L’escalade, souvent perçue comme un sport exigeant et exclusif, a progressivement élargi son horizon pour devenir une activité accessible à tous. De plus, le handicap, qu’il soit physique ou mental, peut souvent créer des barrières à la participation à des activités sportives. Cependant, grâce à des initiatives telles que celles des salles d’escalade Climb Up, ces barrières sont progressivement démolies. En effet, ces établissements ont développé des programmes et des installations spécifiques pour accueillir les grimpeurs de tous niveaux de capacités. Aussi, chaque structure a en son sein, au moins un moniteur APA (Activités Physiques pour Tous) formé dans la gestion de la pratique de l’escalade pour des grimpeurs en situation de handicap.

Au-delà des installations physiques, les salles d’escalade Climb Up favorisent une culture de l’inclusion et du soutien mutuel. Les salles d’escalade accueillent de nombreux groupes, centres, personnes en situation de handicap en même temps que les clients habituels. Cela permet de créer des liens et de promouvoir l’estime de soi. L’escalade est une pratique et un sport consistant à progresser le long d’une paroi pour atteindre le haut d’un relief ou d’une structure artificielle par un cheminement appelé voie, avec ou sans aide de matériel. Depuis de nombreuses années, l’escalade est pratiquée en falaise, en montagne, sur des blocs ou sur des SAE (Structures Artificielles d’Escalade) par des personnes atteintes d’handicaps physiques, mentaux ou sensoriels.
La Para-Escalade : Une Discipline en Pleine Expansion
La para-escalade permet le plaisir d’une nouvelle gestuelle et d’une activité physique très complète où de nombreux handicaps peuvent être compensés ; on y développe la maîtrise de soi, avec souvent des conséquences positives sur l’approche de nombreux obstacles de la vie quotidienne. La para-escalade permet aujourd’hui des pratiques variées pour de nombreux handicaps. Les mêmes règles de sécurité de base que pour les valides doivent être respectées : vérification de l’adaptation du baudrier, de l’encordement et de l’assurage, parade au pied des voies, surveillance de l’environnement en milieu naturel.
En compétition, l’escalade est habituellement pratiquée sous trois formats différents : le bloc, la vitesse et la difficulté. Pour les non ou mal-voyants, il convient d'ajouter des repères tactiles de proximité de points d’assurage ou de prises ; en SAE utiliser des prises de couleurs très voyantes ; sinon guidage oral par l’assureur ou un grimpeur à proximité. Le para-escalade se pratique en loisir ou en compétition au sein des clubs de la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade. Les athlètes portent un masque opaque et sont accompagnés par un guide dans l'aire de compétition. Ils utilisent un moyen de communication portatif pour communiquer entre eux. Le port d'une prothèse est laissé au libre choix de l'athlète. Dans cette catégorie, l'utilisation d'une prothèse est interdite pour les athlètes avec une force et une mobilité limitée.
Le handi-escalade, ou handi-grimpe (« paraclimbing » en anglais) est un sport pour toute personne affectée par un handicap. La première compétition internationale de handi-escalade fut organisée en France en 2003. Dans les années qui suivirent, le handi-escalade a gagné en popularité et les premiers championnats du monde furent organisés à Arco par la fédération internationale d’escalade, l’IFSC. En 2016, l’IFSC a obtenu le statut de « Fédération reconnue » par le Comité international paralympique. L’escalade handisport sera au programme des Jeux paralympiques de Los Angeles 2028 !
Défis Techniques et Équité en Compétition
En termes d’escalade en extérieur, certaines performances remarquables méritent d’être mentionnées ; tel que des premières allant jusqu’au 8b/8b+ pour le grimpeur allemand amputé d’une jambe Thomas Meier ou encore la répétition de « Old Man of Hoy » (137 m d’escalade traditionnelle) par Jesse Dufton, un grimpeur britannique malvoyant. En compétition, l’escalade est habituellement pratiquée sous trois formats différents : le bloc, la vitesse et la difficulté (les voies). Ces dernières années, pour des raisons pratiques essentiellement, c’est la difficulté qui a été le format de choix pour le handi-escalade et il n’y a pas eu de compétition handi-escalade de bloc ou de vitesse.
