
La fusariose est une maladie fongique dévastatrice pour les cultures de céréales, notamment le blé tendre, l'orge, l'avoine, le seigle et le triticale. Elle est caractérisée par l'apparition de symptômes sur les épis, souvent dès la floraison, et peut entraîner des pertes de rendement considérables, dépassant parfois 20 quintaux par hectare. L’éradication complète de cette maladie est difficilement envisageable. Comprendre ses mécanismes, identifier les situations à risque et adopter des stratégies de prévention est essentiel pour limiter son impact sur la qualité et la quantité des récoltes.
Les agents pathogènes et leur identification
Les agents pathogènes de la fusariose du blé appartiennent principalement à deux genres : Fusarium graminearum et Microdochium spp. Au moment de la floraison, les cultures de blés durs et blés tendres sont particulièrement sensibles à ces attaques. Il est presque impossible de détecter l’espèce de fusariose en cause aux seuls effets visibles de la maladie.
Fusarium graminearum : Ce champignon est favorisé par des températures élevées au moment de la contamination (floraison), avec un optimum de 20-22°C. Il est particulièrement préoccupant car il peut entraîner la production de mycotoxines, notamment le déoxynivalénol (DON), substances toxiques pour l'homme et les animaux. Les infections de Fusarium graminearum évoluent et s’étendent aux épillets voisins, voire à l’ensemble de l’épi lorsque le champignon envahit le système vasculaire de l’épi. Le col de l’épi présente parfois un brunissement, cette couleur se fonce graduellement au fur et à mesure de la progression descendante du champignon dans le système vasculaire.
Microdochium spp. : Contrairement à Fusarium graminearum, Microdochium spp. est favorisé par des températures plus basses, avec un optimum de 16-18°C. Il ne produit pas de mycotoxines. Le Microdochium spp. ne produit pas le type de symptômes de brunissement du col de l’épi observés avec Fusarium graminearum.
Cette année, les températures annoncées pourraient permettre le développement d’une flore mixte, impliquant la présence simultanée des deux types de champignons.
Symptômes et conséquences de la fusariose
La fusariose du blé se reconnaît par l’apparition de symptômes sur les épis, souvent à la floraison. Les épis infectés présentent des épillets échaudés, décolorés et rosâtres. Les lésions provoquées par la fusariose apparaissent généralement 2 à 3 semaines après la floraison. Elles se traduisent par une décoloration progressive d’un ou plusieurs épillets. Les grains atteints peuvent être rétrécis, secs et présenter des taches rosées ou brunes. Les symptômes de la fusariose du blé se manifestent principalement par des épis décolorés, des grains légers et déformés, ainsi que la présence de moisissures visibles sur la base de la tige.
Impact sur la qualité des grains
La qualité des grains est également compromise. Les grains touchés par la fusariose sont souvent déclassés à cause de leur faible poids spécifique, de leur mauvais aspect visuel et surtout de la présence de mycotoxines, substances toxiques pour l'homme et les animaux. Renforcer la protection des épis est une nécessité afin de participer à la réduction des mycotoxines (DON) et d’améliorer ainsi la qualité sanitaire du champ. La maladie affecte la qualité sanitaire de la récolte mais impacte également le rendement.
Facteurs favorisant le développement de la fusariose
La fusariose est une maladie dont le développement est fortement influencé par les conditions climatiques et agronomiques.
Conditions climatiques
Les pluies qui perdurent à l’approche de la floraison sont favorables à la contamination des épis par les fusarioses. Le risque d’apparition de cette maladie devient très élevé dès que la pluviométrie dépasse plus de 40 mm de cumul de pluie dans les jours encadrant la floraison. Une température de l’ordre de 18 °C favorise un développement important du champignon. Les fusarioses interviennent généralement après la pluie.
Conditions agronomiques
Plusieurs situations agronomiques augmentent le risque d’infection par la fusariose :
- Précédent cultural : Les cultures mal aérées, densément semées ou celles qui succèdent à des cultures sensibles comme le maïs sont particulièrement à risque. La gestion des résidus (précédent et travail du sol) et la sensibilité variétale à la fusariose sont primordiales. En effet, le principal producteur de DON sur blé, Fusarium graminearum, passe l’hiver dans les résidus de culture. Les précédents sensibles, laissant derrière eux des résidus contaminés, sont à éviter.
- Variétés sensibles : Le choix de variétés résistantes est une première ligne de défense essentielle.
- Semis précoces : Dans certaines situations (semis précoces, variété sensible), la septoriose a été difficile à contrôler, notamment avec le positionnement du 2ème fongicide souvent un peu tardif et en curatif.
- Mauvaise aération des cultures : Les cultures densément semées ou mal aérées peuvent créer un microclimat favorable au développement des champignons.
Stratégies de lutte contre la fusariose
La lutte contre la fusariose repose d'abord sur des pratiques agronomiques préventives et une intervention phytosanitaire bien planifiée.
