Le Maroc est un pays qui cache quelques bijoux, offrant une mosaïque d'expériences allant des aventures sportives exaltantes aux immersions culturelles profondes, en passant par des histoires de résilience et de luttes sociales tenaces. Visiter ce pays est déjà en soi une belle aventure, où la réputation de la place de Djemaa el Fna et ses souks n’est plus à faire, et marcher pieds nus dans le sable des dunes de Merzouga vaut franchement le détour. Au-delà des destinations emblématiques, le Maroc se révèle être un terrain de jeu privilégié pour les amateurs de sensations fortes, qu'ils soient passionnés de vol libre, de chute ou d'escalade. Cependant, derrière ces paysages grandioses et ces opportunités d'exploration, se cachent aussi des récits de communautés engagées dans des combats fondamentaux pour la préservation de leur environnement et de leurs droits, comme en témoigne la longue histoire du mouvement d'Imider.

Le Maroc, Un Paradis pour les Sports Aériens
Le territoire marocain, avec ses côtes variées et ses vastes étendues, offre des conditions idéales pour diverses disciplines aériennes, attirant les passionnés du monde entier en quête de panoramas uniques et de défis techniques.
Soaring et Vol Libre sur la Côte Atlantique
Des rumeurs ont atteint nos oreilles et réveillé notre curiosité, parlant d’une dune à soaring en bord de mer où il était possible de voler 24h/24. Cette perspective, bien qu'improbable au premier abord, a piqué notre intérêt. L'idée de pouvoir décoller à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, porté par les vents constants du littoral, promettait une expérience de vol sans précédent. En cas de fatigue, il était même possible de dormir « dans » le déco, une commodité rarement égalée qui soulignait l'atmosphère unique de ce lieu. Mais en arrivant, les petites maisons troglodytes nous ont effectivement servi de gîte, confirmant la particularité et l'authenticité de cet endroit. Ce fut l'occasion de rencontrer Aziz, figure locale de l'hospitalité, et de nous immerger dans la culture marocaine à travers les tajines et le thé à la menthe, prenant en pleine face une overdose de soaring. Cette expérience mêle la joie pure du vol et la richesse des rencontres humaines, ancrant le souvenir de cette dune comme un véritable joyau pour les parapentistes.
Parapente Maroc - Soaring à Lakrimate
Chute Libre et Sensations Fortes à Beni Mellal
Pour les adeptes de sensations encore plus extrêmes, le Maroc propose également des opportunités de chute libre. Loin de l'isolement d'une dune en bord de mer, accessible seulement par un chemin 4x4 et des dunes infranchissables, se trouve Beni Mellal. Cette grande ville, de plus de 500 000 habitants, abrite un bel aérodrome qui permet aux parachutistes en manque de s’éjecter à 4000 mètres d'altitude. La trêve hivernale a fait migrer une petite troupe de Corbas et quelques autres clubs Français vers cette destination, où ils se sont réunis pour partager quelques secondes de chute au-dessus de l'Atlas Marocain. Ce cadre majestueux, offrant des vues imprenables sur les sommets enneigés et les vallées profondes, transforme chaque saut en une expérience inoubliable. Heureusement, ces secondes sont renouvelables à volonté, permettant aux parachutistes de multiplier les sauts et de parfaire leurs techniques dans des conditions exceptionnelles. Beni Mellal incarne ainsi un point de convergence pour la communauté internationale du parachutisme, alliant accessibilité urbaine et proximité de paysages spectaculaires pour une pratique intense de la chute libre.
L'Escalade au Cœur de l'Atlas : Des Rochers Mythiques aux Traditions Berbères
Pour compléter le collier des sports d'aventure au Maroc, l'escalade s'impose comme une activité phare. Le pays offre des sites de renommée mondiale, où la qualité du rocher, l'ampleur des voies et l'immersion culturelle créent une expérience unique.
Taghia : Le Cirque d'Excellence du Haut Atlas
Le cirque de Taghia est situé au cœur du Haut Atlas, un endroit encore préservé d'un tourisme de masse, à l'opposé de Todra par exemple. On y grimpe avant tout pour le plaisir, dans des itinéraires magnifiques et au sein d'une culture Berbère encore très forte.
