Stratégies et méthodes de récolte des fourrages : Optimiser la qualité et la conservation

Tous les élevages de ruminants sont différents, mais tous les éleveurs partagent le même souci : réussir leur récolte des fourrages. Pour nourrir et engraisser vos bêtes, ou pour en vendre, il est essentiel d’assurer sur cette étape cruciale du cycle de l’élevage. Mais les années se suivent et ne se ressemblent pas. Entre le matériel, le timing, les surfaces et espèces à récolter, et les aléas climatiques, difficile de jouer sur tous les tableaux. La France compte 11,5 millions d’hectares de prairie sur son territoire, dont 42 % de cette surface fourragère est fauchée pour être stockée. Ce guide détaille les mécanismes pour une récolte performante, de la préparation du couvert végétal jusqu’à la gestion de la fermentation.

Schéma illustrant le cycle de récolte des fourrages : fauche, séchage, pressage et stockage

Préparation du terrain et choix des espèces

Avant de penser à la qualité de la récolte, il faut préparer le terrain. Sans mauvais jeu de mots, le choix des espèces à implanter pour produire vos fourrages doit d’abord se faire en tenant compte non pas de ce que fait votre voisin, mais selon vos besoins. Fourrage pour l’entretien ? L’engraissement ? Il faut s’assurer de leur adaptabilité aux conditions pédoclimatiques. Les disparités régionales existent, mais aussi sur un même territoire de moins de 10 km².

Les graminées sont les reines de la croissance rapide et sont solides. Elles acceptent une grande variété de conditions environnementales et climatiques et sont souvent plus appétentes à un stade peu avancé d’épiaison. Parmi les plus connues : la fétuque, le ray-grass anglais ou italien (souvent semé en pur), le dactyle, ou la fléole, mais aussi la houlque laineuse.

Les légumineuses prairiales, comme la luzerne et le trèfle violet, possèdent un atout majeur : leur richesse en protéines. C’est évidemment un avantage pour le sol, qu’elles fertilisent naturellement. Toutefois, l’institut Arvalis a montré qu’elles sont plus sensibles que les graminées. Mais c’est une solution intéressante pour prévenir les maladies, car la diversité limite les pertes en cas de pathologie spécifique à une espèce. Labour, fertilisation azotée, systèmes de drainage… À chaque parcelle sa problématique, et c’est là que votre expérience d’éleveur entre en jeu.

La gestion du timing et le climat : La "fenêtre de tir"

L’idéal ? La fameuse fenêtre de 4 jours de beau temps. Facile à dire ! Un conseil pour optimiser votre récolte de fourrages lorsque la météo daigne être avec vous : préférez organiser le chantier en enchaînant les parcelles en décalé. La notion de somme de températures est souvent utilisée : à partir du 1er février, prenez la moyenne des températures quotidiennes (entre 0 et 18°C). Si ce cumul atteint entre 700 et 800°C, une fauche précoce peut être envisagée.

La valeur nutritionnelle de la plante est concentrée dans les feuilles. Selon le stade de croissance, il n’y a pas la même quantité de matière sèche (MS) et de nutriments. Pour privilégier la qualité nutritionnelle, l’éleveur peut faucher du stade épi 10 cm dans la gaine jusqu’au stade début épiaison. Après cette date, débute l’augmentation de la biomasse avec une haute teneur en carbone, ce qui dilue l’azote de l’herbe. En quelques jours, la plante devient moins digeste.

Se repérer dans le temps : comprendre la météo et les températures

Les techniques de séchage et de fauche

L’objectif du séchage est d’atteindre, en un minimum de temps, la teneur en MS requise : 35 % pour l’ensilage de graminées, 45 % pour l’ensilage de légumineuses, 60 % pour de l’enrubannage et 85 % pour du foin. Minimiser le temps de séchage permet de limiter les pertes issues de la respiration du fourrage.

Durant la première phase (de 20 % à 45-50 % MS), la perte d’eau est très rapide via les stomates. Il importe de répartir le fourrage sur une surface importante. Les faucheuses classiques à plat ou conditionneuses munies de système d’éparpillement large sont idéales. En cas d’utilisation de faucheuses conditionneuses laissant un andain étroit, le fanage sitôt après la fauche permettra de maximiser la surface d’exposition.

Le séchage ralentit durant la deuxième phase (45-50 % jusqu’à 65-70 % MS) car les stomates se ferment. C’est à partir de 40-45 % MS que l’effet positif du conditionnement s’exerce. Enfin, la troisième phase est la plus lente. Une hauteur de fauche de 7-8 cm est recommandée pour faciliter la circulation d’air sous l’andain tout en l’isolant de l’humidité du sol.

Méthodes de conservation : Ensilage, enrubannage et foin

L’ensilage d’herbe est une technique basée sur la fermentation lactique. Récoltée à un stade spécifique, l’herbe est hachée puis placée dans des silos hermétiques ou en balles enrubannées. Dans un milieu privé d’oxygène, les bactéries lactiques transforment les sucres en acide lactique, ce qui stabilise l’herbe.

Les points clés de l’ensilage :

  • Préfanage : Essentiel pour atteindre le taux de MS cible. Une herbe trop humide (<25-30 %) entraîne des pertes par jus, tandis qu'une herbe trop sèche (>40-45 %) complique le tassement et favorise la pénétration de l'air.
  • Tassement : Le repère des 400 kg d’engins tasseurs par tonne de matière sèche entrante par heure est crucial. Étalez en couches de moins de 20 cm.
  • Longueur de coupe : Une coupe de 2 à 3 cm est recherchée pour favoriser le tassement et l’ingestibilité.

Diagramme comparatif des teneurs en matière sèche selon le mode de conservation

Pour l’enrubannage, le stockage est plus facile puisque les balles sont enveloppées de plastique, supportant d’être entreposées en bord de champ. Pour le foin, l’objectif est de viser 85 % de MS. Le top, c’est le séchage en grange, avec un séchage artificiel, diablement efficace. Retenez que plus le foin sèche vite, plus il est préservé, limitant la perte de sucres par la respiration.

Adaptation des pratiques aux besoins du troupeau

Tous les élevages n’ont pas les mêmes besoins. Si l’élevage est composé d’animaux à forts besoins protéiques (engraissement, vaches laitières), la récolte doit être prévue précocement. Pour les génisses de renouvellement ou les vaches gestantes, la fauche peut être réalisée plus tardivement sur une herbe plus haute, allongeant la période de pâturage au prix d'une légère baisse de valeur nutritive.

Il est possible d’ajouter un conservateur à l’ensilage pour limiter les pertes, mais la clé reste la qualité du chantier global : stade de fauche, durée de séchage et confection du silo. En fin de compte, choisir le stade de végétation, organiser son chantier et avoir un matériel adapté font partie des bases pour assurer une bonne récolte et améliorer votre autonomie fourragère. Sachez faire preuve d’adaptation pour anticiper ces aléas et ne pas être pris de cours, car chaque étape de la récolte est interdépendante et porteuse d'une importance capitale pour la santé de votre cheptel.

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