Techniques de Greffage des Arbres Fruitiers en Haute-Vienne : Un Art Ancien et Précis

Le greffage des arbres fruitiers, une pratique ancestrale dont les origines remontent à plusieurs milléniers, notamment chez les civilisations chinoises, est une technique de multiplication végétale incontournable en arboriculture. En Haute-Vienne comme ailleurs, cette méthode permet de conserver les caractéristiques génétiques d'une variété de fruit désirée, tout en conférant à l'arbre des qualités spécifiques grâce au choix judicieux d'un porte-greffe. Cette opération, qui consiste à associer un greffon (la variété du fruit) à un porte-greffe (la plante support), repose sur un principe fondamental : la mise en contact étroite du cambium des deux sujets. Le cambium, cette couche verte située sous l'écorce où circule la sève, est la clé de la réussite d'une greffe, car c'est là que s'établira la connexion vasculaire vitale entre le greffon et le porte-greffe.

Schéma de l'emplacement du cambium dans une tige

Le greffage est une solution idéale pour un arbre fruitier qui ne peut pas facilement être multiplié par d'autres méthodes comme le bouturage ou le marcottage. Abricotier, amandier, noyer, olivier, poirier, prunier… la quasi-totalité des fruitiers peuvent être greffés. Les jardiniers aguerris le savent : le greffage aboutit à d’excellents résultats. Très simplement, greffer un arbre fruitier consiste à implanter un greffon, qui peut être un rameau de bois comportant deux ou trois bourgeons, dans la zone de croissance de l'arbre, entre l'écorce et le bois.

Pourquoi Greffer un Arbre Fruitier ? Avantages et Objectifs

La raison principale et la plus importante de greffer un arbre est de reproduire une variété identique à son original, garantissant ainsi la pérennité des caractéristiques génétiques des fruits. Si l’on conserve des pépins pour les semer, les arbres qui naîtront de ces pépins feront des fruits qui ne seront pas identiques à l'original. Même les pépins issus d’une même pomme donneront chacun un pommier avec des caractéristiques différentes. La greffe est une méthode plus facile à faire sur les arbres comparativement à d'autres méthodes comme le bouturage et le marcottage, et elle offre de nombreux avantages non négligeables :

  • Conservation des Caractéristiques Variétales : La greffe permet d'obtenir des variétés précises, en reproduisant un arbre qui conservera toutes les caractéristiques génétiques de la plante mère, assurant ainsi la même qualité et le même goût des fruits.
  • Vigueur et Résistance Accrues : Le porte-greffe choisi a pour fonction de rendre la variété utilisée en greffon plus vigoureuse et résistante aux maladies. Il peut également offrir une meilleure résistance face aux pathogènes ou au climat.
  • Précocité de la Mise à Fruit : Le greffage influence le temps qu’il faut à un arbre pour produire des fruits. Les arbres greffés sont plus précoces que les arbres non greffés. Par exemple, un pommier issu d’un pépin et qui n’est pas greffé mettra presque dix ans à donner ses premiers fruits alors qu’un pommier greffé commencera la production après quatre ans. La mise à fruits va se faire beaucoup plus rapidement puisque l’on démarre avec un rameau formé.
  • Adaptation au Sol et au Climat : Le porte-greffe permet d'adapter une essence sur un sol qui ne lui convient pas. On peut choisir n'importe quel fruitier et n'importe quelle variété, quelle que soit la nature du sol, puisque l'on pourra adapter le porte-greffe à ce sol.
  • Amélioration de la Pollinisation : Il est possible de greffer plusieurs variétés sur le même arbre afin d'améliorer la pollinisation, ce qui peut augmenter le rendement en fruits.
  • Sauvegarde des Variétés Uniques : Si vous déménagez, si votre arbre est malade, ou si vous désirez multiplier votre fruitier si unique pour l’offrir à vos enfants et petits-enfants, le greffage est la solution idéale.

