Le fumier de cheval est un amendement organique prisé par les jardiniers et maraîchers, reconnu pour sa capacité à enrichir les sols et à stimuler la croissance des plantes. Parmi tous les types de fumiers, il se distingue par son équilibre en éléments nutritifs. Cependant, son utilisation nécessite des précautions pour garantir son efficacité et éviter tout désagrément. Pascale Bigay, passionnée par la nature et le jardinage, souligne l'importance d'un fumier bien décomposé, notamment pour la production de courges, qui en sont particulièrement friandes.

Composition et particularités du fumier de cheval
Le fumier de cheval, tout comme celui de poney ou d'âne, est une combinaison de matières sèches (majoritairement de la paille), d'urine et de matières fécales (le crottin). Il est particulièrement riche en matières ligneuses, ce qui en fait un allié de choix pour l'amélioration des terres lourdes et argileuses, qu'il contribue à alléger et à aérer. C'est un fumier dit "chaud" car il monte rapidement en température lors de sa décomposition. Cette caractéristique est avantageuse pour la destruction des bactéries, germes et traces de traitements médicamenteux.
En termes de composition nutritive, il est bien équilibré en carbone, en potassium et en azote, et relativement neutre en termes d'acidité. Cependant, il est important de noter qu'il est plus pauvre en phosphore que d'autres fumiers. Sa faible concentration en minéraux essentiels, environ 0,6 % d’azote contre 33 % pour certains engrais chimiques, est compensée par sa richesse en carbone. Ce dernier améliore la texture et la structure du sol, le rendant plus meuble, léger et poreux. Il stimule également la vie biologique du sol, les micro-organismes se nourrissant et décomposant ces molécules carbonées complexes pour les transformer en minéraux essentiels. Un avantage non négligeable de cette faible concentration est la possibilité d'apporter de grandes quantités de fumier sans risque de sur-fertilisation, permettant d'agir sur la fertilité physique du sol. Les minéraux contenus dans le fumier de cheval se libèrent progressivement sur une période d'un à deux ans pour l'azote.
Les différentes formes du fumier de cheval
Le fumier de cheval peut se présenter sous plusieurs formes, chacune ayant ses propres caractéristiques et utilisations :
- Frais : Il est collecté directement auprès des chevaux. Bien qu'il soit riche en nutriments, il contient de l'ammoniaque en quantité importante et peut brûler les racines des plantes s'il est utilisé en excès ou directement. De plus, il peut contenir des traitements médicamenteux, des germes et des bactéries si les chevaux ont été récemment vermifugés ou traités. Son utilisation est plutôt recommandée pour les épandages en automne, afin de laisser le temps à la décomposition de s'opérer durant l'hiver. Les vers de terre et autres micro-organismes, aidés par les intempéries, se chargeront de le décomposer et de l'intégrer au sol.
- Mûr ou vieilli : Ce fumier a été déposé à l'air libre, idéalement sur des planches ou des branchages, pendant 3 à 4 mois minimum, voire 6 mois. La montée rapide en température durant la décomposition aide à détruire les bactéries, germes et traces de traitements. Il est alors moins agressif pour les plantes et plus assimilable.
- Composté : Il a été intégré à un processus de compostage, souvent mélangé à d'autres matières organiques. C'est une forme "top" qui est prête plus rapidement que le fumier vieilli et qui présente un équilibre optimal des ratios NPK (Azote, Phosphore, Potassium). Un fumier de cheval bien décomposé affiche un NPK d'environ 0,6 % d'azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Il ne fait courir aucun risque aux racines des jeunes végétaux.
- Déshydraté en granulés : Cette forme est parfaite pour les jardiniers qui n'ont pas accès à du fumier frais. Il est simple d'utilisation, peut être employé à tout moment de l'année et pour de nombreuses plantes potagères, se mélangeant facilement à la terre ou au terreau.