Un Cadre Naturel et Culturel Préservé
Taghia se trouve à la confluence de deux canyons vertigineux, offrant d’immenses parois d’un calcaire rouge orangé où l’horizontalité n’a plus lieu d’être. À 2h30 de marche de la route la plus proche, l'approche de Taghia est déjà une aventure en soi. Le voyage commence généralement par un vol de France à Marrakech, suivi d'un transfert à Zaouiat Ahanesal. C'est le dernier point accessible en voiture pour se rendre à Taghia. Ensuite, il faut compter deux heures trente de marche à flanc de rivière, avec des mules qui portent les bagages, pour déboucher dans un vaste cirque verdoyant où règne une tranquillité saisissante, rompant avec le tumulte bruyant du canyon. En son centre, les maisons en terre violette du village de Taghia se dressent modestement. Au fond du cirque, les deux immenses canyons dévoilent ce qui sera notre terrain de jeux pour les semaines à venir. La vie paisible régnant dans ce petit village offre un contraste marqué avec l’hostilité dégagée par ces grandes faces, forçant à l'humilité. À la confluence des canyons, se dresse l’Oujdad, pyramide quasi-parfaite, véritable vigie de la vallée. L'écrasante présence de ces parois force à l’humilité, et l’émerveillement est de chaque instant pour qui veut bien ouvrir les yeux. Une nature aussi belle qu’austère offre au village les seules choses essentielles, et les habitants, à la vie simple, réservent un accueil sincère et chaleureux.
Des Itinéraires d'Envergure Mondiale
Taghia est réputée pour son rocher et son escalade de classe mondiale. Les falaises compactes et sculptées peuvent atteindre 800m pour les plus hautes d’entre elles, offrant des centaines de voies. Les premiers jours sont souvent consacrés au calage de la meilleure méthode de shooting avec un photographe embarqué, et pour cela, sans pression, c’est à la Paroi des Sources que ça se passe. Cette première face, à quinze minutes du village, offre des voies d’une petite dizaine de longueurs sur du caillou top classe et un retour facile par le chemin. Des voies telles que "Zebda" (7b+), "Classe montage Épinal" (6c+), et "Belle et berbère" (6b+) permettent de faire ses gammes en vue des futurs projets.Des itinéraires exceptionnels parsèment le cirque, comme les 550 mètres de cailloux parfait des « Rivières pourpres », une voie Piolat/Petit/Robert de 15 longueurs (7c max) que la légende raconte être, selon Michel Piolat lui-même, la plus belle grande voie qu'il ait ouverte en calcaire. D'autres classiques incluent le pilier aérien d’« Au nom de la réforme » (6c), rejoignant le sommet du Taoujdad par sa face sud-ouest, le beau mur compact de « Tout pour le club », ou encore la voie "Barraka" à l’Oujdad (680m/6b), une voie World Class qui remonte la face Sud Ouest. Le programme typique d'un séjour à Taghia inclut des journées bien remplies : après un vol France-Marrakech et un transfert à Zaouia Ahanesal, la montée à Taghia nécessite 1h30 de marche, où des mules porteront les affaires. Les grimpeurs peuvent ensuite s'attaquer à la Paroi des Sources, puis à des voies magnifiques comme "Haben Oder Sein" sur réglettes et gouttes d'eau (6b maxi) ou "l'Allumeur du Rève Berbère" (300m, une voie Piola, c'est tout dire !) dans le Canyon de Timrazine. La Face Ouest du Taoujdad offre “Au Nom de la Réforme”, sept longueurs de toute beauté sur cette aiguille incontournable (300m, 6b), promettant de magnifiques murs finement sculptés réservant une escalade toute en finesse. Une journée de repos peut être consacrée à la visite des canyons et montagnes environnantes, ou à l'escalade si la peau des doigts est encore en état.

