Utilisé depuis des siècles, le fumier au potager reste l’un des meilleurs alliés du jardinier en permaculture. Riche en matières organiques et en nutriments, il améliore durablement la structure du sol tout en stimulant la vie biologique souterraine. Toutefois, mal employé, il peut aussi brûler les racines, déséquilibrer la terre ou favoriser certaines maladies. Dans cet article, nous explorerons pourquoi et comment utiliser le fumier en permaculture, en détaillant les types à choisir, le moment idéal pour l’apporter, et surtout, comment l’intégrer pour nourrir les cultures tout en respectant l’équilibre naturel du sol. Nous aborderons également le rôle des bio-accélérateurs dans l'optimisation de ce processus.
Qu'est-ce que le Fumier en Permaculture ?
Le fumier est un matériau organique d'origine animale et végétale, issu d’élevages agricoles ou familiaux. Il est préférable de privilégier les élevages biologiques et les fermes en élevage extensif, où les animaux disposent d’un espace conséquent, ce qui les rend moins sujets aux traitements antibiotiques.

Composition du fumier : Déjections et Litière Végétale
Le fumier est constitué de deux matériaux distincts. D'une part, les déjections animales, riches en azote et divers oligo-éléments, se libèrent assez vite et favorisent le développement des plantes. D'autre part, la paille ou un autre matériau végétal fibreux est utilisé en litière. De par sa teneur en carbone, ce matériau produira l’essentiel de l’humus issu de la décomposition du fumier. Le fumier est un mélange d’urine, d’excrément, et de matière carbonée. Au final, le fumier est un mélange de matières très sèches, très carbonées, très ligneuses, couplées à des matières très humides.
Différence entre fumier, crottin et bouse
Il est déconseillé d’utiliser les déjections seules, sans paille ou autres matériaux ligneux comme du broyat, au potager. En effet, trop azotées, elles risquent de brûler les racines. De plus, elles se décomposent souvent mal, ce qui peut avoir des conséquences sanitaires, en particulier pour les légumes racines, mais aussi pour les légumes-fruits qui seraient en contact avec le sol. Les déjections seules sont appelées crottin pour les chevaux et bouses pour les vaches.
Pourquoi Utiliser du Fumier au Potager ?
Le fumier est un amendement dont le rôle est d’améliorer durablement le sol et de favoriser ainsi un meilleur développement des plantes cultivées, par opposition aux engrais qui ont pour objectif de nourrir directement les plantes.
Un Amendement Riche en Humus et Micro-organismes
Le fumier enrichit la terre en humus stable, dont les intérêts sont multiples. L’humus constitue un support de culture riche et équilibré, rend la terre plus perméable et plus facile à travailler. Il améliore la structure du sol en allégeant les terres grasses (fumier de cheval) et en donnant plus de corps aux terres légères (fumier de vache). Un apport annuel de fumier très décomposé, de compost (3 kg/m²) additionné de sulfate de fer neige ou de tourbe (de 200 à 400 g/m²) peut être un palliatif pour améliorer un sol calcaire. Les algues, un excellent amendement, peuvent également enrichir le sol, le fumier nourrissant la terre par un apport d'humus dont le rôle est fondamental.
Favoriser la Vie du Sol et la Fertilité Naturelle
Un sol vivant est la base d’un potager en permaculture. Le fumier, bien composté ou utilisé avec discernement, nourrit non seulement les plantes mais surtout la faune et la microflore du sol : bactéries, champignons, mycorhizes, collemboles, cloportes et bien sûr les vers de terre. Ces organismes décomposent la matière organique et transforment progressivement le fumier en humus stable, véritable réservoir de nutriments. Contrairement aux engrais chimiques qui agissent rapidement mais appauvrissent le sol sur le long terme, le fumier entretient un cycle naturel de fertilité en stimulant l’activité biologique souterraine.
Les vers de terre aèrent la terre en creusant des galeries et mélangent la matière organique avec les minéraux du sol. Les champignons mycorhiziens augmentent la surface d’absorption des racines et aident les plantes à mieux capter phosphore et oligo-éléments. Les bactéries décomposeuses transforment l’azote organique en formes assimilables pour les cultures. Au fil du temps, l’apport régulier de fumier bien intégré améliore la fertilité naturelle et durable du sol, réduit la dépendance aux intrants extérieurs et favorise la résilience du potager face aux aléas climatiques (sécheresse, excès d’eau, maladies).