En handi-escalade, les compétitions de difficulté se font en moulinette, c’est-à-dire assuré du haut (la chute en tête pouvant s’avérer problématique pour certaines catégories). Dans le cas assez fréquent ou les voies sont déversantes, deux cordes sont alors utilisées pour sécuriser le/la grimpeur/se. L’une des cordes est une moulinette classique au sommet de la voie tandis qu’une deuxième corde, généralement mousquetonnée dans une dégaine vers le bas de la voie empêche un pendule en cas de chute. Dans l’optique de rendre la compétition aussi équitable que possible, les athlètes concourent dans des catégories spécifiques à leur handicap, pour que, par exemple, une personne non-voyante ne soit pas en compétition avec une personne en fauteuil.

Dans les compétitions internationales, le classement est -comme pour les valides- établi en fonction de la hauteur atteinte dans la voie et l’escalade se fait dans des voies qui sont inconnues des grimpeurs. Dans le cas d’une égalité, c’est le classement du tour précédent qui les départage. Lors d’une finale, on utiliserait alors le résultat des qualifications. Dans le cas où ceci ne permettrait toujours pas de les départager, ce serait alors le temps mis pour atteindre leur ultime prise qui serait utilisé. Les grimpeurs malvoyants utilisent un guide avec qui ils font la lecture de la voie et qui leur donne des instructions lors de l’escalade depuis le sol ; un système de micro et oreillette peut être utilisé. Les amputés jambe ont le choix de l’utilisation d’une prothèse ou non ; ce n’est pas le cas des amputés bras pour lesquels l’utilisation d’une prothèse n’est pas permise.
Parcours de Résilience : L’Hémiplégie et l’Ascension
Suite à un accident vasculaire cérébral (AVC), Marc Brogniez, 56 ans, a perdu le contrôle des fonctions motrices de son bras et de sa jambe gauches. Soutenu par ses amis et sa famille, il s’est lancé le défi de se hisser en haut de la Butte du Lion. Sous les encouragements et les applaudissements de sa famille et de ses anciens collègues, Marc Brogniez a relevé le défi en franchissant la dernière marche lors de son ascension de la Butte du Lion de Waterloo. « Je suis soulagé et fier d’être arrivé au sommet », raconte Marc à bout de souffle. « Après mon accident, j’ai perdu énormément d’autonomie. Je ne sais toujours pas m’habiller, ni mettre des chaussures sans l’aide de ma femme, Caroline. Ce défi me tenait à cœur. »
Victime d’un accident vasculaire cérébral, Marc souffre aujourd’hui d’hémiplégie gauche. Pourtant de nature indépendante, il se retrouve soudainement incapable de se mouvoir de matière autonome. « Mon quotidien est bouleversé. Je ne peux plus conduire. Après une séance de rééducation le matin, je passe l’après-midi devant la télévision ou l’ordinateur. Le moral n’est jamais bon », explique Marc. « En se fixant l’objectif de franchir 226 marches, Marc a fait des progrès exceptionnels en peu de temps. Vu la sévérité de son état, il n’aurait pas été capable d’un tel effort sans la volonté de réussir à tout prix ce défi », explique Patrick Ligi, son kinésithérapeute.

Rencontre avec Gaëlle Edon, hémiplégique, sportive de haut niveau et alpiniste. Le 15 décembre 2012, la vie de Gaëlle Edon est bouleversée. Une partie d’un télésiège s’effondre sur elle. Hémorragie cérébrale. Elle réchappe de l’accident mais devient hémiplégique : la moitié gauche de son corps est paralysée. Un bras, une jambe, et quasiment un œil en moins. Je porte une béquille pour marcher, et en montagne, il a fallu l’adapter, car il est vraiment nécessaire de disposer d’un piolet dans de nombreuses situations. J’ai donc intégré un piolet sous l’appui de l’avant-bras. Cela me demande beaucoup de concentration, de mental. Il me faut un maximum d’adaptation pour compenser mon handicap, et malgré cela, il y a certains sports que je ne peux plus pratiquer, comme l’escalade : les bras et épaules ne sont pas fonctionnels, ça ne passe pas dans les parois ultra-raides.
