Le bouturage est une méthode fondamentale et fascinante de multiplication des plantes, appréciée tant par le jardinier amateur que par le professionnel. Cette technique, qui consiste à donner naissance à une nouvelle plante à partir d’un morceau de plante mère, permet de sauvegarder des espèces intéressantes et de les multiplier de manière économique. Qu'il s'agisse d'arbustes d’ornement ou d'arbustes à petits fruits, le bouturage est une alternative rapide et efficace à d'autres méthodes de reproduction. Il offre l'avantage de reproduire à l'identique les végétaux que l'on aime, garantissant ainsi que les nouvelles plantes auront les mêmes couleurs, formes et propriétés que leurs parents. Ce clonage naturel ou artificiel est un art qui, avec un peu de patience et de méthode, peut transformer une simple pousse en une plante vigoureuse et indépendante.

Les Fondamentaux du Bouturage : Une Reproduction à l'Identique
Le bouturage est une méthode de multiplication végétative qui présente de nombreux avantages. Tout d’abord, cette technique est idéale pour préserver des variétés de plantes rares ou précieuses, car elle garantit que la nouvelle plante sera une copie génétique exacte de la plante mère, conservant ainsi ses caractéristiques spécifiques. De plus, le bouturage permet une reproduction plus rapide que les semis pour certaines plantes, accélérant ainsi le processus de multiplication. C'est le moyen le moins onéreux dans le jardin pour avoir des fleurs et des légumes, et ces méthodes de multiplication ne demandent pas un matériel sophistiqué. En bref, le bouturage consiste à prélever une partie d’une plante mère - qu’il s’agisse d’une tige, d’une feuille ou d’une racine - et à la planter de manière à ce qu’elle développe ses propres racines et devienne une plante indépendante.
Choisir le Bon Moment : Le Calendrier du Bouturage
Le succès du bouturage est fortement lié au moment choisi pour prélever les boutures. L'été est une saison propice aux expériences végétales car la chaleur accélère la cicatrisation des tiges, le feuillage est à son apogée, et l’on dispose d’un peu plus de temps pour observer et chouchouter ses plantes. Pour tous les bois tendres, la bouture se pratique vers les mois de mai-juin. Le moment de la coupe est décisif pour le succès de la pousse. En effet, les boutures doivent avoir des tiges fermes mais élastiques. Si les pousses sont encore trop molles, elles restent dormantes. Si elles commencent déjà à se lignifier, les pousses s’enracinent péniblement.
Il est intéressant de noter que les périodes pour réussir des boutures sont également dépendantes de la région où vous habitez. Tout est donc conditionné à divers facteurs. Par exemple, certaines expériences montrent que des boutures de rosier réussissent mieux en fin février/début mars (80% de succès) lorsqu'elles sont fichées en terre au moment de la taille de printemps, tandis que celles de septembre peuvent être plus difficiles. Cependant, les boutures de rosier prennent aussi bien en fin juillet/début septembre dans un bon mélange de terreau et de sable fin, dans un endroit frais et à l’ombre. Afin d’éviter l’assèchement des boutures, si c’est possible, il faut les faire dans la matinée lorsqu’il n’y a pas encore trop de vent.
Préparation de la Bouture : Les Gestes Clés
Pour multiplier d’un coup de baguette magique ses plantations, il faut avoir l’art et la manière de pratiquer le bouturage. Nul besoin d’investir dans des outils coûteux pour bien bouturer ses plantes, juste être un peu patient et ne pas abandonner.
- Le choix de la bouture : Avant de commencer, il est recommandé de choisir une bouture saine qui ne présente pas de maladies, d'insectes ou de blessures. Le prélèvement doit se faire sur un sujet sain. Il faut choisir les plus belles tiges non fleuries qui sont souples et non ramifiées. La bouture doit comporter au moins 3 yeux (ou ramifications) au minimum.
- Le prélèvement et la coupure : Coupez une pousse de 10-15 cm, en biseau, sous un œil ; c’est de là que se formeront les nouvelles racines. Commencez par cisailler sous l’œil de la plante à l’aide de votre sécateur bien nettoyé et incliné à 45 degrés de la façon la plus nette possible. La longueur des boutures varie en fonction de la taille et de la force de croissance de la plante à reproduire. Coupez toujours la bouture le plus près possible sous le bourgeon ou la paire de bourgeons. Pourquoi ? Parce que la plante présente beaucoup de tissus de division dans cette zone et possède également le plus de substances de croissance. La bouture doit comporter au moins un entre-nœud, c’est-à-dire une section de pousse entre deux bourgeons ou paires de bourgeons. Pour les boutures à bois dur difficiles à bouturer (magnolia, camélia), vous pouvez enlever un centimètre d'écorce à la base. Ensuite, il faut supprimer les feuilles de la base afin d’éviter qu’une feuille ne soit enterrée. Détachez toutes les feuilles sur environ 7 centimètres de longueur et pincez l’extrémité souple avec vos doigts.