Logistique et Immersion Locale
Le développement de l’escalade à Taghia a fait émerger une petite économie autour de ce « tourisme ». On compte actuellement trois gîtes dans le village, où l’accueil est simple et convivial, proposant une demi-pension à base de thé à la menthe, couscous et tajine. Mohamed et sa famille gèrent l'une de ces maisons, faite de la même terre violette que ses voisines, accueillant les grimpeurs après qu'ils aient déchargé leurs affaires avec l'aide des mules. Un rythme de vie simple s’installe très rapidement, « toujours doucement » comme le veut la tradition berbère. On vit au rythme du soleil, laissant portables, ordinateurs et autres internets sous silence. Un coq, très enclin aux chants matinaux, fait office de réveil dès lors que le soleil pointe à l’horizon, malgré quelques tentatives d’explications tournant rapidement au jet de pierres. Le prix d'un séjour à Taghia inclut généralement la présence d’un guide de haute montagne (un guide pour deux à trois personnes), le vol aller-retour Paris-Marrakech (sous réserve de disponibilité), les transports depuis et vers l'aéroport de Marrakech, et tous les déplacements sur place. La pension complète est assurée pendant la totalité du voyage (nuits en gîte à Taghia, en hôtel à Marrakech), une pharmacie collective est disponible, ainsi que le matériel collectif d’escalade (cordes, dégaines, matériel de sécurité). Le transport de Marrakech à Zaouiat Ahansal est estimé à 1200 dh avec Ali Rotors, la demi-pension au Gîte Taghia à 130 dh, et une mule pour 60 kgs de bagages à Taghia à 100 dh. Ne sont pas inclus le matériel technique personnel, les achats personnels et l’assurance voyage.
Amellago et les Gorges d’Imiter : Calcaire Rouge et Esprit Pionnier
Niché à l’entrée des Gorges d’Imiter, dans le haut Atlas Marocain, Amellago est un lieu où la culture du thé à la menthe, la tenue millénaire de la djellaba et l’imaginaire des contes des mille et une nuits se rencontrent.
Le Caractère Unique des Gorges
Pour les grimpeurs et grimpeuses dotés d’un sens aigu de l’exploration, les grandes falaises de calcaire rouge surplombant la vallée seront un nouvel Eldorado. L'ambiance apaisante d'Amellago offre un contraste avec l'effervescence d'autres sites, permettant de profiter du soleil et de tirer sur les petits biceps à n’en plus pouvoir. En 2008, l’équipeur, grimpeur et aventurier Bastien de Lattre était venu pour équiper quelques lignes à Amellago, réaliser un Topo et une vidéo qui avait fait un bon coup de publicité au site. Cependant, il est possible de voir s’écouler un mois complet sans qu’un grimpeur ne passe ici de nos jours, alors qu’il y a quelques années, c'était impensable.
Mimoun Goali : Gardien et Développeur du Site
Figure emblématique de l’escalade dans les Gorges d’Imiter, Mimoun Goali est l’équipeur historique du site. Il entretient et développe les couennes et grandes voies de ce secteur depuis 1998, faisant de lui le pilier de cette communauté. Les grimpeurs sont accueillis, encore aujourd’hui, par lui-même dans sa maison familiale au village d’Aït Slitman, où son hospitalité est légendaire.
Projet de Gîte : Un Appel au Partage
Afin de faciliter l'accès et d'améliorer le confort des visiteurs, le projet est de construire un gîte plus confortable et plus proche des falaises. Une cagnotte en ligne a été lancée, sous l'impulsion de Yoann André, responsable de cet élan de partage concernant le site d’Amellago, avec l’ambition d’achever la construction de ce gîte. Il s'agit notamment de lui offrir un toit afin d’abriter au mieux les touristes et grimpeurs de passage, ainsi que de pourvoir à l'eau, l'électricité et quelques finitions, pour lesquelles il manque encore 60% de la somme nécessaire. Ce projet vise à pérenniser l'accueil des grimpeurs et à dynamiser la vie locale autour de cette activité.

Tafraout : L'Éthique du "Trad" dans l'Anti-Atlas
Le Maroc réserve une autre pépite pour les grimpeurs, cette fois dans l'Anti-Atlas, la ville de Tafraout. Elle est devenue un symbole de la grimpe sur coinceurs, de l'escalade trad' (pour traditionnelle) ou terrain d'aventure pour le club alpin, trois noms différents pour une même pratique : grimper des parois rocheuses vierges de tout équipement (spits).
Un Granit Exceptionnel pour l'Escalade Traditionnelle
Le rocher de Tafraout est tout simplement magnifique. C’est une sorte de granit très franc, stable, solide, adhérent, et fracturé, il offre une multitude de possibilités de protections. Cette particularité en fait un terrain de jeu idéal pour les grimpeurs adeptes de la pose de leurs propres protections en glissant câblés et friends dans des trous ou fissures. Le site, défriché par les Anglais il y a une trentaine d’années puis plus récemment, est reconnu pour sa roche de qualité supérieure.
