L’utilisation du fumier de cheval comme amendement organique au potager et dans les champs est une pratique traditionnelle qui remonte à des siècles. Riche en éléments nutritifs essentiels, le fumier de cheval améliore la qualité du sol et favorise la croissance des plantes. Les adhérents de l’Association "Les Jardingues" ont pu récemment récupérer du crottin de cheval bio non décomposé chez un des membres qui s’occupe de trois magnifiques chevaux. En même temps que les pelles remplissaient seaux, poubelles solides ou vieux sacs de terreau, beaucoup de questions ont été posées quant à l’utilisation de ce trésor brut, frais et fumant.

Nature et composition du fumier équin
Le fumier de cheval est un mélange de déjections animales (crottins de cheval, bouses de vache, fientes de volaille) et de l’urine d’animaux absorbée par la litière (paille, sciure, copeaux de bois), cette dernière constituant le troisième élément du fumier. En fonction des proportions de paille, de crottin et d’urine, il est plus ou moins sec.
Un engrais a une concentration NPK supérieure à 3% (N = azote, P = phosphore, K = potassium) ou une concentration totale de ces trois minéraux d’au moins 7%. Nos plantes se nourrissent exclusivement d’azote minéral, or le fumier apporte de l’azote organique. Le fumier de cheval fait partie des déchets organiques offrant un bon rapport carbone / azote (30). Il sera décomposé par les bactéries et les champignons, et sera une source d’humus nutritif et structurant pour le sol.
L’écosystème du sol : le rôle des auxiliaires
La macrofaune, la microfaune et la faune qui peuplent la terre sont de précieux auxiliaires pour la travailler, l’aérer et la transformer. Même si certaines bestioles sont classées parmi les ravageurs de légumes comme les taupes ou les mulots, elles contribuent en contrepartie à aérer la terre grâce aux galeries qu’ils creusent. On y trouve des arthropodes comme les vers blancs (cétoines), les taupins, les chenilles de noctuelles, les acariens, les collemboles et les cloportes.
Les vers de terre (Lombrics, Eisenia) creusent des galeries dans le sol humide dont ils se nourrissent. Les bactéries sont des organismes microscopiques qui ont un rôle essentiel dans toutes les étapes de la vie du sol dont l’humification et la minéralisation. Les protozoaires sont des amibes capables d’ingérer 10 000 bactéries par jour et de libérer une grande quantité d’azote dans le sol. Enfin, les champignons mycorhiziens favorisent le développement des racines qui explorent un volume plus important.
Un sol vivant en images - L'actu en classe
Dynamique de l’azote et fertilisation
Plusieurs mois à plusieurs années sont nécessaires pour l’azote produit par le fumier. Ainsi, sur les 0,6% environ d’azote contenus dans le fumier, seulement la moitié (0,3%) sera minéralisée, donc rendue disponible pour les plantes lors de la première année, le reste étant disponible les années suivantes. Toutefois, il n’est pas utile d’apporter chaque année 20 g d’azote via le fumier sachant que la vie de divers organismes dans le sol et les résidus de cultures génèrent eux aussi de l’azote.
La deuxième année, il est conseillé de faire un apport de fumier deux à trois fois moins important (1 à 2 kg par m²) compte tenu de la rémanence résiduelle de l’apport en fumier de l’année précédente et selon les autres apports organiques. Le fumier équin est produit annuellement par plus de 12 000 structures équines disséminées dans toutes les zones rurales et péri-urbaines de France. Cette valorisation s’inscrit dans une démarche durable.
Risques potentiels et précautions d’usage
L’utilisation de fumier de cheval au potager comporte des avantages indéniables, mais il est important de prendre en compte les risques potentiels, notamment la sur-fertilisation et la présence de contaminants.
1. Risque de maladies et de parasites
L’une des préoccupations majeures liées à l’utilisation de fumier au potager est la propagation de maladies et de parasites. Le fumier peut contenir des pathogènes dangereux tels que des bactéries, des virus et des parasites. Lorsque vous incorporez du fumier non composté dans votre sol, vous risquez de contaminer vos cultures. Pour minimiser ce risque, il est recommandé d’utiliser uniquement du fumier composté, chauffé à des températures élevées pour tuer les agents pathogènes.
2. Présence de médicaments vétérinaires
Les chevaux peuvent être traités avec des médicaments tels que les vermifuges et les antibiotiques, qui peuvent se retrouver dans le fumier. Ces résidus médicinaux peuvent potentiellement nuire aux microorganismes du sol et à la croissance des plantes. Il est conseillé de s’informer sur les traitements administrés aux chevaux dont vous récupérez le fumier et de préférer des sources exemptes de médicaments ou d’attendre suffisamment longtemps pour que les résidus se dégradent.
3. Immaturité du fumier et brûlures racinaires
Le fumier frais ou non composté peut contenir de l’urée et de l’ammoniac, substances pouvant brûler les racines des plantes, entraînant une inhibition de la croissance, un jaunissement des feuilles, et dans les cas extrêmes, la mort des plantes. L’urée et l’ammoniac peuvent également provoquer un déséquilibre du pH du sol, rendant ce dernier trop alcalin. Cela peut également inhiber la germination des graines.
4. Risque de sur-fertilisation et pollution
L’utilisation excessive de fumier peut entraîner une sur-fertilisation du sol. Lorsqu’il est utilisé en excès, les nutriments comme l’azote et le phosphore peuvent s’écouler dans les eaux souterraines et les cours d’eau, provoquant une pollution et favorisant la croissance excessive d’algues. Il est recommandé de faire analyser votre sol régulièrement pour ajuster vos pratiques d’application.

Techniques d’application au jardin
Le fumier de cheval est le meilleur engrais pour votre terre, et c’est en automne que celui-ci aura le meilleur effet. Grâce à sa texture différente et enrichie en paille, le fumier de cheval est intéressant pour donner de l’air à vos terres mais aussi pour amender les terres argileuses plus lourdes. Il peut aussi donner un coup de pouce en donnant du corps aux terres sableuses.
Avant de l’utiliser, assurez-vous qu’il soit bien composté pour éviter tout risque de brûlure. Mélangez le fumier avec d’autres matières organiques comme des feuilles mortes, de la paille ou des déchets de cuisine pour équilibrer sa composition. En automne, disposez-le sur les parties du jardin où il n’y a pas de culture et étendez-le sur toute la surface à raison de 100 à 300 kg pour 100 m². Griffez-le pour incorporer la terre et le fumier ensemble. Pour le fumier de cheval composté, utilisez-le comme un compost classique : à la fin de l’hiver pour fertiliser, au printemps pour pailler, ou à l’automne pour enrichir votre gazon. L’intérêt du compostage est qu’il va perdre son odeur caractéristique : les micro-organismes vont transformer l’azote uréique et ammoniacal en une forme organique non volatile.