Depuis plusieurs années, l'optimisation de la fertilisation azotée du blé est au cœur des préoccupations agricoles, particulièrement dans les systèmes de production biologique et face aux défis climatiques changeants. Une gestion efficace de l'azote est cruciale non seulement pour maximiser le rendement et la qualité des récoltes, mais aussi pour minimiser l'impact environnemental. Dans des régions comme la PACA, où une faible nutrition azotée est souvent le principal facteur limitant le rendement des blés en agriculture biologique, une compréhension approfondie des mécanismes et des stratégies de fertilisation est essentielle.

La Nutrition Azotée : Un Facteur Clé du Rendement et de la Qualité
L'état de nutrition azotée des parcelles de blés tendre et dur est un déterminant majeur de leur performance agronomique. Agribio 04 a mené des analyses approfondies sur des parcelles biologiques soumises à diverses conditions de rotation, avec ou sans fertilisation, et a clairement identifié la faible nutrition azotée comme le premier facteur limitant le rendement des blés en région PACA, même au-delà des aspects climatiques. Cet état de nutrition est classiquement évalué par l'Indice de Nutrition Azotée (INN), un indicateur fortement corrélé au pourcentage du rendement potentiel climatique atteint. Le rendement potentiel climatique représente la quantité théorique de blé récoltée en l'absence de tout facteur limitant autre que le climat.
En agriculture conventionnelle, la nutrition azotée des blés est fréquemment optimale, avec un INN à floraison approchant 1. Cependant, en agriculture biologique, cette situation est beaucoup moins fréquente. À l'exception des systèmes de polyculture-élevage qui permettent des apports suffisants et économiques, les blés biologiques souffrent souvent d'une carence en azote. Cette carence est souvent précoce, diagnostiquée dès la montaison, ce qui peut affecter non seulement le rendement mais aussi des composantes essentielles comme le nombre d'épis par plante et le nombre de grains par épi, ainsi que la qualité globale du blé. Le pourcentage atteint du rendement potentiel climatique du blé tendre est directement lié à l'indice de nutrition azotée, comme l'illustrent les données des parcelles en agriculture biologique en région PACA diagnostiquées entre 2014 et 2017.

L'Importance du Choix Variétal Face aux Contraintes Azotées
Le choix variétal représente un levier significatif pour atteindre les objectifs de rendement et de qualité des céréales, en particulier pour les blés tendre et dur. Ce choix doit être mûrement réfléchi en fonction du précédent cultural et, par conséquent, de la disponibilité potentielle en azote dans le sol. Dans les situations de faible disponibilité azotée, comme c'est souvent le cas en région PACA, il est déconseillé d'opter pour des variétés trop productives.
Des essais menés sur trois années à Mane (sud des Alpes de Haute-Provence) sur des variétés de blés tendres et poulards en sec et en irrigué en bio ont mis en évidence cette réalité. Les variétés modernes, souvent très productives, peuvent obtenir un rendement élevé au détriment du taux de protéines dans les conditions limitantes en azote habituellement rencontrées en agriculture biologique dans cette région. En revanche, certaines variétés paysannes offrent de bons compromis entre rendement et protéines, ce qui en fait des choix plus adaptés aux systèmes biologiques contraints en azote.

Stratégies de Fertilisation Azotée en Cours de Culture
La fertilisation azotée des blés en cours de culture est un levier majeur pour assurer une nutrition optimale et prévenir les carences, notamment en fin de cycle. La décision de fertiliser doit intégrer l'état d'enherbement de la parcelle : en présence de fortes infestations d'adventices et d'un faible développement de la culture après l'hiver, il est recommandé de limiter la fertilisation. En agriculture biologique, les apports ne dépassent généralement pas 80 unités/ha afin d'éviter de favoriser les mauvaises herbes nitrophiles et les maladies.
En 2016 et 2017, Agribio 04 a conduit des essais évaluant l'impact de différentes dates d'apport d'azote sur des cultures de blé tendre et de blé dur, en utilisant divers produits. Ces essais ont permis de tirer plusieurs conclusions essentielles :
- Fertilisation précoce : Un apport précoce, réalisé mi-février à début mars (environ 50 unités d'engrais du commerce), sécurise le rendement. Sur l'un des essais en 2017, un gain de 10 quintaux a été observé, même derrière une luzerne. Cette fertilisation précoce a significativement augmenté la fertilité des épis, expliquant l'essentiel de l'augmentation du rendement.