L'Engagement : Une Règle Fondamentale
À Tafraout, l'éthique et la volonté de ne pas y déroger sont la condition pour venir grimper. Il n’y a pas de débat ou de compromis, la règle est simple et facile à respecter : aucun spit, même pas aux relais, rien, nada ! Seul un anneau de fer peut être présent autour d’un bloc si le rappel est obligatoire. En général, on descend toujours à pied, plus ou moins facilement. Et force est de constater que le rocher se prête vraiment à merveille à cette éthique, avec de belles fissures ou fractures dans le rocher permettant d’y placer des câblés ou des friends. Cette pratique, excitante et prenante, est très répandue chez les Anglais ou les Américains, qui mettent un point d'honneur à ne grimper exclusivement que de cette façon, contrairement aux Français qui ont longtemps privilégié l'équipement fixe.Seule exception à ce tableau "trad'", les blocs situés au Sud de la ville, du côté des rochers peints (des blocs peints il y a quelques années… c’est surprenant mais pas si moche au final, même si au premier abord cela pourrait ressembler à du vandalisme - ah, l’art contemporain….). Le sable y est improtégeable à de nombreux endroits, donc quelques lignes ont été posées avec un équipement très aéré (premier point à 5m et 7,8m entre les points). Si l'on tombe, on ne va pas mourir, mais on va bien se râper le derrière. Mais même sur ce site, la plupart des lignes sont en trad aussi, et magnifiques bien que courtes.Cet engagement nécessite une certaine expérience et un niveau de compétence. Ce n'est peut-être pas le meilleur endroit pour apprendre à poser des coinceurs, et une expérience de la chose est recommandée avant de s'y aventurer. Certaines longueurs ou certains itinéraires sont vraiment très exposés, avec peu de possibilité de poser des protections, donc ça engage quand même pas mal la viande ! De quoi relancer le débat entre éthique pure et sécurité. Beaucoup de grimpeurs aiment grimper sur coinceurs, mais pas au point d'y laisser leur peau. Le topo mentionne par un pictogramme que certaines voies sont "gear" (=se protègent bien), et d'autres sont "bold" (=audacieuses, c'est-à-dire compactes sans pose de protections possibles), mais de nombreux passages ou longueurs "bold" ne sont pas répertoriés. Certains passages peuvent même être qualifiés de "tétraplégiques", signifiant qu'on peut y placer plus de deux ou trois protections, ce qui peut faire frémir mais change tout dans la tête en comparaison de celles (certes rares) où l'on se contente d'aller juste tirer la corde jusqu'au relais. Les voies au pictogramme "gear", où l'on peut placer 7, 8, voire 10 protections par longueur, sont un luxe qui ferait presque penser que l'on est dans une voie spitée. Ne pas avoir l'habitude d'un certain engagement risque donc de faire passer de mauvais moments, mais c'est aussi ce qui fait le charme du lieu.

Matériel et Spécificités de la Pratique
Pour grimper à Tafraout, deux jeux de friends sont nécessaires (néanmoins un seul taille 3 et un optionnel taille 4 pour la plupart des voies), ainsi qu’un bon jeu de câblés et quelques sangles (plus deux grandes de 240cms pour les relais), et éventuellement un jeu de 4 tricams, utiles dans certains trous. Les totem cams sont fort utiles car pas mal de fissures sont horizontales. La corde Cobra II de Beal est recommandée pour sa fiabilité et sa résistance. Une corde de 40m et une corde à double de 60m peuvent multiplier les possibilités, sachant qu'une minorité de voies se redescendent en rappel.Il existe deux grandes stratégies pour équiper une longueur en trad : placer le plus de protections possibles et régulièrement tout au long de la longueur, quitte à se retrouver "juste" au moment de construire son relais, ou au contraire économiser ses protections pour être sûr de pouvoir faire un excellent relais. La seconde approche privilégie la solidité du relais, considérant que c'est une chose sur laquelle il ne faut jamais lésiner et être persuadé qu'il soit toujours "béton". Cela implique des choix, comme celui de peu protéger les débuts de longueurs (à l'exception d'un point de renvoi "béton" réalisé avec un câblé). De plus, il est souvent préférable de placer des câblés plutôt que des friends (surtout les gros), que l'on préfère garder pour les relais (en y ajoutant aussi un câblé "béton" au sein du relais ou en back-up).
