La culture du maïs est confrontée à une menace persistante et complexe : la fusariose. Cette maladie, loin d'être un phénomène monolithique, résulte de l'action de près d'une vingtaine d'espèces fongiques distinctes. La complexité de cette pathologie réside dans la diversité des mécanismes d'infection, la variabilité des réponses climatiques et l'impératif de sécurité sanitaire lié à la production de mycotoxines. La maîtrise de ces agents pathogènes nécessite une approche holistique, combinant sélection variétale rigoureuse et stratégies agronomiques adaptées.

Une diversité d'agents pathogènes au champ
Les fusarioses les plus souvent rencontrées dans les parcelles sont Fusarium graminearum, F. culmorum, F. avanaceum, F. tricinctum, ainsi que Microdochium nivale et Microdochium majus. Chaque espèce possède ses propres spécificités biologiques. Dans le cas de Fusarium graminearum, les asques se développent et expulsent à maturité les ascospores en mai-juin, lorsque l’humidité est suffisante. Ces spores sont dispersées par le vent sur les feuilles et les épis.
Pour la dispersion de Microdochium, les éclaboussures de pluie ou effet « splashing » tiennent un rôle important. Une goutte de pluie tombant au sol capture la conidie et l’emporte sur une feuille lorsqu’elle rebondit. Ces cycles épidémiologiques restent, à ce jour, relativement mal connus, rendant la prédiction des infestations complexe. Par ailleurs, des facteurs environnementaux comme des températures élevées et un climat humide sont particulièrement favorables au développement de la fusariose de l'épi et du grain.
La sélection variétale : un levier majeur
La recherche génétique constitue la première ligne de défense contre la fusariose. « Il y a eu un grand ménage fait en éliminant les variétés trop sensibles aux fusarioses des épis en l’espace de dix ans », souligne Béatrice Orlando, d’Arvalis. Les entreprises semencières, à l'instar de Mas Seeds, placent la tolérance aux fusarioses au cœur de leurs programmes de sélection.
« Notre sélection est orientée d’abord sur des caractères de rendement dans des conditions diverses de culture du maïs, mais le caractère de tolérance aux fusarioses tient une place majeure dans notre programme de sélection », explique Michaël Fourneau, directeur recherche et développement de Mas Seeds. L'enjeu est crucial pour les marchés de l'alimentation humaine et animale, où la présence de mycotoxines est strictement réglementée. Par exemple, la production destinée à la fabrication de whisky exige des grains totalement exempts de mycotoxines.
Les méthodes d'évaluation ont évolué. Si les essais en contamination artificielle ont fait long feu en raison de leur coût et de leur complexité, le Geves s'appuie désormais sur deux ans d'essais CTPS en de multiples lieux. « Pour les notations de Fusarium sur les maïs à l’inscription variétale, on se base sur des essais d’opportunité, à savoir des mesures seulement réalisées en présence de la maladie de manière suffisamment importante », précise Valérie Uyttewaal, secrétaire technique section CTPS maïs et sorgho.
La sélection variétale (Lycée)
Les limites de l'évaluation variétale
Bien que la sélection progresse, l'évaluation de la tolérance reste imparfaite. L'information provenant du CTPS et du réseau Arvalis concerne principalement Fusarium graminearum. Pour les Fusarium de la famille des Liseola (ex-moniliforme), il est très difficile de mesurer la tolérance variétale, car leur développement est trop multifactoriel, dépendant du climat et des blessures sur les épis.
Pour pallier ce manque, des programmes comme le programme « Stimul » permettent de continuer à acquérir de l'information sur les variétés en cours de développement. Les essais CTPS sont complétés par des évaluations de post-inscription d'Arvalis, ajoutant jusqu'à trois années d'expérimentations pour les variétés les plus performantes. Néanmoins, il n'existe pas de bonification à l'inscription si une variété montre un haut niveau de tolérance ; l'objectif est avant tout d'éliminer les variétés montrant une trop grande sensibilité.
Stratégies agronomiques et gestion du risque
La génétique ne représentant qu'une partie de la réponse, les agriculteurs doivent adopter des stratégies de culture minimisant les risques d'exposition. Le choix de la date de semis et de la récolte est déterminant. « Nos variétés sont proposées aux agriculteurs tout en leur préconisant une stratégie de culture minimisant les risques de fusarioses basée notamment sur un semis tôt et une récolte précoce », explique Thierry Dupouy, chef produit maïs grain tardif chez Mas Seeds.
L'utilisation d'outils digitaux, comme « AgroTempo », permet de localiser la parcelle, d'analyser le type de sol et les prévisions météo pour optimiser la fenêtre de semis. La culture est suivie sur tout son cycle pour aboutir à des dates de récoltes en octobre, avant que les risques de fusarioses ne deviennent trop élevés. Il est important de noter que l'observation a posteriori est souvent inutile : en présence de symptômes, les traitements sont inefficaces.

Biologie du pathogène et facteurs de stress
Le cycle de vie du Fusarium sp. lui permet de survivre dans le sol, les débris végétaux, les grains infectés, les mauvaises herbes et les plantes indigènes sous la forme de périthèces et de sporodochies. L'infection des plants survient le plus souvent à la suite d'une agression sur les grains provoquée par divers ravageurs tels que la pyrale ou la sésamie, ou encore suite aux dégâts de grêle, à des problèmes nutritionnels ou en cas de stress hydrique.
La compréhension fine de ces interactions est essentielle. Par exemple, des températures élevées au moment de la contamination (floraison) favorisent Fusarium graminearum (optimum 20-22°C), qui peut entraîner la production de mycotoxines (DON). À l'inverse, des températures plus basses (optimum 16-18°C) favorisent Microdochium spp., qui ne produit pas de mycotoxines. Une année aux températures contrastées peut ainsi favoriser le développement d'une flore mixte.
Protection fongicide et lutte intégrée
En situation de risque élevé, notamment pour les variétés sensibles ou les précédents maïs, une protection fongicide peut être envisagée à la floraison. Plusieurs substances actives de la famille des triazoles possèdent une action sur les fusarioses. Certaines solutions à base de triazole solo, comme le metconazole, le tébuconazole ou le bromuconazole, peuvent être plus économiques, mais leur spectre d'action est souvent limité à Fusarium graminearum.
En cas de risque de flore mixte, il est conseillé d'intervenir avec des combinaisons de substances actives, telles qu'une base de prothioconazole associée à du tébuconazole, du metconazole ou de la fluoxastrobine. Il est crucial de viser la dose haute dans ces situations. Ces interventions permettent également d'assurer un relais efficace vis-à-vis d'autres maladies foliaires comme la septoriose ou la rouille brune, dont le contrôle est parfois délicat en cas de positionnement tardif du fongicide. Avant toute utilisation, il est impératif de s'assurer de l'indispensabilité du traitement et d'utiliser les produits phytopharmaceutiques avec toute la précaution requise.