ 50 cm de profondeur.
  4. Dégagez à la main les grosses racines et coupez les principales à la scie ou avec l'ébrancheur. Ce point marquera la limite de développement. Des racines se formeront à partir du point de coupe. N'appliquez aucun produit cicatrisant.
  5. Rebouchez ensuite soigneusement la tranchée avec la terre que vous aviez laissée de côté.

Implications Légales de la Coupe des Racines Voisines

La question de la coupe des racines d'un arbre du voisin qui dépassent sur sa propriété est une problématique courante. Selon l'article 673 du code civil, vous avez le droit de vous débarrasser des racines qui sont à la limite de votre propriété et de celle du voisin sans l'autorisation préalable de ce dernier. Ce droit est imprescriptible. Ainsi, peu importe que les racines courent sur votre propriété depuis plus de 30 ans ou que vous ayez acheté votre bien en l'état.

Ce droit peut être exercé même si la taille des racines risque de causer la mort des arbres ou des arbustes concernés. La Cour de Cassation a même eu à statuer sur un cas où des consorts X se plaignaient de l'avancée sur leur terrain des racines de peupliers implantés sur la parcelle des consorts Y et les assignaient en arrachage de ces arbres sur le fondement de l'article 673 du code civil, arguant qu'il était impossible de couper uniquement les racines. Dans certains cas, les juges ont condamné des propriétaires à abattre des peupliers dont les racines dépassaient chez leur voisin.

Le Collet et les Blessures aux Arbres

Le collet est une partie de la plante (arbre) qui est comprise entre la tige (tronc) et les racines. Il s'agit d'une zone particulièrement sensible. Il est souvent rappelé que mettre de la rubalise ou des tuyaux rouges autour d'un tronc ne suffit pas à le protéger des coups. Les frottements des engins du BTP, par exemple, peuvent laisser des blessures irréversibles pour l'arbre, favorisant l'entrée de champignons et insectes lignivores, le pourrissement et les bactéries. La protection de cette zone est donc essentielle pour la santé globale de l'arbre.

Formes d'Arbres Fruitiers et Système Racinaire

La forme des arbres fruitiers est souvent liée au type de porte-greffe utilisé et à la taille formative. Le scion est la forme la plus jeune de l'arbre fruitier, ayant été greffé depuis un an et ayant connu sa première année de croissance et de ramification. C'est une tige simple, peu ramifiée, avec un bon système racinaire et dont la reprise est plus facile. Il est possible de choisir la conduite de ce jeune arbre, qui sera productif sur une plus grande période et plus résistant. Cette forme est souvent utilisée dans les petits jardins ou pour créer une haie de fruitiers. Pour une plantation solitaire ou en verger, il faut compter une distance de 2 à 4 mètres.

Différentes formes d'arbres fruitiers

Plusieurs formes courantes d'arbres fruitiers sont distinguées :

  • Fruitier basse-tige : Présente un tronc relativement court avec la ramification qui démarre en bas, facilitant la récolte et la taille à hauteur d'homme.
  • Fruitier demi-tige : Souvent comme chez les pruniers (ex: St. Goblet), il peut atteindre une hauteur de 2 à 4 mètres avec une tige d'environ 1m20. Ce sont des arbres robustes qui donnent beaucoup de fruits lorsqu'ils sont taillés chaque année. Un fruitier demi-tige a besoin d'un tuteur seulement pendant les premières années.
  • Fruitier haute-tige : Caractérisé par un tronc long et une couronne large. Comme pour le demi-tige, un fruitier haute-tige a besoin d'un tuteur seulement pendant les premières années. Ces formes sont souvent utilisées dans les vergers traditionnels.

Lors de la plantation d'arbres en racines nues, il est recommandé de couper les extrémités des racines abîmées sur un plan horizontal. Ensuite, il faut planter l'arbre, le recouvrir de terre enrichie si besoin (fumier décomposé, engrais organique, terreau) en le secouant légèrement pour éviter les poches d'air.

Protection des Arbres en Milieu Urbain

Le chêne déterré délicatement en quelques semaines tout en conservant toutes ses racines est un exemple rare de la précaution nécessaire pour préserver le système racinaire. Cependant, en milieu urbain, les systèmes racinaires des arbres sont souvent soumis à de nombreux traumatismes. Il est important d'en tenir compte lors de l'aménagement et de la gestion des espaces verts urbains. La protection du collet et des racines superficielles est cruciale pour la survie des arbres dans ces environnements contraints.

tags: #fruitier #racine #largeur