L'Ouverture de Voies : Un Esprit d'Exploration Continu
L’Anti-Atlas est en perpétuelle frénésie d'ouverture, car c’est un endroit où il est assez facile d’ouvrir une voie. L'un des grimpeurs a repéré une belle montagne qui, d’après les cinq topos disponibles, ne comporte aucune ascension. Elle est bien excentrée et loin de tous les secteurs décrits. L'excitation était palpable pour Bernard, ayant déjà ouvert des voies quelques années auparavant. C’est ainsi que l'on peut se retrouver à ouvrir une voie sur un beau sommet majeur. La première longueur peut être assez typée dalle, avant d’arriver à une deuxième longueur qui est un ressaut dalleux raide en rocher un peu fragile, avec une fissure au milieu. Si le passage est incertain, l'expérience des anciens se manifeste : « quand faut que ça passe, faut que ça passe ! », parfois en artif'. Les longueurs défilent, et le plus dur peut être derrière, mais de beaux mouvements et de belles envolées, qui se protègent bien, sont nécessaires. L'ouverture à vue sur un éperon de toute beauté est une expérience géniale. La descente est évidente une fois connue, mais il est courant de prendre des chemins différents pour se retrouver plus loin, arrivant juste à la nuit à la voiture, à dix minutes près de l'utilisation de la frontale (souvent oubliée).Il est également possible de répéter de beaux itinéraires ou de faire de belles ouvertures sur d'autres parois, comme un immense pilier, une vraie montagne qui se dresse au beau milieu d’un plateau, dont l'ascension plus dure et engagée est à l'étude. Avant de repartir, il était tentant de s'offrir une voie en solo. De niveau "Difficult" d’après le topo mais en fait assez facile, l'expérience n'a pas toujours été appréciée, soulignant la force mentale nécessaire aux grands noms de la montagne.
Conseils et Recommandations pour les Grimpeurs
La grimpe à Tafraout est une formidable destination pour celui qui aime et a envie de grimper sur coinceurs. On peut y faire un apprentissage solide de l’autonomie et le perfectionnement au terrain d’aventure, pour celui ou celle qui connaît son niveau et ses capacités et dispose d’une certaine expérience (sans pour autant être un expert). C’est aussi un voyage dans le voyage, avec le soleil, l’ambiance chaleureuse marocaine (ce n’est pas Marrakech et ses vendeurs oppressants), et la langue française en commun, ce qui facilite grandement les choses. En choisissant une période calme comme la fin de l'automne ou le début de l'hiver, on a la garantie d’être seul dans les voies, ne croisant que très peu de cordées. Il y a plus de monde au printemps, mais cela doit être tout relatif.Des guides comme "Climb Tafraout : 100 classic climbs" de Steve Broadbent (peu fourni mais deux pages par voie, bien expliquées) et "Moroccan Anti-Atlas", du même auteur (beaucoup plus complet avec le tracé de toutes les voies, 1500 !, mais non détaillées, juste un descriptif d’une ou deux lignes), sont des ressources précieuses. Le site camptocamp fournit également des infos récentes sur les voies d’escalade. Un avertissement important concerne les cotations et la correspondance anglais-français, qui est une gigantesque blague : il faut plutôt ajouter un chiffre pour avoir une idée de ce à quoi s'attendre par rapport aux cotations françaises (par exemple, un 4a anglais correspond plus à un 5a français ressenti). Passés ces quelques avertissements, Tafraout est un des plus beaux endroits pour la pratique plaisir de cette discipline, un "must", offrant de quoi s'occuper pendant des années entières.
Imider : Symbole d'une Lutte pour la Justice Environnementale et Sociale
Au-delà des sommets et des aventures sportives, le Maroc est également le théâtre de luttes sociales et environnementales profondes, dont le mouvement d'Imider est un exemple frappant et durable.
Les Racines Historiques du Mouvement de Contestation
Le mouvement contre la mine d’Imider dure depuis plus de 40 ans, et il y a eu quatre étapes historiques essentielles dans ce mouvement. La première étape fut une manifestation contre le forage des puits en 1986, marquant le début des préoccupations communautaires face à l'exploitation minière. La seconde étape fut un sit-in de quarante-cinq jours, d’abord devant la mine, puis devant les puits forés en 1986, pour exiger de l’eau, de l’emploi et le droit à la santé, sit-in qui fut dispersé par la force, révélant la fermeté des autorités. La troisième étape remonte à 2004, avec un mouvement spontané des femmes qui ont manifesté devant les puits « Tidesa » à Imider pendant plusieurs semaines, soulignant le rôle prépondérant des femmes dans cette résistance. Il y avait une conscience, avant 2011, que tout le monde venait faire un tour à Imider, tournait une vidéo mais que rien ne changeait, renforçant le sentiment d'impuissance face à l'inaction.