Principes Fondamentaux de la Greffe : Compatibilité et Périodes Idéales

Pour qu'une greffe réussisse, il est indispensable que le cambium de chaque végétal soit en contact avec l'autre. Le cambium est la partie dans laquelle circule la sève élaborée, il est situé entre l'écorce et le bois. Le contact entre les deux cambiums provoquera une connexion vasculaire. Un point crucial est la compatibilité entre le greffon et le porte-greffe. Avant de commencer une opération de greffage, il convient de déterminer que les plantes à combiner sont capables de s'unir et de produire une union durablement réussie. Il n'y a pas de règle précise qui puisse prédire exactement le résultat final d'une combinaison de greffons particulière, sauf que plus les plantes sont proches botaniquement, meilleures sont les chances que l'union de greffons réussisse.

La plupart du temps, le porte-greffe doit appartenir au même genre, par exemple les prunus. Cependant, cette règle n’est pas absolue. Par exemple, le cognassier est utilisé pour porter le poirier, et le M-106 pour la pomme. Il est crucial pour la réussite de votre greffe de vérifier la compatibilité des deux végétaux réunis. Un greffon peut être regreffé sur la plante dont il est issu, et un greffon d'une plante d'un clone donné peut être greffé sur n'importe quelle autre plante du même clone. Dans les cultures d'arbres fruitiers et de noix, différents clones au sein d'une espèce peuvent presque toujours être greffés sans difficulté et produire des arbres satisfaisants.

Cependant, chez certaines espèces de conifères, notamment le douglas de Menzies (Pseudotsuga menziesii), des problèmes d'incompatibilité sont apparus lors du greffage d'individus de la même espèce. Pour des plantes d'espèces différentes mais du même genre, le greffage réussit dans certains cas mais échoue dans d'autres. La compatibilité entre les espèces d'un même genre dépend de la combinaison génotypique particulière du porte-greffe et du greffon. Les greffes interspécifiques réciproques ne réussissent pas toujours. Lorsque les plantes à greffer ensemble appartiennent à la même famille mais à des genres différents, les chances de réussite d'une union s'éloignent. Des cas peuvent être trouvés dans lesquels de telles greffes réussissent et sont utilisées commercialement, mais dans la plupart des cas, ces combinaisons sont des échecs. Des taux de réussite élevés se produisent entre le cyprès de Nootka (Chamaecyparis nootkatensis) greffé sur un porte-greffe d'arborvitae chinois (Platycladus orientalis). L'orange trifoliée (Poncirus trifoliata) est utilisée dans le commerce comme porte-greffe nain pour l'orange (Citrus sinensis), qui est un genre différent.

Tableau de compatibilité des greffes entre différents genres d'arbres fruitiers

Périodes de greffage :

Il y a trois périodes principales pour greffer en fonction de l'arbre fruitier :

  • La greffe de sortie d’hiver : Elle se réalise au tout début de la reprise végétative du porte-greffe, entre mars et avril. Les greffons sont recueillis sur un arbre en production, sain et vigoureux, en janvier ou février, durant le repos végétatif. Ils sont ensuite conservés dans un milieu froid, sans lumière et gardés humides (jauge de sable, bac à légumes du réfrigérateur).
  • La greffe de printemps, à "œil poussant" ou à rameau détaché : Les greffons sont récoltés et conservés comme pour la greffe de sortie d'hiver. Le porte-greffe est en sève. La croissance du greffon débutera quelques semaines après la greffe.
  • La greffe d’été, appelée aussi à "œil dormant" : Le greffon est prélevé juste avant la greffe, en juillet ou août. La mise en végétation a lieu au printemps suivant. Pour les arbres fruitiers, il est conseillé de pratiquer la greffe à œil dormant, à part pour les agrumes.

Les Différentes Techniques de Greffage

Il existe plusieurs types de greffe, chacune adaptée à des situations et des espèces différentes.

