Protéger les arbres fruitiers des pucerons : stratégies naturelles et efficaces

Les pucerons, malgré leur taille minuscule, représentent un véritable fléau pour les jardiniers et les agriculteurs. Ces petits insectes piqueurs-suceurs se nourrissent de la sève des végétaux, entraînant des dégâts substantiels sur la croissance, la fructification et la santé globale des arbres fruitiers. La maîtrise sanitaire des vergers face aux pucerons est devenue un enjeu d'autant plus difficile à traiter avec le retrait de certaines familles chimiques et insecticides. Heureusement, une multitude de solutions naturelles et biologiques permettent de lutter efficacement contre ces ravageurs, tout en préservant la biodiversité du jardin.

Pucerons sur une feuille d'arbre fruitier

Comprendre les pucerons : Un ennemi aux multiples visages

La présence de pucerons dans un jardin peut très vite devenir un cauchemar si elle n'est pas traitée. Vert, noir, blanc, rouge, jaune, cendré ou encore lanigère, différentes espèces évoluent dans votre jardin, et chacune a ses repas préférés. Un puceron seul n'est pas un danger, mais lorsque des colonies se forment, les cultures sont ravagées. Ces parasites sont des piqueurs-suceurs ; ils piquent notamment les feuilles et sucent la sève. Cette sève excrétée forme un liquide épais et visqueux appelé miellat, très apprécié des fourmis, qui agissent en "éleveuses" en échange de protection, et des abeilles.

En suçant les feuilles, les pucerons y déposent de la salive. Celle-ci est à l'origine du recroquevillement des feuilles ainsi que de leur boursouflement. Quant au miellat, il est responsable du développement de champignons comme la fumagine, dont la présence se matérialise par l'apparition de taches noires. Il faut être particulièrement vigilant lorsque des pucerons sont observés car leur développement est fulgurant. Au cours de leur cycle de vie, ils prennent plusieurs formes (aptère et ailé) et ont deux types de reproduction (par fécondation et par parthénogenèse), ce qui explique leur prolifération rapide.

Cycle de vie du puceron

Les espèces de pucerons affectant les arbres fruitiers

Plusieurs espèces nuisibles aux arbres fruitiers et fruits peuvent envahir un verger :

  • Le puceron cendré du pommier (Dysaphis plantaginea) : Ce ravageur redoutable est l'un des bioagresseurs majeurs des arbres fruitiers. Sa capacité de colonisation précoce (émergence à 4,5 °C) et son développement exponentiel d'avril à juin provoquent de nombreux dégâts sur la récolte de l'année, tels que des fruits déformés et de très petits calibres. Plus grave encore, son action affecte la pérennité du verger, ralentit la pousse végétative, l'affaiblit et limite le retour à fleur l'année suivante, entraînant une production valorisable insuffisante pour assurer la rentabilité.

  • Le puceron vert du pommier : Avec le puceron lanigère, il est un véritable prédateur des pommiers, affaiblissant les arbres et favorisant le développement de maladies.

  • Le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) : Il s'attaque également aux pruniers. En second hôte, il peut occuper des légumes et des fleurs comme les tomates, les carottes ou les bégonias.

  • Le puceron noir du cerisier (Myzus cerasi) : Ces pucerons attaquent les cerisiers au début de l'été, abîmant les feuilles et les fruits.

  • Le puceron jaune : Ces pucerons affectionnent, entre autres, les arbres fruitiers comme les groseilliers, les framboisiers et les fraisiers. Leur présence se remarque par un enroulement et une décoloration des feuilles.

  • Le puceron lanigère du pommier (Eriosoma lanigerum) : Ce puceron est très difficile à éliminer et n'est pas consommé par la célèbre coccinelle à 2 points (Adalia bipunctata).

Stratégies préventives et curatives naturelles

Avant d'arriver à la situation ultime où des traitements s'imposent, il est possible d'anticiper la prolifération des pucerons grâce à des méthodes préventives. Observer régulièrement les cultures et repérer les éventuels changements est crucial pour garantir la productivité et la santé des arbres fruitiers.

La lutte bio contre les pucerons

Favoriser la biodiversité pour une défense naturelle

La technique la plus écologique pour se débarrasser des pucerons est de faire venir leurs prédateurs naturels dans le jardin. La nature offre une variété de prédateurs qui se nourrissent de pucerons. En favorisant ces insectes et ces oiseaux, la population de pucerons peut être réduite de manière significative et naturelle.

  • Les coccinelles : Ces insectes sont de grandes consommatrices de pucerons, leurs larves pouvant supprimer entre 50 et 100 parasites par jour. Pour les attirer, il est possible de disposer des branchages et des feuilles sèches ou de laisser pousser des pissenlits et des pâquerettes autour des arbres fruitiers, plantes sur lesquelles elles aiment se nourrir. Planter des fleurs qu'elles aiment, comme les soucis, les cosmos ou les coquelicots, est également efficace. La célèbre coccinelle à 2 points, Adalia bipunctata, s'attaque à la grande majorité des pucerons des arbres, y compris le puceron noir du cerisier, le puceron vert du pêcher et le puceron cendré du pommier. Pour le puceron lanigère du pommier, la petite coccinelle à virgule (Exochomus quadripustulatus) peut être un auxiliaire précieux.

  • Les syrphes et les chrysopes : Les larves de syrphes consomment entre 500 et 700 pucerons durant leur cycle, tandis que celles de chrysopes en consomment jusqu'à 500 au cours de leur développement. Ces insectes utiles sont attirés par les plantes à fleurs.