Les Différentes Techniques de Bouturage
Le bouturage est une technique essentielle pour tout jardinier souhaitant multiplier ses plantes sans recourir aux graines. Il existe plusieurs types de bouture, chacun adapté à différents types de plantes et à différentes parties de la plante parentale.
Bouturage à l'eau
De très nombreuses plantes peuvent se bouturer dans l'eau. Il suffit de placer la bouture dans un pot opaque rempli d’eau que vous changerez régulièrement. Laissez les tiges 15 jours dans l'eau pour qu'elles commencent à faire des racines puis mettez-les en terre. Cette méthode est particulièrement simple pour des plantes comme le laurier-rose ou le coléus. Pour le laurier-rose, la méthode consiste à placer une tige d’une quinzaine de centimètres dans une bouteille d’eau et de la planter par la suite. Les racines apparaissent généralement en moins de deux semaines.
Bouturage en terre
Le bouturage en terre est une méthode courante et efficace. Munissez-vous de pots (en terre idéalement, pour aider la bouture à se réchauffer). Dans un pot, un godet ou une jardinière, incorporez un mélange de terreau et de sable et tassez légèrement le tout. Ensuite, creusez un petit trou de 5 cm de profondeur avec un bâtonnet par exemple ou une paille. L’essentiel est de former un trou équivalant à la largeur de la bouture pour la loger dedans. Les tiges sont à trouer puis à installer à l’aide d’un rameau ou d’un crayon. Pour planter des boutures, il est préférable d’utiliser du terreau de semis, du terreau à herbes prêt à l’emploi ou du terreau de culture comme substrat. Si vous laissez les boutures s’enraciner directement dans la terre, les jeunes plantes seront plus faciles à planter, car les racines auront déjà formé une motte solide.
Bouturage à l'étouffée
La technique à l’étouffée consiste à créer un milieu confiné et saturé d’eau pour favoriser l’enracinement des boutures. On peut utiliser une mini serre, recouvrir le pot d’une cloche ou enfermer le contenant dans un sac en plastique transparent. L’humidité de l’air ambiant limite le phénomène d’évaporation-transpiration et, concrètement, évite à la bouture de se dessécher. Placez le tout dans un endroit lumineux mais à l’abri de la lumière directe du soleil.
Boutures de tiges
Les boutures de tiges sont des pousses sans feuilles avec plusieurs bourgeons. Les boutures herbacées ou les boutures en vert sont prélevées sur les jeunes pousses de printemps bien vertes non lignifiées. Elles se pratiquent sur beaucoup de plantes vivaces et sur certains arbustes. Elles sont parmi les méthodes de bouturage les plus répandues.
Boutures de feuilles
Seules certaines espèces se prêtent aux boutures de feuilles comme les bégonias ou les saintpaulias ionantha. Les boutures de feuilles sont généralement constituées d’une seule feuille avec ou sans tige. La plupart du temps, il est nécessaire d’inciser les nervures des feuilles au niveau des ramifications. L’inconvénient des boutures de feuilles est qu’elles sont plus souples et sujettes à la pourriture. La bouture de feuilles de bégonia est possible aussi mais cela demande plus de temps. Il faut couper des feuilles saines avec leur pétiole dont on trempe l’extrémité dans l’eau. Après l’apparition de petites racines, de nouvelles feuilles se forment.
Boutures de racines
Les boutures de racines sont constituées d’une racine sans tige, ni feuille, ni pousse. Les boutures de racines consistent à diviser une racine principale (munie de radicelle) en petites sections.
COMMENT FAIRE DES BOUTURES ?
L'Utilisation des Hormones de Bouturage
L’hormone de bouturage est un produit de synthèse utilisé pour stimuler l’émission des racines. Elle améliore le taux de reprise des boutures, car l’enracinement démarre mieux. Lorsque les espèces se multiplient sans difficulté, il est inutile d’avoir recours à des hormones artificielles. En revanche, lorsque le bouturage est jugé difficile, les hormones de synthèse deviennent très intéressantes. Cette substance, longtemps commercialisée en poudre, est désormais disponible en gel, plus facile à appliquer.