- Apport tardif : Un apport tardif, début à mi-avril (environ 20 unités), n'a pas conduit à une augmentation très significative du rendement. La présence moins importante de pluie à cette période a entraîné une minéralisation moins efficace ou décalée par rapport aux besoins azotés du blé. De ce fait, un apport tardif, avec la gamme de produits testés, n'a pas permis d'augmenter le taux de protéines.
- Apport fractionné : Un apport fractionné, combinant un apport précoce et un apport tardif, n'a pas montré d'impact significatif sur le rendement par rapport à un apport unique précoce. Il n'a pas non plus influencé le taux de protéines, qui était pourtant l'objectif principal d'une telle modalité.

Ces essais soulignent l'intérêt d'une fertilisation précoce des blés, dès mi-février si les conditions le permettent. Cette approche est d'autant plus pertinente dans le climat méditerranéen, où la fréquence des pluies tend à diminuer avec la fin de l'hiver ou le début du printemps.
Optimiser la nutrition azotée du blé au tallage (projet Probe)
Choix des Fertilisants et Vitesse de Minéralisation
Face à un climat parfois difficile et en l'absence d'irrigation, il est également conseillé de choisir des fertilisants capables de minéraliser rapidement. Des produits comme la vinasse de betterave, les soies de porc ou le guano avec des farines de plume se distinguent par une vitesse de minéralisation plus élevée, atteignant environ 50 % de minéralisation de l'azote sous 90 jours. En comparaison, d'autres produits minéralisent à environ 30 % sur la même période. Cette rapidité de minéralisation est cruciale pour que l'azote soit disponible au moment où la plante en a le plus besoin.

Rentabilité Économique de la Fertilisation Azotée
L'analyse économique des essais de fertilisation présente un bilan nuancé, fortement dépendant de la situation agronomique spécifique de la parcelle. En considérant un blé tendre vendu à 380 €/T et un blé dur à 500 €, le gain moyen attendu est de 2,3 € par unité d'azote épandue, avec une forte variabilité selon les contextes.
Les apports précoces d'azote à hauteur de 50 unités ont généré un gain variant de 2,80 € par unité d'azote apportée dans les situations les moins favorables (terres peu profondes et enherbées) à 7,60 € par unité d'azote dans les situations les plus propices (terres profondes et enherbement maîtrisé).
Concernant les apports tardifs, le gain par unité d'azote semble fortement conditionné par le potentiel agronomique du sol et le climat, oscillant de -0,5 € à 4,7 €. Les modalités d'apports fractionnés, quant à elles, ont montré une rentabilité moindre par rapport à un apport unique. Cela s'explique par leur efficacité agronomique équivalente à un apport non fractionné, malgré une quantité d'azote épandue plus importante.
La rentabilité finale (gain-charges) est fortement influencée par le prix de l'unité d'azote apportée et le coût du passage de l'épandeur, qui s'élève en moyenne à 3,2 €/unité d'azote apportée dans les essais menés. Les essais réalisés à Mane ont bénéficié de conditions favorables (faible enherbement et terres profondes avec une réserve utile autour de 120 mm), tandis que ceux de Saint Jurs se sont déroulés dans des conditions plus défavorables (enherbement important et réserve utile autour de 50 mm).

Pilotage de la Fertilisation Azotée des Blés : Principes et Méthodes
Un pilotage précis de la fertilisation azotée est essentiel pour une gestion optimale des blés. Cela implique de prendre en compte les besoins spécifiques de la culture, de fractionner les apports, de calculer la dose totale et d'ajuster le troisième apport. Pour s'adapter au contexte climatique de plus en plus variable, il est impératif d'adopter un raisonnement basé sur une évaluation continue des besoins en azote tout au long du cycle de la culture.
À l'optimum de fertilisation, la quantité totale d'azote contenue dans la plante entière est appelée « besoins ». La plante est rarement capable d'absorber la totalité de l'azote disponible du sol pendant tout son cycle de développement. À maturité physiologique, l'absorption s'arrête, et l'azote minéralisé tardivement reste dans le sol, formant le « reliquat d'azote » après récolte. La quantité d'azote contenue dans les grains est directement proportionnelle à l'azote absorbé par la plante entière durant son cycle végétatif.
