Les Plantes Adventices : Comprendre, Gérer et Parfois Valoriser

Illustration d'un champ avec diverses plantes adventices et cultivées

Les plantes adventices, communément appelées mauvaises herbes, sont consubstantielles à l’agriculture. Leur présence dans les cultures, les jardins et même les espaces urbains suscite de nombreuses interrogations et des efforts constants pour les gérer. Pourtant, derrière l'image de "nuisibles", se cache une réalité plus complexe, où ces plantes peuvent également jouer des rôles écologiques importants et, parfois, offrir des usages insoupçonnés.

L'Émergence du Concept de Mauvaise Herbe

Pour comprendre d’où vient le concept de mauvaise herbe, il faut remonter une dizaine de milliers d’années en arrière, aux débuts de l’agriculture. Avant de cultiver des plantes pour les manger, les humains consommaient des plantes sauvages. La notion de mauvaise herbe n’avait certainement aucun sens à cette époque. Le problème des mauvaises herbes est apparu quand les hommes ont commencé à favoriser les plantes qu’ils désiraient récolter, et pour cela à « tirer les herbes qui par l’abondance des pluies & luxure de la terre, abondent et surmontent le grain nouvellement levé » (Estienne & Liébault, 1565, f. 98v).

Concrètement, une personne appellera “mauvaise herbe” les plantes qu’elle n’utilise pas, que ce soit pour manger ou pour décorer, par exemple. Elle veut la désherber car elle pense qu’elle nuit aux plantes qu’elle a semées. La parabole du bon grain et de l’ivraie (ou zizanie, d’où l’expression « semer la zizanie ») est, en Occident, la plus célèbre histoire de mauvaise herbe. L’ennemi, dans la parabole, est le Diable, le Mauvais, le Malin - pendant longtemps, on disait les herbes malignes, comme on dit aujourd’hui une tumeur maligne. Elles étaient perçues non seulement comme nuisibles, « méchantes » (qualificatif fréquent autrefois), mais aussi difficiles à éliminer (« mala hierba nunca muere », « mauvaise herbe jamais ne meurt », dit un proverbe espagnol). Il y a quelque chose de diabolique à surgir sans avoir été semé, et à s’obstiner à contrecarrer la légitime aspiration de l’homme à subvenir à ses besoins.

Identifier les Différents Types de Mauvaises Herbes

L'identification des mauvaises herbes est une étape cruciale pour mettre en œuvre des stratégies de lutte appropriées. Il existe d'innombrables types de mauvaises herbes, et leur classification peut se faire selon plusieurs critères. C’est au début du XIXe siècle qu’apparaissent, ou se généralisent, des classifications fonctionnelles entre plantes redevables de moyens de lutte différents. Les ouvrages d’agriculture, depuis l’Antiquité, donnent des noms ou des listes plus ou moins longues de mauvaises herbes. Toutefois, il est important de noter que plus un texte est ancien, moins l’identification avec les espèces portant le même nom actuellement n’est sûre.

Une distinction fondamentale est celle entre les mauvaises herbes annuelles et vivaces. Les premières sont principalement des plantes annuelles dont les semences ont le temps de mûrir et de se répandre sur la terre pendant que la récolte est sur pied, telles sont les moutardes, les pavots, les bleuets, les chardons, les vesces bâtardes (Pictet, 1801 : 12). Les annuelles se développent à partir d’une graine et produisent de nouvelles graines en quelques mois, avant un nouveau labour. Les adventices vivaces, quant à elles, se propagent par leurs racines et peuvent être particulièrement tenaces.

Mauvaises Herbes Communes dans le Gazon

Les mauvaises herbes adorent s’installer dans votre gazon. Apprendre à les reconnaître et les graminées indésirables est essentiel afin d’éviter qu’elles ne colonisent toute votre pelouse et n’étouffent votre herbe. De plus, identifier le type de mauvaises herbes vous permettra de sélectionner des moyens de lutte appropriés. Les adventices les plus courantes dans les pelouses et prairies sont le trèfle, le pissenlit, la renoncule rampante, les pâquerettes et le pâturin annuel.