Les Différents Types de Fumier et Leurs Usages
Chaque fumier présente des caractéristiques différentes. Idéalement, il convient de choisir l’un ou l’autre en fonction de la nature du sol du jardin, de son état, de la période d’apport et des besoins particuliers des plantes cultivées.

Fumier de Vache : Idéal pour Terres Légères
Le fumier de vache, et plus largement de bovin, est un matériau froid, lourd, humide et compact. Il donnera plus de corps aux terres légères et leur conférera une certaine fraîcheur, ce qui est intéressant pour les chaleurs estivales. Il est plutôt conseillé pour les sols légers tellement ce fumier est lourd et froid. Les bouses complétées d’une litière de paille mettent du temps à se décomposer sans trop de montées en température. Mais une fois composté, il pourra être utilisé pour tout type de sol. Sa richesse nutritive est assez similaire au fumier de cheval, un peu plus riche tout de même, notamment en potassium.
Fumier de Cheval : Allège les Terres Lourdes
Le fumier de cheval, et plus largement d’équin (ânes, mulets), est un matériau chaud et léger. Il est idéal pour les terres lourdes, argileuses, qu’il allégera et réchauffera. Du fait de sa rapide et forte montée en température, c’est celui que l’on utilisera de préférence pour la constitution des couches chaudes. C'est le plus répandu et le plus utilisé dans nos potagers. Il monte vite en chaleur et est d’ailleurs parfois utilisé pour confectionner des « couches chaudes », alternance de fumier frais et paille ou foin pour chauffer un espace à semis par exemple. Le fumier de cheval est une bénédiction pour votre sol. Riche, structurant et facile à trouver, il booste la fertilité de votre potager sans produit chimique.
Le fumier de cheval est un mélange de crottin, d’urine et de litière végétale. Cette litière peut être constituée de paille, de copeaux de bois ou d’autres matières végétales. Un des paramètres essentiels à connaître est le rapport carbone/azote (C/N). Avec de la paille, ce rapport est assez équilibré (autour de 27 à 30). Avec des copeaux de bois, ce rapport peut grimper jusqu’à 60. Un fumier trop riche en carbone bloque temporairement l’azote du sol, les micro-organismes puisant l’azote pour dégrader la matière, au détriment des plantes. Voilà pourquoi un fumier frais ne doit jamais être utilisé directement au pied des cultures.
Le fumier de cheval est un amendement complet. Il apporte des éléments essentiels comme l’azote, le phosphore et la potasse, mais leur libération se fait lentement, au rythme de la minéralisation. Il contient également du calcium et du magnésium, qui jouent un rôle dans l’équilibre du sol et la croissance des plantes.
Fumier de Mouton ou de Chèvre : Riche en Potasse
Les fumiers ovins sont secs, chauds et particulièrement riches en potasse, ils sont donc notamment profitables pour les légumes-fruits. En cas d’apport au printemps, ils doivent impérativement être compostés, car ils risquent de brûler les racines.
Fumier de Porc : Utilisable en Mélange
Celui de porc n’est en général pas recommandé, car extrêmement froid. Toutefois, un apport automnal de fumier porcin composté (seul ou mélangé à d’autres fumiers et/ou à divers déchets végétaux) apportera au sol une grande fertilité, parfaite pour les courges ou les concombres par exemple.
Fumier de Volaille : Booster Azoté Puissant
Le fumier de poule est très chaud et particulièrement riche en azote et en potasse. Il doit ainsi être utilisé avec précautions en raison des risques de brûlures des plantes. Pauvre en humus, il est plutôt considéré comme un engrais qui pourra être utilisé pour booster les plantes à croissance rapide. Cependant, il est préférable de l’intégrer au compost. Le fumier de volaille, après celui de lapin, est le fumier le plus riche en potasse. Il est idéal pour répondre aux besoins exigeants des cultures les plus gourmandes, comme les tomates, les pommes de terre et les betteraves.