Pourquoi Fractionner la Dose d'Azote du Blé ?
Pour suivre au plus près les besoins azotés du blé tout au long de son cycle, un fractionnement en trois apports est généralement recommandé. Les besoins moyens du blé en azote sont d'environ 3 kg/q. Le fractionnement permet d'ajuster la dose et la date de fertilisation, optimisant ainsi l'efficience de l'azote apporté tout en respectant l'environnement. Il est crucial aussi bien pour le rendement que pour la qualité du blé, notamment son taux de protéines.
Quatre stades clés du développement de la céréale ont été identifiés pour l'apport d'azote :
- 1er apport : au tallage.
- 2e apport : à « épi 1 cm ».
- Dernier apport : entre « 2 nœuds » et « dernière feuille étalée ».
Azote et Taux de Protéines : Un Lien Crucial
Le mode d'apport de l'azote peut avoir une influence significative sur le taux de protéines du grain, pouvant varier jusqu'à 2 points. Des essais d'Arvalis-Institut du végétal ont comparé les écarts de rendement et de teneur en protéines entre l'urée, la solution azotée et l'ammonitrate à dose totale identique. Les résultats ont montré que l'ammonitrate offre la meilleure efficacité, grâce à des pertes d'azote par volatilisation ammoniacale moindres. Après l'apport d'un engrais azoté, environ 15 mm de pluie sont suffisants pour rendre l'azote disponible aux racines. On estime à 15 jours le délai nécessaire pour une utilisation correcte de l'engrais et pour satisfaire à temps les besoins des plantes.
Calcul et Ajustement de la Dose Totale d'Azote
La dose totale d'azote est calculée principalement par la méthode des bilans, qui intègre des informations spécifiques à la parcelle (type de sol, précédent cultural, reliquats en sortie d'hiver) ainsi que des informations sur la culture (rendement attendu). Plus de la moitié des agriculteurs utilisent cette méthode.
Le troisième apport d'azote est modulé en fonction de la variété, du type de sol et des besoins spécifiques de la plante, dans le but d'augmenter la teneur en protéines. Il doit être adapté aux variétés et aux débouchés commerciaux. Le pilotage de ce troisième apport s'effectue grâce à l'utilisation d'outils de diagnostic qui permettent de :
- Connaître le niveau de la nutrition azotée à un moment précis.
- Moduler la dose de l'apport d'azote en fonction des besoins de la céréale.
Pour une bonne valorisation du troisième apport, il est essentiel de tenir compte de la disponibilité en eau du sol. Le fractionnement des apports azotés permet également d'éviter les problèmes de surfertilisation en début de cycle, limitant ainsi les risques d'apparition de maladies foliaires du blé tendre.

Outils Modernes de Pilotage de la Fertilisation
Des outils comme xarvio® Field Manager de BASF facilitent le pilotage de la fertilisation azotée. Cet outil digital permet de diagnostiquer l'état de nutrition azotée des plantes en cours de montaison à l'échelle de chaque zone de la parcelle, et d'ajuster la dose prévisionnelle à la hausse ou à la baisse pour se rapprocher de la dose optimale. xarvio® FIELD MANAGER constitue un pas de plus vers l'agriculture de précision, offrant un accompagnement depuis le semis jusqu'à la récolte pour le suivi sanitaire des cultures de blés d'hiver, orge d'hiver et colza, ainsi que pour la planification des travaux agricoles. L'outil analyse la situation des parcelles et fournit des recommandations claires pour une meilleure gestion de l'exploitation.
Des innovations comme Limus® Perform, une association unique de deux types d'inhibiteurs d'uréase (NBPT et NPPT), sont également conçues pour optimiser l'efficience de la solution azotée en conditions limitantes et augmenter le rendement des cultures. Ensemble, ces inhibiteurs sont plus efficaces qu'un inhibiteur seul (NBPT).
Optimiser la nutrition azotée du blé au tallage (projet Probe)
Critères Intégrés pour une Fertilisation Azotée Raisonnée
Le raisonnement de la fertilisation azotée du blé doit intégrer trois critères essentiels : la dose totale, le fractionnement et la forme de l'engrais. La dose totale à apporter est calculée selon la méthode du bilan prévisionnel COMIFER. Elle correspond à la différence entre les besoins de la plante et les fournitures du sol en azote. Ces fournitures comprennent principalement le reliquat d'azote en sortie d'hiver (RSH), la minéralisation des résidus du précédent, les arrière-effets des effluents et la minéralisation des matières organiques du sol. Le besoin total en azote est calculé à partir de l'objectif de rendement et du besoin unitaire du blé en azote, qui varie selon les variétés.