  • Pissenlit (Adventice vivace): Se propage à toute allure dans le gazon. Pour éliminer la plante, vous devez parvenir à déterrer la racine pivotante, à la fois longue et robuste. Pour ce faire, utilisez des outils spécialisés, comme l’arrache-racines en spirale, particulièrement adapté à la lutte contre les pissenlits.
  • Renoncule rampante (Adventice vivace à stolons): Se propage rapidement, avec ses fleurs jaunes et ses longs stolons. La présence de renoncules dans le gazon indique une surfertilisation.
  • Pâquerette (Mauvaise herbe annuelle): Avec leurs petites fleurs blanches caractéristiques, les pâquerettes envahissent votre belle pelouse en un rien de temps.
  • Mouron des oiseaux (Mauvaise herbe annuelle): Reconnaissable à ses petites fleurs blanches. Vous arracherez facilement la plante avec la racine.

Infographie illustrant différentes mauvaises herbes du gazon avec leurs caractéristiques

Mauvaises Herbes Courantes dans le Potager

Dans le potager, certaines espèces de mauvaises herbes affectent les cultures en les étouffant. Il est particulièrement contrariant de constater que vos délicieux légumes ont été supplantés par ces plantes indésirables. Les variétés de mauvaises herbes que l’on rencontre souvent dans le potager sont le cirse des champs, la bourse-à-pasteur, la renoncule rampante, le pissenlit, la patience à feuilles obtuses, le pâturin annuel et l’égopode podagraire.

  • Egopode podagraire (Adventice vivace): Étouffe les plantes et se propage rapidement dans le jardin, étant difficile à éradiquer.
  • Patience à feuilles obtuses (Adventice vivace): Se propage très rapidement car la plante produit beaucoup de graines. Les patiences à feuilles obtuses sont des mauvaises herbes tenaces en raison de leur racine pivotante particulièrement robuste.
  • Matricaire odorante ou fausse camomille (Mauvaise herbe annuelle): Elle est capable de se propager loin lorsque ses fleurs se désagrègent, répandant leurs semences dans tout le jardin. La plante est facile à arracher.
  • Ortie (Adventice vivace): Pousse en grands bouquets au jardin, envahissant les plantations et autres parterres de fleurs. Vous devez éliminer toute la racine.
  • Plantain majeur (Mauvaise herbe annuelle): Envahit votre pelouse. Éliminez la plante entière, y compris le rhizome charnu. Pour ce faire, utilisez un désherbeur associé à des désherbants.
  • Liseron des haies ou liseron des champs (Adventice vivace): Les rhizomes souterrains se cassent facilement, ce qui permet à la plante de continuer à se multiplier. Les tubercules doivent être éliminés en travaillant le sol avec une fourche à bêcher. Utilisez cet outil en combinaison avec les produits adéquats.
  • Renouée du Japon (Adventice vivace): Mauvaise herbe particulièrement tenace.
  • Gaillet gratteron (Mauvaise herbe annuelle): S’accroche partout grâce aux crochets de ses tiges et se propage aisément dans tout votre jardin. Éliminez l’adventice avec sa racine avant que la plante ne fleurisse et ne produise des graines.

Mauvaises Herbes entre les Dalles

La verdure qui pousse dans les joints des dalles de votre terrasse ou des allées de votre jardin a le chic pour défigurer votre extérieur. Les mauvaises herbes les plus fréquentes entre les dalles sont les chardons, le plantain, le pissenlit, la prêle des champs et le pâturin annuel.

  • Chardons (Adventice vivace): Il en existe différentes espèces, comme le chardon crépu et le chardon penché. Cette plante bisannuelle épineuse gâche votre beau jardin.
  • Prêle (prêle des champs ou queue-de-cheval) (Mauvaise herbe annuelle): Il existe de multiples variétés de prêles. La prêle des champs est indicatrice de sols humides.

L'Impact des Mauvaises Herbes

Les mauvaises herbes ont de nombreuses qualités qui peuvent les rendre problématiques dans certains contextes. Elles poussent souvent plus vite que les plantes cultivées, elles sont plus résistantes aux maladies et elles peuvent entrer en concurrence pour l’eau avec les plantes cultivées.