Fumier de Lapin : Améliore les Sols Légers
Le fumier de lapin améliore les sols légers. Il peut être utilisé au moment du bêchage du terrain. S’il est parfaitement décomposé, il est conseillé de l’épandre en fine couche sur la terre, ce qui ne pourra que l’améliorer. Les fumiers de lapin sont (au moins) deux fois plus concentrés en minéraux qu’un fumier de vache ou de cheval. Il faut en tenir compte pour apporter les bonnes quantités. Tout juste 1 kilo au m² sera déjà une belle dose, ce qui correspond à une bonne pelletée.
Compostage du Fumier : Une Étape Clé
D’une manière générale, il est préférable de le composter, car il contient des germes pathogènes et des graines d’adventices qui ne demandent qu’à germer. Il peut être composté seul, mais le mieux est de le mélanger avec d’autres matériaux végétaux pour obtenir un compost plus équilibré. Outre la quantité de matières organiques supplémentaires, il aidera le compost à chauffer plus vite et accélérera ainsi le processus de décomposition. Les quantités à apporter dépendront du type de fumier et des exigences de la culture.

Le compostage est une technique qui consiste à aérer des matières organiques solides stockées en andain et favoriser ainsi les conditions de stockage et une dégradation de cette matière, grâce à l’activité de micro-organismes aérobiques. Cette biotransformation entraîne à la fois leur décomposition et leur humification, et elle se déroule en deux phases :
Phase de Dégradation Active
Suite au passage d’un retourneur d’andain, le volume du tas augmente dans un premier temps d’environ 30 %. Au cours de cette phase, la température s’élève jusqu’à 65-70°C et redescend ensuite à la température ambiante. Cette phase, qui pour les fumiers de bovins dure environ un mois, s’accompagne d’importantes modifications chimiques et biochimiques ; plus de la moitié des matériaux de départ change de composition. La masse et le volume se réduisent d’environ 50 %, par dégagement de CO2 et de vapeur d’eau. Grâce à l’activité microbienne et ces températures élevées, la matière est assainie, les germes pathogènes sont détruits et le pouvoir germinatif des grains d’adventices est réduit. Le compostage va de pair avec une homogénéisation du tas, ce qui facilite l’épandage par après. On observe également une concentration en nutriments.
Phase de Maturation Lente
Pendant cette étape, l’humification se poursuit en même temps que la minéralisation de la biomasse microbienne. La phase de dégradation active est celle recherchée dans la plupart des cas et son résultat est un compost jeune, optimal pour être épandu en prairie et terre de cultures. Il s’agit d’une matière organique toujours facilement dégradable par les organismes du sol qui, au-delà d’apporter des nutriments, peut augmenter les teneurs en humus du sol. Lorsque la température dans le tas se rapproche de la température ambiante, on considère cette phase comme étant terminée et il n’est pas opportun de laisser un tas de compost longtemps stocké dehors, ce qui augmenterait les pertes de nutriments.
On distingue ainsi le compost jeune, qui a subi cette phase de dégradation intense et dont la température est redescendue, et le compost mûr qui, après une maturation prolongée, a une odeur de terreau, est friable et ne permet plus la reconnaissance des matériaux d’origine. Il y a lieu de souligner que le fumier simplement déposé en bordure du champ n’évolue pas en compost, même après un séjour prolongé, car les conditions indispensables d’aérobiose n’y sont pas remplies. Au contraire, des fermentations provoquent la formation de composés néfastes et malodorants, et l’émission de méthane.
Compostage du fumier.
Conditions de Réussite du Compostage
Afin de réussir au mieux le compostage, quelques aspects sont à respecter :
Présence d'oxygène : Indispensable pour le compostage, les besoins en oxygène sont très importants pour déclencher la décomposition. C’est ce qui justifie le passage du fumier dans les moulins d’un épandeur ou d’un retourneur d’andains.
Structure du fumier : Le fumier doit être suffisamment structuré afin de maintenir les conditions d’aérobiose et garder la matière stockée en tas. La structure du tas est assurée par la paille/litière dans le tas. Le manque de structure ne permettra pas un bon déroulement de la décomposition. La quantité de paille à apporter comme litière est fonction du type d’animal, des caractéristiques de son alimentation et du type d’étable ; il faut en prévoir de 5 à 8 kg par UGB et par jour.
