Le guide complet du fumier au potager : Amendement essentiel pour l'automne et l'hiver

Avec le compost et le terreau de feuilles, le fumier est un des précieux alliés du jardinier pour nourrir et structurer la terre. Riche en nutriments et matières organiques, il s'utilise dans les techniques traditionnelles au potager mais aussi en permaculture. Qu'est-ce que le fumier et comment l'utiliser au potager ?

Le fumier, un amendement naturel et vivant

Fabriqué à partir de biodéchets, le fumier est une matière très riche en matières organiques et éléments nutritifs comme l'azote, le potassium ou le phosphore. Déjections, litières et urines d'animaux (poules, vaches, lapins, chevaux, etc.), paille, foin et bien d'autres matières servent à concevoir un bon fumier. Il existe du fumier de cheval, de lapin, de vache, de volaille, de chèvre, de porc, etc. Comme le compost, il s'agit d'un mélange bien orchestré de matières humides et sèches. Il est en effet constitué d'excréments et d'urine des animaux de la ferme et de leur litière, que ce soit de la paille, mais aussi de la sciure ou des granulés de bois.

Le fumier est donc un mélange équilibré de matières sèches et de matières plus humides. En tant que matière organique, au potager, le fumier va apporter de l'humus qui, à son tour, va décompacter le sol, participer à la rétention d'eau et apporter des micro-organismes indispensables à la fertilité du sol. Autant dire que c'est tout bénef de mettre du fumier au jardin, au même titre que le compost !

Schéma illustrant la composition du fumier : déjections, urines et litière végétale

Les différents types de fumiers et leurs applications

Chaque fumier possède ses propres caractéristiques thermiques et nutritives, influençant son usage au jardin :

  • Le fumier de bovins (vaches) : C'est certainement le fumier le plus facile à trouver mais le moins concentré en matières fertilisantes. C'est un fumier froid qui mérite souvent une longue période de compostage. Il est plutôt conseillé pour les sols légers tellement ce fumier est lourd et froid. Les bouses complétées d’une litière de paille mettent du temps à se décomposer sans trop de montées en température. Mais une fois composté, il pourra être utilisé pour tout type de sol.
  • Le fumier de cheval (ou d'âne) : Il est le plus riche, après le fumier de mouton, qui dégage beaucoup de chaleur. Le fumier de cheval est un matériau léger et chaud. Il est donc parfait pour les sols argileux, compacts et humides, qu’il va alléger et réchauffer.
  • Le fumier de mouton (ou de chèvre) : C'est le plus riche de tous les fumiers en matières organiques. C'est un fumier chaud qui se dégrade très lentement.
  • Le fumier de lapin : C'est un fumier chaud qui apporte de la matière aux sols légers. Après celui de volaille, c’est le fumier le plus riche en potasse, idéal pour les cultures gourmandes comme les tomates, pommes de terre ou betteraves.
  • Le fumier de volailles (poules pondeuses et poulets à viande) : C'est un fumier à utiliser avec modération car il est très riche en azote et en potasse. Le fumier de volailles ne doit jamais être utilisé pur au jardin. Il est donc indispensable de faire sécher les fientes de poule ou de les incorporer au compost.
  • Le fumier de cochon : C'est un fumier très liquide, froid, qui s'utilise rarement au jardin.

Tableau comparatif des teneurs en NPK des différents fumiers

L'utilisation automnale : Pourquoi fertiliser avant l'hiver ?

La nature se met en dormance. Pourtant, le travail au jardin est loin d’être terminé ! Car, si les arbres et les plantes se dénudent en surface, le monde souterrain entre en action. Les racines continuent de se développer sous terre, les feuilles mortes fabriquent de l’humus et les champignons aident la matière à se décomposer. C’est le moment de donner un coup de pouce à la nature en fertilisant la terre.

Le potager s'est vidé petit à petit des cultures, ce qui laisse au jardinier l'opportunité de couvrir le sol de fumier pour le mettre à l'abri des intempéries. Les macro-organismes sont encore bien actifs pour se nourrir du fumier jusqu'au printemps et fabriquer un sol bien enrichi pour les plantations et semis à venir. La température du sol est encore élevée pour favoriser la décomposition des différentes matières.

En nourrissant votre sol dès l'automne, vous facilitez considérablement votre travail de jardinage au printemps. Un sol bien préparé et enrichi est plus facile à travailler, et vous aurez moins besoin d'ajouter de l'engrais à la dernière minute avant les semis.

