L'effet d'optique GRIMP et les illusions de la perception en milieux périlleux

Introduction : Les GRIMP, spécialistes du secours en milieux difficiles

Les Unités du Groupe de Reconnaissance et d'Intervention en Milieux Périlleux (GRIMP) sont des entités peu connues du grand public, pourtant essentielles. Composées de sapeurs-pompiers d'élite, leur vocation première est le secours dans les secteurs d'accès difficile, qu'il s'agisse de falaises, de canyons, de gouffres, ou de structures en hauteur, tant industrielles qu'urbaines. Leur efficacité est le maître mot, car lorsque des vies sont en jeu, chaque intervention doit être parfaitement orchestrée. La formation, l'entraînement et la simulation sur site constituent une part prépondérante de leur activité. Les GRIMP 13 des Bouches-du-Rhône et le GRIMP 83 du Var, par exemple, s'entraînent au minimum une fois par mois, la norme étant plutôt hebdomadaire, avec des examens qualifiants pour devenir équipier opérationnel ou chef d'équipe.

Sapeurs-pompiers GRIMP en intervention

Simuler l'extrême : L'évacuation d'une éolienne et ses défis

Altitude Formation a participé à une session d'entraînement pour l'évacuation d'une éolienne, organisée conjointement avec la médecine professionnelle et une équipe GRIMP il y a trois ou quatre ans en Picardie. Cette simulation visait à secourir un opérateur bloqué dans le nez d'une éolienne de 80 mètres de haut. La procédure d'évacuation est une contrainte significative, car il est impossible d'utiliser un ascenseur ou un élévateur dans de telles circonstances.

Sur le pylône, quatre personnes étaient présentes, trois médecins pour la médecine du travail, et une équipe GRIMP composée de sept membres. Altitude Formation comptait deux participants. Chaque intervenant avait des objectifs spécifiques pour cette journée de travail commune. La médecine professionnelle cherchait à comprendre comment le corps des pompiers du GRIMP réagirait aux montées à l'échelle. Gravir 80 mètres à l'échelle représente un traumatisme considérable au niveau cardio.

Pour le GRIMP, l'objectif était de détailler le mode opératoire d'un secours en civière depuis le haut d'une éolienne. Il s'agissait d'un exercice très périlleux, qui leur a permis d'appréhender plusieurs situations complexes avec des contraintes particulières. La barquette est notamment très difficilement manipulable pour la faire passer du nez de l'éolienne par-dessus le rotor, présentant une réelle difficulté. L'équipe GRIMP a pu ainsi détailler le mode opératoire d'un secours en civière depuis le haut d'une éolienne.

Schéma d'une éolienne avec point d'intervention

Impact physique et surveillance médicale : Les données cardio en action

Un des objectifs majeurs de cet exercice était de constater la réaction du corps humain face à cet effort traumatisant. La médecine du travail avait effectivement mis en place des capteurs pour mesurer les données cardio des intervenants. Le fait de monter 80 mètres à l'échelle très rapidement met rapidement les participants à leurs limites cardio, comme l'a souligné Renaud Latil. La médecine professionnelle a pu analyser l'impact physique de l'effort au niveau cardio.

Cependant, il est important de noter qu'aucune référentiel n'en est ressorti. En effet, en session de formation, les participants sont assujettis à des règles fixées par le code du travail. Ces règles diffèrent des conditions réelles de secours ou de sauvetage. Par exemple, en formation, il est impératif de contre-assurer la victime sur laquelle une évacuation est simulée, ce qui n'est pas toujours le cas en situation d'urgence réelle.

Scénarios d'intervention GRIMP : Diversité des milieux et des techniques

Le commandant Roland Mijo de l'École d'Application de la Sécurité Civile (E.A.S.C), conseiller technique de la zone sud, a sélectionné deux types d'entraînements aux caractéristiques distinctes pour ces exercices.

Évacuation d'un blessé depuis une grue de chantier

Le GRIMP 83 a été déployé pour évacuer un blessé à partir d'une grue sur un site de construction. Une équipe GRIMP est composée de quatre équipiers et d'un chef d'équipe. Dès leur arrivée sur le site, le chef d'équipe évalue la situation, organise le secours, déploie ses hommes et garantit la sécurité de toutes les personnes impliquées, y compris le blessé. Après une reconnaissance initiale, un briefing est réalisé au pied de la grue, détaillant les enjeux, les difficultés et les risques du secours. L'objectif était d'évacuer le grutier blessé de sa cabine. La décision devait être prise de l'évacuer directement par la crinoline de la grue ou si une autre approche serait nécessaire.