Diagramme des différentes techniques de greffage

La Greffe en Couronne

La greffe en couronne est la plus simple à réussir et idéale pour débuter. Elle peut s’appliquer à la plus grande majorité des arbres fruitiers (excepté le cerisier). Elle est particulièrement efficace pour changer la variété d'un arbre arrivé à maturité et pour revigorer les plantes déjà âgées dont la productivité a tendance à baisser. Pour les fruitiers, elle ne se pratique que sur les arbres à pépins. Elle se réalise donc au printemps, du mi-avril à mi-mai, avant la floraison de l'arbre fruitier, au moment où l'arbre est déjà en sève, sur un porte-greffe d’un diamètre de 10 à 15 mm bien en sève. Celui-ci aura été abondamment arrosé la semaine précédant la greffe.

Étapes de la greffe en couronne :

  1. Préparation du porte-greffe : Le porte-greffe est étêté à environ 20 cm du sol. Supprimez tous les départs de rameaux latéraux. Dans un premier temps, il faut rabattre la partie qui va servir de porte-greffe et supprimer un maximum de branches pour ne conserver que les charpentières qui doivent elles-mêmes être rabattues à une quinzaine de centimètres du tronc.
  2. Préparation du greffon : On taille en biseau le greffon (dont le diamètre ne doit pas faire plus du quart de celui du porte-greffe). La taille se fait à l’opposé du bourgeon le plus proche. La partie qui sera collée au porte-greffe doit être écorcée.
  3. Insertion du greffon : On incise verticalement le porte-greffe sur la longueur du biseau du greffon et on décolle l’écorce. On glisse le greffon sous l’écorce, en appliquant la partie écorcée du greffon contre la partie non décollée de l’écorce du greffon. L'insertion du greffon se fait entre l'écorce et le bois, dans une coupe longitudinale du porte-greffe.
  4. Ligature et masticage : On ligature le tout en spirale et on mastique les plaies de chacun des deux végétaux. En mettant plusieurs greffons sur une greffe en couronne, on peut favoriser une cicatrisation plus rapide.

Greffe en couronne sur prunier sauvage

La Greffe en Fente

La greffe en fente est l'une des plus faciles des greffes et se pratique à la fin de l’hiver. Elle consiste à couper un rameau à bois de 4 à 5 cm portant deux ou trois bourgeons.

Étapes de la greffe en fente :

  1. Préparation du porte-greffe : Le porte-greffe d’un diamètre d’environ cinq centimètres est décapité et fendu en son milieu. Avec une scie, il faut couper une charpentière basse ou le tronc.
  2. Préparation du greffon : Avec un couteau greffoir, le greffon est taillé en biseau, et doit porter trois yeux et être ébiselé en dessous de l’œil du bas.
  3. Insertion du greffon : Avec un tournevis ou une cale, écartez la fente du porte-greffe pour y insérer le greffon. Le greffon est ensuite enfoncé dans la zone de croissance.
  4. Fixation et masticage : Les deux parties doivent être soudées solidement avec de la flexibande en prenant garde de ne laisser aucune partie de la plaie à l’air libre. Pour maintenir hermétiquement fermé le point de greffe et conserver l’humidité nécessaire à l’opération, on applique du mastic à greffer à l’aide d’une spatule.

La Greffe à l'Anglaise

La greffe à l’anglaise est adaptée à certains porte-greffes jugés faibles. Le principe est simplement d’ébiseler le porte-greffe et le greffon, de les mettre en contact et de ligaturer le tout avec du raphia humide. La seule contrainte est de trouver deux éléments ayant un diamètre commun et ne dépassant pas cinq centimètres, afin de se recouvrir complètement. Le greffage à l'anglaise, notamment la "greffe à l'anglaise compliquée", est souvent considéré comme ayant le plus de réussite.