Humidité optimale : Une humidité optimale de 25 à 50 % est nécessaire. Lorsqu’un fumier est trop sec (fumier de cheval, fumier très pailleux), on peut l’humidifier en ajoutant de l’eau ou même du lisier pendant le retournement d’andain. Un fumier trop humide (fumier mou) ne convient pas pour un compostage. Il ne tient pas en tas et favorise l’anaérobiose et les pertes par des jus d’écoulement.
Caractères physico-chimiques : Le rapport C/N se situe idéalement entre 20 et 30.
Teneurs en Nutriments et Fractions Azotées du Compost
Les teneurs moyennes du fumier composté sont de 6 unités N, 4,1 unités P2O5 et 8,7 unités K2O par tonne de produit frais (source Requasud). Pour l’azote, on attribue au compost un coefficient d’efficacité de 0,75 par rapport au nitrate d’ammonium. Le phosphore et le potassium des fumiers compostés sont entièrement disponibles et équivalent à ceux apportés par les engrais minéraux.
Le compost est une matière organique à action lente. Maximum 5 % de l’azote du compost est présent sous forme d’ammoniaque (N-NH4), soit environ 0,4 kg/t, avec un effet immédiat sur la croissance des végétaux. Cette fraction d’azote ammoniacal est inférieure comparé au fumier frais, étant donné que le compostage est responsable d’une consommation voire même une volatilisation de cet azote ammoniacal. Le reste de l’azote y est présent sous forme organique dont 25 % sera minéralisé pendant la 1ère année après épandage. Trois semaines à un mois après le retournement des andains, le compost sera épandu afin de profiter pleinement des éléments fertilisants qu’il renferme ainsi que de l’effet stimulant sur l’activité biologique du sol : accélération de la décomposition des matières organiques fraîches telles que les résidus de culture. Un compost surmaturé n’a plus cet effet. Cette utilisation d’un compost jeune permet de réduire les surfaces consacrées à sa confection.
Avantages et Enjeux du Compostage
S’il est bien pratiqué, le compostage présente de nombreux avantages pour une exploitation :
- Hygiénisation et assainissement : Destruction des pathogènes et réduction du pouvoir germinatif des grains d’adventices (rumex, etc.).
- Réduction de la durée de stockage au champ : Diminution des pertes de nutriments azotés et de la production de gaz néfastes, comparé à un stockage de plus longue durée au champ.
- Homogénéisation : Dosage précis et bonne répartition de la matière épandue.
- Suppression des mauvaises odeurs : Possibilité d’épandage avant pâturage.
- Diminution de la masse et du volume du tas : Concentration en nutriments.
- Application toute l’année : Dans le respect de la législation (PGDA4), avec une interdiction d’épandage en zone vulnérable du 01/10 au 15/11.
Si le compostage des fumiers entraîne un travail supplémentaire pour la mise en place des andains, la réduction des volumes et masses pendant le processus permet un gain de temps important à l’épandage.
Il y a malgré tout lieu de citer quelques défis liés au compostage :
- Matériel spécifique : Nécessite l’intervention de matériel spécifique (retourneur d’andain).
- Conditions de réussite : Des conditions de réussite sont à respecter.
- Risque de pertes de nutriments : D’autant plus élevé que le stockage sur sol perméable se poursuit.
- Organisation du travail : Synchroniser mise en tas, passage du retourneur d’andain et épandage en quelques semaines.
- Éviter les corps étrangers : Il faut absolument éviter les corps étrangers (ficelles, pierres, etc.) et respecter des dimensions du tas (hauteur optimale 1,5 m et largeur maximale 5 m) et garantir une accessibilité du tas.
- Éviter le stockage prolongé : Il faut éviter de stocker les composts trop longtemps à l’extérieur, étant donné que des pertes importantes de potassium peuvent survenir lors de stockages prolongés.