Pour l'utiliser, après avoir mouillé la base de la bouture, trempez la partie qui sera enterrée dans le gel ou dans la poudre. Secouez pour éliminer le surplus de poudre et ne laisser qu’une fine pellicule blanche. On peut aussi utiliser une hormone de bouturage afin de stimuler l’enracinement de certaines espèces à bois dur difficile à bouturer : magnolia, camélia… en l’ajoutant à la base de votre pousse dont vous aurez préalablement enlevé un centimètre d’écorce. Les gels de bouturage sont vendus dans les "growshops" pour être utilisés avec du matériel de propagation tel que des cubes, des bouchons de laine de roche, des disques de tourbe ou des éponges dans les plateaux alvéolés de culture à l'intérieur. Pour certains de ces produits, on met un peu de produit dans un petit gobelet, on y trempe l'extrémité inférieure de la bouture et on la dépose dans le petit trou fait au préalable dans le support de culture humide. Et ça pousse… ou pas. Rhizopon est une marque très bien réputée, mais n'est pas obligatoire pour bouturer toutes les plantes, comme le rhododendron, car certaines variétés sont récalcitrantes, même avec ce produit ou un autre.
L'Entretien des Boutures : Assurer la Réussite
Une fois les boutures plantées, l'entretien est crucial pour leur développement.
- Hydratation : Veillez à ce que la terre ne sèche pas. Cependant, elle ne doit pas non plus devenir trop humide. L'arrosage est presque quotidien. Un arrosage très modéré mais régulier suffit à stimuler l’apparition des racines pour des plantes comme la lavande.
- Aération : Aérez régulièrement en ouvrant le sac plastique ou la mini-serre pour éviter une condensation excessive et les moisissures.
- Lumière et Température : Conservez la bouture dans un endroit mi-ombragé. Dans un environnement humide et sous une température plus ou moins chaude, on doit maintenir les boutures herbacées loin des courants d’air et du soleil. Une lumière vive, sans soleil direct, et une humidité modérée sont indispensables pour favoriser l’enracinement du pélargonium. Maintenez une température constante et évitez les courants d’air.
- Repiquage : Après environ deux à trois semaines, les boutures forment de nouvelles racines. Il s’agit du moment idéal pour les rempoter. Utilisez une terre riche en nutriments, mais pas trop fertilisée, par exemple du terreau commercial pour le repiquage. Quand le système racinaire est convenablement développé, il faut repiquer les pots individuels et les installer sous l’ombre.
L’enracinement peut prendre de quelques semaines à quelques mois, selon les plantes. Soyez patient et surveillez régulièrement l’état de la bouture. Une fois que des racines se sont bien développées, vous pouvez rempoter la jeune plante dans un pot plus grand ou en pleine terre.
Plantes Particulièrement Adaptées au Bouturage Estival
L'été est une période propice pour le bouturage de nombreuses espèces, grâce à la chaleur et la luminosité qui favorisent l'enracinement.
- Coléus (Solenostemon scutellarioides) : Très apprécié pour son feuillage coloré, nervuré et souvent bicolore, le coléus est une plante ornementale facile à multiplier par bouturage estival. Il suffit de couper une tige non fleurie d’environ 10 cm, juste sous un nœud, de retirer les feuilles du bas et de la placer dans un verre d’eau ou directement en terre humide. Les racines apparaissent en quelques jours.
- Pélargonium (Pelargonium x Hortorum) : Souvent appelé à tort géranium, ce pélargonium se bouture facilement en été par prélèvement d’une tige d’une dizaine de centimètres sans fleur ni bouton. Il faut retirer les feuilles inférieures puis piquer directement la tige dans un pot de terreau léger.
- Lavandes (Lavandula angustifolia ou hybrides) : Les lavandes se prêtent très bien au bouturage d’été, juste après la floraison. Il suffit de prélever une pousse semi-ligneuse, d’ôter les feuilles du bas, puis de planter la tige dans un substrat léger, sablonneux et bien drainé.
- Romarin (Salvia rosmarinus) : Cet arbrisseau des garrigues accepte volontiers le bouturage au cours de la belle saison. Les rameaux semi-aoûtés, encore souples mais bien développés, donnent les meilleurs résultats. Il suffit de prélever une tige d’environ 15 cm, de la dégarnir à la base et de l’installer tout simplement dans un mélange de sable et de terreau.
- Sauge officinale (Salvia officinalis) : Au feuillage duveteux et à l’arôme puissant, la sauge officinale se bouture de préférence en été sur des rameaux non fleuris. La technique est identique à celle du romarin.
- Fuchsia (Fuchsia) : Les tiges souples du fuchsia sont particulièrement faciles à bouturer. Il suffit de prélever une tige de 7 à 12 cm, de supprimer les boutons floraux et les feuilles du bas, puis de la planter dans un terreau léger. L’humidité doit être constante mais non stagnante.
