Le monde du hockey, qu'il s'agisse de sa version sur glace ou sur gazon, est souvent perçu à travers le prisme de son intensité physique. Si la question de la « bagarre » est au cœur de nombreux débats, il est essentiel de distinguer les contextes réglementaires, les traditions sportives et les évolutions sociétales qui modèlent aujourd'hui cette pratique.

Définition et cadre réglementaire de la bagarre
Une bagarre est réputée avoir eu lieu lorsqu’au moins un joueur donne ou tente de donner un coup de poing à un adversaire à répétition ou lorsque deux joueurs luttent de manière à ce qu’il soit difficile pour les juges de lignes d’intervenir et de séparer les combattants. Lorsqu’une bagarre a lieu, tous les autres joueurs doivent se rendre à leur banc respectif.
Les arbitres disposent d’une grande discrétion quant aux punitions qu’ils peuvent imposer en vertu de la présente règle. Il s’agit d’une mesure intentionnelle pour leur permettre d’établir clairement les différents niveaux de responsabilité des participants qui amorcent ou continuent une bagarre. Une punition mineure est imposée à un gardien de but qui quitte son enceinte durant une bagarre. Tout joueur portant une ou des bagues, du ruban gommé ou tout autre matériau sur les mains qui devient impliqué dans une bagarre et qui utilise ces objets pour obtenir un avantage ou infliger une correction ou une blessure se voit imposer une punition de match, en plus de toute autre punition dont il pourrait écoper.
Une punition d’inconduite est imposée à tout joueur qui, lorsqu’une bagarre survient, ne se rend pas immédiatement à son banc respectif ou à un endroit neutre désigné par l’arbitre (si la bagarre se déroule devant un banc des joueurs) pour y demeurer jusqu’à ce que l’arbitre le rappelle pour reprendre le jeu. Remarque 1 : Pour que cette règle s’applique, au moins un joueur doit se voir imposer une punition majeure et une punition d’extrême inconduite pour s’être bagarré. Une punition d’inconduite grossière est imposée à tout joueur, gardien de but ou officiel d’équipe qui est impliqué dans une bagarre avec un officiel d’équipe, se joint à une bagarre impliquant un officiel d’équipe ou agit comme pacificateur lors d’une bagarre impliquant un officiel d’équipe. Si l’arbitre l’y autorise, le gardien de but peut se rendre à son banc.
Dans l’éventualité où un joueur ne tente aucunement de répliquer sauf pour se protéger ou se défendre et que, de l’avis de l’arbitre, il ne participe pas à une bagarre, son adversaire est alors le seul qui écope d’une punition majeure et d’une punition d’extrême inconduite pour s’être bagarré. Le joueur qui se protège peut se voir imposer une punition mineure pour rudesse, ou encore ne pas être puni. Imposer à chaque joueur une punition de cinq minutes pour avoir pris part à une bagarre, en plus d’une punition d’extrême inconduite. Aucune punition pour avoir été l’instigateur ou l’agresseur n’est imposée puisque les deux joueurs ont pris part à la bagarre de leur plein gré. Une punition majeure ne peut jamais être imposée à un joueur pour s’être bagarré avec un spectateur.
Lorsqu’un joueur se voit imposer une punition majeure et une punition d’extrême inconduite pour une bagarre, l’infraction doit être considérée comme étant une bagarre. Un joueur qui a pris part à une première bagarre cesse cette bagarre et en amorce une autre avec un autre joueur de l’équipe adverse. Le joueur qui participe aux deux bagarres se voit imposer une punition mineure pour avoir été l’instigateur de la deuxième bagarre en application de la règle 7.11 (a) - Instigateur et agresseur, deux punitions majeures et trois punitions d’extrême inconduite. Deux de ces punitions d’extrême inconduite sont liées aux punitions majeures imposées pour bagarre. Si deux joueurs se bagarrent sur la glace, près d’un banc des joueurs, et qu’un des joueurs sur le banc intervient pour agir comme pacificateur alors qu’il est toujours au banc, ce joueur doit se voir imposer une punition mineure de banc, une punition d’extrême inconduite en application des règles 8.4 (a) et (e) - Obstruction depuis un banc, une punition d’extrême inconduite additionnelle en application de la règle 7.10 (e)(ii), ainsi que toute autre punition dont il pourrait écoper.
