La France, par sa géologie et sa géographie variées, présente une mosaïque de formations pédologiques, parmi lesquelles les sols limoneux argileux occupent une place significative. Ces sols, caractérisés par leur capacité à retenir l'eau et leur sensibilité aux variations hydriques, sont au cœur de préoccupations croissantes, notamment en raison du phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA). Comprendre la répartition de ces sols et les risques associés est essentiel pour l'aménagement du territoire, la construction et l'adaptation au changement climatique.
La Diversité Géologique des Sols Français
La genèse des sols en France est intimement liée à la diversité des roches mères présentes sur son territoire. Cette hétérogénéité géologique a conduit à la formation de sols aux propriétés très variées. On retrouve ainsi :
- Les roches quartzitiques sableuses : Caractérisant les Landes et la Sologne, elles donnent naissance à des sols plutôt sableux, bien drainés mais pauvres en éléments nutritifs.
- Les granites et granulites : Présents en Bretagne et dans les Vosges, ces roches cristallines s'altèrent pour former des sols souvent acides, riches en squelette minéral.
- Les schistes : Rencontrés dans les Alpes, en Bretagne et dans le Massif central, les schistes donnent des sols généralement argileux, lourds et parfois asphyxiants.
- Les calcaires durs : Typiques du Bassin parisien et du Midi, les calcaires favorisent le développement de sols calcaires, souvent bien structurés et fertiles, mais sensibles à la sécheresse.
- Les craies : Les craies de Champagne donnent des sols légers, perméables et peu fertiles.
- Les marnes : Présentes à l'Est et en Limagne, les marnes sont des roches sédimentaires riches en argile, donnant des sols lourds et collants.
- Les basaltes : Issus de l'activité volcanique du Massif central, les basaltes s'altèrent en sols fertiles et riches en éléments minéraux.
- Les limons éoliens : Ces dépôts de poussières transportées par le vent se retrouvent dans les Bassins aquitain et parisien, ainsi qu'en Alsace. Ils forment des sols limoneux, souvent fertiles et bien structurés.
- Les alluvions fluviatiles et fluviomarines : Les dépôts des fleuves et des mers, comme en Camargue et dans les marais de l'Ouest, créent des sols variés, souvent riches en matière organique et en argile.

L'Importance des Formations Limoneuses Quaternaires
Une particularité notable concerne les formations superficielles limoneuses qui recouvrent environ un tiers du territoire français. Ces limons, déposés sur des épaisseurs allant de cinquante centimètres à plusieurs mètres, datent de l'ère Quaternaire, une période s'étendant approximativement entre 50 000 et 10 000 ans avant notre ère. Ces dépôts éoliens ont marqué profondément les paysages de la Beauce, de l'Île-de-France et de la Picardie, contribuant à la formation de sols fertiles et propices à l'agriculture. La carte de ces formations est notamment issue du Réseau d'Étude des Sols de France (RESF).
Le Phénomène de Retrait-Gonflement des Argiles (RGA) : Un Enjeu Majeur
Les terrains argileux, en raison de leur structure et de leur capacité à absorber et libérer de l'eau, sont sujets au phénomène de retrait-gonflement. Ce phénomène, exacerbé par les périodes de sécheresse et de réhydratation alternées, peut avoir des conséquences désastreuses sur les constructions, en particulier les maisons individuelles dont les fondations sont généralement moins profondes que celles des bâtiments collectifs.

Mise à Jour de la Cartographie d'Exposition au RGA
Face à la forte sinistralité observée ces dernières années, notamment due aux effets du changement climatique, une mise à jour de la carte d'exposition au retrait-gonflement des argiles a été effectuée. Cet arrêté, publié le 9 janvier 2026, fait suite à une consultation publique ouverte par le ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Il s'agit d'une actualisation de la carte annexée à l'arrêté du 22 juillet 2020, disponible sur le site Géorisques.
Cette cartographie actualisée est cruciale car elle permet d'identifier les secteurs où s'appliquent les obligations prévues par la loi Élan. Ces obligations visent à prévenir les effets néfastes du RGA sur les constructions dans les zones d'exposition moyenne à forte.
Le RGA : Un Fléau Économique pour les Catastrophes Naturelles
Le phénomène de retrait-gonflement des argiles est devenu le poste de dépense le plus coûteux pour le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles (Cat Nat). Sur les cinq dernières années, la part du coût liée au RGA a atteint 70%, représentant environ 1,1 milliard d'euros par an. La sécheresse de 2022 à elle seule a engendré plus de 3,5 milliards d'euros de coûts pour les assureurs.
L'Impact du Changement Climatique sur le RGA
Le changement climatique, avec l'intensification des épisodes de sécheresse et de fortes pluies, accentue la fréquence et la gravité des phénomènes de RGA. La mesure cinq du troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc) prévoit d'ailleurs la mise à jour régulière de cette carte d'exposition. La période 2018-2022 a vu une augmentation significative des sinistres RGA, représentant 58% de la totalité des sinistres enregistrés depuis 1989, soit environ 240 000 sinistres.
La prévention des risques naturels - Introduction générale et retrait gonflement des argiles
Évolution des Zones d'Exposition et Implications pour la Construction
La nouvelle carte d'exposition au RGA dévoile une augmentation notable des zones considérées comme d'exposition moyenne et forte. Désormais, ces zones, soumises aux obligations constructives de la loi Élan, représentent 55% du territoire hexagonal, contre 48% en 2020.
Cette évolution concerne directement le parc de maisons individuelles. Actuellement, 12,1 millions de maisons individuelles (soit 61,5% du total) se situent dans ces zones d'exposition moyenne ou forte, contre 10,3 millions en 2020 (soit 52,5%). Cette augmentation est particulièrement marquée dans certaines régions :
- Auvergne-Rhône-Alpes : 49% de la superficie concernée, contre 33% précédemment.
- Bourgogne-Franche-Comté : 74% de la superficie, contre 58%.
- Grand Est : 53% de la superficie, contre 41%.
- Centre-Val de Loire : 90% de la superficie, contre 82%.
Malgré cette augmentation des zones à risque, le ministère souligne que l'impact sur la construction de maisons individuelles est "limité" en termes de nouvelles constructions. Environ 9% des maisons individuelles construites chaque année sont situées dans ces nouvelles zones d'exposition moyenne et forte. Néanmoins, la prise en compte de ces risques est primordiale pour assurer la durabilité des constructions et la sécurité des occupants.
Cartographie Précise pour une Meilleure Prévention
La carte d'exposition au RGA est le résultat d'un croisement complexe entre la susceptibilité intrinsèque des sols au phénomène (basée sur des études géologiques et pédologiques) et leur sinistralité enregistrée sur une période donnée (ici, 1989-2017 pour le classement actuel). Les données de cette carte, disponibles sur le portail Géorisques, constituent un outil indispensable pour les particuliers, les professionnels de la construction, les collectivités locales et les assureurs afin d'évaluer et de gérer les risques liés au retrait-gonflement des argiles. La mise à jour de cette carte, intégrant les effets du changement climatique, est un pas essentiel vers une meilleure adaptation de notre territoire aux défis environnementaux actuels et futurs.