La Greffe en Écusson

La greffe en écusson est la plus courante pour les arbres fruitiers et est très efficace aussi pour les arbustes et les rosiers. Elle est assez simple à réaliser pour un amateur et son taux de réussite est élevé. Elle ne nécessite pas d’outillage particulier ; si vous n’avez pas de greffoir écussonnoir, un bon couteau fait parfaitement l’affaire. Effectuée en juillet à œil poussant (c’est-à-dire au moment de la montée de sève) ou en août à œil dormant, la greffe en écusson se pratique essentiellement pour les pêchers, les pommiers et les pruniers. À part pour les agrumes, il est conseillé de pratiquer la greffe à œil dormant pour les arbres fruitiers.

Comment procéder à la greffe en écusson :

  1. Prélèvement du bourgeon : Il s’agit de prélever un bourgeon (appelé œil) doté d’un peu d’écorce de part et d’autre et d’un centimètre du pédoncule de la feuille. Pour prélever un bourgeon sur un rameau, vous devez vous munir d’un greffoir écussonnoir ou d’un couteau parfaitement aiguisé et désinfecté et découper à plus d’un centimètre autour de l’œil. Coupez les morceaux de bois sous le bourgeon.
  2. Préparation du porte-greffe : Après avoir rigoureusement nettoyé le porte-greffe pour ne prendre aucun risque d’infection, incisez une marque en forme de T sans entamer le bois. Soulevez délicatement les lèvres de l’incision verticale en décollant l’écorce mais sans la déchirer.
  3. Insertion de l'écusson : C’est le moment d’insérer l’écusson sous l’écorce, aussi loin que vous le pouvez en prenant bien soin que l’écusson soit dans le bon sens, c’est-à-dire avec l’œil pointant vers le haut. Les deux parties, le porte-greffe et le greffon, doivent être parfaitement en contact pour que la sève puisse circuler et que la greffe prenne bien.
  4. Ligature : Il vous reste à ligaturer cet assemblage à l’aide de raphia humidifié. Attention à ce que l’œil reste bien à découvert, passez au-dessus et en-dessous. Il n’y a pas besoin de mastiquer puisque les plaies ne sont plus apparentes.
  5. Suivi : Quinze jours plus tard, vous devriez voir le résultat. Dans les rares cas où la greffe n’aurait pas pris, vous pouvez recommencer à un autre endroit. Sinon, la majeure partie du temps, la greffe prend et vous devez juste desserrer la ligature pour permettre le développement des tiges. Si vous avez effectué une greffe à œil poussant, taillez le porte-greffe à deux centimètres au-dessus du greffon dès que vous avez constaté que la reprise s’est bien faite. Si vous avez préféré la greffe à œil dormant, attendez la fin de l’hiver. Il ne vous reste plus qu’à « nettoyer » autour de votre greffe en supprimant les rejets sauvages.

La Greffe à Cheval

Elle est réservée aux rhododendrons et aux azalées. Il s’agit d’emboîter le porte-greffe taillé en pointe dans le greffon taillé dans la même forme mais en creux et d’ensuite de ligaturer l’assemblage.

La Greffe par Approche

C’est la manière la plus simple pour les conifères d’ornement, les magnolias et les camélias. Rapprochez deux rameaux pour voir où ils se touchent naturellement. Incisez à cet endroit et décollez l’écorce sur deux centimètres. Ligaturez le tout et, une fois les deux rameaux soudés, il ne vous reste plus qu’à couper le porte-greffe au-dessus de la soudure et le greffon au-dessous.

La Greffe en Flûte

Le greffage en flûte est le plus complexe. Il est adapté au noyer et au châtaignier et présente l’avantage de ne laisser que peu de cicatrices.

Matériel Indispensable pour une Greffe Réussie

Le matériel de greffe est important, dans la mesure où il conditionne la réussite de l’opération. De la préparation du sujet à la coupe du greffon, l’assemblage, la ligature, le masticage des plaies, il vous faut les outils appropriés.