- Hortensia (Hydrangea macrophylla) : Bouturer un hortensia en été, c’est s’assurer de futurs massifs généreux. Choisir une tige non fleurie ou juste défleurie, la couper sous un nœud, puis ôter les feuilles inférieures. Il est souvent utile de tailler les grandes feuilles restantes de moitié pour limiter l’évaporation.
- Laurier-rose (Nerium oleander) : Plante méridionale par excellence, le laurier-rose se multiplie très facilement par un bouturage en été. La méthode consiste à placer une tige d’une quinzaine de centimètres dans une bouteille d’eau et de la planter par la suite.
- Bégonias (Begonia semperflorens et Begonia rex) : Les bégonias à feuillage décoratif ou à floraison continue se multiplient aussi par bouture de tige ou même de feuille en été. Prélever une tige charnue qui comporte trois ou quatre nœuds, la laisser sécher quelques heures, puis la planter dans un terreau très léger et maintenir une ambiance humide.

Autres Méthodes de Multiplication Végétative
Le bouturage n’est pas la seule façon de reproduire des plantes. Pour un jardin plus agrémenté, il est possible de réaliser également des ramifications et des ensemencements. Le jardinage est pour une large part l'art de reproduire les espèces et les variétés, pour les faire fructifier, fleurir. La multiplication, que ce soit par semis, par bouturage, par marcottage, par division ou par greffe est le moyen le moins onéreux dans le jardin pour avoir des fleurs et des légumes. D'autant plus que ces méthodes de multiplication ne demandent pas un matériel sophistiqué.
Les Semis
Pour les semis, il existe des fiches conseils spécifiques qui détaillent cette méthode de reproduction à partir de graines. L’ensemencement offre une grande diversité de variétés tandis que les plantes adaptées au bouturage sont plus limitées.
Le Marcottage
Plus facile à réussir que le bouturage mais moins "rentable" en nombre de plantes reproduites, le marcottage consiste à provoquer l'émission de racines sur un rameau sans détacher celui-ci de la plante dont il est issu. Il reste ainsi nourri par sa plante mère, tant qu'il n'est pas capable de s'alimenter seul. C'est seulement à ce moment qu'il sera sevré, c'est-à-dire détaché de la plante mère.
- Technique : Au printemps, enterrez sous terre l'extrémité d'un rameau souple d'une plante sans le détacher de la plante mère dans un mélange de sable et de tourbe. On peut aussi utiliser une hormone de bouturage. Arrosez régulièrement. À l'automne, la marcotte pourra être sevrée. La marcotte s'utilise principalement pour les plantes grimpantes et les arbustes à branches souples. On parle de ramification lorsqu’une pousse entière est courbée vers le sol et entièrement recouverte de terre. Dans le cas d’un ensemencement, la pointe de la pousse dépasse.
La Division
La division des touffes est un mode de multiplication pour toutes les souches vivaces. Elle a aussi pour rôle de permettre d'éliminer les parties âgées pour les remplacer par des plantes jeunes, plus vigoureuses et plus florifères. C'est donc aussi une opération d'entretien pour les massifs de fleurs.
- Technique : Soulevez délicatement la souche avec une bêche. Découpez-la à la main, à la bêche ou au sécateur en ayant pour chaque nouvelle plante des racines, un bourgeon et une touffe de feuilles. Replantez-les directement en terre. Les plantes rhizomateuses (iris) se divisent par séparation du rhizome en plusieurs parties. Ces différentes parties seront remises en terre de façon espacée.
La Greffe
Le greffage consiste à mettre en contact étroit les tissus d'une ou plusieurs plantes pour qu'ils se soudent entre eux. Le greffon développe tige et feuilles, le porte-greffe fournit les racines. Ce procédé permet de reproduire les végétaux qui ne se reproduisent pas fidèlement par semis, ou dont le bouturage est difficile.
- Technique du greffage en écusson : Le greffage le plus répandu et le moins difficile est le greffage en écusson. Incisez l'écorce du porte-greffe en forme de T avec le greffoir. Soulevez très délicatement l'écorce et débarrassez le greffon de ses feuilles en conservant les pétioles. Glissez doucement le greffon dans le T du porte-greffe en veillant à ce que l'œil du greffon soit dirigé vers le haut. Ligaturez solidement avec du raphia humide ou un lien en plastique souple qui sera enlevé quelques mois plus tard, une fois la reprise du greffon amorcée. La meilleure époque pour cette pratique est la fin de l'été, de la mi-juillet à septembre. Il existe de nombreuses autres méthodes de greffage employées par les professionnels dont certaines sont très compliquées.
