La rose, incontestée « reine des fleurs », occupe une place singulière dans le cœur des jardiniers et l'histoire de l'humanité. Le soleil caresse de nouveau les bras du jardinier ! S'il faut du soleil pour poser son nez au cœur d'une rose, il faut de la pluie pour qu'elle nous comble en septembre. Il est vrai que cet été restera gravé dans la tête de nombreux jardiniers tant le ciel a été généreux en humidité!!! Face à la grisaille, le jardin se transpose sur la cheminée du salon sous la forme d'un bouquet. Il est un témoignage vivant de la générosité des massifs. La rose accueille d'ailleurs toujours nos invités, même si ces derniers n'y pratiquent qu'une attention superficielle. Chacun est à la recherche de LA rose… ce qui est certain est que face à leur grande diversité, la rose idéale correspond à des critères très subjectifs.

Les origines lointaines et la symbolique mythologique
Les roses qui poussent aujourd'hui sous différentes formes dans les jardins du monde entier sont une évolution de plantes ressemblant à des roses qui vivaient dans l'hémisphère nord il y a entre 33 et 23 millions d'années. À cette époque, le climat était largement tempéré et les insectes abondants, des conditions qui sont toujours favorables aux roses aujourd'hui. La première espèce de rose décrite pour la science provient des Florissant Fossil Beds, dans le comté de Teller, au Colorado (États-Unis). Il choisit ce nom en hommage à la paléontologue amateur Charlotte Hill, qui fut la première à attirer l'attention de la science sur les bancs fossilifères de Florissant.
Selon la mythologie grecque, la déesse des fleurs, Chloris, aurait créé une nouvelle fleur en insufflant la vie à une nymphe des bois qui était morte. Dionysos, le dieu du vin et de la vie végétale, lui donna un parfum magnifique, et Aphrodite, la déesse de la beauté et du plaisir, donna son nom à la rose en réarrangeant les lettres d'Éros, son fils et le dieu de l'amour et du désir. Plus tard, Éros offrit une rose à Harpocrate, le dieu du silence, en guise de pot-de-vin pour qu'il garde pour lui les indiscrétions des dieux. La rose est ainsi devenue le symbole du secret, du silence et de l'amour. L'association avec le secret a fait de la rose un symbole visuel de la nécessité de la discrétion. Des roses étaient gravées au plafond et sur les murs des salles publiques des grandes maisons, des salles d'audience et des confessionnaux catholiques pour rappeler que toutes les conversations devaient rester confidentielles. Au Moyen Âge, une rose était souvent suspendue au plafond de la salle du conseil du gouvernement pour garantir le secret des délibérations.
La domestication et l'évolution horticole
Aujourd'hui, le genre Rosa comprend environ 150 espèces d'arbustes vivaces, grimpants ou lianescents, avec des milliers de variétés. Les premières espèces de roses avaient cinq pétales simples, comme les fleurs de Rosa hilliae. Ce sont ces espèces qui constituent les éléments génétiques de base de nos roses modernes. Le processus de transformation de la rose sauvage en une plante de jardin d'une variété infinie commença il y a bien longtemps. Les premières roses domestiquées pourraient avoir été cultivées délibérément dès 3 000 ans avant notre ère en Chine. Elles étaient utilisées pour la fabrication d'eau de rose et d'huiles parfumées, à des fins médicinales et comme confettis pour les fêtes. Le philosophe Confucius rapporte que des roses poussaient dans les jardins du palais impérial en 500 avant notre ère et que la bibliothèque de l'empereur chinois contenait un grand nombre d'ouvrages sur le sujet.
LE JARDIN PRIVÉ D’UN GRAND HOMME DU MONDE DES ROSES
Les Égyptiens de l'Antiquité se baignaient dans de l'eau de rose et dispersaient des pétales de rose pour parfumer leur chambre. Les Romains cultivaient abondamment les roses dans de grands jardins publics, et l'on trouvait Rosa alba dans les jardins des nobles et des moines de l'Europe médiévale. Théophraste, un grec, explique déjà comment cultiver la rose au IVe siècle avant Jésus Christ. C’est vous dire si on l’aime depuis longtemps. On la cultive en tant que plante médicinale au départ. Les croisades ramèneront les premières roses de Damas en France. Le mot apparaît juste après, au XIIIe siècle, dans la langue française sous la forme Rosa, qui désigne d’ailleurs aussi bien le rosier que la rose. C’est la star des jardins du Moyen Âge et surtout de la Renaissance.
