L'univers de la botanique ancienne exerce une fascination intemporelle. Vous aimez les affiches botaniques anciennes, mais vous ne parvenez pas à mettre la main dessus dans les vides greniers ? Pas de panique, on trouve plein de jolies gravures de ce type, notamment dans les boutiques en ligne. Fruits, légumes, plantes aromatiques, sont dessinés et parfois décortiqués façon botaniste pour le plus grand plaisir des yeux. Certaines sont très fidèles à ce qui se faisait autrefois comme les modèles des Jolies Planches, élaborés en partenariat avec la bibliothèque Nationale de France ou celles d’Atelier Bigarade qui reproduit les dessins de célèbres peintres et naturalistes comme Ulysse Aldrovandi ou Pierre-Joseph Redouté.

Entre rigueur scientifique et expression artistique
De la réalisation de croquis sur le terrain, à la gravure, en passant par les étapes de colorisation, la création d'œuvres naturalistes est un processus à la fois complexe et minutieux. Avant de commencer, il est essentiel de comprendre la différence entre l'illustration naturaliste et l'art naturaliste.
L'illustration naturaliste est une pratique scientifique visant à représenter les plantes de manière détaillée et précise, souvent à des fins académiques ou pour des catalogues scientifiques. Chaque illustration doit être suffisamment exacte pour permettre l'identification de l'espèce, incluant des éléments tels que les racines, graines ou bourgeons. Par exemple, comme le souligne Maria Vorontsova, taxonomiste aux Kew Gardens, ces illustrations sont indispensables pour identifier des plantes complexes comme les graminées. Cette précision va au-delà de ce que la photographie peut offrir, car l'illustration met en lumière des détails subtils parfois invisibles à l'œil nu.
L'art naturaliste, bien qu'inspiré par les mêmes sujets, met davantage l'accent sur l'esthétique et l'émotion que l'œuvre suscite. Contrairement à l'illustration naturaliste, qui nécessite une rigueur scientifique pour documenter les plantes avec précision, l'art naturaliste n'a pas besoin d'inclure tous les détails scientifiques nécessaires à une identification complète. Ainsi, les artistes naturalistes devaient déterminer s'ils ou elles allaient suivre une approche purement scientifique, esthétique ou un compromis entre les deux.
Le processus créatif : du terrain à l'atelier
L'illustration scientifique commence souvent par des croquis réalisés sur le terrain. William Bartram, explorateur et naturaliste américain, utilisait des carnets de croquis enduits de cire pour les protéger de l'humidité lors de ses explorations dans les marécages de Floride au XVIIIe siècle. Il devait faire face à des environnements humides et difficiles, mais ces précautions lui permettaient de préserver ses croquis pour un usage ultérieur. Sarah Stone, illustratrice britannique, voyageait également lors d'expéditions en Amérique du Sud et dans les îles du Pacifique.
Une fois les croquis terminés, certain.es artistes utilisaient des méthodes sophistiquées pour appliquer la couleur ultérieurement. Ferdinand Bauer, par exemple, avait mis au point un système de codage des couleurs très complexe. Chaque teinte observée dans la nature recevait un code numérique, ce qui lui permettait de peindre ses aquarelles une fois rentré chez lui, sans perdre de fidélité dans les nuances observées. Cela garantissait une précision exceptionnelle, même dans des conditions de travail difficiles.
Pierre-Joseph Redouté, célèbre pour ses grands ouvrages d'illustrations botaniques comme Les Roses et Les Liliacées, travaillait de manière plus traditionnelle. Il superposait des couches d’aquarelle pour donner aux fleurs un aspect réaliste et délicat. Travaillant souvent en collaboration avec des botanistes comme Charles Louis L'Héritier de Brutelle, Redouté parvenait à combiner beauté artistique et exactitude scientifique. Sa maîtrise des nuances et des textures faisait de lui l'un des grands maîtres de la colorisation botanique au début du XIXe siècle.
La technique de la gravure au burin - Musée du Louvre [FR/EN/ES subtitles available]
La standardisation des couleurs dans l'illustration
La colorisation jouait un rôle crucial, notamment pour distinguer les détails importants des espèces végétales ou animales. Dans certaines disciplines comme la botanique, la couleur permettait de différencier les parties de la plante (fleurs, feuilles, fruits) et d'illustrer des éléments plus subtils, tels que la maturité des fruits ou les nuances dans les pétales, qui étaient difficilement rendus en noir et blanc. La couleur n’était pas simplement décorative ; elle jouait un rôle fondamental pour la compréhension et l’identification des espèces.
Un outil qui a considérablement aidé les artistes et scientifiques à standardiser la représentation des couleurs est le "Werner's Nomenclature of Colours". Ce système de classification a été développé par le géologue Abraham Gottlob Werner et révisé par Patrick Syme en 1814, ajoutant des exemples pratiques provenant de la nature. Utilisé par des naturalistes tels que Charles Darwin lors de ses voyages, cet ouvrage servait de référence pour décrire précisément les couleurs observées dans les plantes, les animaux et les minéraux. Cette normalisation de la couleur permettait aux artistes de reproduire avec fidélité les teintes observées sur le terrain, assurant ainsi la précision scientifique des illustrations et facilitant les comparaisons entre les études réalisées dans des régions différentes.
Techniques de reproduction : gravure et lithographie
Une fois les illustrations finalisées et colorisées, une étape cruciale dans la diffusion des œuvres scientifiques était la gravure, qui permettait de reproduire les illustrations en série pour les publications. La gravure sur cuivre, très répandue au XVIIe et XVIIIe siècles, permettait une précision fine et détaillée, idéale pour les illustrations scientifiques. L'artiste gravant directement sur la plaque, comme James Sowerby l’a fait pour English Botany, suivait souvent les contours des croquis initiaux. Une fois la gravure achevée, elle était encrée et passée sous presse pour transférer l'image sur le papier.
Un autre procédé commun était la lithographie, popularisée au XIXe siècle, notamment pour les ouvrages illustrés à grande échelle. Dans ce processus, l'image était dessinée sur une pierre calcaire avec de l'encre grasse. Le processus d'illustration des oiseaux commence par une esquisse préliminaire sur papier. Hart, illustrateur collaborant avec John Gould, a reporté les contours sur du papier calque, qu'il a noirci au verso avec un crayon à papier tendre. En suivant les lignes directrices, Hart a utilisé un crayon lithographique gras pour dessiner et ombrer l'image sur la pierre lithographique. L'imprimeur a ensuite placé la pierre sur le lit d'une presse lithographique. Avant l'encrage, la pierre a été humidifiée afin que l'encre grasse n'adhère qu'aux zones dessinées au crayon. Une fois l'encre sèche, l'impression était colorée à la main à l'aide d'aquarelles, en se basant sur une planche modèle approuvée.

Vers une décoration inspirée par la botanique
Les épreuves finales de gravure, qu'elles soient faites sur cuivre, acier ou à partir de pierres lithographiques, étaient souvent revues et corrigées avant publication. Cela garantissait le respect de l'illustration finale pour les attentes scientifiques et esthétiques. Des collaborations étroites entre graveur.ses, illustrateur.ices et scientifiques étaient essentielles à chaque étape du processus pour maintenir la qualité et la précision des œuvres.
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