Les Revendications : Eau, Emploi et Droit à la Vie
Les griefs de la population d'Imider sont multiples et fondamentaux. Il y avait la conscience des conséquences que la mine, pour travailler, avait foré trois puits qui épuisaient la nappe phréatique, et en retour, la population subissait la pollution. Les maladies cancéreuses se sont multipliées avec l’infiltration de mercure et de cyanure dans la terre, et partant, la nappe phréatique, mettant en péril la santé et la vie des habitants. De plus, les étudiants ont protesté contre le refus de la mine de les faire travailler, tel que cela avait été stipulé dans les accords de 2004, une promesse non tenue qui a alimenté la frustration. La conscience profonde que la mine fait des bénéfices et que ces bénéfices devraient aider la région, alors que c’est le contraire qui se passe, a accentué le ressentiment. L’entreprise, au lieu de permettre à la population de profiter des richesses, a fait en sorte que la population soit marginalisée et effacée.

L'Organisation et la Résilience d'une Communauté
Face à ces injustices, la communauté d'Imider s'est organisée de manière remarquable, faisant preuve d'une résilience et d'une détermination inébranlables.
Démocratie Participative et Rôle Essentiel des Femmes
Il y a eu une première manifestation le 1er août 2011 où les étudiants ont protesté. Le 2 août, les femmes et les jeunes chômeurs sont sortis dans la rue avec les étudiants spontanément pour manifester pour l’eau, démontrant une mobilisation populaire massive. Le 16 août, une manifestation a été organisée pour avertir les autorités, et la vanne d’alimentation en eau a été fermée pendant environ cinq heures. Au bout de quatre jours, sans réponse à leur mise en demeure, la communauté a décidé de fermer complètement la vanne d’alimentation en eau industrielle de la mine et d'occuper de manière illimitée le Mont Albban, où se trouve la vanne, soit à deux kilomètres d’Imider et cinq de la mine.Le mouvement a évolué, passant de petites tentes pour une occupation quotidienne, dans la fournaise de l’été et dans le froid glacial de l’hiver, à des constructions en dur pour abriter, approvisionner, avec même une structure spécifique pour les femmes. La communauté tient des assemblées, l’« agraw », terme tamazight, qui sont une autre manière de penser les assemblées des anciens. L’agraw est une réappropriation d’une vieille tradition tribale, sauf que dans ces assemblées modernes, les femmes - et les enfants les jours de congé - participent, alors que dans la tradition, elles ne participaient pas, mettant fin au décloisonnement. Ces assemblées proposent, décident et mettent en place des commissions (finances, information et communication, sécurité, technique, dialogue, transport, approvisionnement), illustrant des institutions horizontales basées sur la démocratie participative, une tradition très ancienne, antérieure à celle de l’État. Pour la communauté, la question de la participation est dépassée : les femmes sont partie prenante du mouvement et participent aux assemblées générales, qui sont les organes de décision. Le rôle des femmes est essentiel quand on veut expliquer la longévité de l’occupation du Mont Albban. Il est arrivé qu’au début, il y ait des difficultés dans la prise de parole du fait de la relégation traditionnelle des femmes. Mais leur engagement est profond : depuis sept années, une femme (pas toujours la même, mais à tour de rôle) est chargée de confectionner trente pains quotidiennement et de les apporter au Mont Albban, soit deux kilomètres par la route et 1600 m à gravir, un exemple concret de dévouement.
Un Autofinancement Solidaire
Sur le plan financier, le mouvement repose sur un auto-financement auquel s’ajoutent des soutiens extérieurs. Chaque famille cotise à hauteur d’un euro par mois, illustrant la solidarité et l'autonomie financière de la communauté dans sa lutte.
La Répression et ses Conséquences
La répression a jalonné toutes les étapes de la lutte, témoignant de la réaction des autorités face à cette contestation persistante.