Concurrence avec les Cultures

Les agriculteurs considèrent comme nuisibles les adventices qui entrent en concurrence avec l'espèce cultivée, ce qui en réduit la quantité récoltée. « Et maintenant, dit-il, si les mauvaises herbes foisonnent, étouffent le blé et pillent sa nourriture, comme les bourdons inutiles pillent ce que les abeilles par leur travail ont mis de côté pour leur nourriture ? » (Xénophon, ca. 375 avant J.C.). « Entant que bien souvent les méchantes herbes suffoquent les bleds, (…). Par ainsi ne faut s’ébahir si la plupart des épis sont vides, & sans grain quelconque, & si les autres ne viennent à leur perfection, & maturité. » (Gallo, 1572 : 12-13).

Cette concurrence peut s’exercer sur différents facteurs : l'eau, les nutriments et la lumière. La lumière est en jeu lorsque Estienne écrit « les herbes qui (…) surmontent le grain nouvellement levé » (1565, f. 98v) et Duhamel du Monceau observe que « les mauvaises herbes prendraient le dessus du blé » (1750, Préface, p. xxii).

Le facteur de croissance le plus limitant, objet principal de la compétition entre plantes cultivées et adventices, n’est pas partout le même. Parfois, c'est la nutrition minérale, en particulier aujourd'hui en agriculture biologique lorsque la disponibilité en azote est limitée (Core-Hellou et al., 2011).

Qualité des Récoltes et Produits Alimentaires

Les mauvaises herbes ne nuisent pas seulement à la quantité, mais aussi à la qualité des récoltes. « Les graines étrangères qui se rencontrent fort souvent mêlées avec l'avoine, & qui dégoûtent le cheval, sont celles de coquelicot, de cardamine, de sénevé, de nielle, d'orobanche, de percepierre, de psyllium, de colzas, &c. Quelque bonne qualité que l'avoine ait par elle-même, ces sortes de graines diminuent beaucoup de sa bonté, au point que les chevaux ne la mangent que difficilement. (…) Les différents genres de plantes qui naissent dans les prés & dans les pâturages, & qui entrent dans la composition du foin, peuvent être distingués en trois différentes classes. (…) La dernière classe est celle des plantes pernicieuses à la santé du cheval, & qu'on doit regarder comme autant de poisons. (…) Ces plantes malfaisantes, confondues avec les bonnes, brisées, desséchées & bottelées ensemble, ôtent à l'animal le moyen de faire la distinction & le choix des bonnes d'avec les mauvaises », insiste l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1757 : 248-249).

L’humidité d’adventices encore vertes peut faire fermenter ou moisir les grains avec lesquels elles sont récoltées, ce qui peut être grave si cela produit des mycotoxines. Certaines productions exigent une propreté particulière de la récolte, pour des raisons techniques. Si, trouvant un fragment de mauvaise herbe dans une boîte de haricots, un consommateur la rapporte au supermarché, celui-ci le signale à l’usine de conserves qui, grâce au numéro de lot, identifie l’agriculteur ayant livré ces haricots.

Dangers pour les Humains et les Animaux

Le danger des mauvaises herbes pour les humains peut varier énormément. Il est impossible de dire si les mauvaises herbes sont toutes sans danger ou toutes dangereuses. Certaines mauvaises herbes, comme l'ortie piquante, ne provoquent que de légères démangeaisons et des éruptions cutanées, sans représenter une menace réelle. Et plus bas sur l'échelle du danger se trouve le Deadly Nightingale. Les mauvaises herbes peuvent également être dangereuses pour les humains si elles sont ingérées. Malgré ces dangers, il existe de nombreuses mauvaises herbes sans danger qui ne représentent aucune menace pour les humains. Le pissenlit, par exemple, est une mauvaise herbe comestible. Ainsi, à la question « toutes les mauvaises herbes sont-elles dangereuses », la réponse est non. Cependant, un contrôle efficace des mauvaises herbes est le meilleur moyen d'assurer la sécurité.

De la même manière que les dangers pour les humains, les mauvaises herbes peuvent être un danger pour les animaux, provoquant des réactions légères à sévères. L'asclépiade peut provoquer chez les chiens des convulsions légères et des pupilles dilatées, ce qui n'est pas trop grave. Tout comme les humains, certaines mauvaises herbes ont même des avantages pour les animaux. Si vous vous posez à nouveau la question « toutes les mauvaises herbes sont-elles dangereuses ? », souvenez-vous que certaines sont tout simplement plus nocives que d'autres.

