La greffe décrit l’une des nombreuses techniques de multiplications végétales dans lesquelles une section d’une tige avec des bourgeons à feuilles est insérée dans le tronc d’un arbre, appelé “porte-greffe”. La partie supérieure de la greffe (le greffon) devient le sommet de la plante, la partie inférieure (la sous-réserve) devient le système racinaire ou une partie du tronc. Bien que le greffage ne désigne généralement que deux plantes, il peut s’agir d’une combinaison de plusieurs.

Pourquoi greffer des arbres fruitiers ?
Certains cultivars (variétés) de plantes ne se multiplient pas à partir de graines. La graine d’une pomme ‘Reine des Reinettes’ produira un pommier, mais ne produira pas de pommier ‘Reine des Reinettes’… En d’autres termes, les arbres fruitiers ne peuvent pas être reproduits “à l’identique” du cultivar d’origine à partir de graines.
La greffe (travail au sommet) est un moyen de transformer un grand arbre ancien en une nouvelle variété. C’est aussi une méthode d’utilisation d’un système racinaire mieux adapté au sol ou au climat que celui produit naturellement par une plante non greffée. La plupart des variétés d’une espèce de fruit sont interchangeables et peuvent être greffées. En règle générale on greffe, dans la même famille, pépin sur pépin et noyau sur noyau. On pourrait donc imaginer un rosier sur un poirier ou un cognassier sur un rosier, un pêcher sur un merisier, etc. Mais évidemment en raison des différences de vigueur, certains sont mieux en mesure de supporter les autres en portes greffes.
Des plantes du même genre et de la même espèce peuvent généralement être greffées, même s’il s’agit d’une variété différente. Des plantes du même genre mais d’une espèce différente peuvent souvent être greffées. Mais le résultat peut être faible, de courte durée ou ne pas s’unir du tout. Des plantes de différents genres sont moins bien greffées, bien que cela soit possible dans certains cas.
Préparation et sélection des sujets
Les arbres fruitiers jeunes et vigoureux âgés de moins de 5 ans sont les meilleurs pour le travail de haut niveau. Les pommiers et les poiriers plus âgés peuvent être travaillés mais l’opération est plus sévère et ceux de plus de 10 ans doivent être travaillés plus haut. Les jeunes arbres doivent avoir entre 1 et 2 pieds de branche entre le tronc et la greffe. Dans le cas contraire, la bonne formation de l’entrejambe de la réserve sera perdue par l’extension du tronc au-delà de l’union.
Sur les vieux arbres, environ la moitié - la partie supérieure et la partie centrale seulement - devrait être travaillée en même temps. Le bois de scion peut être ramassé pendant l’hiver. Il devrait avoir un diamètre de 5 mm minimum. Si les scions sont laissés sur l’arbre jusqu’au printemps, il y a un risque que les bourgeons commencent à se développer ou se blessent pendant l’hiver. Conservez-les dans un endroit froid et humide, à des températures proches de 2 à 5°C. À la maison, quelques greffons pourraient être conservés dans un sac en plastique au réfrigérateur avec du papier absorbant humide.
Le calendrier de la greffe
Il est préférable de greffer vos plantes au printemps, à partir du moment où les bourgeons des arbres de sous-bois commencent à s’ouvrir, jusqu’au moment de la floraison. La période habituelle est de mi-mars, avril au début mai pour les fruits à pépins et à partir de mi-juillet pour les fruits à noyaux. Ceci en tenant compte du cycle lunaire. On parle de deux poussées de sève en lune montante. C’est là que la reprise de la greffe est optimale !
Les différentes techniques des greffes de cheveux
Outils et fournitures indispensables
Un couteau de bonne qualité, avec un fil tranchant et net, est la clé d’un bon greffage. Bien que des couteaux spéciaux pour greffer soient souhaitables, vous pouvez utiliser presque tous les bons couteaux de poche. Il s’agit d’un ruban adhésif spécial avec un support en tissu qui se décompose avant que l’annulation ne se produise. Les rubans adhésifs peuvent être utilisés pour lier des greffes où la pression naturelle est insuffisante. Le ruban d’électricien en caoutchouc est excellent aussi.
Pour que la greffe prenne, il est indispensable que le cambium de chaque végétal soit en contact avec l’autre. Le cambium est la partie dans laquelle circule la sève élaborée, il est situé entre l’écorce et le bois. Le contact entre les 2 cambiums provoquera une connexion vasculaire.
