Le Lierre : Symbole Universel et Plante aux Multiples Vertus

Le lierre, cette plante grimpante omniprésente dans nos paysages, a traversé les âges, imprégnant l'histoire, la mythologie, la médecine et même l'art de la typographie. Son nom latin, Hedera, déjà utilisé par Virgile et Pline, dérive du grec hédra signifiant « être assis », une référence à l'adhérence de ses racines, ou du latin haerere, « s’attacher ». Cette capacité à s'accrocher aux supports, qu'il s'agisse d'arbres, de rochers ou de murs, a façonné sa symbolique et son usage au fil des siècles.

Lierre s'accrochant à un mur en pierre ancien

Une Présence Ancienne et Symbolique

Dès l'Antiquité, le lierre est évoqué par de nombreux auteurs. En Égypte ancienne, il est consacré à Osiris, dieu de la fertilité et souverain du royaume des morts, soulignant déjà une dualité entre la vie et la mort, la croissance et le cycle éternel. Dans la mythologie grecque et romaine, le lierre, aux côtés de la vigne, est l'attribut des dieux du vin, Dionysos et Bacchus. Cette association évoque la fête, l'extase, mais aussi la nature sauvage et indomptée. Le motif du lierre se retrouve encore fréquemment dans la symbolique des premiers chrétiens, où il peut représenter l'immortalité, la fidélité ou encore la résurrection, puis orne les cathédrales du Moyen Âge, témoignant de sa permanence dans l'imaginaire collectif.

Le nom commun « lierre » lui-même est le fruit d'une évolution linguistique. On le trouve sous des formes anciennes telles que eyre, yere, heire, edre, iedre, hierre, avant que la fusion de l'article défini « l' » avec le mot ne donne naissance à « lierre ». Il est intéressant de noter que si le lierre est un mot féminin dans la plupart des langues romanes, conformément au latin, le français fait exception en l'employant également au masculin, bien que le féminin soit prédominant.

Botanique et Cycle de Vie du Lierre

Botaniquement, le nom grec helix, signifiant « en hélice », est une appellation erronée, car le lierre ne forme pas de vrilles et ne s'enroule pas autour d'un support comme le font d'autres plantes grimpantes. Il s'ancre exclusivement grâce à ses racines adventives, de véritables crampons racinaires qui lui permettent de s'élever jusqu'à 20 mètres de hauteur. Loin d'être un parasite, le lierre peut vivre en symbiose avec son support. Les arbres qui succombent sous son poids sont généralement déjà malades ou affaiblis. Au contraire, le lierre peut protéger les arbres sains des intempéries, agissant comme un isolant thermique contre le gel et la chaleur excessive.

Gros plan sur les racines adventives du lierre s'accrochant à un tronc d'arbre

La plante se caractérise par des tiges rondes et ramifiées portant des feuilles vert foncé, généralement à trois à cinq lobes. Ces feuilles, charnues, aux nervures claires et au dessus brillant, sont dites hiémales, c'est-à-dire persistantes en hiver. Le lierre ne fleurit que s'il pousse dans un endroit chaud et protégé et si la plante a atteint l'âge de 8 à 10 ans. À l'automne, les rameaux supérieurs se parent d'ombelles verdâtres et discrètes, qui, au printemps, donnent naissance à des baies toxiques, d'abord vertes, puis bleu-noir. Un phénomène notable est le dimorphisme des feuilles sur les rameaux floraux : elles changent de forme, devenant ovales ou lancéolées et unies. La reproduction du lierre se fait principalement par multiplication végétative. Il apprécie les forêts de feuillus pas trop denses, les rochers et les murs ensoleillés, et prospère jusqu'à une altitude de 1800 mètres, occupant une large aire de répartition dans l'ouest, le centre et le sud de l'Europe, ainsi que dans le sud-ouest asiatique.

Le Lierre dans la Médecine Traditionnelle

L'usage médicinal du lierre est ancien et répandu. Il est qualifié d'« herbe à cautère », un terme qui remonte au grec ancien kaiein, « brûler ». Au XIIIe siècle, le cautère désignait un instrument chirurgical chauffé pour brûler les tissus afin d'éliminer les parties malades. Par extension, le terme a fini par désigner la plaie résultant de cette application, puis le cataplasme cicatrisant. Le lierre est reconnu pour ses propriétés analgésiques, antispasmodiques et emménagogues (favorisant les règles).