Un binôme est alors envoyé en haut de la grue avec le matériel nécessaire pour rejoindre le blessé. Le diagnostic révèle que l'état de l'accidenté est relativement grave et le bas de la grue est encombré de ferrailles, rendant l'évacuation par la crinoline impraticable. En accord avec l'équipe médicale et le chef d'équipe, une évacuation en civière par tyrolienne jusqu'à l'ambulance est recommandée. L'évacuation se fera avec la civière en position oblique, la position horizontale étant réservée aux cas les plus graves. Une fois l'autorisation donnée, les équipiers en hauteur installent les ancrages et déploient les cordes, qui seront fixées au sol par les deux hommes restés en bas.

Après l'installation du système, la victime est conditionnée dans la civière, une phase qui peut durer jusqu'à trente minutes en fonction de l'état du blessé et de la configuration des lieux. Une fois que tout est prêt, l'évacuation elle-même a lieu. Le commandant Roland Mijo précise qu'en dehors du conditionnement, pour ce type de secours classique où l'équipe médicale reste en bas, l'intervention doit être réglée entre 30 et 45 minutes. Cependant, des environnements plus complexes peuvent nécessiter de transporter l'équipe médicale jusqu'au blessé.

Pompiers de Liège 2022 🎞🚒... Exercice GRIMP, antenne du bol d'air à 140m de haut !

Secours en paroi en falaise

Après l'environnement industriel, direction les falaises du Cap Canaille, surplombant la mer entre Cassis et La Ciotat. L'équipe du GRIMP 13 a été chargée de secourir un grimpeur blessé et bloqué à un relais, une trentaine de mètres sous la sortie de la voie. Ce type de secours est mis en œuvre lorsque l'évacuation par hélicoptère (qui représente 98% des interventions) n'est pas possible pour diverses raisons, comme l'indisponibilité de l'appareil ou des conditions météorologiques défavorables (vent trop fort).

Comme lors du premier secours, le chef d'équipe descend en rappel jusqu'au blessé pour évaluer la situation. Une évacuation de type « secours en paroi » est décidée. Le système est mis en place avec un mât de déport, permettant une remontée dans l'axe sans frottements ni plaquage du secouriste contre la paroi rocheuse. Deux hommes descendent pour conditionner le blessé dans la civière, qui est ensuite treuillée par les équipiers du haut.

Pour chacun de ces exercices, les équipes se sont déplacées avec leur camion d'intervention, qui contient tout le matériel nécessaire : cordes, différents treuils, potence, civière, poulies, etc. Pour optimiser le temps d'intervention, chaque secouriste monte dans le camion déjà équipé de son casque, de son matériel individuel et de son harnais. Ces situations de secours, bien que classiques pour ces spécialistes des milieux périlleux, exigent une maîtrise parfaite des techniques, du matériel, et un travail d'équipe coordonné, ainsi qu'une répétition constante des gestes. C'est la raison d'être de ces exercices intensifs.

Matériel GRIMP en camion d'intervention

Phénomènes optiques et perception altérée : Le cas de la "côte qui descend"

Au-delà des défis physiques et techniques rencontrés par le GRIMP, il existe des phénomènes où notre perception peut être mise à l'épreuve, créant des illusions d'optique fascinantes. Un exemple frappant est celui de la "côte qui descend", un phénomène qui attire régulièrement des curieux. Imaginez votre voiture, freins lâchés, qui semble monter une côte toute seule !

Que l'on arrive par Siran-Minervois et la D 56, ou par Cesseras, le paysage est caractérisé par des oliviers et des pins parasols. Un panneau signale « la curiosité de Lauriole », sans mentionner explicitement « la côte qui descend ». C'est à cet endroit, après une épingle à cheveux et sur un court tronçon de moins de 100 mètres, que l'illusion se produit.

