Le fumier, sous-produit essentiel de l'élevage, a longtemps été considéré comme un déchet. Cependant, avec une gestion appropriée, il se révèle être une ressource précieuse pour la fertilisation des sols et la santé des cultures. La transformation du fumier brut en compost représente une avancée significative dans l'agriculture moderne, offrant des avantages écologiques et économiques considérables. Ce processus, bien que naturel, est strictement encadré par la réglementation pour garantir la protection de l'environnement et la santé publique.
Réglementations et Contraintes Environnementales
La gestion du fumier est régie par deux cadres réglementaires principaux, déterminés par la taille de l'exploitation agricole : le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) et la réglementation sur les Installations Classées (IC). Ces réglementations visent à encadrer les pratiques d'épandage et de stockage afin de minimiser les impacts négatifs sur l'environnement.
Le plan d'épandage est un document crucial qui définit les surfaces aptes à recevoir les épandages de fumier à l'échelle d'une exploitation. Il permet de s'assurer que les surfaces disponibles sont suffisantes par rapport à la quantité de cheptel présent. Ce plan est obligatoire pour les installations classées et facultatif pour les autres élevages.
Les distances de sécurité sont un aspect fondamental de ces réglementations. Elles s'entendent par rapport aux tiers, c'est-à-dire aux habitations principales ou secondaires autres que celle de l'exploitant, aux locaux recevant habituellement des tiers, aux zones de loisir, aux campings, etc. Pour les habitations, la distance est calculée par rapport au bâtiment lui-même et non à l'enclos attenant. Des distances minimales sont imposées pour prévenir la pollution des eaux et la nuisance olfactive. Par exemple, un tas de fumier doit être installé à distance des habitations (au moins 100m), des cours d'eau, des fosses et des puits (minimum 35m), et toujours hors zones de captage d'eau potable.
Pour l'épandage sur sol nu, la réglementation des installations classées impose un délai minimum d'enfouissement, allant de 12 à 24 heures selon les produits, à l'exception du compost. Cette mesure vise à limiter les émissions d'ammoniac et la volatilisation des nutriments.

Stockage du Fumier au Champ : Pratiques et Restrictions
Le stockage du fumier au champ est une pratique courante chez les agriculteurs, mais elle doit se conformer à la réglementation en vigueur. Seuls les fumiers de litière accumulée, comme ceux des ruminants ayant séjourné au moins deux mois sous les animaux ou en fumière, sont autorisés à être stockés en bord de champ, car ils ne produisent pas de jus.
La durée maximale d'un dépôt de fumier en bord de champ est de neuf mois. Il est également interdit de revenir au même emplacement avant deux ans, afin de préserver la qualité des sols et d'éviter une accumulation excessive de nutriments. Le fumier doit être posé sur une prairie, une culture en place depuis plus de deux mois, ou une Culture Intermédiaire Piège À Nitrates (CIPAN) développée. En hiver, un lit d'au moins 10 cm de paille ou de matériau absorbant doit être prévu pour limiter le ruissellement.
Les caractéristiques des fumiers varient selon les espèces. Le fumier bovin, le fumier équin, les fumiers de volailles ou encore les fumiers compacts n'ont pas les mêmes propriétés. Leur stockage peut se faire en tas, en benne ou en fumière, mais il est impératif de respecter les distances minimales par rapport aux habitations, aux bâtiments, aux puits et aux fosses. Le stockage répété au même emplacement est à proscrire. Les distances minimales et les périodes d'interdiction d'épandage peuvent varier selon les régions et la sensibilité environnementale de celles-ci.
Le fumier de volaille nécessite des précautions particulières. Son stockage aux champs n'est possible que pour le fumier non susceptible d'écoulement (fumier de volailles de chair, de futures repro, de palmipèdes gras, et de pondeuses en cage ou système alternatif) ainsi que pour les fientes de volailles préalablement séchées. Il doit se faire sur des parcelles épandables, avec un volume de fumier adapté à la surface de la parcelle et/ou des parcelles avoisinantes. Le tas doit être conique et constitué de manière continue et homogène, avec une hauteur maximale de 3 mètres.
Dans le cas où les règles de gestion du fumier ne peuvent être respectées, il est possible de le transférer vers un établissement agréé qui se chargera de son assainissement et de son épandage.