Frais ou composté : Le débat des méthodes

Il y a deux écoles : ceux qui compostent le fumier et ceux qui l'épandent frais.

Le fumier frais

Le fumier frais est épandu tel quel en automne, alors que le sol est encore chaud. Les micro-organismes (vers de terre, champignons, insectes, bactéries) vont se délecter de cette matière grossière et le transformer en humus durant tout l’hiver. Les intempéries vont également accentuer la décomposition. En revanche, le fumier frais s’étend uniquement sur le sol nu du potager. S’il a beaucoup de litière, il joue le rôle d’amendement et de paillage pour l’hiver. Le fumier mélangé à de la paille offre un apport riche et équilibré à nos cultures.

Le fumier composté

Le fumier composté est un fumier mis en tas pendant au moins six mois. Comme il est entassé, il monte plus facilement en température et se décompose mieux. Il est parfaitement homogène, stable, libère très lentement des minéraux et on peut, de ce fait, l’utiliser toute l’année. Enfin, grâce à la phase de compostage à chaud, vous aurez moins de graines d’adventices dans votre amendement.

[TUTO] Comment faire du compostage en tas ? – Jardinerie Gamm vert

Techniques d'épandage et gestion du sol

Cette matière recyclée se pose en surface, sur le sol nu du potager déjà décompacté et travaillé. Comptez environ 3 à 4 kg par m². Une fois réparti équitablement comme un paillage et couvert d'un matelas de feuilles pour limiter les dégâts des intempéries, le fumier va se décomposer avec le temps.

Lorsqu'il s'agit de fumier frais, il est conseillé de l’enfouir tout en le laissant dans un milieu aérobie, aéré, sur les 10 premiers centimètres de sol maximum. Concernant le fumier composté, celui-ci est beaucoup plus stable. On pourra le laisser en surface sur un sol gorgé de vie biologique. C’est elle, cette vie, qui va travailler mieux que quelconque engin mécanique et incorporer le compost de fumier aux premiers centimètres de sol.

Le fumier comme ingrédient de la couche chaude

Le fumier est une matière indispensable pour créer une couche chaude. Il s'agit de remplir un châssis avec une couche de drainage (cailloux, branchages, graviers, etc.), de fumier frais (environ 50 cm d'épaisseur) et d'une couche de terreau universel (environ 20 cm d'épaisseur) pour laisser le mélange monter à température puis redescendre jusque 20-25°C pour y faire des semis anticipés, au chaud.

Coupe transversale d'une couche chaude avec fumier frais

Distinction entre amendement et engrais

Le fumier et le compost sont des amendements, l'engrais est un engrais ! Un engrais, composé ou naturel, nourrit directement la plante, par sa richesse en nutriments. Il a une action moins durable. Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%.

Paillage automnal et complémentarité

À la fin de l’été, le potager se vide peu à peu et les cultures d’été laissent de l’espace de libre au jardin. Protéger votre sol pour l’hiver dès l’automne : paillez ! Le paillage, peu importe sa composition, jouera un double rôle : nourrir les vers de terre, cloportes, collemboles et compagnie. Ils vont digérer toute cette matière afin de la rendre assimilable sous forme de minéraux pour nos cultures.

À l’automne, vous pouvez récupérer une grande quantité de feuilles mortes. N’hésitez pas à les valoriser en vous en servant de paillage au potager. Parallèlement, le paillage va également jouer un rôle d’isolant à la surface du sol et protéger toute cette vie foisonnante des frimas de l’hiver. Si vous avez la possibilité de récupérer les feuilles mortes de vos voisins s’ils les amènent à la déchetterie, vous pouvez leur proposer de les récupérer ! Des aller-retour économisés de leur côté et un sol plus riche pour vos légumes la saison prochaine.

Précautions d'usage et sécurité

Engrais et amendements organiques : l’accès aux terres est interdit aux animaux d’élevage pendant 21 jours au moins après utilisation sur les terres. Interdit pour l’alimentation animale, ne pas stocker à proximité d’aliments pour animaux d’élevage. Tenir hors de portée des animaux domestiques. Conserver uniquement dans le récipient d’origine, à l’écart des aliments et boissons y compris ceux pour animaux et à l’abri de l’humidité.

Note : Si l'accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions. Pensez au compost ménager, au compost végétal, aux paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles…) qui mois après mois amèneront de la richesse. Pensez aussi à la multitude d’engrais naturels qui vont enrichir votre sol.

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