
Henri Marchal, né à Saint-Mihiel en 1933, décédé le 13 septembre 2019 à l'âge de 86 ans, demeure à jamais une figure emblématique du patronat Sammiellois et un acteur majeur de la transformation du maraîchage français. Enfant de maraîchers, son parcours est celui d'un travailleur infatigable et innovant qui a voué sa vie à l'évolution de son métier. Son héritage se manifeste par des avancées technologiques, des structures de formation pérennes et une vision collective qui ont redéfini la production sous serre en France.
Les Racines d'une Vocation : Saint-Mihiel et les Débuts du Maraîchage Serriste
L'activité historique de maraîchage à Saint-Mihiel trouve ses origines dans la présence des troupes françaises avant 1914. C'est dans ce terreau fertile qu'Henri Marchal voit le jour au sein d'une famille de maraîchers. Cette immersion précoce dans le monde agricole façonne sa passion et son engagement. En 1954, il construit ses premières serres, marquant le début d'une carrière dédiée à l'innovation et au développement de techniques de production plus efficaces.
Les constructions de serre connaissent un puissant développement à Saint-Mihiel, et Henri Marchal est au cœur de cette dynamique. Son activité s'étend en 1967 à Maizey, puis en Provence, soulignant sa capacité à étendre son influence et ses méthodes à différentes régions de la France.
Un Pionnier de l'Innovation et un Infatigable Voyageur
Henri Marchal sera un infatigable voyageur de par le monde, toujours en quête d’innovations technologiques pour la serre. Cette curiosité insatiable le pousse à explorer les meilleures pratiques et les technologies les plus avancées, qu'il s'efforce ensuite d'adapter et d'intégrer dans le contexte français. Il n'était pas seulement un grand constructeur et un grand entrepreneur, mais aussi un leader, qui entraînera beaucoup d’autres professionnels dans son sillage. Sa capacité à inspirer et à mobiliser ses pairs a été un moteur essentiel de la modernisation du secteur.
Au début de son parcours, les serres ne sont pas chauffées et accueillent principalement des cultures de légumes feuilles. Cependant, le paysage agricole est en constante évolution, et Henri Marchal s'adapte avec agilité. Progressivement, les tomates et les concombres vont prendre le pas sur les laitues, notamment suite au choc pétrolier de 1973. Cet événement marque un tournant, poussant les maraîchers à valoriser l’ensemble du volume de la serre et à optimiser l'utilisation de l'énergie.

L'Engagement Institutionnel : De la Commission Serre au CTIFL
L'implication d'Henri Marchal ne se limite pas à sa propre entreprise. Dès 1970, il fonde et préside la commission serre, une initiative qui deviendra l'un des fers de lance de la FNPL (Fédération Nationale des Producteurs de Légumes). Son action collective aboutit en 1971 à la mise en place de l’aide aux serres par le Forma, avec le concours de Jacques Chirac, alors ministre de l’Agriculture. Cette aide est cruciale pour soutenir les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures.
Avec la FNPL, Henri Marchal contribue également à mettre en place en 1978 le cycle annuel de formation de serriste à Théza (Pyrénées Orientales). Ce programme de formation, qui formera en vingt ans quelque 600 entrepreneurs français, témoigne de sa vision à long terme pour le secteur. Il comprend que la réussite des investissements toujours plus lourds nécessite une main-d'œuvre qualifiée et des connaissances approfondies.
En 1977, il est élu président de l’INVUFLEC (Institut National de Vulgarisation des Fruits et Légumes). Son mandat est marqué par une contribution majeure à la fusion-absorption avec le CTIFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes), qu’il présidera de 1983 à 1995. Au sein du CTIFL, il œuvre notamment au déploiement de serres expérimentales sur les sites de Balendran et de Carquefou, renforçant ainsi la recherche et le développement dans le domaine. Henri Marchal a assumé la présidence du C.T.I.F.L., prouvant son engagement constant pour le progrès de la profession.
L'Ère de la Sophistication : Cultures Hors Sol et Lutte Intégrée
L'année 1978 voit un basculement significatif vers les cultures hors sol, une technique qui révolutionne la manière de produire. Dès lors, les techniques de production ne cessent de se sophistiquer : la serre exige des connaissances et des capacités de pilotage toujours plus fines. L'expérimentation et la formation des hommes deviennent désormais indispensables pour mener à la réussite des investissements de plus en plus importants.
Les années 1980 marquent l'émergence de la lutte intégrée, avec le début du recours aux prédateurs permettant de réduire, voire de supprimer la lutte chimique. Cette approche écologique et durable est une avancée majeure pour le maraîchage. La pollinisation par les bourdons se généralise également à la même époque, démontrant une recherche constante de solutions naturelles et efficaces pour améliorer les rendements et la qualité des produits.