L'âge d'or et l'essor des variétés modernes
L'âge d'or des roses se situe au début du XIXe siècle. Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon Bonaparte, en fut l'instigatrice. Lorsqu'elle acheta le château de Malmaison aux portes de Paris, Joséphine remplit ses jardins de toutes les roses connues à l'époque. Elles provenaient de fournisseurs de toute l'Europe. En France, c’est à l’impératrice Joséphine que l’on doit l’engouement (jamais démenti) pour les roses et les rosiers. Pour l’anecdote le nom de jeune fille de la 1ère épouse de Napoléon est Marie-Josèphe Rose Tascher de La Pagerie. Lorsque la collection s'agrandit, Joséphine demanda au peintre Pierre-Joseph Redouté d'enregistrer les roses. L'ouvrage qu'il publia, Les Roses, 1817-24, constitue aujourd'hui le point de départ d'une grande partie de la recherche scientifique moderne sur les roses de jardin.
Lorsque les roses de Chine à floraison répétée arrivèrent en Europe vers 1790, elles donnèrent aux sélectionneurs de roses une nouvelle caractéristique fantastique à exploiter : la capacité de fleurir non pas une seule fois, mais tout au long de la saison de croissance. L'étape suivante dans le développement de la rose fut franchie lorsque les hybrideurs croisèrent l'ancienne rose de Chine, Rosa chinensis, avec l'européenne Rosa gigantea. Quelques années plus tard, un autre croisement permit de mélanger la rose de Damas avec d'autres espèces de roses qui fleurirent librement pendant de nombreuses années et qui furent appelées "hybrides perpétuels".

Les mutations du XXe siècle : du cycle court aux rosiers paysagers
En 1970, il se produisait en France bien plus de rosiers qu’aujourd’hui, avec de nombreux producteurs répartis sur l’ensemble du territoire. Les ventes étaient très majoritairement réalisées en fin d’automne avec des plantes à racines nues. Le marché de printemps, vente en pots fleuris, était surtout occupé par des rosiers à développement réduit, les « Koster ». En France, Raymond Richardier demande à son équipe de créer une concurrence aux Koster. Marie-Louise Meilland répond en créant la variété ‘Meijikatar’ (Orange Meillandina®). La variété est exceptionnelle, l’acceptation du public tout autant: les ventes s’envolent. En même temps, au Danemark, Svend Jensen, aidé de Rosa et Harley Eskelund, invente la culture de rosiers miniatures en cycle court. La logique du produit est la suivante : très gros volumes, petit prix, vente en grande surface alimentaire, production à l’année.
Acte II: 1980-1990, les rosiers dits « Paysage ». L’idée provient d’Amérique grâce à Ernest Schwartz dit « Erny », qui réinvente les rosiers à port étalé remontant, aussi appelés couvre-sol, avec Sea FoamTM et Docteur Griffith BuckTM. Il propose aussi le premier buisson à fleurs groupées sans traitement phytosanitaire avec ‘Bucbi’ (Carefree BeautyTM). Meilland théorise ce concept de rosiers à faible entretien pouvant être produit par boutures et, grâce au savoir-faire espagnol de son associé Paco Ferrer, le temps de production est réduit à douze mois : la variété ‘Meigekanu’, (La Sevillana®) devient la star des rosiers pour haie.
La rose au jardin : retours d'expérience et choix personnels
Ici, j'aime la beauté des roses anciennes pour leur charme désuet mais j'attends une rose résistante et florifère. J'ai choisi de vous présenter un de mes chouchous : le rosier Molinard !!!!!! Son nom n'est pas très glamour mais est en lien avec sa principale qualité. Molinard est le nom d'un célèbre parfumeur. La maison Delbard lui dédie un rosier que j'aime tendrement car c'est une découverte qui m'a été offerte par ma grand-mère. Molinard est à ne pas confondre avec Fragonard. Cette rose de parfumeur est une création récente mais est à la hauteur des attentes d'une rose ancienne. Sa fleur est élégante et double d'un rose puissant. Elle se maintient très longtemps en bouquet.