Des Arrestations aux Tortures : Le Coût de la Résistance
Dès 1986, il y a eu six arrestations, puis en 1996, vingt et une arrestations suivies de condamnations à des peines d’emprisonnement de deux ans pour six personnes. L’un des prisonniers est mort suite à sa remise en liberté, après avoir été torturé et tombé malade, il est décédé juste après sa libération : c’est Lahcène Osobdane, devenu un martyr pour la cause. Il y a eu de la répression dès le début de l’occupation, avec 33 arrestations au total et un traitement sécuritaire global de la question. 2014 a été l’année de la répression à Imider comme dans le reste du Maroc, où tout mouvement de contestation a été réprimé. De son côté, le ministre de l’Intérieur a déclaré que « La question est réglée, à part quelques dizaines de personnes qui posent encore des problèmes », visant clairement l'occupation illimitée du Mont Albban.Omar Moujane, un des militants, a été arrêté le samedi 1er mars 2014 alors qu’il se rendait avec neuf militants, dont sept femmes, au Mont Albban. Leur voiture a été encerclée sans sommation par trois véhicules de la gendarmerie et une voiture d’un élément représentant le ministère de l’Intérieur à Imider. Ils ont été agressés physiquement, gazés, jusqu’à perdre connaissance. Au final, ils n’ont gardé que les trois hommes. Le lendemain, sans interrogatoire ni procès-verbal, ils ont comparu à Ouarzazate. Omar Moujane a été condamné à deux ans et demi d’emprisonnement pour quatorze chefs d’inculpation dont rébellion, vol d’argent (le métal, pas la monnaie), agression physique, manifestation interdite et incitation à manifester, constitution d’une bande criminelle, manque de respect envers les forces de gendarmerie. La maltraitance a consisté en la torture à la gendarmerie et le harcèlement en prison. Les avocats n'étaient pas toujours des militants. Les prisonniers d’Imider ont été transférés de prison en prison (Ouarzazate, Errachidia, Salé et Meknès) pour être ventilés, afin qu’ils ne soient plus en contact les uns avec les autres. Omar Moujane a été privé de certains droits, comme les études, et a rencontré des difficultés pour contacter sa famille, et les détenus d’Imider avaient droit à un traitement spécifique, comme des insultes ciblées, ce qui suggère des ordres venant d’en haut.
Le Martyr Lahcène Osobdane
La mort de Lahcène Osobdane, suite aux tortures et maladies contractées en détention après les arrestations de 1996, est un événement tragique qui a marqué le mouvement d’Imider. Son sacrifice a cimenté la détermination des militants et a fait de lui un symbole de la répression subie par la communauté. Il est leur martyr.
Les Promesses Non Tenues et l'Échec du Dialogue
Le dialogue avec les autorités avait pris fin en 2013, et les tentatives de résolution pacifique des conflits se sont heurtées à des promesses non tenues et des négociations déséquilibrées.
Le Protocole de 2012 et le Rejet Populaire
Le « dialogue » était à l’initiative des autorités, pas des habitants, qui ont été conviés sous la pression du mouvement. Le 19 novembre 2012, un protocole a été présenté par les autorités, mues par une seule motivation : faire cesser les manifestations. La société allait débourser 2 millions de centimes pour les transports scolaires et construire 300 mètres pour un canal d’irrigation. 50 postes d’ouvriers seraient à pourvoir et il y avait un projet de ravalement de la Casbah d’Imider, pour en faire un centre d’artisanat local, projet qui a échoué dernièrement. Cet accord a échoué car la population était contre, jugeant que ce protocole ne correspondait pas aux revendications, et une pétition a recueilli environ 2000 signatures d’adultes. Il y a eu un accord passé entre les autorités et des personnes choisies par les autorités qui n’appartenaient pas à la commission de dialogue et n’avaient pas été mandatées par la communauté.
Le Bilan de 50 Ans d'Exploitation
Le bilan de ce que l'entreprise a apporté en 50 ans se résume à une salle d’études, un bus scolaire Tinghir/Imider (car il n’y a pas de lycée secondaire à Imider), et 150 cartables lors d’une rentrée scolaire, des contributions minimes face aux richesses extractées et aux dommages causés. Le roi lui-même a déclaré dans un discours dernièrement : « Le projet de développement social au Maroc a complètement échoué », une affirmation qui résonne particulièrement à Imider.
Une Lutte Ancrée dans un Contexte Plus Large
La lutte d'Imider n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans un contexte plus large de mouvements sociaux et de questions identitaires au Maroc et au-delà.