Pour en profiter pleinement, il faut respecter une procédure précise. Il convient de placer la voiture au point mort un peu après l'épingle à cheveux. Vous êtes en montée, et en lâchant le frein à main, la logique voudrait que vous partiez en marche arrière. Arrivé au bout de cette portion, avant le virage à gauche, faites demi-tour et positionnez votre voiture dans le sens inverse. Avancez d'une dizaine de mètres ; la logique voudrait que vous descendiez. Lâchez alors le frein à main et, « miracle », votre voiture semble grimper seule, en roue libre et en marche arrière.

De nombreuses hypothèses, parfois les plus folles ou les plus incongrues, ont été avancées pour tenter d'expliquer ce phénomène. Dans cette région riche en mystères, des vestiges de Minerve la Cathare aux dolmens voisins, le surnaturel semble rôder. Certains ont évoqué un phénomène paranormal inexplicable, d'autres une faille gravitationnelle provoquant un renversement des directions, ou encore la présence d'un champ magnétique perturbant les équilibres. Cependant, des recherches géologiques ont été menées et ont écarté plusieurs de ces hypothèses. En attendant de meilleures explications, les plus cartésiens s'accordent à dire qu'il s'agit d'une illusion d'optique, que chacun peut tester par soi-même.

Illustration d'une voiture sur une

Escalade et perceptions : Glossaire des pratiques et de leurs nuances

Les milieux périlleux ne sont pas seulement le terrain de jeux du GRIMP, mais aussi celui des grimpeurs, dont la perception de l'environnement est cruciale. Voici un glossaire illustré des pratiques de l'escalade, soulignant les subtilités et les différentes façons de « grimper » :

Grimper en libre (une voie, un bloc), « faire » (une voie, un bloc), « enchaîner » : Gravir un itinéraire « en libre » signifie le grimper en tête, sans chute et sans utiliser les ancrages ou la corde pour se reposer ou s'aider à monter. Bien que ce style d'ascension existe depuis le début du XXe siècle, le fait de lui accorder une importance particulière et de rechercher la difficulté « en libre » est relativement récent. C'est grâce au mouvement libériste que l'escalade est devenue une discipline à part entière, au-delà d'une simple technique d'alpinisme.

Escalade Sportive (en site naturel) : C'est l'évolution logique de la recherche de difficulté « pure » en escalade libre. Pour la plupart des pratiquants, c'est la pratique la moins liée à une optique de performance sportive, s'apparentant davantage à une « promenade dans une face rocheuse ».

Big wall : Désigne une grande voie sur des parois d'ampleur exceptionnelle, dont la hauteur dépasse les 500 mètres et peut atteindre un kilomètre, voire plus. De nombreux itinéraires en « big wall » ont été initialement gravis avec un recours plus ou moins intensif à l'« escalade artificielle », où des ancrages de toute sorte sont placés et utilisés pour progresser dans les sections trop difficiles.

À vue : Style d'ascension plus restrictif, où le grimpeur réalise l'ascension en libre à la première tentative et sans aucune information préalable (ni conseils, ni observation d'autres grimpeurs). Seule l'observation depuis le sol est autorisée. C'est le style le plus apprécié car il ne demande pas un investissement particulier en temps et en préparatifs. Les grimpeurs franciliens assidus en forêt sont surnommés les « bleausards ».

Grimpeur en falaise, vue de dessus

Highball : Il s'agit d'un bloc de hauteur considérable, telle que la réception d'une chute peut être violente, même en atterrissant sur une aire de réception bien garnie de crashpads.

Trad Climbing, « terrain d'aventure » : Ce style d'escalade est sécurisé par des protections (ancrages) amovibles, normalement placées par le grimpeur pendant son ascension en tête, dans des fissures, des trous ou d'autres aspérités naturellement présentes dans le rocher. Le « trad » est très populaire dans les pays anglo-saxons, car les moyens employés sont considérés comme plus « justes » ou « honorables » (fair means) que ceux de l'escalade sportive.

L'escalade sportive en salle se décline en trois formats : bloc, difficulté (équivalente à l'escalade sportive en salle, à vue) et vitesse. Il est intéressant de noter, à titre anecdotique, que l'Union Soviétique avait, bien avant 1985, une longue tradition de compétitions de vitesse (sur rocher) et de compétitions d'alpinisme, souvent organisées sur de grandes parois rocheuses. Ces compétitions voyaient des cordées de grimpeurs expérimentés se rassembler dans des vallées abruptes pendant une semaine pour réaliser des ascensions inédites, élégantes, difficiles et risquées.

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