La taille comme préalable à la greffe
Tailler un arbre fruitier et greffer évoquent des gestes que la plupart d’entre nous connaissent, dont on a lu les explications, ou même vu pratiquer. Pour autant, il est souvent difficile de se lancer tant on a peur de faire des erreurs irrémédiables. Les méthodes de taille concernent les saisons, les parties à tailler selon que le fruitier est un jeune scion ou un vieil arbre.
La taille d’hiver concerne toute la structure de l’arbre : sa formation, sa taille annuelle, son élagage si besoin. On l’appelle également la taille en sec, car la sève circule très lentement dans l’arbre à cette saison qui est une période de repos. Les arbres à pépins doivent être taillés en pleine période de sommeil, entre le mois d’octobre et le mois de mars, en évitant les périodes de gel. Les arbres à noyaux seront taillés lorsque la chute des feuilles indique que la sève est descendue pour éviter les écoulements de gomme qui épuisent l’arbre.
La taille en vert est pour favoriser la mise à fruit que l’on pratique en période de végétation. Il s’agit cette fois aussi de contenir la vigueur de l’arbre pour répartir aux bons endroits les flux de sève. La règle est la suivante : comme pour le bourgeon apical, le bourgeon terminal d’un rameau sert à le faire s’allonger, et cette activité utilise la majeure partie de la sève. On appelle ce principe la dominance apicale.
La greffe en couronne sur vieux arbres
La greffe en couronne est la plus simple à réussir, idéale pour débuter. Elle peut s’appliquer à la plus grande majorité des arbres fruitiers (excepté le cerisier). Elle se réalise donc au printemps, sur un porte-greffe d’un diamètre de 10 à 15 mm bien en sève. Celui-ci aura été abondamment arrosé la semaine précédant la greffe.
Les étapes :
- Le porte-greffe est étêté à environ 20 cm du sol. Supprimez tous les départs de rameaux latéraux.
- On taille en biseau le greffon (dont le diamètre ne doit pas faire plus du quart de celui du porte-greffe). La taille se fait à l’opposé du bourgeon le plus proche. La partie qui sera collée au porte-greffe doit être écorcée.
- On incise verticalement le porte-greffe sur la longueur du biseau du greffon et on décolle l’écorce.
- On glisse le greffon sous l’écorce, en appliquant la partie écorcée du greffon contre la partie non décollée de l’écorce du greffon.
- On ligature le tout en spirale et on mastique les plaies de chacun des 2 végétaux.

Soins post-greffe et suivi
Les arbres fraîchement greffés ont besoin d’un arrosage régulier, il faut maintenir le sol humide. Cela aide le porte-greffe et le greffon à maintenir une hydratation suffisante pour favoriser la cicatrisation et la croissance. L’arrosage doit être ajusté selon la saison et les conditions climatiques. Une fertilisation légère peut encourager la croissance du greffon, mais il ne faut pas sur-fertiliser. Les engrais riches en azote peuvent être bénéfiques. Surveillez régulièrement votre greffe pour détecter tout signe de maladie ou d’infestation de parasites. La taille peut être nécessaire pour enlever les pousses ou les branches qui concurrencent le greffon. Cela permet de diriger l’énergie de l’arbre vers le développement du greffon.
Diversifier et restaurer par le greffage
La greffe d’un arbre fruitier est une technique horticole qui permet de combiner les meilleures caractéristiques de deux arbres différents dans un seul.
- Diversification des variétés : la greffe permet de cultiver plusieurs variétés de fruits sur un seul tronc.
- Améliorer la résistance aux maladies : en greffant, on peut combiner la robustesse d’un porte-greffe avec les qualités fruitières d’un autre arbre.
- Accélération de la fructification : les arbres fruitiers greffés commencent généralement à produire des fruits plus rapidement que ceux qui sont cultivés à partir de graines.
- Réhabilitation des vieux arbres : la greffe peut également être utilisée pour revitaliser les vieux arbres fruitiers qui ne produisent plus efficacement.
La vigueur du porte-greffe influence la taille et la croissance de l’arbre. Les porte-greffes nains, par exemple, sont parfaits pour les petits jardins ou pour ceux qui souhaitent une gestion plus facile et une récolte à hauteur d’homme. Certains porte-greffes peuvent induire une entrée en fructification plus précoce, ce qui est particulièrement avantageux pour les producteurs qui souhaitent obtenir un retour sur investissement rapide.
