Le géranium vivace face au gazon : comprendre, cultiver et gérer cette interaction

Le jardin est un espace de vie, un lieu d'équilibre où chaque végétal occupe une place définie par le jardinier. Pourtant, il arrive que des interactions imprévues, comme la prolifération d'espèces indésirables, viennent perturber cette harmonie. Le géranium vivace, plante prisée pour sa robustesse, et le gazon, tapis végétal essentiel, sont deux composantes majeures qui nécessitent une gestion fine pour cohabiter ou, parfois, pour éviter l'envahissement. Cet article propose une exploration approfondie de ces deux entités, de leurs spécificités botaniques à leur entretien quotidien.

jardin paysager avec massifs de géraniums et pelouse bien entretenue

Distinction botanique et richesse historique du géranium vivace

D'emblée, rétablissons une vérité : les pélargoniums, plantes annuelles cultivées en jardinières, injustement appelés géraniums, ne sont pas des géraniums. Certes, pélargoniums et géraniums appartiennent à la même famille des Géraniacées, mais leur origine est différente : le pélargonium, frileux, vient d'Afrique du sud, le géranium des zones montagneuses de tous les continents.

Le géranium vivace (Geranium spp.) doit être distingué du pélargonium (Pelargonium spp.), star de nos balcons en été. Outre les fleurs simples à 5 pétales, le géranium vivace qui est robuste et rustique, s'épanouit en touffe étalée portant des feuilles arrondies ou palmées, découpées ou ciselées, parfois persistantes et toujours décoratives (vertes ou pourpres) surtout lorsqu'elles se colorent à l'automne. Autant dire que le géranium est une plante vivace particulièrement rustique (jusqu'à - 20 °C) qui se cultive partout en France.

Bien que souvent associé aux jardins de nos grands-mères, le géranium vivace possède une histoire riche et complexe, remontant à des temps bien plus anciens que l'époque victorienne. Dès l'Antiquité, les Égyptiens, les Grecs et les Romains l'employaient pour ses propriétés médicinales et aromatiques. Au Moyen Âge, il est cultivé dans les jardins des monastères. Au XVIIe siècle, le botaniste Paul Hermann découvre de nouvelles espèces en Afrique du Sud et les introduit en Europe, avant que la plante ne devienne une icône ornementale au XVIIIe siècle.

Pourquoi choisir le géranium vivace au jardin ?

Le géranium vivace est une plante qui séduit de nombreux jardiniers pour de multiples raisons. Sa facilité de culture le rend parfait pour les débutants. Sa floraison abondante et prolongée, du printemps jusqu'aux premières gelées, offre une source de joie constante. Sa polyvalence est également remarquable : on trouve des variétés compactes pour les rocailles, des variétés rampantes pour les couvre-sols, et des variétés plus hautes pour les massifs.

Il constitue en outre un véritable atout pour la biodiversité, ses fleurs étant très appréciées des insectes pollinisateurs comme les abeilles et les papillons. Parmi les variétés emblématiques, citons :

  • Géranium vivace macrorrhizum : également connu sous le nom de géranium à grosses racines ou géranium des Balkans, très apprécié pour sa facilité de culture.
  • Géranium vivace 'Wargrave Pink' : prisé pour sa floraison abondante.
  • Géranium vivace Rozanne® : une vivace particulièrement appréciée pour sa floraison généreuse et prolongée, sa rusticité et sa facilité de culture.
  • Géranium vivace Dragon Heart® : apprécié pour sa floraison abondante et colorée.
  • Géranium vivace Dreamland® : une variété hybride connue pour sa floraison généreuse et sa robustesse.

gros plan sur une fleur de géranium vivace Rozanne

Techniques de culture et d'entretien du géranium

Pour une plantation réussie, le printemps est la période idéale, lorsque les dernières gelées sont passées. L'automne est également possible, à condition d'intervenir avant les premières gelées. Le géranium vivace apprécie le soleil ou la mi-ombre. Lors de la mise en terre, respectez un espacement de 30 à 40 cm entre chaque plant. Arrosez généreusement après la plantation et paillez le sol pour conserver l'humidité et limiter la prolifération des mauvaises herbes.

La taille est un élément clé pour maintenir une belle forme et stimuler la floraison. Après la floraison, coupez les tiges fanées juste au-dessus d'un nœud. En automne, rabattez la plante à environ une largeur de main au-dessus du sol pour favoriser un renouvellement complet au printemps. La technique du "Hampton Hack" consiste à tailler les plantes herbacées qui fleurissent au début de l'été, peu après la floraison, pour obtenir une deuxième floraison plus tardive et plus compacte.