La culture du "Enforcer" : entre nécessité et technique
Trois combats en à peine neuf secondes de jeu : le match entre les États-Unis et le Canada, le 16 février dernier, sur fond de tensions géopolitiques, a rappelé à tout le monde, si nécessaire, que la castagne restait ancrée dans la culture hockey. Certes, elle diminue fortement. En Europe et aux JO, les bagarres sont ainsi strictement interdites et sévèrement sanctionnées. Pour autant, nombre de joueurs sont amenés à se battre un jour ou l'autre dans leur carrière, et certains en font une vraie spécialité. On les appelle "enforcer" ou "tough guy", que l'on peut traduire par "policier" et "homme fort". Ceux-là sont prêts à en venir aux mains pour protéger leurs coéquipiers ou casser la dynamique de l'équipe adverse.
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Envoyer des mandales sur des patins demande une certaine habileté. Le regretté Derek Boogaard, décédé en 2011 à l'âge de 28 ans, était l'un d'eux. Sa carrière de bagarreur est l'une des plus emblématiques de l'histoire de la NHL selon Ross Bernstein, auteur de l'ouvrage de référence The Code : The Unwritten Rules Of Fighting And Retaliation In The Nhl (Le Code : Les règles non écrites des combats et des représailles dans la LNH). « Derek Boogaard était un garçon imposant. Il s'est battu toute sa vie. Il allait à l'école et se battrait. » Même chose sur la glace. Sauf qu'envoyer des mandales sur des patins demande une certaine habilité, loin d'être innée. « C'est très technique parce qu'avec une main tu dois tenir l'adversaire et avec l'autre main tu dois te battre. Et tu dois aussi savoir inverser, gauche droite, droite gauche. »
Au cours de sa carrière, Boogaard a fait appel au boxeur Scott LeDoux. « C'était son mentor. Scott était un bon entraîneur pour lui, car non seulement il était un excellent boxeur, mais il a également joué au hockey. Il l'a entraîné à se battre sur des patins. » En plus de cette préparation physique, l'ailier Canadien regardait des vidéos de ses adversaires avant de les affronter, pour se familiariser avec leurs déplacements et leur style de combat.
Le code d'honneur et la transmission du savoir-faire
La bagarre au hockey est un art plus subtil qu'il n'y paraît, régi par un ensemble de règles informelles. Les deux combattants doivent avoir consenti au combat en jetant leur crosse et leurs gants pour ne pas s'en servir, ne pas frapper par derrière ou un homme à terre, ne pas s'en prendre à plus petit que soi et continuer d'écouter l'arbitre. Un code d'honneur, que les hockeyeurs se transmettent.
Avec plus de 150 combats en carrière, le Québécois Georges Laraque connaît sur le bout des poings ce code. Depuis qu'il a pris sa retraite sportive, l'animateur radio de BPM Sports partage son savoir-faire à la nouvelle génération : Michael Pezzetta et Arber Xhekaj des Canadiens de Montréal ou encore Matt Rempe des New York Rangers ont bénéficié de ses conseils. Une vidéo tournée à l'été 2024 le montre sur la glace, muni d'un gant, encaissant des uppercuts de l'attaquant new-yorkais. « Matt Rempe, c'était un vrai kamikaze quand il est entré dans la ligue, se souvient Nicolas Cloutier, journaliste pour TVA Sports, diffuseur de la NHL au Canada. Il jetait les gants contre absolument n'importe qui, mais sa technique était très approximative. Il prenait énormément de coups. Laraque lui a donné quelques conseils, il l'a aidé à travailler sur sa défense. »
« Au bout de trois matches, l'assistant coach est venu me voir pour me dire qu'il aimerait que je jette plus les gants » témoigne Olivier Labelle, ancien joueur professionnel. Jouer les brutes est parfois vu comme un moyen de gravir les échelons. « Je n'étais pas quelqu'un qui me battait dans la cour d'école ou en soirée, mais sur la glace j'ai pris ce rôle », témoigne Olivier Labelle, ancien joueur professionnel passé par le Championnat de France (Ligue Magnus). « J'avais ce côté physique, mais le côté bagarreur s'est développé un peu par nécessité quand je suis arrivé au niveau junior au Québec. Je l'ai fait parce que je rêvais de jouer en NHL et je savais que mon talent ne suffirait pas. »