Le stockage de votre fumier
Le Compostage : Une Transformation Bénéfique
Le compostage est un processus biologique de dégradation des matières organiques par des micro-organismes (bactéries, champignons) et des macro-organismes (vers, insectes) en milieu aéré (condition aérobie) et humide. Cette transformation du fumier frais en compost offre de nombreux avantages par rapport au fumier brut.
Premièrement, le fumier composté agit comme un engrais de fond. L'azote y est majoritairement présent sous forme organique, il sera minéralisé et utilisé par la plante sur plusieurs années. Le potassium et le phosphore, quant à eux, sont immédiatement mobilisables, à l'instar d'un engrais minéral.
Deuxièmement, l'épandage de fumier composté est plus facile et économique que celui d'un fumier frais. Le compostage permet de concentrer le fumier, la matière organique perdant 20 à 40% de son volume. Cela se traduit par moins de transport et moins de temps consacré à l'épandage. La matière dégradée est plus fine et homogène, ce qui la rend plus simple à épandre.
Troisièmement, le compostage permet la destruction des pathogènes et des graines d'adventices présents dans le fumier. Un fumier bien composté n'a plus d'odeur, ce qui limite les risques de perte d'appétence sur les fourrages et est apprécié par le voisinage.
Bien que présentant de nombreux avantages, le compostage du fumier ne doit pas être systématique. Le composté n’aura pas l'effet « coup de fouet » à court terme sur les cultures que possède le fumier frais. Contrairement aux idées reçues, le compostage du fumier n'entraîne pas de surcoût significatif par rapport à un épandage de fumier brut. La réduction des volumes épandus compense le coût de transformation. Par exemple, pour une prairie naturelle, le coût total de fertilisation avec du compost de fumier ovin est d'environ 46 €/ha contre 276 €/ha pour un apport d'engrais minéral ternaire. Le compost ovin convient particulièrement aux prairies et cultures fourragères, mais aussi aux céréales, en association avec une fertilisation azotée complémentaire. Le compostage du fumier ovin est donc une solution performante pour améliorer la gestion des effluents d'élevage tout en optimisant la fertilité des sols.

Le Processus de Compostage Détaillé
Le compostage est une technique de décomposition de la matière organique en présence d'oxygène (aérobie). Elle concerne principalement les fumiers (paille et effluents) et les déchets verts. Concrètement, le fumier est rassemblé sous forme d'andain, généralement d'une hauteur de 1,80 m sur une largeur de 3 à 4 m. Les aérations, effectuées deux fois en général, toutes les deux à quatre semaines, sont réalisées grâce à un retourneur d'andain. Cette opération d'oxygénation favorise le développement de la vie bactérienne, ce qui se traduit par une augmentation de la température. La chaleur, qui peut atteindre jusqu'à 70 °C, a un effet hygiénisant qui détruit les graines d'adventices et fait évaporer l'eau.
Le temps de compostage dépend du type de matière organique. Si elle est très riche en carbone, elle sera longue à se dégrader. Il faut compter environ deux mois pour le fumier de bovins, ovins, caprins, et trois mois pour celui de volailles. Le temps dépend aussi du produit souhaité : il sera fertilisant au bout d'un à deux mois. Au-delà, ce compost mûr aura un effet amendant.
« Le compost est concentré en azote, phosphore et potasse. Il peut être épandu directement sur la prairie », indique Franck Loriot, responsable de la plateforme Ain compost. Homogène, sans odeur, sa texture très émiettée permet une bonne répartition. Sur les prairies, le compost améliore et diversifie la flore. Sur les cultures, il entretient la matière organique du sol et fait office d'engrais de fond en phosphore et en potasse.
Le compost présente un poids et un volume bien inférieurs à ceux du fumier brut. Son utilisation permet de réaliser des économies d'énergie et de temps de travail en réduisant le nombre d'allers-retours.
Le Co-compostage : Une Synergie des Matières
Le co-compostage consiste à associer des effluents d'élevage humides avec des déchets verts. « Les fumiers mous, par exemple, sont riches en eau et en azote mais pauvres en carbone. L'incorporation de déchets verts compense ce manque », explique Flore Saint-André, conseillère agroenvironnement à la Chambre d'agriculture de la Loire.