La Question Identitaire Amazighe et la Spoliation des Richesses
À la racine de nombreux mouvements sociaux, il y a des problèmes communs comme la spoliation des richesses naturelles et l’exclusion, où l'accès aux richesses est interdit aux populations. Dans le cas d’Imider, les Amazighs sont marginalisés par l’État arabe central, qui ne les a pas reconnus pendant des années. Il y a la question environnementale, où la pollution n’est pas propre à Imider ; la terre du Rif a été polluée au gaz moutarde pendant la guerre chimique, tout comme à Imider il y a infiltration de matières chimiques dans l’eau et la terre. La question identitaire se pose pour les peuples du Sud, comme elle se pose pour les peuples du Nord, car un État central se construit au détriment des peuples. Une des techniques des pouvoirs centraux est de mettre à l’écart les peuples autochtones pour qu’ils ne puissent pas cristalliser leurs revendications. La politique coloniale repose sur le principe de la séparation des peuples d’avec leurs terres, par le capitalisme et la domination des territoires à leur guise. Cette mine d’Imider est stratégique pour l’État ; aucun de ses responsables ne veut répondre aux habitants, car ils ne veulent pas voir fleurir mille Imider. C’est une mine dans une région marginalisée du sud-est, connue de par ses tribus, les Aït Atta, leur pouvoir économique, politique, leur territoire et leur organisation. Depuis le début de la mine, il y a eu des soulèvements qui contreviennent à l’agenda politique dans la région.
Convergences et Divergences avec d'Autres Mouvements Sociaux
En 2011, il y a eu l’émergence du mouvement du 20 février, qui a pris contact avec Imider. Ils voulaient que la communauté intègre leur mouvement, et il y a eu un an de dialogue. Au terme des discussions, le mouvement d’Imider a refusé d’intégrer le mouvement du 20 février, car le projet de nouvelle Constitution n’abordait pas la question de la spoliation de la terre et les revendications d'Imider allaient beaucoup plus loin que les propositions de ce mouvement. Les attentes de la communauté ne peuvent pas être diluées dans de simples réformes. Les débats ne sont pas restés circonscrits au mouvement du 20 février, et des débats sont menés ailleurs. La question des prisonniers politiques a été un point commun entre plusieurs foyers de luttes. Sur la question de la terre, une conférence a été organisée à Imider en avril 2017, à laquelle ont participé les Ouled Sbita de Salé, les Guich de Rabat, et un représentant du Rif et les luttes au sud-est. Au niveau des terres, il était important que la communauté soit présente à la réunion de préparation de la marche du 25 novembre. La coordination est née deux semaines avant la marche, mais l’essentiel des revendications a tourné autour du Souss. Des contacts ont également été établis avec des peuples autochtones des États-Unis d’Amérique. Omar Moujane s'est rendu dans le bassin minier en Tunisie l’année passée et a participé à une caravane pour l’environnement qui est passée à Gafsa (bassin minier du phosphate), Jemna (l’oasis occupée où les agriculteurs ont créé une coopérative de dattes) et Gabes, où se pose la question des déchets du phosphogypse. Des Bretons, dont un peintre qui a laissé des traces palpables à Imider, ont également visité le site. Certains syndicats, comme la CDT, ont signé un protocole avec la SMI dont un article dispose que l’emploi est réservé aux fils des ouvriers, lesquels viennent d’ailleurs pour une partie d’entre eux, excluant la population locale.
La Vision d'un Mouvement Autonome et Radical
Les manifestants ont un discours radical et une organisation sérieuse, avec la force d’être un collectif. Le discours de ce mouvement est arrivé au moment où le Maroc connaissait une crise, la même crise qu’au niveau régional. Le pouvoir a dû être souple avec les habitants, d’autant qu’il avait d’autres problèmes, partout en même temps. Il s’est acharné sur le mouvement de 2011 et n’a pas donné trop d’importance à Imider, se contentant de le regarder de loin au début. Les arrestations n’étaient là que pour signifier que la communauté était sous contrôle. Et en dépit des facteurs adverses du type l’usure du temps, l’émigration, la contre-politique, le mouvement contrôle tout, y compris physiquement, depuis la montagne d'où la mine est visible. Les divisions, il n’y en a pas à Imider ; il y a des divergences que tout un chacun est libre d’exprimer. Sept ans après le début de leur cheminement, il est important de construire une conscience politique, car les générations passent et la détermination des nouveaux est intacte. La question qui se pose est : « À qui allons-nous adresser nos revendications ? ». D’autre part, la question politique se pose d’autant plus qu’il y a une faillite des organisations traditionnelles (syndicats, partis, associations) et l’émergence de mouvements sociaux. La question est celle de l’affrontement d’un mouvement social/politique avec les autorités.