Ses entraîneurs de l'époque l'ont alors poussé à muscler son jeu. « Avant ma deuxième année en juniors, mon coach m'a dit : "si tu veux être repêché pour la draft NHL, il va falloir que tu jettes les gants, tu n'as pas le choix" ». S'en sont suivis des dizaines de combats les années suivantes jusqu'à signer pro en ligue américaine. « Là-bas, au bout de trois matches, l'assistant coach est venu me voir pour me dire qu'il aimerait que je jette plus les gants. Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. J'ai fait ce que j'avais à faire pour garder ma place. »
Évolution des mentalités et enjeux de santé
« Les joueurs savent que s'il y a un "enforcer" sur le banc adverse, ils ne vont pas jouer salement. C'est une arme de dissuasion. » Reconverti comme agent de joueurs, Olivier Labelle s'estime heureux d'avoir toute sa tête aujourd'hui. Seule une douleur chronique dans le bas du dos lui rappelle la rudesse du hockey des années 2000. Car les temps ont beaucoup changé. Les règles ont évolué pour protéger la santé des joueurs (les commotions cérébrales ont particulièrement touché les bagarreurs du passé). En l'espace de vingt ans, le nombre de combats a été divisé par deux en NHL selon le site spécialisé HockeyFights.com.
« Dans les années 60 à 90, il y avait des "enforcers" traditionnels, dont le seul rôle était de sortir du banc et de se battre. Ils jouaient parfois seulement deux minutes par match, relate Ross Bernstein. Aujourd'hui, les joueurs ne peuvent plus être unidimensionnels. Ils sont obligés de faire autre chose, de marquer des buts ou de bloquer des tirs. Le hockey est beaucoup plus compétitif. Il y a toujours des joueurs coriaces, capables de se battre contre n'importe qui, mais ils sont plus complets. »
L'accélération du jeu oblige les "hommes forts" à se réinventer. « Pour les rares dont c'est encore le rôle de jeter les gants, la bagarre n'est plus qu'un échantillon de leur entraînement. C'est comme un joueur de foot qui va s'entraîner à tirer des coups francs, explique Nicolas Cloutier. Il y a encore des bagarres, mais on est loin de l'époque où toutes les équipes avaient des "enforcers". » Néanmoins, les passes d'armes ne sont pas près de disparaître tout à fait. « Les combats existent toujours et existeront toujours parce que les joueurs le veulent, assure Bernstein. Les joueurs savent que s'il y a un "enforcer" sur le banc adverse, ils ne vont pas jouer salement. C'est une arme de dissuasion. »
Le cas spécifique du hockey sur gazon et international
Le hockey sur glace et le hockey sur gazon possèdent des règlements distincts, bien que la question de la sécurité reste primordiale. En France, comme dans l'ensemble des ligues européennes, les bagarres sont formellement interdites. La Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) est elle aussi très claire. Dans son règlement, il est stipulé que les duels à mains gantées ne font "pas partie de l'ADN du hockey sur glace international". C'est cette consigne qui régit, de fait, les rencontres du tournoi olympique en cours aux JO de Milan Cortina.
Tout est écrit à l'article 46 : en provoquant une altercation, les joueurs impliqués s'exposent à une exclusion, voire à une suspension d'un ou plusieurs matchs. Et "tout joueur qui persiste à poursuivre ou à tenter de poursuivre une bagarre ou une altercation après avoir reçu l'ordre de l'arbitre d'y mettre fin, ou qui résiste à un juge de ligne dans l'exercice de ses fonctions, encourt, à la discrétion de l'arbitre, au moins une pénalité majeure, ainsi qu'une exclusion automatique du match."
