L'escalade sur glace, par la variété des reliefs qu'elle possède, colonnes, bossettes, méduses, bulles, ainsi que par la métamorphose constante de sa structure, apporte à la pratique de l'escalade glaciaire une fantaisie et une richesse nouvelles. Bien plus que les glaciers, les couloirs et les goulottes, cette discipline exige une approche rigoureuse. La cascade de glace ne doit pas être abordée avec le même état d'esprit que l'escalade en falaise. On est loin du terrain aseptisé. Même si la plupart des sites sont situés en moyenne montagne, il s'agit de terrains d'aventures en condition hivernale avec beaucoup d'aléas quant aux risques d'avalanches, qu'il faut bien appréhender, à l'isolement, aux accès longs, aux descentes hypothétiques et à la qualité de la glace qui peut changer d'heure en heure.

La préparation et l'estimation des capacités
La verticalité, l'engagement, le côté aléatoire des protections ainsi que l'aspect changeant de la matière, font de la cascade de glace une activité sérieuse et particulière. Pour que l'activité que vous planifiez réussisse, il est important qu'elle s'adapte à votre niveau, tant physique que technique. L'estimation de ses capacités personnelles et de sa technique est le premier pilier de la sécurité.
- Niveau 1 : Peu ou rien d’expérience en techniques d’escalade et alpinisme. Forte expérience, par contre, en montagne au niveau de randonnées et ascensions. Capable de marcher sans problèmes sur des terrains variés avec des petites escalades simples.
- Niveau 2 : Expérience limitée en haute montagne et alpinisme. Quelques ascensions en utilisant le piolet et les crampons sur des terrains escarpés accomplies. Légères notions d'escalade et de progression sur crêtes.
- Niveau 3 : Pratique habituellement de l'alpinisme. Ascensions fréquentes avec l’utilisation des piolets et des crampons sur terrain escarpé, usage de corde et assurage, progression sur glaciers.
- Niveau 4 : Grande expérience en haute montagne. Ascensions alpines et escalades classiques. Expertise dans l’utilisation des crampons et des piolets sur des pentes de glace ou de neige de plus de 60º.
- Niveau 5 : Vaste expertise en haute montagne. Ascensions alpines sur des terrains mixtes. Expertise dans l’utilisation des crampons et des piolets sur des pentes de glace ou de neige de plus de 80º.
L'équipement technique : piolets et crampons
Pour évoluer en montagne, en haute montagne ou sur les pentes glacées en hiver, des crampons et un piolet sont indispensables. Hautement techniques, légers et solides, nos crampons conviennent à toutes les utilisations classiques grâce à leur système de fixation innovant allié à une grande modularité des pièces détachées. Avec des crampons modulables, on peut facilement et rapidement passer d'une fixation à lanières à une fixation semi-automatique ou une fixation automatique et ainsi les adapter à différents modèles de chaussures.
Les piolets pour le dry-tooling, l'escalade mixte et l'escalade glaciaire ont de tout autres défis à relever. En effet, leur utilisation va bien au-delà du simple accessoire, comme c'est le cas pour les piolets classiques dont on se sert pour traverser des étendues de neige et des glaciers. Ils sont quasiment le prolongement des mains et constituent un outil essentiel, qui joue un rôle central dans la progression.
Alpinisme et escalade : 1. Positionnement du piolet | Conseils techniques d'escalade
La gestion de la progression et des protections
La difficulté première dans la progression est la gestion des points de protection. Mettre la bonne broche au bon endroit, ne pas attendre d'être en difficulté ou sur une glace pourrie pour se protéger. Même dans les endroits faciles, ne pas hésiter à brocher pour assurer sa protection. Penser à protéger les traversées pour sécuriser l'escalade du second de cordée, rappelez vous que la moindre glissade avec crampons aux pieds peut vite devenir dangereuse.