La cinétique d'absorption du blé en azote est loin d'être linéaire. Faible en début de cycle, les besoins en azote augmentent significativement à partir de la montaison, atteignant un pic entre le stade « 2 nœuds » et le stade « floraison ». L'intérêt du fractionnement de l'azote est donc manifeste, permettant de suivre au plus près les besoins en azote du blé tout au long de son cycle. Les experts s'accordent à dire que le fractionnement en trois apports est la stratégie la plus efficace pour viser à la fois des hauts rendements et des fortes teneurs en protéines.
Aujourd'hui, pour atteindre des niveaux de rendements élevés associés à des objectifs précis de teneur en protéines du grain, un fractionnement en quatre apports se développe. En pratique, la dose totale peut varier d'au moins ± 40 kg d'azote N/ha par rapport au calcul du bilan prévisionnel. Il est donc nécessaire de réajuster la dose d'azote, c'est ce qu'on appelle le pilotage. Le diagnostic de nutrition proposé par les outils doit être suffisamment précis. Pour estimer le besoin nutritionnel de la plante, des indicateurs tels que la croissance, la biomasse, la couleur des feuilles, la teneur en nitrate des tiges ou pétioles, et la teneur en chlorophylle sont utilisés. Depuis dix ans, ces outils ont été adaptés à un grand nombre de cultures, en particulier les céréales à paille, et leur coût reste faible au regard des économies qu'ils permettent de réaliser.
Spécificités pour les Blés Améliorants et le Blé Dur
Pour les blés améliorants et le blé dur, le besoin total en azote est calculé à partir de l'objectif de rendement et du besoin unitaire du blé en azote, qui se situe autour de 3,5 - 3,6 kg par quintal produit. Le fractionnement est ici systématiquement en quatre apports car l'objectif de teneur en protéines est primordial. Au printemps, le blé peut prélever jusqu'à 6 kg de potassium et 1 kg de phosphore par hectare et par jour. Les recommandations d'apport en P & K suivent la méthode COMIFER Export.
Le premier apport est généralement effectué au stade « tallage », correspondant dans la plupart des régions à la sortie de l'hiver. Il est limité à 40-60 kg N/ha car les besoins du blé en sortie d'hiver sont assez faibles et les apports les plus précoces sont les moins bien valorisés. Cet apport permet de maintenir l'alimentation azotée de la culture jusqu'au deuxième apport. Il peut être retardé, voire annulé, si les fournitures d'azote sont suffisantes.
Le deuxième apport d'azote doit être positionné juste avant le début de la montaison, phase durant laquelle la production de biomasse et l'absorption d'azote sont les plus importantes. Entre les stades « 2 nœuds » et « gonflement », le blé peut absorber jusqu'à 7 kg d'azote par hectare et par jour. Il est particulièrement judicieux de le positionner avant une période pluvieuse.
Enfin, le dernier apport est réalisé généralement entre les « 2 nœuds » et « gonflement ». Il sert à poursuivre l'alimentation azotée du grain dans un but de production et à augmenter sa teneur en protéines. Un apport de l'ordre de 40 à 80 unités améliore le rendement de 3-5 q/ha et la teneur en protéine des grains de 0,3 à 0,5 %. Ce troisième apport est très efficace car il intervient après la régression des talles inutiles. Les céréales, comme toutes les graminées, sont très sensibles au statut de nutrition azotée du sol.
Choix de la Forme d'Engrais : Ammonitrate, Urée ou Solution Azotée
À dose totale identique, la forme ammonitrate permet un gain moyen de rendement et de protéines par rapport à la forme « solution azotée liquide » : +2 à + 4 q/ha selon le type de sol (calcaire ou non) et +0.6-0.8 % protéines. L'ajustement de la dose totale d'azote en solution azotée ne permet pas de gommer complètement ces écarts dus aux pertes par volatilisation. Une série de 10 années d'essais menée par UNIFA a mis en évidence une supériorité moyenne de 1,4 q/ha et de 0,3 % de protéines en faveur de l'ammonitrate par rapport à l'urée.