Lierre terrestre: bronchite, sinusite, otite

Un exemple d'usage externe concerne les feuilles de lierre grimpant macérées dans du vinaigre. Après macération, les feuilles sont fragmentées et appliquées en cataplasme pour traiter des affections cutanées, potentiellement des brûlures ou des lésions. Pour les règles difficiles, une décoction de lierre peut être utilisée.

Dans le domaine des soins capillaires, une décoction de feuilles de lierre grimpant (50g pour 1 litre d'eau, bouilli 10 minutes) est employée comme shampooing liquide. Bien qu'il ne mousse pas, ce shampooing, riche en saponines, nettoie en douceur le cuir chevelu. L'application consiste à mouiller les cheveux, verser la décoction en frictionnant le cuir chevelu, laisser poser puis rincer.

Il est crucial de rappeler que les baies du lierre sont toxiques et ne doivent jamais être utilisées.

Le Lierre dans l'Art de la Typographie et la Conception de Polices

Le lierre, par son nom et sa nature même, trouve des échos dans des domaines aussi variés que la conception de caractères typographiques. Dans le logiciel Glyphs, l'« affichage Édition » est l'espace de travail principal pour dessiner et tester des glyphes. Cet espace permet de saisir du texte afin d'éditer les glyphes dans le contexte de mots, une fonctionnalité clé pour ajuster l'apparence d'une police.

La gestion des mesures verticales dans la conception de polices est un aspect technique complexe, impliquant plusieurs ensembles de valeurs : hhea, typo (ou sTypo, OS/2) et win (usWin). Ces valeurs déterminent la position de la première ligne de texte, l'espacement entre les lignes et la hauteur globale d'une ligne.

  • Table hhea : Utilisée par les systèmes Mac et iOS pour le rendu, elle comprend trois valeurs de mesures verticales.
  • Table OS/2 : Ces valeurs, parfois appelées sTypo ou typo, sont similaires à celles de hhea mais offrent plus de flexibilité. Les logiciels de mise en page comme XPress et InDesign utilisent typoAscender et typoDescender pour déterminer le décalage de la première ligne de pied et la taille minimale d'une boîte texte.
  • Table win : Les valeurs winAscent et winDescent sont cruciales pour la compatibilité avec Windows. Il est recommandé que l'espace défini par winAscent et winDescent englobe tous les glyphes de la police pour éviter qu'ils ne soient coupés, notamment par les anciens logiciels Windows.

Le paramètre « Use Typo Metrics » est essentiel. Lorsqu'il est coché, les applications modernes (à partir de Microsoft Office 2006) préfèrent les valeurs typo pour le positionnement vertical. Désactivé, elles utilisent les valeurs win. Une particularité à noter est que dans Microsoft Office, les valeurs underlinePosition et underlineThickness sont ignorées lorsque « Use Typo Metrics » est activé.

Plusieurs stratégies existent pour définir ces mesures verticales, dont les approches historiques « Adobe » et « Microsoft ».

  • Stratégie Adobe : Tend à utiliser de petites valeurs pour l'espace entre les lignes (lineGap). L'espace total entre typoAscender et typoDescender doit être équivalent à la valeur UPC (Units Per Em, généralement 1000). Elle offre une meilleure synchronisation entre les applications Mac et les logiciels de mise en page.
  • Stratégie Microsoft : Tend à utiliser de grandes valeurs pour l'espace entre les lignes. Elle vise une meilleure synchronisation d'affichage entre les applications Windows et Mac, et évite que les accents ne soient coupés sur Mac.

Les navigateurs web sur Mac utilisent par défaut les valeurs hhea pour le positionnement du texte, tandis que sur Windows, ils respectent le paramètre « Use Typo Metrics ». Firefox sur Mac est une exception, respectant également ce paramètre.

Des outils comme le « Vertical Metrics Tool » et le script « Report Highest and Lowest Glyphs » aident les concepteurs à visualiser et ajuster ces mesures verticales cruciales pour la qualité typographique.