- Le relais : Bétonner les relais (minimum deux bonnes broches), les décaler par rapport à l'axe de progression de la longueur suivante pour ne pas se faire lapider par les glaçons du leader. Ne jamais faire de relais sur les piolets. Aux relais relier les broches entre elles (relais multi directionnel) et assurer directement son leader sur soi. Ne pas utiliser le relais comme point de renvoi. Préférer une broche juste au-dessus avec un absorbeur de choc.
- La corde : On est en terrain d'aventure et l'on doit mousquetonner qu'un brin de corde en alternance dans chaque dégaine (sauf pour les cordes jumelées). Ceci permet de diminuer la force de choc donc de moins vous faire sécher en cas de vol, de moins solliciter les broches à l'arrachement et d'éviter le tirage.
- L'anticipation : Anticiper les protections (point de renvoi au départ du relais), préparer son matériel au pied de la longueur en conséquence, l'organiser chronologiquement sur son porte matériel.
Risques, environnement et sécurité
Une cascade est formée sous un bassin d'écoulement des eaux, c'est également le bassin d'écoulement des avalanches. Attention au soleil qui peut taper sur les pentes supérieures de la cascade durant la journée et faire partir des coulées de neige. Il faut toujours prévoir une très grande autonomie. Le portable qui ne passe pas, les batteries qui sont à plat avec le froid… l'hiver tout prend une autre dimension.
La fuite en avant en glace est à proscrire. En montagne vous ne volez pas, il en est de même en glace. Lorsque vous grimpez en glace vous avez des piolets aux mains qui piquent, des crampons acérés aux pieds, des broches très pointues autour du corps, ce sont de précieux alliés qui peuvent se retourner contre vous en cas de chute. En cas de dévissage, toujours suspecter un traumatisme de la colonne, de la tête, des hémorragies internes ou externes.

Randonnée hivernale et dispositifs légers
Au cours de mes randonnées, il m’est arrivé de voir des marcheurs largement sous-équipés pour arpenter des terrains parfois techniques. Pourtant, il existe des dispositifs simples et pratiques pour assurer son accroche sur de la neige dure, de la boue et d’autres surfaces glissantes : les crampons de randonnée. Ce dispositif, comme le SPIDERPICK, s’enfile entièrement sur la chaussure comme une chaîne à neige et peut s’utiliser avec des chaussures assez souples.
Il est impératif de garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle pour ne jamais glisser. Ils sont réservés à des pentes relativement douces de par leur conception. Le matériel ne fait pas tout ! Il ne faut pas qu’ils vous incitent à prendre plus de risques que ce que vous acceptez de prendre habituellement. La première utilité de ces systèmes antidérapants est de pouvoir marcher sur de la neige dure et tassée, ainsi que sur des surfaces verglacées.
L'art de renoncer et la gestion des aléas
Savoir renoncer, c'est l'essence même de l'alpinisme. Changer d'objectif s'il y a d'autres cordées engagées sur le même itinéraire ou bien se décaler. Exemple : un glaçon de 50 cm qui chute de 100 m peut balayer le pied de la cascade sur 30 m. Lors des approches exposées, ne pas hésiter à chausser les crampons dans des zones où la glace apparaît ou lorsque la neige est dure. Pour s'équiper, se décaler du pied de la cascade et se mettre à l'abri.
La difficulté donnée dans les topos est simplement une idée approximative, mais elle peut prendre ou perdre un degré en fonction de la qualité de la glace. Le meilleur moment pour grimper se situe lors d'un réchauffement ambiant modéré car celui-ci donne à la glace une plus grande plasticité et un meilleur amorti des ondes de choc. En cascade, il faut rester humble. L'hiver les journées sont très courtes et un rappel gelé, les amarrages que l'on s'exténue à chercher sous la neige, risquent de nous obliger à un bivouac des plus inconfortables. Ayez toujours sur vous les numéros des secours locaux et vérifiez que votre portable passe.