Dégâts aux Écosystèmes et aux Infrastructures

Certaines mauvaises herbes, comme la berce du Caucase, sont dangereuses pour les autres plantes qui poussent à proximité. C'est une mauvaise herbe très envahissante et elle devient facilement incontrôlable. La renouée du Japon, de la même manière, est une mauvaise herbe incroyablement nocive. Parce qu'elle est presque impossible à contrôler, elle peut même causer des dommages matériels. Souvent, les assureurs n'assurent pas une maison si la renouée du Japon est présente ou si elle pousse à une certaine proximité.

Les mauvaises herbes peuvent également être dangereuses pour votre jardin. Non seulement l'herbe des Bermudes dégage des produits chimiques de ses racines qui tuent d'autres plantes, mais elle est également difficile à éliminer. Le liseron des champs, le sureau terrestre et le chiendent sont trois mauvaises herbes envahissantes courantes difficiles à éliminer.

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Dispersion et Persistance des Mauvaises Herbes

Les mauvaises herbes se reproduisent, se répandent et se perpétuent de différentes façons qui compliquent le problème. Elles sont d’abord tout simplement des plantes qui, comme toutes les plantes, se disséminent par divers mécanismes (Benvenuti, 2007).

Mécanismes Naturels de Dispersion

Les ruissellements et les inondations transportent de grandes quantités de graines, voire des plantes entières. Les graines de certaines espèces s’accrochent au pelage d’animaux (Römermann et al., 2005) ; d’autres résistent à la digestion et se retrouvent dans les déjections, rejetées à un autre endroit que là où les animaux les ont ingérées (Pleasant & Schlather, 1994).

Rôle de l'Activité Humaine dans la Dispersion

L'activité humaine accentue certains mécanismes naturels et en ajoute d'autres. Le fumier contient des graines que le passage dans le tube digestif du bétail n’a pas détruites - « comme reliques du fien ((fumier)) consumé » (Estienne & Liebault, 1565). « Un excellent engrais à mettre sur les terres, est le fumier de poules, pigeons et dindons, connu sous le nom général de poulinée. On la sème (…) sur les orges et avoines, et presque jamais sur le blé, parce que cette sorte d'engrais fait pousser des grains d'orge et d'avoine que les volailles rendent quelquefois tout entiers » « Quelques cultivateurs ont la coutume de fumer en Mars ((sur les Mars, cultures de printemps l’année suivant celle des blés)), pour préserver d'herbe leurs blés » (Chrestien de Lihus, 1804 : 92, 94).

Des semences mal triées ont toujours été une source importante de dissémination des mauvaises herbes d’un champ à un autre. Ceci à toutes les échelles géographiques : c’est ainsi que des adventices ont été transportées entre l’Ancien et le Nouveau Monde. Des graines de mauvaises herbes, mêlées à de la terre, sont transportées d’un champ à un autre par les pneus ou les outils de travail du sol. Mais ce sont surtout les moissonneuses-batteuses qui, si elles ne sont pas nettoyées en sortant du champ, sont les principaux outils disséminateurs. Lorsque la moisson coïncide avec la maturité des graines d’adventices, une machine peut en contenir, et donc transporter, des dizaines de milliers (McCanny & Cavers, 1998 ; Boyd & White, 2009). Des moissonneuses-batteuses équipées de système de triage de ces graines, qui étaient ensuite brûlées, ont existé autrefois, et certains constructeurs en proposent à nouveau malgré le poids de tels dispositifs sur les très grosses machines actuelles. Tout ce qui roule sur la terre ou la travaille peut transporter des graines.

Facteurs Influant sur la Présence des Mauvaises Herbes

Les espèces présentes sur un terrain sont bien sûr adaptées à son milieu naturel (climat et sol), dont elles peuvent être indicatrices (Fried et al., 2008 ; Fried, 2010). Les matricaires, par exemple, sont indicatrices de sol limoneux, la prêle de sols humides. C’est ainsi qu’une modification radicale du milieu, telle que le drainage ou le chaulage, permet de réduire en quelques années l’infestation par des espèces inféodées aux anciennes conditions.

Influence des Systèmes de Culture

Mais les mauvaises herbes sont aussi - et surtout - adaptées au système de culture (Fried et al., 2009 & 2012). Les espèces qui se reproduisent par graines ne peuvent le faire que lorsque leur cycle peut s’accomplir entièrement à l’intérieur de celui de la culture, au début duquel les labours et façons superficielles avant le semis détruisent les adventices levées (c’est un de leurs buts) ; et à la fin duquel la moisson empêche de mûrir les graines qui ne le sont pas encore, en coupant les plantes qui les portent.