Le Lierre et le Chèvrefeuille : Une Confusion Historique

Il est important de distinguer le lierre du chèvrefeuille, bien que des confusions aient existé par le passé. Des auteurs antiques comme Théophraste et Dioscoride évoquent des plantes nommées klumenon et periklumenon. Les descriptions fournies, notamment par Dioscoride, prêtent à confusion : une tige quadrangulaire, des feuilles semblables au plantain, des sommités courbées. Pour le periclymenum, Dioscoride mentionne des feuilles blanchâtres « en figure de lierre », des bourgeons contenant une graine semblable à celle du lierre, et une racine ronde et grosse. Il est précisé que cette plante « s’entortille à toutes les plantes qui lui sont proches ».

Fleurs de chèvrefeuille parfumées

Malgré ces descriptions, les botanistes modernes identifient le Lonicera periclymenum (chèvrefeuille des bois) comme potentiellement lié au periklumenon de Dioscoride. Cependant, Fournier explique que le terme periclymenum faisait référence à des feuilles soudées formant une petite cuvette retenant l'eau de pluie, caractéristique d'espèces du sud de l'Europe, et que Linné l'a malencontreusement appliqué au chèvrefeuille des bois, qui ne possède pas cette particularité.

Joseph Roques, il y a près de deux siècles, soulignait déjà la beauté et le parfum du chèvrefeuille, le considérant comme un remède par l'air pur et les émanations balsamiques de ses fleurs. Le docteur Edward Bach, lui aussi, a reconnu le charme du chèvrefeuille (honeysuckle en anglais), exploitant ses vertus dans son système d'élixirs floraux pour les personnes nostalgiques, trop attachées au passé. L'ogham Uilleand, associé au chèvrefeuille, symbolise également cette incapacité à rompre avec le passé et à faire confiance à l'avenir.

Le chèvrefeuille, plante grimpante à croissance rapide, s'enroule autour de ses supports, symbolisant ainsi un lien, une dépendance, voire une forme d'amour étouffant, de jalousie et de possessivité. C'est une image que l'on retrouve dans sa symbolique oghamique, parfois rapprochée de celle du lierre et de la vigne. Cependant, contrairement au lierre qui peut étouffer un arbre, le chèvrefeuille est davantage associé à une union, qu'elle soit contractuelle ou amoureuse.

Le sens d'enroulement des rameaux du chèvrefeuille, qui est lévogyre (vers la gauche), est interprété comme lié au Yin, au lunaire, à l'obscurité, contrastant avec le symbolisme dextrogyre de l'évolution. Le parfum enivrant du chèvrefeuille, utilisé en parfumerie, est également associé à la séduction. Historiquement, un bouquet de chèvrefeuille à la fenêtre d'une jeune fille signalait un amoureux, symbolisant un amour naissant, puis un amour plus sensuel. Le chèvrefeuille est aussi une fleur d'union dans la littérature médiévale, évoquant l'amour indéfectible de couples mythiques comme Tristan et Iseult, dont le tombeau est parfois orné d'un chèvrefeuille.

Il est rappelé que les baies de tous les chèvrefeuilles sont toxiques, bien que leurs propriétés émétiques puissent limiter l'intoxication grave chez l'homme, et potentiellement servir de stratagème de dissémination pour la plante chez les oiseaux.

Le Lierre, Symbole de Protection et de Persistance

Le lierre, par sa nature résiliente et sa capacité à persister à travers les saisons, incarne la force, la ténacité et la protection. Il est un rappel constant de la nature cyclique de la vie, de la mort et de la renaissance. Son intégration dans l'art, la médecine et la conception typographique témoigne de sa richesse symbolique et de son importance durable dans la culture humaine.

Vigne de lierre luxuriante couvrant un ancien mur de château

Le laboratoire Bioforce utilise un extrait d'alcool de pousses fraîches et non ligneuses de lierre en fleurs, cueilli à l'automne sur des plantes sauvages, pour ses préparations. L'usage en infusion est moins courant. La collecte est réalisée sur des spécimens sauvages, soulignant le lien entre la plante et son environnement naturel.

Le lierre est une plante fascinante, dont l'étude révèle des couches de signification, de l'antiquité à nos jours, de la botanique à la typographie, en passant par la phytothérapie. Sa présence dans nos vies, à la fois comme élément décoratif et comme source de bienfaits, continue de nous inspirer.

tags: #gyphes #word #lierre