  • Sécateur : Un sécateur est un outil indispensable pour le jardinier, l’arboriculteur, le viticulteur, etc. Gardez vos outils de taille affûtés, pour assurer une santé parfaite aux végétaux, et désinfecté entre chaque sujet.
  • Greffoir : Un couteau greffoir bien aiguisé est essentiel pour réaliser des coupes nettes et précises, cruciales pour le contact des cambiums.
  • Mastic à greffer : Ce mastic polyvalent peut être utilisé comme mastic à greffer ou cicatrisant à appliquer sur les plaies de taille. Lac Balsam, par exemple, se présente sous forme de pâte à base d’huile végétale et de résines naturelles, particulièrement adaptée pour être appliquée sur les blessures des arbres. Véritable écorce artificielle, ce mastic constitue une barrière physique qui protège le bois sous-jacent de l’entrée des champignons lignivores et des bactéries.
  • Ligature : Du raphia humide, de la flexibande, ou du ruban adhésif papier (largeur 10mm pour la protection peinture) peuvent être utilisés pour maintenir fermement le greffon et le porte-greffe en place. Il faut ensuite mettre du mastic pour protéger de la pluie.
  • Scie d'élagage : Pour les porte-greffes de plus grand diamètre, une scie peut être nécessaire.

Assortiment d'outils de greffage : sécateur, greffoir, mastic, ruban de greffage

Secrets pour Préparer et Conserver les Greffons et Porte-greffes

La bonne préparation et conservation des greffons et porte-greffes sont essentielles pour la réussite de la greffe.

Récolte et Conservation des Greffons

Ramassez votre greffon pendant qu'il est en dormance. Il est préférable de ramasser le bois bien avant que les bourgeons ne gonflent au printemps. Plus vous êtes au sud, plus tôt vous devez collecter des greffons. Cependant, ne coupez pas le scion lorsque les températures sont inférieures à -6 °C.

Le bois d'un an (la croissance de la dernière saison) est le plus facile à utiliser. Idéalement, des bâtons d'environ 18" à 36" de longueur et d'environ la largeur d'un crayon (1/4" de diamètre). Ce type de bois ne se trouve plus facilement sur les arbres qui ont été taillés l'hiver précédent. Si vous n'avez pas ce type de bois, il est possible d'utiliser du bois plus ancien, mais ce n'est pas aussi facile à travailler et la fusion sera moins bonne. Évitez de prendre les rejets/gourmands issus du porte-greffe et les rameaux trop fins. Assurez-vous d'avoir des bourgeons à feuilles plutôt que des bourgeons à fruits.

Gardez vos greffons (scions) frais et humides. Les greffons devraient être conservés dès leur récolte, mis dans un sac de type "ziplock" au frigo entre 3°C et 5°C. Les greffons doivent rester à l'état dormant jusqu'au moment du greffage. Un réfrigérateur typique est à 3-5 °C et c'est parfait, mais seulement s'il n'y a pas de fruits dans le réfrigérateur. Stockez-les dans un milieu froid, sans lumière et gardés humides : jauge de sable contre un mur nord, bac à légumes du réfrigérateur, enfermés dans un contenant hermétique rempli de mousse ou d'un torchon humidifié. Ils ne doivent jamais se dessécher. Trois sujets sont greffés pour augmenter les chances de reprise.

Conservation des Porte-greffes

Lorsque votre porte-greffe arrive, stockez-le correctement. Vous devez garder le porte-greffe au frais et les racines humides. Si vous avez une pièce à environ 7°C, c'est parfait. Sortez-les de la boîte et enveloppez les racines dans un sac en plastique avec de la sciure de bois humide.

La Taille des Arbres Fruitiers : Un Complément Indispensable au Greffage

La taille et le greffage des arbres fruitiers évoquent des gestes que la plupart d’entre nous connaît, dont on a lu les explications, ou même vu pratiquer. Pour autant, il est souvent difficile de se lancer tant on a peur de faire des erreurs irrémédiables. La taille est un geste magique qui demande elle aussi à connaître les principes de base ainsi que certaines subtilités. Alors à vos outils, c’est à vous de jouer pour une taille et une greffe réussies de vos arbres fruitiers !