Si le choix de l'urée/solution azotée est motivé par un coût plus faible pour l'agriculteur, il convient de limiter les pertes d'azote en évitant les conditions qui favorisent la volatilisation. L'azote foliaire est une solution intéressante pour un apport très tardif, au stade « floraison ». Il implique une faible quantité d'azote (environ 20 kg/ha) et permet un gain de protéines.
Éléments Nutritifs Complémentaires : Soufre, Phosphore, Potassium et Oligo-éléments
Dans les situations à risque (sols filtrants, pluviométrie hivernale importante), un apport de 40 kg/ha de SO3 est recommandé, sous forme de sulfate uniquement. Le coût élevé de l'azote peut inciter à faire des économies sur les autres engrais. En réalité, un apport régulier en phosphore (P) et potassium (K) permet de mieux valoriser l'azote et d'obtenir des rendements plus élevés.
Dans les situations difficiles en fin d'hiver (températures froides, hydromorphie temporaire), le phosphore peut être associé efficacement à l'azote. En situation de sol peu pourvu en magnésium échangeable, un apport d'environ 30 à 50 kg/ha est conseillé.
Les carences vraies en oligo-éléments (par manque de l'élément dans le sol) sont observées sur des sols sableux développés sur des roches mères pauvres (grès, granite riche en quartz, sables sédimentaires). Plus fréquemment, des sols argileux à pH basique et riches en matières organiques, ou les anciennes prairies, peuvent induire des carences en manganèse, tout comme les sols soufflés (en sortie d'hiver en cas de gel puis dégel). Pour le cuivre, les symptômes apparaissent surtout à la sortie de l'hiver, par ronds irréguliers. L'apport de cuivre se réalise de préférence au sol, durant le tallage, à la dose de 5 kg/ha de cuivre (sulfate ou oxychlorure), ce qui assure un niveau de fertilité satisfaisant pour une durée de 5 à 10 ans sur l'ensemble de la rotation.
Mesure du Reliquat Azoté en Sortie d'Hiver (RSH) et Plan Prévisionnel de Fertilisation
La mesure du reliquat azoté sur trois horizons dans les sols profonds, et sur un à deux horizons dans les sols superficiels, est indispensable en sortie d'hiver. Il est crucial d'établir un plan prévisionnel de fertilisation azotée pour chacune des parcelles de l'exploitation. Définir l'objectif de rendement pour chaque parcelle, en tenant compte du potentiel de la parcelle, de l'état végétatif du blé en sortie d'hiver et des aspects réglementaires (directive nitrates et GREN). En zones vulnérables pour les céréales, l'objectif de rendement doit être égal à la moyenne olympique des 5 derniers rendements de la parcelle, en retirant le plus faible et le plus élevé.
Arvalis - Institut du végétal met à jour annuellement les besoins unitaires des variétés, avec un coefficient b qualité (bq) adapté à chaque variété. Pour produire un blé avec une teneur en protéines de 11,5 %, l'utilisation de ce coefficient est primordiale. Pour les variétés biscuitières comme ARKEOS, COSMIC, GLASGOW, GALLIXE, KWS FIREFLY, SU ECUSSON, où l'objectif de teneur en protéines est de 10,5 % (11 % maximum), il est conseillé d'indiquer le coefficient B de 2,8. Le pilotage de la fertilisation azotée permet d'optimiser pour chaque parcelle le rendement et la teneur en protéines. Le soufre, élément constitutif des protéines, est indispensable pour les céréales.
Le Contexte des Prélèvements RSH et les Premiers Résultats
Les fortes pluies automnales ont parfois compromis les semis, entraînant un enracinement superficiel dans certaines parcelles. L'hiver a été globalement doux et arrosé, mais déficitaire en termes d'ensoleillement. Au niveau des stades végétatifs, les blés semés entre le 25 octobre et le 5 novembre, majoritaires cette année, atteignent le stade « début tallage ». Les semis plus tardifs y parviendront début février, avec des peuplements parfois fragilisés par l'excès d'eau. Côté fertilité, le modèle CHN estime une minéralisation de l'humus supérieure à la moyenne des cinq dernières années (70 à 75 unités d'azote selon les sols).