Récolte et préparation du fumier de cheval
Trouver du fumier de cheval est souvent plus simple qu'il n'y paraît. De nombreux propriétaires de chevaux, clubs d'équitation et haras sont ravis de se débarrasser du crottin ou du fumier accumulé. Il est donc possible d'en récupérer gratuitement ou à moindre coût. Certains jardiniers utilisent des plateformes en ligne spécialisées pour dénicher ces bonnes affaires. Le fumier de cheval est aussi disponible en sacs dans les jardineries, souvent déjà composté et parfois complété d'engrais naturels comme les algues marines pour enrichir sa composition.

Pour les jardiniers souhaitant composter leur fumier frais, la mise en tas est une étape cruciale. Un tas ou andain doit faire au minimum 1 mètre de haut pour que la température puisse monter suffisamment et permettre la destruction des graines de mauvaises herbes, bactéries et virus. Il est important d'arroser le tas si le fumier est sec, afin de favoriser la décomposition. Pascale Bigay insiste sur l'importance de bien réfléchir à l'endroit du tas de fumier, en le plaçant dans un endroit stratégique pour faciliter l'accès et le retournement.
Le processus de compostage demande de l'attention :
- Taille du tas : Évitez les tas trop hauts qui entraveraient une bonne décomposition.
- Aération : Installer le tas sur des branchages permet à l'air de circuler en dessous et favorise l'écoulement du liquide. Il est également essentiel de brasser et d'aérer le tas tous les 15 jours pour harmoniser la décomposition et oxygéner la matière.
- Humidité et protection : Le fumier doit rester humide, comme une éponge essorée. Le recouvrir d'une bâche ou de paille est conseillé pour éviter la déperdition d'azote par volatilisation et le lessivage des minéraux par les pluies hivernales.
Un fumier de cheval bien composté est prêt en moyenne après 3 à 6 mois.
Le FUMIER au POTAGER - Tout savoir (ou presque !)
Utilisation du fumier de cheval pour les courges
Les cucurbitacées, dont les courges musquées, butternut, courges spaghetti et potimarrons, sont des plantes "gourmandes" qui apprécient particulièrement les sols riches et amendés avec du fumier de cheval. Pascale Bigay, après avoir "foiré" sa production de courges potimarron et noix de beurre une année, a constaté qu'un apport généreux de fumier bien décomposé dans les trous de transplantation changeait tout dans la production.
Quand et comment l'appliquer
- Fumier décomposé ou composté : C'est la forme la plus sûre et la plus efficace pour les courges. Elle peut être apportée à toute période de l'année. Les molécules complexes qu'il contient se libèrent très lentement dans le sol, éliminant tout risque de brûlure des racines.
- Épandage automnal : La pratique la plus répandue est d'incorporer le fumier de cheval sur les premiers centimètres du sol à l'automne. Il aura ainsi le temps de se décomposer et de s'intégrer au sol durant l'hiver, le rendant parfait pour les plantations printanières. Les vers de terre et autres micro-organismes feront leur travail d'incorporation progressive et douce.
- Alternative printanière : Pour un apport printanier, un fumier bien décomposé peut être étalé en une couche d'environ 6 cm début mars. Après une quinzaine de jours, il suffit de l'enfouir superficiellement avant de planter ou de semer.
- Incorporation : Il est conseillé d'incorporer le fumier légèrement, sur les premiers centimètres du sol, sans l'enterrer trop profondément, pour éviter la déperdition d'azote. Une approche permaculturelle consiste à simplement recouvrir le fumier étendu de matières ligneuses (paille, feuilles, BRF) pour former progressivement des buttes sans travailler le sol.
- Dans les trous de plantation : Pour les courges, un apport généreux de fumier décomposé directement dans les trous de transplantation est très bénéfique.
- En paillage : Il est également possible de déposer une couche de fumier en surface, l'eau d'arrosage se chargera alors de lessiver les nutriments vers les racines. Cependant, il est impératif d'utiliser du fumier bien mûr ou composté pour cette méthode, surtout si les plants sont déjà en place.
Précautions spécifiques pour les courges
Bien que les courges soient tolérantes au fumier, il est crucial d'éviter le fumier frais directement au contact des racines, surtout pour les jeunes plants, car sa richesse en ammoniaque peut les "brûler". Comme l'ont expérimenté certains jardiniers, même les crottins secs, bien que moins agressifs, doivent être utilisés avec précaution.
