Le jardinage biologique représente une démarche essentielle pour quiconque souhaite respecter la nature tout en préservant sa santé. Dans cette quête d'un équilibre durable, la gestion des nuisibles au sein du verger demande une compréhension fine des écosystèmes. Si de nombreux insectes peuvent être nuisibles, il est crucial de ne pas céder à la panique face à des phénomènes naturels, et surtout, de savoir identifier précisément les coupables. Parmi les visiteurs de nos jardins, les tenthrèdes occupent une place singulière. Bien que souvent confondues avec des chenilles, elles appartiennent à une famille différente, celle des Hyménoptères, ce qui modifie radicalement les méthodes de lutte à adopter.

Anatomie et identification : distinguer la tenthrède de la chenille
Il est essentiel de savoir distinguer les tenthrèdes des chenilles afin de choisir un traitement approprié. Les véritables chenilles, larves de papillons (Lépidoptères), possèdent trois paires de pattes thoraciques et de deux à cinq fausses pattes abdominales, appelées pseudopodes. À l'inverse, les larves de tenthrèdes, aussi appelées "fausses chenilles", se distinguent par le nombre de fausses pattes qu’elles affichent : six à neuf paires pour les larves de tenthrèdes et moins de six paires pour les vraies chenilles.
Une autre distinction anatomique majeure réside dans la structure oculaire. Les larves de tenthrèdes possèdent un seul ocelle, un faux œil, de chaque côté de la tête, alors que les chenilles en ont plusieurs de chaque côté. Enfin, leur comportement face au danger est un marqueur fiable : lorsqu’elles se sentent menacées, les larves de tenthrèdes prennent une position caractéristique en formant un S, tandis que les vraies chenilles adoptent souvent des comportements de repliement différents.
Les tenthrèdes (allantus cinctus et endelomyia aethios) ont une répartition mondiale surtout dans l'Hémisphère Nord : environ 4000 espèces. Quelques espèces ressemblent à des guêpes, mais sans taille marquée, contrairement aux guêpes classiques dont le "pétiole" ou jonction entre le thorax et l'abdomen est très étroit. La femelle est un insecte solitaire qui ressemble à un moucheron brun ou noir. Son abdomen peut être jaune ou orangé. L'ovipositeur de la femelle est équipé à son extrémité d’une scie - d’où leur surnom de “mouche scie” - qui lui permet de découper les tissus végétaux pour y pondre.
Les ravageurs du verger : espèces et symptômes
La filière des PPAM et des fruits rouges est touchée par les attaques de tenthrèdes. Sur les arbres fruitiers, la tenthrède-limace (Caliroa cerasi) est, comme son nom l’indique, ressemblante à une limace miniature. Elle est d’un brun noir, visqueuse, courte, avec une grosse tête. Elle se trouve principalement sur les cerisiers, les pruniers, les poiriers dont elle dévore le limbe des feuilles. Certaines tenthrèdes squelettisent le feuillage, en dévorant le limbe jusqu’aux nervures.
D’autres espèces sont plus insidieuses car elles s'attaquent directement aux fruits en formation :
- Hoplocampa brevis : la larve se développe à l’intérieur des très jeunes poires. Sa tête est brun rouge et son corps jaune grisâtre.
- Hoplocampa testudinea : la larve blanchâtre à tête marron fait des dégâts dans les jeunes pommes.
- Hoplocampa minuta : sa larve blanche à vert jaune se nourrit des prunes.
La présence des larves est souvent décelée grâce aux amas noirâtres sur les fruits, qui correspondent aux excréments rejetés par les larves. Sur les pommes, si elles arrivent à se développer, elles sont marquées par une trace circulaire liégeuse très caractéristique. L’intérieur des fruits est souvent rempli des excréments et dégage une odeur de punaise, entraînant une chute précoce.
Badigeon de cendre pour vos arbres fruitiers (pour éviter les trous dans les pommes)
Lutte préventive et gestion écologique
Difficile d’entretenir un verger ? Pas tant que ça si vous vous inspirez des techniques bio. Car récolter des fruits de qualité ne demande que quelques soins prodigués au bon moment et un minimum de traitements. La prévention est ici le maître-mot.
Le binage du sol au pied des plantes sensibles, notamment des rosiers et des arbres fruitiers, entre la fin septembre et la mi-octobre, puis avant le mois de mai, est une pratique recommandée. Lorsque la mauvaise saison arrive, ces fausses chenilles se laissent en effet tomber au sol pour y hiverner sous forme de nymphes à quelques centimètres de profondeur. Biner permet de les exposer au froid et à leurs prédateurs naturels.
Favorisez le maximum de diversité végétale dans votre jardin pour attirer insectes, mammifères et batraciens parmi lesquels se trouveront des auxiliaires utiles pour prédater ces ravageurs. Les prédateurs les plus confirmés sont les oiseaux, notamment les insectivores durant la période de couvaison, mais aussi les musaraignes, les guêpes parasitoïdes, les araignées et les sauterelles. Offrez-leur le gîte : friche, tas de bois ou de pierres, haies, mare, nids spécifiques.
Stratégies de traitement : ce qui fonctionne et ce qui échoue
Il est vital de comprendre que le Bacillus thuringiensis (Bt), si efficace contre les chenilles de lépidoptères, ne va servir à rien ici puisqu’il cible les vraies chenilles et non les larves d'hyménoptères. L’erreur de traitement est fréquente et inefficace.
Pour traiter naturellement, le pyrèthre végétal constitue le traitement bio de référence. Le savon insecticide représente une alternative douce, à condition de traiter au moment où les larves sont visibles. Le savon de Marseille peut être utilisé comme insecticide, car son pouvoir est abrasif sur les carapaces des insectes. Il est possible de rajouter un peu d’huile végétale à de l’eau savonneuse pour créer une émulsion : l’action du savon sur l’huile est émulsifiante, et l'huile finit par étouffer les nuisibles. Veillez à bien vaporiser ce mélange sur le dessus et en-dessous des feuilles.
En hiver, des traitements préventifs peuvent être appliqués pour apporter une solution contre les nuisibles. L’huile de colza, par exemple, permet de pulvériser les plantes afin de les protéger. Quelques précautions sont cependant à prendre : en hiver, il convient d’appliquer le traitement un jour sans trop de vent, sans pluie et sans gel.

Vers une gestion intégrée des vergers
La suppression manuelle des larves reste la méthode la plus efficace pour des infestations limitées. Il convient de ramasser les fausses chenilles et de les noyer dans une eau savonneuse. Coupez la feuille ou la branche sur laquelle vous avez repéré des déformations ou des larves de tenthrèdes et détruisez-les, soit en les écrasant, soit en les noyant.
Le soufre est un traitement utilisé pour soigner mais aussi en traitement de prévention contre la tavelure du pommier et l’oïdium. On peut l’utiliser à l’état pur ou par dilution pour ensuite le vaporiser. Cependant, attention, certaines variétés modernes, telle ‘Golden’, supportent mal les traitements au cuivre.
Enfin, pour les variétés comme le framboisier, des produits comme le Success VD peuvent être utilisés contre les chenilles phytophages. Deux applications par an, avec un intervalle de 7 jours, permettent de contrôler l’ensemble des ravageurs, tout en respectant un délai avant récolte de 3 jours. Rappelez-vous toujours que même naturel ou bio, un traitement n’est jamais anodin : de précieux auxiliaires de jardin peuvent ainsi être touchés. L’observation régulière du feuillage entre mai et juillet reste votre meilleur outil pour intervenir au moment opportun, avant que la population de larves ne devienne ingérable.