Arbre fruitier taillé et greffé

La Taille d'Hiver (Taille en Sec)

La taille d’hiver concerne toute la structure de l’arbre : sa formation, sa taille annuelle, son élagage si besoin. On l’appelle également la taille en sec, car la sève circule très lentement dans l’arbre à cette saison qui est une période de repos.

  • Périodes spécifiques : Les arbres à pépins doivent être taillés en pleine période de sommeil, entre le mois d’octobre et le mois de mars, en évitant les périodes de gel. Les arbres à noyaux seront taillés lorsque la chute des feuilles indique que la sève est descendue pour éviter les écoulements de gomme qui épuisent l’arbre.
  • Objectifs : La taille hivernale consiste à conserver la forme voulue à l’arbre tout en raccourcissant les branches pour que l’énergie du fruitier se dirige uniquement vers ses organes reproductifs. Il est important de savoir reconnaître les bourgeons à fruits de ceux qui donneront naissance à des rameaux, et de savoir anticiper leur évolution en reconnaissant les “mauvais” bourgeons.
  • Principes de base de la taille de formation : On commence par l’étêtage de l’arbre pour supprimer le bourgeon apical qui pousse l’arbre à croître en hauteur. Les bourgeons auxiliaires pourront ainsi se développer. On choisit les branches qui deviendront les charpentières et on les raccourcit tous les ans, pour qu’elles deviennent vigoureuses et épaisses afin de soutenir des coursonnes qui seront très productives. On taille aussi tout ce qui pousse sur et sous ces branches. Bien sûr, cette taille ne se réalisera que durant les années de croissance du fruitier.
  • L'éclaircissage est également très important : il faut que tous les futurs fruits “voient le soleil”. Certaines branches fruitières doivent être sacrifiées, taillées à la base, dès lors qu’elles gênent leurs voisines.

La Taille en Vert

C’est pour favoriser la mise à fruit que l’on taille les fruitiers en période de végétation. Il s’agit cette fois aussi de contenir la vigueur de l’arbre pour répartir aux bons endroits les flux de sève. La règle est la suivante : comme pour le bourgeon apical, le bourgeon terminal d’un rameau sert à le faire s’allonger, et cette activité utilise la majeure partie de la sève. On appelle ce principe la dominance apicale. Les bourgeons qui partent à fleur sont ceux qui reçoivent le moins de sève (c’est l’induction florale). Donc sur un rameau, le dernier bourgeon et celui qui le précède seront des bourgeons à bois, alors que le troisième sera un bourgeon à fleur.

  • Taille trigemme : La taille trigemme se base sur ce principe pour la taille de mise à fruit : on anticipe le développement des bourgeons pour ne laisser que la longueur de branche suffisante pour que le second bourgeon soit un bourgeon à fleur. Pour rétablir une structure, il convient de supprimer tous les rameaux qui se sont développés autour des charpentières et des coursonnes.
  • Prudence nécessaire : Cependant, il est nécessaire de rester prudent. Un arbre trop vigoureux va émettre en réaction à cette taille drastique de nombreux rameaux tous dirigés vers le haut.