Une jardinière partage son expérience avec un pseudo-potager de balcon : elle a eu l'envie de planter des graines de courge récupérées l'an dernier. Après les avoir démarrées en petits pots, puis grands pots, elle les a transplantées dans son potager sur balcon. Face à une prolifération de fleurs et la question de la fructification, l'idée d'incorporer du crottin sec sous le terreau s'est posée. Les réponses de la communauté de jardiniers confirment que les cucurbitacées sont gourmandes et tolèrent très bien le fumier, même pas sec, avec la mise en garde de ne pas brûler les racines avec du fumier frais. L'idée de faire un "thé" épais avec le crottin pour arroser est également mentionnée comme solution, en faisant attention aux dégoulinades pour les voisins.
Une autre expérience fait état de plants de potirons ayant fleuri "puissance mille" mais sans jamais donner de fruits. Cela peut être dû à la plante qui n'est pas capable de produire des fruits partout si les conditions ne sont pas idéales ou si elle n'a pas été aidée à concentrer son énergie. Il est souvent conseillé de sacrifier certaines fleurs pour que la plante consacre plus d'énergie aux autres. Il est important de distinguer les fleurs mâles (nombreuses et qui tombent naturellement) des fleurs femelles (plus rares, avec le futur fruit à leur extrémité). L'élimination des fleurs mâles n'a pas d'impact sur la vigueur de la plante.

Dosage et fréquence d'apport
Le fumier de cheval, même s'il est peu concentré en minéraux essentiels, permet d'apporter de grandes quantités sans risque. Pour les cultures les plus exigeantes, comme les courges, on peut envisager d'apporter deux, trois, voire quatre kilos par mètre carré.
- Première année : Environ 3 kg de fumier de cheval décomposé par mètre carré est une bonne dose initiale.
- Années suivantes : Pour l'entretien, l'épandage de fumier décomposé ne sera pas nécessaire tous les ans. Un apport tous les 2 ou 3 ans, à raison d'1 kg par mètre carré, est suffisant.
- Fumier déshydraté : En entretien, il est conseillé d'apporter 1 kg/m² une fois par an, à l'automne ou au printemps.
Les besoins spécifiques des plantes les plus gourmandes du potager se situent généralement entre 15 et 20 g d'azote, 8 et 10 g de phosphore et 20 et 30 g de potassium par an et par mètre carré. Ces besoins sont également couverts par d'autres apports comme le paillage organique, le compost et les engrais verts.
Autres avantages et utilisations
En plus de la culture des courges, le fumier de cheval est bénéfique pour de nombreuses autres cultures :
- Pommes de terre : Elles apprécient l'apport non négligeable de potasse contenu dans le fumier de cheval.
- Tomates, poivrons, aubergines : Ces solanacées gourmandes supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté, comme lit de culture après environ un mois de décomposition.
- Salades et légumes à feuilles : Elles peuvent en profiter, mais uniquement avec du fumier bien décomposé.
- Rosiers, arbres fruitiers, rhubarbe : Le fumier de cheval est un excellent apport également autour de ces plantes.
- Couches chaudes : Grâce à sa capacité à chauffer rapidement, le fumier de cheval est idéal pour réaliser des couches chaudes, alternant fumier frais et paille ou foin. Ces andains peuvent accueillir des bacs à semis au printemps, offrant un chauffage naturel. Pour cela, il est possible de creuser une fosse d'une cinquantaine de centimètres, d'y déposer une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval arrosé, éventuellement mélangé à des déchets verts, et de recouvrir d'une couche de compost. Sans fosse, un cadre en bois peut être posé sur le tas et rempli de terreau. Après une semaine, lorsque la température est plus douce (environ 20°C), les semis et jeunes plants peuvent y être installés.
Il est déconseillé de planter des alliacées (oignons, ail, échalotes) dans des zones fraîchement enrichies avec du fumier ou d'autres matières organiques, car elles n'apprécient pas cela.
L'utilisation régulière du fumier de cheval contribue à l'amélioration de la structure du sol au fil des années, le rendant plus facile à travailler et plus fertile.