Pratiques agronomiques préventives
- Rotation des cultures : Il est très recommandé de pratiquer la rotation des cultures. La rotation contribue aussi à maîtriser le risque d’infection.
- Gestion des résidus de culture : Éviter les précédents comme le maïs, et travailler le sol pour enfouir les résidus de culture qui sont vecteurs de la maladie.
- Choix variétal : Opter pour des variétés moins sensibles à la fusariose.
- Optimisation de la nutrition minérale : Une mesure de prévention efficace consiste à optimiser la nutrition minérale du blé. Une alimentation adaptée permettra à la plante d’extérioriser au mieux son potentiel de production. Il est ainsi possible de gérer le risque de fusariose sur les cultures de blé tout en ayant une gestion raisonnée des cultures.

Intervention phytosanitaire
Les traitements fongicides doivent être utilisés en dernier recours et uniquement de façon préventive. Si des symptômes sont d’emblée visibles, il est trop tard pour agir. L’intervention phytosanitaire contre la fusariose doit être bien planifiée pour être efficace. Les traitements sont généralement appliqués à la floraison du blé, moment où les épis sont les plus vulnérables à l'infection. L’observation a posteriori est inutile, en effet, en présence de symptômes les traitements (trop tardifs) sont inefficaces.
Moment de l'intervention
Astuce : repérer les zones les plus précoces de la parcelle, les étamines apparaissent souvent dans les passages de roues un ou deux jours avant le reste de la parcelle. Avec les conditions climatiques fraîches et humides, le risque maladies foliaires reste aussi élevé. Les grilles spécifiques à chaque espèce permettent d’évaluer le risque en fonction des situations.
Si les conditions météo sont réunies au moment de la floraison, nous conseillons une protection fongicide en situations à risque (variétés sensibles, précédent maïs).
Substances actives et produits recommandés
Plusieurs substances actives de la famille des triazoles ont une action sur les fusarioses. Certaines solutions à base de triazole solo (metconazole, tébuconazole, bromuconazole) peuvent être plus économiques mais n’agissent que sur les flores Fusarium graminearum.
Si l’année confirme un risque de flore mixte, il sera plutôt conseillé d’intervenir avec des solutions qui combinent les substances actives les plus efficaces : une base prothioconazole associée à du tébuconazole ou metconazole ou encore de la fluoxastrobine et viser la dose haute en situation à risque élevé fusarioses et complément/relai vis-à-vis des maladies foliaires.
Parmi les substances actives les plus efficaces, le prothioconazole est la seule à présenter une grande polyvalence sur les principales espèces du complexe des fusarioses. Toutefois, ces produits présentent un intérêt plus limité sur les espèces du genre Microdochium spp., il est vrai moins fréquent. Si l'infection est due à des espèces de Fusarium ou Microdochium, l'utilisation de fongicides spécifiques à base de prothioconazole est recommandée.
Les éventuelles interventions pour lutter contre le risque fusarioses des épis permettront aussi d’être efficaces sur les maladies foliaires, en particulier la septoriose et la rouille brune pour les variétés sensibles.
Coop Creully - vidéo n°6 - Fusariose des épis sur blé tendre
Exemples de produits fongicides
Voici quelques exemples de produits contenant les substances actives mentionnées :
- AVASTEL® - EC : 75 g/l de Fluxapyroxade + 150 g/l de Prothioconazole - AMM N° 2240236.
- MAXENTIS® - SC : 150 g/l de Prothioconazole + 200 g/l de Azoxystrobine - AMM N° 2230815.
Il est impératif de respecter les usages autorisés, doses, conditions et restrictions d’emploi mentionnés sur l’étiquette du produit et/ou de consulter les informations des fabricants et distributeurs. Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. ®Marque déposée Adama France s.a.s. - RCS N°349428532.
Surveillance des autres maladies
Il faudra aussi rester vigilant vis-à-vis de la rouille brune sur les situations où elle avait été signalée avec élévation des températures cette fin de semaine. En blé dur, les parcelles ont souvent été peu touchées par les maladies foliaires induisant peu de protection (peu de rouille brune jusqu’à maintenant observée).
La septoriose a été, dans certaines situations (semis précoces, variété sensible), difficile à contrôler, notamment avec le positionnement du 2ème fongicide souvent un peu tardif et en curatif la semaine dernière sur des stades d’épiaison.
Grille d’évaluation du risque deoxynivalenol (DON)
Une grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre est disponible pour aider au traitement contre la fusariose sur épi (Fusarium graminearum et Fusarium spp.). Ces grilles permettent d’évaluer le risque en fonction des situations.
Distinction avec l'Ergot du blé
Il est important de ne pas confondre la fusariose avec l'Ergot du blé. L'ergot du blé, causé par Claviceps purpurea, contamine les épis de blé en formant des sclérotes noirs et toxiques sur les grains, dont l'aspect est très différent des symptômes rosâtres de la fusariose.