Utilisation du Fumier après Bio-Accélérateur
L'intégration de bio-accélérateurs peut grandement optimiser le processus de compostage et l'utilisation du fumier. Un bio-accélérateur est une poudre 100% naturelle, composée de bactéries vivantes qui vont agir de façon progressive en se développant. Ces produits permettent une accélération significative de la décomposition des matières organiques.
Le Rôle des Bio-Accélérateurs dans le Compostage
Les bio-accélérateurs, tels que le COMPO’BOOST ou Mr. Bacteria No. 4, agissent en stimulant l'activité des micro-organismes responsables de la décomposition. En augmentant la population bactérienne et en favorisant des conditions optimales d'aérobiose, ces accélérateurs réduisent le temps nécessaire à la maturation du compost. Par exemple, avec le produit Mr. Bacteria No. 4, le temps de maturation du compost peut être réduit de moitié.
L'utilisation d'un bio-accélérateur est particulièrement avantageuse pour la gestion du fumier dans les écuries ou haras. Il permet de réduire considérablement les odeurs d'ammoniac dégagées par le fumier, ce qui résout un problème majeur pour le voisinage. De plus, il assainit la litière dans les boxes, rendant l'environnement du cheval plus sain et confortable, et réduisant les risques infectieux.
Application des Bio-Accélérateurs
Les bio-accélérateurs se présentent souvent sous forme de poudre. Pour le fumier équin, on peut verser 120 à 150 grammes par box sur la litière lors de sa mise en place. Les premiers résultats peuvent être constatés dès la deuxième semaine : la litière devient plus saine et sèche, et les odeurs d'ammoniac sont considérablement réduites.
Pour le compost de jardin, l'apport régulier d'un "activateur de compost" à base de sulfate d'ammoniaque peut accélérer sa formation. Il est important de maintenir le compost suffisamment humide (test de la main) et de l'aérer de temps en temps pour assurer la vie des micro-organismes.
Épandage du Fumier : Quand et Comment ?
L'épandage du fumier doit être réalisé avec discernement pour maximiser sa valeur fertilisante et éviter les risques environnementaux et agronomiques.
Fumier Frais vs Fumier Composté
Le fumier frais contient une bonne partie d’azote très vite disponible via les urines et déjections fraîches. De nombreuses études montrent une déperdition d’azote jusqu’à 50% par volatilisation. Pour réduire ces pertes, il est conseillé de l’enfouir tout en le laissant dans un milieu aérobie, aéré, sur les 10 premiers centimètres de sol maximum.

Le fumier composté est beaucoup plus stable. L’azote est lié au carbone, les molécules sont complexes. On pourra le laisser en surface sur un sol gorgé de vie biologique. C’est elle qui va travailler mieux que tout engin mécanique et incorporer le compost de fumier aux premiers centimètres de sol. Au contraire, sur un sol peu propice au potager, manquant de vie, d’aération ou d’humidité, il est conseillé d’enfouir mécaniquement le compost de fumier sur les premiers centimètres.
Compostage du fumier.
Périodes d'Application
- Automne : C’est le bon timing pour le fumier frais ou demi-mûr. Il peut être épandu sur les parcelles libérées après récolte. C'est également la période principale pour laisser le temps au fumier de se décomposer.
- Hiver : Un complément est possible avant la saison de culture. L’épandage doit être fait sur un sol non gelé et non enneigé.
- Fin d’hiver ou début de printemps : Utilisez du compost mûr et bien décomposé.
- Printemps : Uniquement du fumier bien mûr ou intégré au compost. Les applications peuvent être faites durant la saison de croissance, mais il est crucial de synchroniser les besoins des plantes et la libération de l'azote des engrais. Pour des raisons sanitaires en agriculture biologique, les fumiers et lisiers doivent être appliqués au moins 90 jours avant la récolte des cultures qui ne sont pas en contact avec le sol, et au moins 120 jours avant récolte pour celles qui le sont.
Doses d'Application
Les doses de fumier varient selon le type de fumier, le degré de compostage, le type de sol et les besoins des cultures.
- Fumier frais : Comptez 2 à 3 kg par m², soit environ 20 à 30 tonnes à l’hectare. Ce type de fumier ne doit jamais être utilisé juste avant une plantation.