La Transmission et la Poursuite de l'Innovation
En 1998, Henri Marchal transmet son affaire à ses trois enfants, Patrick, Sandrine et Lionel, assurant ainsi la pérennité de l'entreprise familiale. Malgré cette transmission, son esprit innovant ne s'éteint pas. La même année, il installe la cogénération à Saint-Martin-de-Crau, regrettant de ne pouvoir la faire tourner 12 mois sur 12 comme en Hollande. Ce regret souligne son engagement continu pour l'optimisation énergétique et sa volonté de toujours viser l'excellence, même face aux contraintes administratives. Il s'est d'ailleurs longuement impliqué dans les négociations collectives sur tous les dossiers relatifs au chauffage des serres, plaidant auprès d'EDF et des pouvoirs publics dans le cadre de la FNPL.
Chauffer la serre jusqu'à début mai et aux Saints de glaces ?
L'engagement d'Henri Marchal pour le collectif professionnel est également illustré par sa participation à la création du groupe Rougeline au début des années 1990. Né en Provence et désormais déployé sur toute la moitié Sud de l’hexagone, Rougeline est le fruit d'une collaboration entre des professionnels qui ont su se rapprocher malgré leurs différences et leur situation concurrentielle. Cette initiative met en lumière sa capacité à fédérer et à construire des alliances stratégiques pour le bien commun du secteur.
En 1999, il œuvre également à la première réunion de la commission mixte franco-espagnole, visant à sortir des blocages récurrents de camions espagnols sur le territoire français. Cette action démontre sa vision internationale et son engagement à faciliter les échanges commerciaux et à résoudre les défis transfrontaliers.
Un Engagement Citoyen et les Honneurs
Au-delà de son parcours professionnel, Henri Marchal a également eu une vie civique riche. Ancien combattant AFN en 1956, il a servi sa nation. Il a également été conseiller municipal de Saint-Mihiel de 1964 à 1971, participant activement à la vie de sa commune natale.
Les honneurs et distinctions jalonnent son parcours, témoignant de sa contribution exceptionnelle. Chevalier du mérite agricole en 1965, il est promu officier en 1976, puis commandeur en 2001. Il obtiendra la Légion d’honneur en 2011, la plus haute distinction française, reconnaissant une vie de dévouement et d'excellence.
Henri Marchal était hospitalisé depuis 2014 ; la famille a remercié sincèrement les médecins et le personnel du service EHPAD de Saint-Mihiel pour les soins prodigués. Ses obsèques ont été célébrées le mercredi 18 septembre en l’église Saint-Michel, à Saint-Mihiel.
La Dynamique Familiale et l'Héritage de l'Entreprise
En 1955, Henri Marchal épouse Denise Fillot, avec qui il aura trois enfants : Patrick, Sandrine et Lionel. Ces derniers leur donneront six petits-enfants, assurant la continuité de la lignée. La transmission de l'entreprise à ses enfants en 1998 souligne la volonté d'Henri Marchal de voir son œuvre perdurer à travers les générations.
Des modifications relatives aux personnes dirigeantes et non dirigeantes ont eu lieu. Le 29/09/2006, la SAS MARCHAL MARAICHERS SAS, représentée par MARCHAL Lionel, est devenue un nouvel associé. Plus tard, des changements dans la direction ont vu MARCHAL Lionel ne plus être président, et MARCHAL Patrick ne plus être membre du comité de direction, la Société Coopérative Agricole à capi "C.A.S.A.Y." STE COOPERATIVE AGRICOLE DES SERRISTES DE L'AUBE ET DE L'YONNE devenant présidente.
Il est important de noter qu'à partir du 31 juillet 2024, l'accès aux informations relatives aux bénéficiaires effectifs (RBE), jusqu'ici publiques, est restreint. Le score de souveraineté d'une entreprise, qui représente sa dépendance vis-à-vis de l'ensemble de ses partenaires, est un indicateur clé de sa résilience et de son autonomie.

Henri Marchal : L'Ouvrier Bûcheron et le Résistant
Il est également intéressant de noter qu'Henri Marchal exerçait le métier d'ouvrier bûcheron. Un élément de son passé, mentionné dans l'édition 2006-2024 du Maitron en ligne, qualifiée de « patrimoniale », indique que le 6 juin 1944, à l’annonce du débarquement en Normandie, les maquisards de Corcieux se lancèrent à l’attaque contre l’occupant. Le combat fut inégal et l’échec était prévisible, mais le but recherché, qui était de créer dans les Vosges un abcès de fixation des troupes occupantes, fut atteint. Des maquisards le payèrent de leur vie. Ces informations, bien que publiées avec un nécessaire recul en raison de potentielles erreurs factuelles, offrent un aperçu d'une période historique et d'un engagement potentiel qui aurait pu marquer la jeunesse d'Henri Marchal.
La vie d'Henri Marchal est un témoignage éloquent de la persévérance, de l'innovation et de l'engagement au service d'une profession. Son impact durable sur le monde du maraîchage français est indéniable, et son parcours de serriste, de Saint-Mihiel dans la Meuse au Sud-Est, à Saint-Martin-de-Crau et à Pierrelatte, a laissé une empreinte indélébile sur l'agriculture moderne.
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