Cette technique présente de nombreux avantages : elle permet la valorisation des effluents difficilement compostables et leur désodorisation. Sur le plan agronomique, cet apport modifie les propriétés des effluents ; ainsi, l'azote plus stable se minéralise progressivement. Le co-compostage participe à l'entretien de la structure du sol et de son statut organique. Il permet de réduire l'achat d'engrais minéraux, diminue le temps d'épandage tout en garantissant une bonne répartition. Enfin, cette méthode participe au recyclage des déchets verts. La filière co-compostage dans la Loire est le fruit d'un partenariat entre les collectivités et les agriculteurs. La Chambre d'agriculture opère un contrôle rigoureux des déchets verts pour en garantir l'état sanitaire.
Le Lombricompostage : Une Alternative Naturelle
Le lombricompostage emploie des vers (Eisenia) pour la décomposition du fumier. Encore peu répandue, cette technique permet d'obtenir un compost encore plus riche qu'un compost classique, sans dégagement de gaz à effet de serre.
Caractéristiques et Avantages du Compost Mature
Le compost, obtenu par une aération du fumier qui permet d'accélérer l'évolution de la matière organique, confère au produit final des caractéristiques particulières. Il est idéal sur prairie et peut être épandu pendant toute la saison de pâturage sans dégrader l'appétence de l'herbe : dix jours d'attente suffisent entre un épandage de 15 tonnes par hectare et le pâturage des animaux. Plus concentré en éléments minéraux, il couvre les besoins en phosphore et potasse d'une prairie.
L'azote du compost est libéré très progressivement : 5 à 10% est disponible la première année, ce qui nécessite un complément en ammonitrate les trois à quatre premières années d'apport. Le compost permet d'augmenter la surface d'épandage. En installation classée, la distance réglementaire d'épandage sur prairie par rapport aux tiers est de 10 m, contre 50 m pour les fumiers compacts, et 100 m pour des fumiers mous.
Les déjections animales contiennent de nombreux germes pathogènes. Le compostage, issu d'un phénomène naturel, transforme la matière organique en fraction humifiée avec une perte de masse importante, de l'ordre de 40 à 50 %. Le produit final a un rapport Carbone/Azote (C/N) beaucoup plus faible que le fumier brut.
La qualité du fumier initial est primordiale. Il doit être suffisamment pailleux pour assurer une bonne aération du tas pendant le compostage. Le fumier d'étable entravée ou de raclage n'est pas suffisamment pailleux pour être composté seul.
Deux retournements-aérations du fumier, espacés de 10 à 15 jours, suffisent à transformer le fumier frais en compost. Ces opérations s'intègrent dans le chantier habituel de transport et épandage du fumier. Un second retournement du tas est effectué dès que la température redescend sous les 50°C. Le compost doit être fabriqué en fonction des périodes d'épandage, soit environ deux mois avant l'épandage prévu.
La qualité des matières premières est un facteur majeur pour optimiser les procédés de traitement de la matière organique et améliorer les performances des chaînes de recyclage. Les procédés de mélange et de fermentation des filières principales de valorisation (compostage et méthanisation) font appel à des outils mécaniques et automatisés pour traiter (broyage, mélange, séchage) des volumes importants de biomasse et les rendre plus dégradables et fermentescibles.
Il est essentiel de noter que les matières plastiques ne peuvent pas être dégradées et recyclées par fermentation. Les produits solides issus de ces matières recyclées sont principalement destinés à être réutilisés par un retour à la terre pour fertiliser les sols. Le tri sélectif est nécessaire pour un bon recyclage du fumier. Il est crucial de sensibiliser le public à ne pas traiter le tas de fumier comme un vide-ordure.
Victor Hugo écrivait que "Tout l’engrais humain et animal que le monde perd, rendu à la terre au lieu d’être jeté à l’eau, suffirait à nourrir le monde." Bien que ses spéculations mathématiques soient théoriques, il est indéniable qu'avec des pratiques agricoles respectueuses des sols, nous aurions besoin de moins d'apports de fertilisants. Une partie conséquente des engrais de synthèse est perdue par volatilisation ou lessivage dans des sols laissés à nu, sans compter le gaspillage alimentaire. Ainsi, Victor Hugo semble avoir vu juste : nos fumiers suffiraient largement à nourrir le monde, à condition d'être correctement transformés et utilisés, comme le permet le compostage.