- Fumier composté : Ici, la matière est déjà transformée. 1 à 2 kg par m² suffisent pour enrichir le sol avant les plantations de printemps.
- Fumier déshydraté : Ce type de fumier est plus concentré. Il suffit souvent de 0,5 à 1 kg par m², ou quelques poignées autour de chaque plant.
- Cultures en pots ou en bacs : Le volume de terre étant limité, il est préférable de réduire les quantités. Une petite poignée mélangée au terreau, ou un surfaçage léger, est largement suffisant.

Cultures Adaptées et Précautions
Les cultures gourmandes sont les grandes gagnantes du fumier :
- Tomates, poivrons, aubergines : Apprécient un sol riche en humus.
- Courgettes, potirons, concombres : Ces cucurbitacées ont besoin de beaucoup de matière organique.
- Choux, poireaux, céleris : Leur cycle long demande un sol structuré et nourri.
Cependant, certaines cultures sont sensibles aux excès de fumier frais : les semis, jeunes plants et certaines cultures comme la laitue ou les radis. Pour ces cultures, utilisez du fumier bien décomposé ou en petite quantité. Les légumes-racines comme les carottes, les navets ou les radis réagissent mal à un excès de fertilité et préfèrent un sol léger et peu enrichi.
Si trop de fumier a été appliqué, il est recommandé d'incorporer du compost mûr ou de la matière sèche (paille, feuilles) pour diluer l’azote et éviter les brûlures des racines.
Incorporation au Sol
L’incorporation des fumiers, lisiers et composts permet de maximiser leur valeur fertilisante en diminuant les pertes d’azote par volatilisation. Les fumiers doivent être incorporés immédiatement après l’épandage, sinon la fraction ammoniacale de l’azote est perdue. Ces pertes peuvent atteindre 30 % ou plus dans le cas des fumiers. En ce qui concerne le compost, il y a peu ou pas de pertes, car l’azote ammoniacal aura été soit perdu lors du compostage de matériaux ayant un faible rapport C/N, soit transformé en azote organique lors du compostage. L’incorporation au sol des composts est tout de même recommandée pour limiter les pertes par ruissellement et par conséquent la pollution par le phosphore.
Lorsque les sols sont compactés, ce qui arrive souvent lorsqu’ils sont mal drainés, les conditions sont anaérobiques ; les fumiers et les composts se décomposent mal, fournissent peu d’azote aux plantes et peuvent même être toxiques. En général, les fumiers, lisiers et composts peuvent être incorporés superficiellement, à une profondeur d’environ 5-15 cm par des outils à dents ou à disques, tels un vibroculteur, une déchaumeuse, une herse ou des équipements de planches permanentes. Ils peuvent être incorporés plus en profondeur par un labour, à condition que ce dernier soit dressé, ce qui permet de répartir la matière fertilisante dans toute la couche de labour. Un labour à plat n’est pas idéal car le fumier se retrouve à la base du labour où il va mal se décomposer.
Dans un système comportant un tracteur à deux roues, les deux outils pour l'incorporation sont le rotoculteur et la herse rotative. L’outil utilisé le plus souvent est la herse rotative car il permet un travail en surface sans inversion des couches de sol. On s'assure qu'elle travaille assez profondément, soit à environ 10 cm, pour préparer un lit de semence adéquat pour le passage du semoir ou faciliter le travail de transplantation.
Gérer l'Épandage avec Efficacité
La bonne gestion de l'épandage est cruciale pour une fertilisation optimale et le respect de l'environnement.
Calibration de l'Épandeur
Calibrer un épandeur implique de déterminer la distance à parcourir avec un chargement donné afin d'atteindre la dose de fertilisant ciblée (en t/ha ou kg/m²). La calibration peut se faire à l'aide de mesures et de calculs simples. Si une analyse de densité n’est pas disponible, une méthode simple consiste à peser quelques échantillons d’un même volume. Pour les épandeurs à fumier, il est courant que les maraîchers utilisent de petits équipements usagés. Un modèle commun distribue environ 50 % du fumier ou du compost directement derrière l’épandeur tandis qu’environ 25 % sont lancés de chaque côté sur une distance d’à peu près 1,50 m. On se retrouve ainsi communément avec une dose de compost vis-à-vis de l’épandeur et une demi-dose de chaque côté. Il ne faut pas s'inquiéter du compost épandu à pleine largeur, car l’azote est mobile dans le sol et les systèmes racinaires s’étendent communément sur un mètre ou deux de largeur ; on retrouve des racines sous les allées et même dans les planches voisines.