Secrets pour Bien Tailler

  • Choisir la bonne forme : Toutes les formes ne conviennent pas à tous les fruitiers, ni à toutes les variétés dans un fruitier donné. Les pommiers sont également bien adaptés à la forme en gobelet, les poiriers et les cerisiers préfèrent être formés en croisillons ou en palmettes. Les cerisiers se font aussi au gobelet. Arquer les charpentières pour garantir une bonne structure de départ et pour réaliser votre forme fruitière choisie (l’arbre ne pousse pas toujours comme on le voudrait). C’est pour cela qu’il faut faire une bonne formation initiale de votre arbre. C’est avec les tailles et les arcures qu’on arrive à faire une bonne formation des fruitiers, dans les règles de l’art.
  • Tailler au bon moment : Comme son nom l’indique, la taille d’hiver se réalise durant cette saison. Les arbres à pépins surtout seront taillés avant que les boutons floraux n’aient éclos, les tailler plus tard leur occasionnerait un effort inutile d’avoir à mener à nouveau ces boutons jusqu’à la floraison. Les périodes de gel sont à proscrire, et vérifiez également que le tronc ne soit pas gelé avant de passer à l’action.
  • Être attentif et patient : Une bonne taille est un bon choix de l’œil sur lequel on doit tailler. Pour ce faire, il faut se placer en face de l’axe de la branche qui est en train d’être taillée, et prendre son temps pour déterminer ce bon choix.
  • Préserver l’arbre : Une bonne cicatrisation est la clé pour une bonne santé du fruitier. Un arbre fruitier bien taillé cicatrise correctement et vite, il montre un bourrelet de cicatrisation. La taille doit être réalisée avec un outil très bien affûté, désinfecté entre chaque sujet. La régularité des tailles est également importante pour la santé de l’arbre : si vous le taillez plusieurs fois dans l’année, ces tailles seront relativement légères et donc plus faciles à supporter.

Calendrier de Greffe des Arbres Fruitiers

Voici un calendrier des périodes de greffage pour différents arbres fruitiers :

  • Février : Pommier, Poirier, Cognassier, Conifères, Actinidia.
  • Février-Mars : Abricotier, Pêcher, Noisetier, Noyer, Kaki, Vigne.
  • Mars-Avril : Cerisier, Cognassier, Figuier, Grenadier, Kaki, Olivier, Poirier, Prunier.
  • Avril : Pommier, Pêcher, Abricotier, Amandier.
  • Avril-Mai : Figuier, Noisetier, Noyer, Olivier, Châtaignier.
  • Mai-Juin : Abricotier, Amandier, Pêcher, Prunier, Vigne.
  • Juin-Juillet : Rosiers, Actinidia, Agrumes, Amandier, Cerisier, Cognassier, Grenadier, Kaki, Pêcher, Poirier.
  • Juillet-Août : Pommier, Poirier.
  • Août-Septembre : Abricotier, Pêcher, Prunier, Vigne.

Il est important de noter que ce calendrier est indicatif et peut varier en fonction des conditions climatiques locales et de la vigueur des arbres. Par exemple, au Verger Conservatoire situé au cœur du village de Queaux, Francis Mignère, de l’association des Croqueurs de Pommes de la Vienne, a effectué une démonstration de greffe en indiquant que "Mars est le mois du greffage des arbres fruitiers".

Démystifier le Greffage : Conseils et Astuces

Apprendre à greffer peut sembler intimidant, mais c'est une compétence enrichissante pour tout jardinier passionné. Armand Lang, moniteur d'arboriculture, a transmis son immense savoir-faire et son "virus" pour l'arboriculture, allant jusqu'à inventer "les greffes d'Armand" inspirées de son métier d'ajusteur, telles que le perçage de la branche et l'ajustage du greffon. Son livre "L'ABC du greffage" est recommandé comme une ressource complète et écrite par un passionné.

Un point essentiel est l'étiquetage des greffes. La clarté des informations est cruciale pour suivre la réussite et l'évolution des variétés greffées. Par exemple, des premières poires Williams rouge ont été observées le 01.06.2013, et des reine-claude greffées en 2012 ont montré une mise à fruit immédiate, ce qui est très intéressant pour calmer un arbre demi-tige. Il est même possible de laisser une seule pomme sur un greffon pour observer son développement. Des greffes réalisées avec un greffon pris directement sur le poirier, sur aubépine, donnent de très bons résultats en terre calcaire. Elles peuvent pousser mieux que les demi-tiges sur franc, achetées.

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