« J’entends souvent : "ça, tu ne peux pas le faire" ». J’ai envie de prouver le contraire, et tenter de faire la même chose qu’avant mon accident, ce qui conduit parfois à me mettre en danger. Mais je me dis qu’au pire, si je n’y arrive pas, j’aurais essayé. Je montre que malgré le handicap je peux vivre ma vie à 100%. Il faut savoir rebondir, profiter de la vie, ne pas attendre. J’ai un fort caractère, je n’ai pas envie qu’on m’assiste ! Je suis dans mon élément. La montagne me permet de m’évader, et m’y rendre est une revanche sur la vie. En parallèle à ses projets en montagne, Gaëlle mène de front plusieurs activités : La Pelle Tenace est un projet handi-aviron permettant aux personnes hémiplégiques de pratiquer l'aviron. Le système ? Grâce à un mécanisme qui lie deux pelles, le rameur ou la rameuse peut ramer avec ses pelles qui finalement n'en forment plus qu'une. « Nous développons ce système pour toucher le maximum de personnes : cancers du sein, amputés, paralysés, explique Gaëlle. Il faut leur donner de l'autonomie dans leur pratique ! »
L’Inspiration au-delà de la Différence
Rencontrez JC, une source infatigable d’inspiration et de détermination. Deux fois par semaine, il gravit ces parois avec une force qui transcende la simple passion pour l’escalade. En effet, atteint d’une maladie musculaire, JC défie les limites de son corps à chaque ascension. Chaque mouvement est une déclaration de résilience, une réponse audacieuse à un défi quotidien. Dans cette interview émotionnelle, JC partage son parcours unique, illuminant l’esprit conquérant qui l’anime. Ses mots résonnent bien au-delà de ces murs d’escalade, touchant tous ceux qui luttent contre l’adversité. En regardant JC grimper, nous sommes témoins d’une transformation physique et mentale. Chaque mouvement raconte une histoire de courage, de résistance et de foi en soi. L’escalade offre une multitude de bienfaits pour la santé physique et mentale. Et cette activité peut être particulièrement bénéfique pour les personnes en situation de handicap. En plus de renforcer la musculature et d’améliorer la coordination, l’escalade stimule la confiance en soi et favorise un sentiment d’accomplissement.
Aventurière de l’année National Geographic née sans avant-bras gauche, Maureen Beck s’investit pour que son sport atteigne de nouveaux sommets. Après avoir achevé ses études dans le Vermont en 2009, Maureen Beck, surnommée « Mo », s’est mise à l’escalade sur glace. Elle a grandi avec ses trois frères au sein d’une famille amoureuse du grand air, dans une petite ville située en périphérie du parc national d’Acadia. Ses parents l’ont traitée de la même façon que ses frères et Maureen a appris à trouver des solutions pour remplacer sa main, comme scotcher la pagaie à sa prothèse pour aller faire du canoë.

Lorsqu’un entraîneur, un animateur ou un professeur de sport lui disait : « Il vaudrait peut-être mieux que tu passes ton tour pour cette fois », elle répliquait : « Vous pensez que je ne peux pas le faire ? Regardez. » Maureen Beck a remporté la compétition par le simple fait d’être venue et d’avoir fait de l’escalade. Ce n’était pas ce dont elle rêvait, mais Maureen s’est sentie pousser des ailes : la médaille l’a qualifiée pour participer aux championnats du monde, en Espagne. À Madrid, son premier voyage hors des États-Unis, la grimpeuse est devenue la première Américaine à remporter les Championnats du monde d’handi-escalade de la Fédération internationale d’escalade (IFSC). Depuis, Maureen fait régulièrement de l’escalade avec ses camarades athlètes handicapés.
Maureen Beck veut bien évidemment continuer de repousser les limites de ce qui est considéré comme possible pour les grimpeurs handicapés en extérieur. À ce jour, la voie d’escalade la plus compliquée qu’elle ait eu à grimper était notée 5.12a selon le Yosemite Decimal System, un niveau de difficulté inaccessible à la plupart des grimpeurs, qu’ils soient handicapés ou non. Maureen fut la première femme avec un membre supérieur en moins à gravir cette voie, une quête qui a fait l’objet d’un documentaire, intitulé Stumped. La jeune femme a actuellement en vue l’Archangel. Cette voie, notée 5.12c, suit un angle orienté vers l’intérieur qui s’étend sur environ 30 m au-dessus de la paroi d’un canyon en périphérie de Boulder. « J’ignore quelle est la véritable limite », dit-elle au sujet de ce qui est possible pour les grimpeurs handicapés. L’escalade, c’est l’art de se déplacer dans un plan plus ou moins vertical à la seule force de son corps. L'escalade permet le plaisir d’une nouvelle gestuelle et d’une activité physique très complète où de nombreux handicaps peuvent être compensés ; on y développe la maîtrise de soi, avec souvent des conséquences positives sur l’approche de nombreux obstacles de la vie quotidienne.
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