Méthodes d'Application Manuelle et Semi-mécanisée
Pour un système peu mécanisé, le plus simple et le plus efficace est de calculer le volume requis par planche ou par unité de longueur de planche (par exemple, mètre-planche). Les brouettes et les seaux sont fréquemment utilisés sur les fermes de petite taille pour mesurer et épandre les amendements plus volumineux comme le compost. Cette stratégie est tout à fait fonctionnelle. L’efficacité de l’opération de transport est augmentée si la réserve de compost est à proximité de l’endroit où on l’emmène et si on a suffisamment d’équipements. L'étape la plus éreintante de cette technique est le chargement initial des brouettes, qui peut être réduit en plaçant des brouettes côte-à-côte et en y déversant le compost avec un chargeur frontal de tracteur.
Pour une échelle un peu plus grande, il peut devenir intéressant de mécaniser un peu l’opération. Certaines fermes se sont équipées de boîtes en bois ou d’une remorque pour déplacer et épandre le compost à l'aide d'un petit tracteur ou d'un véhicule tout terrain. Il devient possible dans ce cas d’utiliser un chargeur frontal sur tracteur, voire même une petite pelle mécanique, pour les remplir rapidement. La location de ces équipements pour une ou quelques journées pour effectuer la majeure partie de la fertilisation en compost en un seul chantier est aussi possible. Il faut bien entendu connaître le volume de ces équipements afin de s’assurer de respecter le plan de fertilisation.
Il existe un petit épandeur adapté aux planches de 30 pouces et pouvant être tracté par un tracteur à deux roues ou autre unité motrice. Le mécanisme est entraîné par les roues d’avancement de l’outil, ce qui évite d'avoir recours à une prise de force. Cet outil permet de gagner en rapidité, de moins forcer quand on a plusieurs planches à amender et il ne requiert qu'une seule personne. De plus, la couverture en compost est généralement plus uniforme qu'avec une brouette ou des seaux. Un compost commercial tamisé, plus léger et de texture plus fine, passera mieux dans l’épandeur.
Planification de la Fertilisation et Rotation des Cultures
Dans les fermes de légumes diversifiés, pour les calculs de fertilisation, on regroupe les légumes de même famille qui ont des exigences similaires. Ensuite, l'épandage d'une fertilisation de fond (compost ou fumier) se fait sur certaines parcelles seulement, normalement celles qui sont cultivées en légumes exigeants (voir le chapitre Rotation des cultures et assolement). Le choix d'amender chaque parcelle s'inscrit donc dans le plan de rotation des cultures et doit respecter le cadre réglementaire afin d'éviter la pollution.
Si la quantité d’azote disponible dans l’amendement utilisé est élevée, il est important de cultiver un légume exigeant à la suite de l’application (par exemple : grosses brassicacées, maïs sucré, solanacées, cucurbitacées). Certaines espèces ont besoin d’azote tôt en saison et en quantité importante (par exemple : brocoli, épinard, maïs sucré) alors que d’autres ont besoin d’une minéralisation graduelle durant toute la saison (par exemple : solanacées, cucurbitacées, choux d’hiver, choux de Bruxelles). Dans le premier cas, un fumier ou un compost à faible C/N, appliqué en fin d’été avant un engrais vert, peut être intéressant. Dans le deuxième cas, un compost qui minéralise de façon régulière durant tout l’été peut être plus approprié et peut être appliqué au printemps ou comme le précédent.