Le colza, le blé d’hiver, la betterave et le maïs n’ont pas les mêmes mauvaises herbes parce qu’ils ne sont pas semés et/ou récoltés aux mêmes dates, et que la plupart des espèces adventices ont des périodes de levées limitées dans le temps, plus ou moins strictement selon les espèces. La répétition d’une même culture dans une pièce permet la multiplication des mauvaises herbes adaptées à son cycle ; inversement, la succession d’espèces cultivées de cycles différents fait que chaque espèce adventice ne peut pas grainer tous les ans. C’est une des raisons d’être des rotations, dont on a cru pouvoir se passer grâce aux herbicides chimiques sélectifs, mais que les préoccupations environnementales et la multiplication des souches de mauvaises herbes résistantes à ces herbicides remettent au premier plan.

Résistance aux Herbicides et Techniques Culturales

L’apparition de populations résistantes aux herbicides résulte le plus souvent de la sélection par des traitements répétés d’individus qui, par hasard, intègrent des gènes de résistance. Là où des variétés génétiquement modifiées, intégrant des gènes de tolérance aux herbicides non sélectifs, sont cultivées, des croisements interspécifiques entre plantes cultivées et espèces adventices taxonomiquement proches (colza et crucifères sauvages, par exemple) sont également une cause possible d’acquisition de la résistance à ces herbicides.

La modification des techniques culturales entraîne aussi une modification de la flore adventice. En Europe occidentale, le passage au non-labour (« Techniques culturales simplifiées ») permet l’infestation par des Bromes auparavant négligeables, car très sensibles à l’enfouissement par le labour, comme toutes les espèces dont les graines persistent relativement peu de temps dans le sol.

Le Sol comme Indicateur

Le nombre d’espèces de mauvaises herbes que l’on peut avoir dans un jardin dépend souvent de la gestion des sols de la parcelle. À chaque type de gestion, certaines mauvaises herbes particulières vont pousser. Un jardin peut facilement compter plusieurs dizaines d’espèces de plantes sauvages.

  • Le rumex à larges feuilles (Rumex obtusifolius): Pousse dans des sols où l’acidité est bonne pour les plantes cultivées mais où l’excès de fertilisants et de tassement nuisent au bon développement des organismes du sol et des autres plantes.
  • Le chénopode blanc (Chenopodium album): Pousse dans des sols qui peuvent être légèrement acides, où il n’y a pas assez de matières végétales en décomposition. Le sol n’est alors pas très stable.
  • Le lierre terrestre (Glechoma hederacea): Pousse dans des sols où l’acidité est bonne pour les plantes mais, au contraire du chénopode blanc, se trouve dans des jardins où il y a un peu trop de matières végétales en décomposition par rapport à ce que les organismes vivants du sol parviennent à manger. Les plantes ne poussent pas autant qu’elles le pourraient.
  • La cardamine hérissée (Cardamine hirsuta): Pousse sur des sols légèrement acides où les matières mortes se décomposent vite mais où il manque justement de la matière à décomposer pour stabiliser le sol.
  • La vergerette du Canada (Erigeron canadensis): Pousse au soleil sur des sols aux conditions d’humidité et d’acidité bonnes pour les plantes mais sur des sols souvent tassés et manquant de matières en décomposition. Les matricaires, par exemple, sont indicatrices de sol limoneux, la prêle de sols humides.

Schéma montrant l'interaction entre les mauvaises herbes, le type de sol et les cultures

Stratégies de Lutte contre les Mauvaises Herbes

Les moyens dont on peut attendre de l'efficacité pour la destruction des plantes nuisibles doivent varier selon la nature du sol, mais surtout selon le mode de végétation de la plante indésirable.