  • Les cécidomyies : Leurs larves consomment environ 20 pucerons par jour.

  • Les hyménoptères parasitoïdes : Ces insectes pondent leurs œufs à l'intérieur des pucerons, qui sont ensuite consommés de l'intérieur.

  • Les perce-oreilles : On n'y pense pas souvent, et pourtant, ils raffolent des pucerons. Pour les attirer, il est possible de construire un habitat simple : un pot en terre cuite troué au fond, suspendu à l'envers et rempli de paille. En juin, le pot rempli de perce-oreilles peut être déplacé dans la zone infestée par les pucerons.

  • Les oiseaux : Les mésanges, par exemple, sont de grandes consommatrices de pucerons. Installer des nichoirs dans le jardin favorise leur présence.

La plupart de ces prédateurs peuvent être procurés en jardinerie. Il est également essentiel de supprimer l'utilisation des pesticides pour attirer les coccinelles et autres auxiliaires.

Coccinelle se nourrissant de pucerons

Le rôle des plantes répulsives et attractives

Certaines plantes possèdent la capacité de repousser naturellement les pucerons grâce à leurs composés chimiques volatils. D'autres attirent les pucerons loin des arbres fruitiers en plantant des espèces végétales qu'ils apprécient particulièrement.

  • Les capucines : Ces plantes attirent les pucerons, qui préfèrent se nourrir d'elles plutôt que des arbres fruitiers. Planter des capucines à proximité des pieds de tomate, par exemple, est une façon naturelle de les détourner de leur cible.

  • La lavande : C'est une plante répulsive efficace contre les pucerons verts du rosier.

  • L'ail : L'ail est réputé pour ses propriétés répulsives contre de nombreux insectes, y compris les pucerons. Pour préparer une infusion d'ail, hachez une dizaine de gousses d'ail et laissez-les infuser dans un litre d'eau pendant au moins 24 heures. Ensuite, filtrez l'infusion et pulvérisez-la sur les arbres fruitiers. L'odeur forte de l'ail éloignera non seulement les pucerons, mais aussi d'autres insectes nuisibles. Du marc de café déposé au pied des arbres et arbustes aide également à prévenir l'invasion par les pucerons.

  • Le rumex : Cette « mauvaise herbe » attire à la fois les pucerons et les fourmis, servant de plante-piège.

Des préparations à base de plantes comme le purin, la décoction, l'infusion ou la macération peuvent être réalisées à partir de plantes aux odeurs répulsives.

Le savon noir : un allié polyvalent

Un jet d’eau puissant suffit souvent à décrocher les premières colonies de pucerons. Pour les insectes installés, le savon noir en pulvérisation agit efficacement pour nettoyer et éliminer. Le savon noir est un produit polyvalent utilisé fréquemment par les jardiniers pour aider à la suppression des pucerons. Pour respecter les cultures, il est recommandé de choisir un produit bio, utilisable en jardinage, et de s'assurer qu'aucun additif chimique n'a été ajouté.

Ce produit a des propriétés alcalines et a deux utilisations courantes : nettoyant et mouillant. Pour préparer une solution de savon noir, mélangez une cuillère à soupe de savon noir liquide avec un litre d'eau. Vaporisez ce mélange sur les parties infestées des arbres fruitiers, en prenant soin de bien couvrir les feuilles, les tiges et les branches. Le savon obstrue les voies respiratoires des pucerons. Une solution à base de savon noir nettoie également les feuilles du miellat et de la fumagine qui a pu s'y développer. Il est important de suivre attentivement les instructions du fabricant.

Préparation de solution de savon noir

Autres astuces et traitements naturels

Traiter les pucerons naturellement est accessible tout en étant économique. Avant même d'employer un insecticide végétal, d'autres méthodes peuvent être essayées :

  • Le purin d’orties : C'est un remède naturel contre les pucerons. Pour le préparer, récoltez les orties (avec des gants), hachez-les grossièrement, puis faites-les macérer dans de l'eau pendant une quinzaine de jours en remuant le mélange tous les deux jours. Une fois la macération terminée, filtrez le liquide et diluez-le (un volume de purin pour dix volumes d'eau) avant de le pulvériser sur les arbres.

  • Prévenir l'invasion : Ne surdoser pas l'engrais et choisissez-le plutôt organique que chimique. Installer des gîtes à insectes dans les espaces verts et semer des fleurs et des plantes qui attirent les insectes mellifères (abeilles) contribuent également à un écosystème sain et résilient face aux pucerons.

Anticiper et observer pour une gestion durable

Devant la difficulté à traiter certaines espèces de pucerons, observer régulièrement les cultures et anticiper leur venue sont les meilleures solutions. Maintenir les arbres fruitiers forts et sains en veillant à leur nutrition, à leur arrosage et à leur entretien régulier est fondamental. Utiliser un compost riche en nutriments pour nourrir le sol et favoriser une croissance saine de l'arbre, et s'assurer que l'arrosage est adéquat, ni trop ni trop peu, sont des gestes essentiels. Les engrais chimiques ont tendance à agir immédiatement, mais à favoriser l'apparition de pucerons, il est donc préférable de les éviter.

Le programme Casdar multi-partenarial Simpa étudie, entre 2021 et 2024, des alternatives pour limiter le recours aux insecticides face à des problématiques majeures comme le puceron cendré du pommier et le puceron vert du pêcher. Cette recherche met en lumière l'importance d'une approche intégrée et durable pour la protection des vergers.

tags: #fruitiers #repoussant #pucerons