Lors du choix des parcelles à amender, il est important de respecter les distances des puits et des cours d’eau prescrites dans le Règlement sur les exploitations agricoles (REA). Lors du choix de la période d’application, il faudra principalement chercher à synchroniser les besoins des plantes et la libération de l’azote des engrais. Les applications peuvent être faites durant la saison de croissance (printemps, été) ou en post-récolte, avant de semer un engrais vert, pour les cultures de l’année suivante. L’épandage doit être fait sur un sol non gelé et non enneigé. De plus, il n’est permis d’épandre des matières fertilisantes qu’entre le 1er avril et le 1er octobre (REA, article 31). L’épandage après le 1er octobre est toutefois possible avec certaines restrictions.
Autres Solutions pour Enrichir le Sol
Le jardinier a de nombreuses cartes en main pour enrichir son sol, l’améliorer, nourrir ses cultures. Si l’accès au fumier est compliqué ou l'utilisation du fumier rebute, d'autres solutions existent.
Le Compost Ménager et Végétal
Le compost est une excellente solution pour créer de l'engrais pour les arbres et plantes du jardin. Il est important de ne pas remplir le compost de matières premières telles que la sciure de bois, les agrumes, l'herbe provenant d'un environnement dangereux (de la route, par exemple). Au compost appartiennent de l'herbe traitée à l'aide de Mr. Bacteria No. 4, une plus grande quantité d'herbe fraîchement tondue, de paille, d'écorce broyée et de branches d'arbres broyées, de copeaux de bois, de cendres de bois, de feuilles d'arbres fruitiers, du fumier, de la terre de jardin. Les déchets de cuisine sous forme de résidus de légumes, de fruits et de coquilles conviennent également. Pour accélérer la formation du compost, il faudra le saupoudrer régulièrement d'un « activateur de compost », à base de sulfate d'ammoniaque.
Les Paillages Diversifiés
Les paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles mortes, BRF…) mois après mois apporteront de la richesse au sol. Une approche plus "permacole" consiste à laisser le fumier en surface puis le recouvrir de diverses matières plus ou moins ligneuses. Au printemps, il faut continuer à pailler régulièrement par-dessus, avec pour objectif une couverture permanente du sol. En procédant ainsi, on s’inscrit dans une pratique de jardinage naturel sans travail du sol, laissant les vers de terre travailler.
Les Engrais Verts
Les engrais verts sont des plantes cultivées uniquement pour fertiliser le jardin. Ils amélioreront la structure du sol par l'action de leurs racines et stimuleront sa vie microbienne. Ils seront capables d'ameublir la terre jusqu'à des couches profondes et d'améliorer ainsi les échanges d'eau et d'air du sol. Certains de ces végétaux peuvent même empêcher le développement des mauvaises herbes ou freiner leur expansion. Un champ de sarrasin, par exemple, est une plante qui peut être utilisée comme engrais vert. La phacélie est une espèce à fort enracinement, aux belles fleurs mauves qui attirent les abeilles, et capable de restituer à la terre, en se décomposant, beaucoup de matière organique. Les légumineuses (vesce, trèfle blanc, trèfle incarnat, etc.) captent l'azote atmosphérique pour l'emmagasiner ensuite dans de petits nodules fixés à leurs racines, et le rétrocèdent au sol lors de leur enfouissement.
Les Engrais Minéraux du Commerce
Les plantes puisent régulièrement dans le sol les éléments minéraux qui leur sont nécessaires. Le seul fumier et ses dérivés (le compost, les engrais verts) ne sauraient y suffire. Il ne faut donc jamais négliger l'emploi des engrais minéraux du commerce. Si vous désirez stimuler certains légumes-feuilles (salades, épinards, etc.), fertilisez-les en une seule fois, alors qu'ils sont encore peu développés, en utilisant des engrais dits « coup de fouet », à base de farines de plumes hydrolysées, d'extraits de vinasses de betteraves et de divers oligoéléments naturels. Se présentant sous forme de microgranulés, ces engrais sont très faciles à épandre. Sur les autres cultures, vous pouvez utiliser des « engrais-retard » composés d'une multitude de petites perles, dont l'enveloppe de résine est perméable. Au contact de l'eau, les matières minérales qu'elles contiennent se solubilisent et sont diffusées progressivement dans le sol, grâce à la pression osmotique créée par les plantes. Celles-ci prélèvent alors les éléments nutritifs selon leurs propres besoins, ni plus ni moins.
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