Méthodes Manuelles et Mécaniques

Couper les mauvaises herbes réduit la quantité de mauvaises herbes visibles que vous pouvez voir, mais ne fait rien pour enlever la racine. Pour le pissenlit, pour éliminer la plante, vous devez parvenir à déterrer la racine pivotante, à la fois longue et robuste. Pour ce faire, utilisez des outils spécialisés, comme l’arrache-racines en spirale, particulièrement adapté à la lutte contre les pissenlits. Pour le plantain majeur, éliminez la plante entière, y compris le rhizome charnu. Pour ce faire, utilisez un désherbeur associé à des désherbants. Pour le liseron des haies ou liseron des champs, les tubercules doivent être éliminés en travaillant le sol avec une fourche à bêcher, en combinaison avec les produits adéquats. Pour le mouron des oiseaux ou la matricaire odorante, vous arracherez facilement la plante avec la racine. Il est recommandé d'éliminer le gaillet gratteron avec sa racine avant que la plante ne fleurisse et ne produise des graines.

Solutions Alternatives et Écologiques

Foamstream est une solution efficace pour le désherbage. Il utilise une mousse qui garde la chaleur sur la plante aussi longtemps que possible, tuant la mauvaise herbe. Foamstream est une alternative au glyphosate, ce qui signifie tuer les mauvaises herbes de manière plus respectueuse de l'environnement. Si vous rencontrez des mauvaises herbes dangereuses dans un espace public, Foamstream peut être utilisé pour le désherbage de votre zone commerciale.

La Valeur Inattendue des Mauvaises Herbes

La très vieille notion de mauvaise herbe qualifie intrinsèquement de nuisibles des espèces végétales, de même qu’on a longtemps décrété nuisibles des espèces animales comme les rapaces et les renards. Or ces plantes peuvent être mauvaises et bonnes à la fois. Au XVIIIe siècle, cette ambivalence a conduit à adopter le terme neutre d’adventice : « Adventice, terme de jardinier. Les plantes adventices sont celles qui croissent sans avoir été semées » (Diderot, 1776).

Rôles Écologiques Positifs

Hill & Ramsay (1977) donnent une liste des rôles positifs des mauvaises herbes :

  • Protéger le sol contre l’érosion en le couvrant. Lorsqu’un coquelicot s’installe dans un champ, le sol se retrouve couvert d’une végétation alors qu’il était nu. Cela évitera l’érosion et que le sol se retrouve en coulées de boue dans les rivières et les fleuves.
  • Abriter des auxiliaires des cultures. Certaines espèces de mauvaises herbes abritent des maladies ou parasites dont elles permettent la multiplication ou le maintien d’une année sur l’autre. Mais, à l’inverse, elles peuvent aussi abriter des auxiliaires des cultures, leur floraison peut constituer une ressource pour des insectes pollinisateurs, leurs graines peuvent être consommées par des carabes, dont certaines espèces sont à la fois granivores et prédateurs de limaces.
  • Par leurs racines profondes, ouvrir la voie à celles des cultures et faciliter le drainage.
  • Remonter à la surface des oligo-éléments.
  • Servir de ressource alimentaire pour la biodiversité : papillons et autres insectes, oiseaux…
  • Le coquelicot, comme toutes les plantes, produit la plus grande partie de son poids à partir du CO2 de l’air.

Pour les écosystèmes, les mauvaises herbes ont généralement un rôle de “remplissage des trous” laissés par les humains. Lorsqu’un coquelicot s’installe dans un champ, c’est qu’il a la place de s’installer mais aussi que le sol est suffisamment nutritif pour lui. Et cela profite ensuite à l’écosystème sur différents niveaux.

Plantes Indicatrices de l'État du Sol

Les mauvaises herbes peuvent être indicatrices des conditions du sol, ce qui en permet une meilleure gestion. Par exemple, le pissenlit indique généralement un bon sol pour les cultures, riche en nutriments. Les matricaires, par exemple, sont indicatrices de sol limoneux, la prêle de sols humides.

Usages Comestibles et Médicinaux

Dans les agricultures de subsistance, certaines mauvaises herbes peuvent servir de fourrage ou plantes médicinales. Le chénopode se consomme comme des épinards et est excellent en salade, vapeur ou en soupe. L'ortie, bien qu'urticante, peut être transformée en potage délicieux. On récolte les jeunes feuilles et on évite les manipulations à main nue. On rince le tout et puis hop! Dans le cas d'un potage, on fait revenir et brunir les oignons et ensuite on cuit les pommes de terre dans le bouillon. On ajoute les orties et on termine le tout au mélangeur.

Plutôt que d’arracher systématiquement toutes les "mauvaises herbes", il est parfois judicieux d'en conserver quelques-unes, en reconnaissant leur rôle dans l'écosystème et leur potentiel de valorisation.

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