En fin d'hiver, le géranium vivace peut être rabattu au ras du sol, il repartira de plus belle avec l'arrivée du printemps. La division de touffe en avril-mai sera réservée aux géraniums vivaces qui s'étendent grâce à des rhizomes ou stolons. Un apport d'engrais liquide organique 1 à 2 fois dans la saison suffit à dynamiser la floraison.

Le gazon : bien plus qu'une simple herbe

Il faut savoir que 77% des personnes qui possèdent un jardin ont une pelouse ! Une pelouse est une source de bonheur pour beaucoup de personnes car elle permet d'agrandir l'espace vital. Une pelouse de 230m² fournit l'oxygène nécessaire à une famille de 4 personnes pendant 1 an. Si l'on appelle herbe une "vulgaire" plante qui pousse ça et là sans qu'on l'ait voulu, alors non, le gazon n'est pas de l'herbe : c'est un savant mélange de Graminées ou Poacées.

Pour obtenir un beau gazon, trois phases sont essentielles : la préparation du sol, le semis des graines et l'entretien. Contrairement à une idée reçue, il est inutile de travailler le sol en profondeur. Le gazon, au regard de la taille de ses graines et de son implantation, ne nécessite qu'un travail superficiel sur 10 cm au grand maximum.

La technique ancestrale du "faux semis" est redoutable pour obtenir une absence de mauvaises herbes : on désherbe, on attend une quinzaine de jours que les graines indésirables germent, puis on recommence. La période de semis est large, de mars à novembre, avec une préférence pour la période du 15 août au 15 novembre, car le sol est chaud et l'humidité idéale. Après le semis, le roulage est crucial pour assurer un bon contact entre les graines fines et le sol.

RÉUSSIR son SEMIS de GAZON : TOUTES les ÉTAPES pour une PELOUSE PARFAITE

L'entretien raisonné de la pelouse

Une tonte régulière et raisonnée est le secret d'un gazon sain. La bonne hauteur de tonte se situe au-delà de 5 cm. Pourquoi 5 cm ? Car en dessous, on favorise la mousse et les mauvaises herbes, dont la plupart se développent à partir d'une rosette de feuilles ne dépassant pas 3 à 4 cm. Si vous tondez à 5 cm ou plus, il y aura une concurrence à la lumière en faveur du gazon. De plus, le gazon adapte sa longueur de racine à sa hauteur de feuille ; une tonte trop courte favorise donc la sensibilité à la sécheresse.

La fertilisation se réalise entre avril et juin, puis en septembre et octobre. Privilégiez un engrais chimique à diffusion lente ou un engrais biologique. L'avantage des engrais biologiques est leur lente diffusion naturelle, qui limite les surdosages et apporte de l'humus. Évitez absolument les produits désherbants associés à des engrais : le gazon et les mauvaises herbes se nourrissent des mêmes nutriments, et vous finiriez par nourrir les indésirables en même temps que de chercher à les éliminer.

Gérer l'envahissement : le cas du géranium sauvage

Il arrive qu'un géranium sauvage, comme le Geranium molle, s'installe dans la pelouse. S'il s'agit d'une plante annuelle ou bisannuelle, l'objectif est d'empêcher la montée en graines pour qu'elle régresse ou disparaisse. L'arrachage manuel est souvent la méthode la plus efficace, surtout si le terrain est humide, car la plante s'extrait alors très facilement avec ses racines.

Pour les variétés rampantes dotées de stolons, un raclage du sol avec un râteau peut suffire à les déloger. Il est crucial de ne pas laisser ces plantes se ressemer. Si l'envahissement devient trop important, la vigilance est de mise, mais le recours aux produits chimiques est désormais proscrit pour les particuliers, les solutions disponibles étant principalement d'ordre biologique ou mécanique. La scarification ou l'émoussage, effectués de février à avril ou d'octobre à novembre, aident également à maintenir un gazon dense capable de contrer l'installation d'espèces adventices.

En somme, la cohabitation entre le géranium vivace, plante ornementale par excellence, et le gazon, tapis de verdure, repose sur une compréhension rigoureuse des besoins de chaque végétal. Par une gestion attentive, le jardinier peut transformer ces deux éléments en partenaires d'un espace extérieur florissant et durable.

tags: #geranium #vivace #etouffe #le #gazon