En découvrant notre jardin, nous avons fait la rencontre du rosier Iceberg qui avait été planté par les anciens propriétaires. Il est installé au pied de la véranda dans une situation ensoleillée. Il se révèle chez nous particulièrement robuste et florifère. Il se distingue comme un très beau rosier blanc, aux fleurs doubles qui apparaissent en bouquet de mai jusqu'aux gelées! C'est justement en hiver que la teinte de ses pétales arborent une couleur ivoire bordée de rose quand les nuits deviennent plus fraiches! On le retrouve chez les rosiéristes sous le nom plus romantique de "fée des neiges"! Il a été créé en Allemagne en 1958 par Kordès.
Ce rosier est une rose gallique. Elle n'est pas contemporaine du Cardinal de Richelieu car elle serait née au XIXe siècle. Il est amusant de découvrir un oeil vert au coeur de la fleur très double. Il est généreux et se couvre d'une profusion de roses en mai. Il a pour seul défaut d'être non remontant. Ce rosier est idéal pour orner vos bouquets et parfumer la maison. Son histoire au jardin est une véritable rencontre. Je l'ai trouvé pour un prix modique dans un rayon d'une grande surface. Je n'achète jamais de végétaux dans ces lieux qui méprisent tout bon sens jardinier. Mais je n'ai pas supporté la disgrâce du cardinal et j'ai craqué face à ce prestigieux patronyme. L'Histoire était en marche mais bien fragile car le Cardinal semblait bien frêle sous son manteau de cire. Aujourd'hui, il règne sur le potager.
La rose, emblème culturel et social
Plus que toute autre fleur, la rose est le symbole de la vie, de l'amour et de la dévotion, de la beauté et de l'éternité… Nous en avons la preuve partout. L'étude des fossiles révèle que la rose existe en Amérique depuis des temps immémoriaux. Nous avons toujours cultivé des roses dans nos jardins. Notre premier président, George Washington, cultivait des roses, et une variété qu'il nomma en l'honneur de sa mère est encore cultivée aujourd'hui. La Maison Blanche elle-même s'enorgueillit d'une magnifique roseraie. Nous cultivons des roses dans nos cinquante États membres. Nous trouvons des roses dans l'art, la musique et la littérature. Nous décorons nos célébrations et nos défilés avec des roses. Par-dessus tout, nous offrons des roses à ceux que nous aimons et nous les prodiguons sur nos autels, nos sanctuaires civils et les dernières demeures de nos morts honorés.
Au XIIIe siècle, la Rosa alba blanche était l'insigne d'Aliénor de Provence, épouse d'Henri III d'Angleterre. Son fils Edmond, comte de Lancastre, adopta la Rosa gallica rouge de sa femme Blanche d'Artois lorsqu'ils se marièrent. Plus de 200 ans plus tard, Richard, duc d'York, choisit la rose blanche comme insigne. Lorsque le droit à la couronne d'Angleterre fut contesté par la Maison de Lancastre et la Maison d'York entre 1455 et 1487, le conflit fut connu sous le nom de Guerre des deux Roses. À l'issue de cette guerre civile, le Lancastre Henri Tudor fut couronné roi Henri VII d'Angleterre. Il épousa Élisabeth d'York et réunit les roses symboliques blanche et rouge pour former la rose Tudor.

Pas plus tard qu'en 1986, la rose fut choisie comme fleur nationale officielle des États-Unis par un vote populaire. En fait la rose est présente tout au long de l’histoire de l’humanité : à l’Antiquité elle est déjà qualifiée de « reine des fleurs ». Alors qu’il y a 2 siècles, il n’y avait que 100 variétés de roses, aujourd’hui, on en dénombre de 40 à 50 000 selon Daniel Lemonnier auteur du Livre des Roses et ancien directeur de recherche à l’Inserm. Selon un sondage de la TNS-Sofres, 57 % des ménages français ont déjà planté dans leur jardin ou sur leur balcon un rosier. 10 millions de rosiers sont produits et vendus chaque année en France selon la Société Française des Roses, soit « à racines nues, en pochette, prêt à planter ou en conteneur ». En moyenne, un rosier passe 1 à 2 années en pleine terre avant de finir dans nos jardins et sur nos balcons. C’est sans surprise que la rose est la fleur la plus vendue en France. Elle est la fleur de l’amour et des sentiments. Anniversaire, Saint-Valentin, mariage, fête des mères et des grands-mères, la rose s’offre à toutes les occasions. Mais il faut veiller à choisir la bonne couleur.