Valorisation des tontes de pelouse : transformer un déchet en ressource durable

Dans le contexte actuel de réchauffement climatique et d’une nécessaire adaptation, de nombreuses agglomérations, à l’instar de Rennes, Bourg-en-Bresse ou Libourne, modifient leur politique de gestion des déchets. Depuis le 1er janvier 2024, les déchèteries de la métropole rennaise n’acceptent plus les tontes de pelouse. Cette décision repose sur un constat simple : chaque année, plus de 31 000 tonnes de déchets végétaux sont apportées en déchèterie sur ce territoire, soit « 380 kg par maison individuelle, dont 30 % de pelouse ». La pelouse étant composée à 80 % d’eau, le transport de ces masses par véhicule motorisé, consommant du carburant pour déplacer une ressource précieuse, apparaît de plus en plus contradictoire avec les impératifs écologiques. Il est donc temps de considérer ce que l’on appelle à tort des "déchets verts" comme de véritables "ressources vertes".

Schéma illustrant le cycle naturel des nutriments dans un jardin : de la tonte au sol nourri

Le mulching : laisser l'herbe travailler pour vous

La solution la plus directe pour gérer l’herbe coupée est de ne pas la ramasser du tout. Cette technique, appelée mulching, consiste à broyer finement les brins d'herbe à l'aide d'une tondeuse équipée d'un kit spécifique ou d'une fonction dédiée, puis à les laisser sur place. Ces résidus se décomposent naturellement, restituant au sol des nutriments essentiels comme l'azote.

L’utilisation du mulching permet de nourrir la pelouse, qui devient plus dense et se défend mieux contre la sécheresse, tout en limitant la survenue de mousse et de mauvaises herbes. Il est toutefois recommandé de ne pas tondre trop court ni trop souvent ; en été, la hauteur idéale se situe entre 4 et 5 centimètres, voire 6 centimètres en période de sécheresse. Une tonte haute protège le sol et les racines du gazon des fortes chaleurs.

Le paillage : protéger et nourrir vos massifs

Le paillage est une méthode efficace pour utiliser l'herbe coupée comme protection pour vos plantes. L'idée est d'utiliser les végétaux pour recouvrir le sol, autour des plantes, afin de protéger la terre du froid l'hiver et de la chaleur l'été. Ce geste permet de réduire les besoins en eau, puisque le paillage évite à l'humidité retenue dans le sol de s'évaporer.

Pour mettre en place cette technique, il est conseillé de faire sécher la pelouse tondue en andains (petits tas allongés) en les retournant régulièrement durant une semaine pour éviter la fermentation. Une fois sèche, vous pouvez disposer cette herbe en couche fine (environ 5 cm) dans vos jardinières, potagers et massifs. Mélangée à des matériaux plus grossiers comme des copeaux de bois ou de la paille, elle devient un amendement nutritif idéal.

UTILISER LA TONTE AU POTAGER

Le compostage domestique : créer son propre humus

Le compostage est la méthode par excellence pour transformer vos résidus de jardin en humus fertile. Pour réussir son compost, il faut équilibrer les apports entre l'azote (déchets alimentaires, tontes fraîches) et le carbone (herbe séchée, feuilles mortes, broyat). La règle d’or est d’aérer et de retourner régulièrement le tas pour favoriser l’activité des micro-organismes.

Les feuilles mortes sont indispensables au bon fonctionnement d'un composteur. Une astuce consiste à réaliser un bac à feuilles à côté de votre composteur, en utilisant une chute de grillage et des piquets. Si vous disposez d'un grand volume, n'hésitez pas à multiplier les tas pour éviter que l'herbe ne moisisse par manque d'oxygène.

La gestion différenciée et l'éco-responsabilité

La solution la plus simple pour générer moins de tonte est de pratiquer la gestion différenciée. Il s'agit de laisser certaines zones du jardin non tondues, notamment au fond de la parcelle, créant ainsi des refuges pour la biodiversité, les insectes et les petits animaux. Vous pouvez tondre uniquement un cheminement au milieu de ces zones sauvages.

À l’instar de l’opération « No mow may » au Royaume-Uni, qui invite à ne pas tondre en mai, laisser une partie de son terrain en friche permet aux pollinisateurs de se régaler. Par ailleurs, l'écopâturage, qui consiste à mettre son terrain à la disposition d'un éleveur pour que des moutons ou des chèvres entretiennent la parcelle, constitue une alternative écologique, économique et bénéfique pour la qualité des sols.

Photographie d'un jardin en gestion différenciée avec des zones de prairies fleuries et des sentiers tondus

Les "lasagnes" : une technique de culture innovante

Le principe des « lasagnes » consiste à alterner des couches de matières carbonées et azotées sur un sol pauvre pour l'enrichir progressivement. Concrètement, sur une base de carton posée au sol, vous ajoutez une couche d'azote (compost ou tonte fraîche), puis une couche de carbone (paille, feuilles mortes, broyats), et ainsi de suite. Cette technique est idéale à réaliser à l'automne pour préparer des zones de plantation fertiles pour le printemps suivant.

Valoriser les branchages et les restes de tonte

Si les branchages restent acceptés en déchèterie, il existe des astuces pour les recycler chez soi. La réalisation d'une haie « benje », ou haie sèche, consiste à empiler les bois de taille au fond du jardin pour offrir un refuge à la faune. Il est également possible de broyer les petites branches en les disposant au sol et en passant la tondeuse par-dessus.

En cas d'excédent important, contactez les centres équestres ou les fermes locales ; les chevaux, vaches, moutons et chèvres peuvent parfois consommer certains résidus d'herbe. Enfin, rappelez-vous que l'élimination des déchets de jardin en forêt est strictement interdite, car l'herbe en décomposition peut polluer les sols et les nappes avec des nitrates. Dans la nature, tout est question d'équilibre : rien ne se perd, tout se transforme.

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