Méthodes complémentaires de greffage
Le greffage en fente est l’une des méthodes les plus utilisées pour multiplier les arbres et arbustes à feuilles caduques. On pratique une entaille dans le sujet (souvent étêté juste avant l’opération) afin d’y insérer un greffon taillé en biseau sur deux faces, en forme de coin.
La greffe à l’anglaise consiste à assembler un sujet et un greffon de même diamètre, taillés chacun en biseau sous le même angle. On maximise la zone de contact en ajoutant des languettes ou des encoches qui s’imbriquent l’une dans l’autre. Une fois liés, il est conseillé de tuteurer l’ensemble, surtout si le sujet est jeune et vigoureux.
La greffe en écusson consiste à prélever un bourgeon (l’« œil ») accompagné d’un petit morceau d’écorce, puis à l’insérer sous l’écorce du porte-greffe. Le sujet doit être en pleine sève pour que l’écorce se détache facilement ; de même, le greffon doit avoir atteint un certain degré de maturation, avec un bourgeon bien formé et non florifère.
Le greffage par approche est l’une des plus anciennes méthodes, décrite dès l’Antiquité et observable naturellement lorsque deux branches se soudent en forêt. Au lieu de séparer le greffon de son arbre-mère, on rapproche simplement deux tiges ou branches, qu’on incise sur une surface identique afin de favoriser leur contact. Maintenues ensemble par une ligature, elles continuent chacune de se nourrir via leurs racines ou leur branche-mère, sans être effeuillées.
Sélection et conservation des greffons
Pour la plupart des fruitiers à pépins (pommiers, poiriers) : on prélève les greffons en plein hiver (décembre à février) lorsqu’ils sont en dormance. Pour les fruitiers à noyaux (pêcher, abricotier, prunier, cerisier) : la récolte se fait souvent à la fin de l’hiver, juste avant le débourrement, voire en tout début de printemps.
Choisissez des rameaux de l’année précédente, bien aoûtés (mûrs), avec des bourgeons sains. Évitez les bois trop frêles ou trop vigoureux. Après la coupe, on retire les feuilles éventuelles et on étiquette chaque variété. On enroule les greffons dans un linge légèrement humide ou de la mousse, puis on place le tout dans un sac plastique hermétique. On peut les stocker dans le bac à légumes du réfrigérateur (entre 2 °C et 5 °C), en veillant à ce qu’ils ne dessèchent pas et ne pourrissent pas. Certains jardiniers conservent leurs greffons en jauge (enterrés verticalement) dans un sable humide, dans un endroit frais.
Hygiène et protection du point de greffe
Utilisez un couteau de greffage bien aiguisé, toujours désinfecté entre deux opérations, afin de limiter les contaminations. Après avoir inséré le greffon, on ligature avec du raphia, du ruban adhésif de greffage ou un élastique spécial, puis on protège éventuellement avec du mastic à greffer pour éviter le dessèchement ou l’intrusion d’eau. Ce mastic polyvalent peut être utilisé comme mastic à greffer ou cicatrisant à appliquer sur les plaies de taille. Lac Balsam se présente sous forme de pâte à base d’huile végétale et de résines naturelles. Il est particulièrement adapté pour être appliqué sur les blessures des arbres. Véritable écorce artificielle, ce mastic constitue une barrière physique qui protège le bois sous-jacent de l’entrée des champignons lignivores et des bactéries.

Compatibilité botanique et choix du porte-greffe
En général, on greffe au sein d’un même genre (ex. Malus sur Malus) ou d’une même famille proche (ex. poirier sur cognassier, tous deux dans la famille des Rosacées). Le choix du porte-greffe doit être adapté au sol, au climat, et aux éventuelles résistances recherchées (maladies, froid, calcaire, etc.).
Le pommier (Malus domestica) est souvent greffé sur pommier franc (semis de pommier) ou Cotoneaster pour un effet nanisant. Le poirier (Pyrus communis) s'accommode très bien du cognassier pour des formes plus compactes, ou de l'aubépine dans des sols calcaires. Ces choix techniques permettent de modeler le comportement de l'arbre selon les contraintes de votre terrain et vos objectifs de production, tout en assurant une pérennité optimale à vos sujets greffés. La première année après la greffe est fragile, mais avec une attention particulière portée à l'arrosage et à la protection contre les agressions extérieures, les chances de succès sont élevées.