Pour ajuster au mieux la fertilisation azotée, la mesure du niveau de reliquat d'azote minéral en sortie d'hiver (RSH) donnera une idée précise des disponibilités réelles, résultant de différents processus liés au sol. Celui-ci dépend de la quantité d'azote minéral laissée par la culture précédente, de la production par minéralisation dans le sol, de la consommation d'azote par les couverts pendant l'automne et du drainage hivernal. Le RSH est un poste du bilan prévisionnel d'azote. Connaître cet indicateur permet d'ajuster au plus juste la dose totale d'azote à apporter. C'est le moment de faire les prélèvements !
Dans le cadre de la Directive Nitrates, les exploitations ayant au moins 3 hectares en zone vulnérable (ZV) doivent réaliser au moins un RSH sur une des trois cultures principales de l'exploitation. D'après les premiers résultats, les reliquats sont plutôt élevés : en moyenne 54 unités sur 34 prélèvements. Le déclenchement de l'apport tallage doit se raisonner en premier lieu en fonction des conditions d'implantation et/ou excès d'eau. L'apport d'azote au tallage doit être ajusté selon les conditions d'implantation et les reliquats sortie hiver (RSH). Dans les parcelles mal implantées ou en sols superficiels, l'apport est crucial pour soutenir un système racinaire peu actif. Enfin, la priorité doit être donnée au désherbage antigraminées avant toute fertilisation pour éviter de favoriser la concurrence des adventices.
Beaucoup de parcelles n'ont toujours pas été désherbées, ou l'ont été trop tardivement, avec des programmes non adaptés à la flore et mal positionnés. Les applications réalisées en novembre n'ont pas reçu suffisamment d'eau pour être efficaces sur des semis parfois motteux. La priorité est donc aux visites des parcelles et au désherbage des graminées avant de fertiliser les céréales ! En zones vulnérables, la réglementation autorise les apports dès le 1er février. Cependant, cette date n'est pas un seuil technique. L'apport doit être déclenché en fonction des besoins réels de la culture, des objectifs de rendement et des conditions pédoclimatiques. Pour garantir un retour sur investissement, il est conseillé de viser des peuplements d'au moins 60 pieds/m² bien répartis.
Rentabilité de la Réduction des Apports Azotés
Dans le contexte actuel de prix bas des céréales et de prix élevés des engrais, des études économiques sont nécessaires pour choisir l'engrais offrant le résultat technico-économique le plus satisfaisant. Faut-il réduire les quantités d'engrais azotés pour obtenir la meilleure marge possible ?
Selon Cédric Lioton, conseiller en agronomie au Cerfrance 49, dans un contexte similaire à 2023 où le coût des engrais et des cours du blé étaient retombés, il faudrait baisser la quantité d'azote de 20 à 30 unités par rapport à la dose prévisionnelle (méthode du Bilan) pour atteindre un optimum technico-économique avec un prix du blé à 160 euros la tonne et un prix de l'ammonitrate à 1,50 euro l'unité d'azote.
L'intérêt de réduire les apports azotés est limité. Selon Arvalis, le ratio entre prix du blé (en €/t) et le prix de l'engrais azoté (en € pour 100 kg d'azote) est un bon indicateur pour juger rapidement de l'intérêt ou non de réduire la dose d'azote. En dessous d'un ratio de 1,2, l'optimum technico-économique (avec recherche de la meilleure marge) est plus pertinent que l'optimum technique (où l'on cherche le rendement maximum). Réduire la dose d'azote est envisageable dans cette situation. C'est le cas par exemple avec un prix du blé à 160 euros la tonne et un prix de l'azote à 150 euros pour 100 unités (le ratio est alors de 1,06). Mais si le prix du blé est plutôt à 180 euros la tonne et le prix de l'azote à 1,35 euro l'unité, comme c'était le cas début novembre avec l'ammonitrate, le ratio est supérieur à 1,2 (1,33). Il apparaît donc moins pertinent de réduire l'azote.
Arvalis a mesuré l'impact sur le rendement et la teneur en protéines de la réduction d'azote. Sur 35 essais de 2023 à 2025, avec 40 unités retirées soit au tallage, soit à épi 1 cm, soit en fin de cycle (entre 2 nœuds et gonflement) ou équilibrées sur les trois dates d'apports, il y a un impact significatif sur le rendement, en moyenne de 4 quintaux par hectare. Sur la teneur en protéines, on perd 0,6 point en moyenne avec une réduction au stade tallage et davantage (1,1 point) avec une réduction en fin de cycle.
Selon l'expert, la diminution d'apport azoté est souvent moins pénalisante quand elle est réalisée à une date précoce comme au tallage (sauf dans des régions où les blés supportent mal les impasses à tallage : sur les craies de Champagne, en Alsace) plutôt qu'à une date tardive, avec dans ce cas un moindre impact sur la teneur en protéines. Des essais de la coopérative Noriap montrent des résultats similaires. Selon une synthèse de 20 ans d'essais, la baisse de 30 unités d'azote par rapport à la dose bilan a comme impact la perte de 3 quintaux par hectare en rendement et de 0,5 point en protéines en moyenne. Pour l'expert, il reste important d'apporter suffisamment d'azote. C'est une nécessité pour faire de la protéine (en plus du rendement), et ceci est fondamental pour rester référencé par les acheteurs de blé sur un marché très concurrentiel.
L'économie d'engrais reste possible "en essayant d'optimiser tout ce que l'on peut sur l'alimentation azotée du blé", encourage Philippe Pluquet. Il met en avant la mesure de reliquat de sortie d'hiver (RSH) "qui fonctionne à tous les coups. C'est bien d'en faire une analyse par précédent cultural au moins, l'idéal étant de le faire pour chaque parcelle. Même avec un coût de 40 euros par analyse, cela peut rapporter gros par rapport à des valeurs moyennes qui sont diffusées par les chambres d'agriculture ou Arvalis par secteur." Une simple différence de 10 unités sur un RSH, grâce à une mesure locale sur une parcelle de 10 hectares, amène par exemple à réaliser une économie de 100 unités d'azote, soit 110 à 130 euros selon l'engrais utilisé. "Sans l'information précise du RSH, soit l'on met trop d'azote et il y aura un risque de verse et de maladie plus important sur la céréale, soit on n'en met pas assez et il y aura une perte de rendement et de teneur en protéines", insiste Philippe Pluquet.
Choix de la Forme d'Engrais dans le Contexte Économique Actuel
Entre ammonitrate, urée et solution azotée, une forme d'engrais est-elle à privilégier dans le contexte économique actuel ? Grégory Véricel, spécialiste fertilisation à Arvalis, rapporte que dans la grande majorité des situations en comparaison avec un usage tout ammonitrate, l'utilisation de l'urée s'avère la plus compétitive et celle de la solution azotée, la moins intéressante, sur la base d'une étude réalisée en 2019. Mais avec un prix de céréale à 160 euros la tonne et un prix de l'unité d'azote compris entre 1,04 euro (solution azotée) et 1,35 euro (ammonitrate) qui correspond à la situation actuelle, l'utilisation de solution azotée se montre presque aussi rentable que celle de l'ammonitrate et l'urée reste toujours en tête (gain moyen de 29 €/ha de marge brute calculé à l'époque). Plus largement, l'utilisation de solution azotée est presque toujours moins rentable que celle de l'ammonitrate sauf lorsque, simultanément, le prix de vente du blé est faible et le prix d'achat des engrais est médian à élevé.
Techniquement parlant, l'ammonitrate est l'engrais azoté le plus efficace pour l'alimentation de la céréale. Les engrais uréiques et la solution azotée sont sujets à des pertes d'azote par volatilisation (jusqu'à 20 %), d'autant plus si les conditions d'application ne sont pas optimales avec par exemple du vent ou un sol sec. Leur impact environnemental doit être pris en compte. Ces engrais peuvent être additionnés d'inhibiteurs d'uréase (ou avec un enrobage dans le cas de l'urée) pour en diminuer la sensibilité à la volatilisation mais cela en augmente le coût.
Outre les quantités apportées, les conditions d'apport et la forme de l'engrais, l'efficacité de l'azote dans la plante passe aussi par un équilibre avec d'autres éléments nutritifs ou la qualité du sol. Avec un pH acide inférieur à 5,5, un tiers de l'azote n'est pas disponible, d'où l'intérêt du chaulage pour ces sols. La carence en certains éléments, comme le magnésium ou le soufre, interagit avec la disponibilité de l'azote. Le conseiller met en avant l'intérêt de piloter la nutrition azotée avec des analyses de sève, permettant de mettre en lumière certaines carences.
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