Si les échanges de coups ne sont pas autorisés sur la scène internationale, ils sont en revanche tolérés en NHL, la puissante ligue nord-américaine. Les quelques images qui traversent l'Atlantique montrent souvent des mêlées générales. Empoignades autorisées, mais encadrées. Elles font aussi l'objet d'un chapitre à part entière dans le règlement de la NHL. Son nom est sans équivoque : "fighting" ("bagarre"). Les pugilistes ont obligation d'enlever leurs gants, de laisser tomber la crosse. Obligation aussi de conserver les casques. En revanche, il est interdit de se servir d'autre chose que de ses poings. Le jeu s'arrête alors et les arbitres se positionnent à proximité pour s'assurer du "respect" des règles. Dès qu'un joueur tombe, la bagarre se termine et les protagonistes doivent filer cinq minutes au "frigo", avant de revenir sur la glace.
« Dans la majorité des cas, les combats ne sont pas inopinés, relève d'ailleurs le magazine RedBull. Deux joueurs se parlent, au moment d'un face-off [une mise en jeu] ou après une bousculade, et se mettent d'accord. » « Les combats font office de thermostat », disait en 2016 Gary Bettman, le big boss de la NHL. « Il ne faut pas penser que les mecs se battent pour rien, confirme Laurent Meunier, ancien capitaine des Bleus, aujourd'hui consultant pour France Télévisions. Ça peut changer le cours du match. Et puis ça permet de protéger les joueurs de coups plus vicieux. »
Les spécificités techniques et sécuritaires du hockey sur gazon
À l'opposé des débats sur la bagarre, le hockey sur gazon se concentre sur des règles de sécurité strictes liées au maniement de la balle et à la protection des joueurs.
- Le Penalty Corner ou Stroke est sifflé par l’arbitre si une faute (volontaire ou involontaire) casse l’action et empêche un but d’être marqué. Un tireur se place sur le point de pénalty à 7 m du goal de l’adversaire et tir au but en coup direct contre le gardien.
- Le Petit Corner est une phase de jeu spécifique au Hockey en cas de faute (involontaire) dans le cercle d’envoi. Dans cette situation, 4 joueur·ses se placent dans le but avec le gardien, l’équipe adversaire se place autour du cercle d’envoi et tentent de tirer au but à la hauteur de la planche.
- L’auto-passe : autre spécificité du Hockey sur gazon, quand l’adversaire fait une faute et qu’un·e joueur·se récupère la balle, il peut poser la balle sur la ligne de touche et démarrer seul·e l’action de jeu.
- Le shoot signifie frapper la balle avec les deux mains en haut de la crosse.
- Le shoot au but : Lorsqu’une balle est frappée dans le but, le shoot doit viser au maximum la hauteur de la planche pour éviter le risque de blessure.
- Le shoot out : en cas d’égalité en fin de match, un tireur se place en 1 contre 1 dans la zone de 22,9 m avec le gardien et dispose de 8 secondes pour tirer dans le filet.
- Les balles aériennes ou scoop sont des passes catapultées largement au-dessus de la tête (15-20m de hauteur) pour éviter l’adversaire. Pour garantir la sécurité des joueur·ses, si la balle arrive au-dessus du genou ou au-dessus des hanches, ce sera considéré comme une faute.

Perspectives d'avenir et réflexions éthiques
Outre-Atlantique, la fameuse règle qui donne un cadre à ces échauffourées existe depuis 1922, même si elle a évolué depuis. "La bagarre appartient sans conteste à l'histoire du hockey nord-américain, analyse le site spécialisé Hockey Hebdo. Elle a façonné son identité, alimenté ses rivalités et contribué à son spectacle." Mais elle est aussi "de plus en plus contestée à l'ère du sport moderne".
Cette glorification de la violence ne passe plus. Et les conséquences pour la santé sont désormais connues. Pertes de mémoire, confusion, troubles de l'attention voire commotions cérébrales… Les joueurs de hockey sont plus susceptibles de souffrir de démence en raison des chocs répétés à la tête, révélait en 2024 une étude de la revue médicale JAMA Network Open. L'étude souligne que, chez les jeunes joueurs, le risque de traumatisme crânien est trois fois plus élevé dans les ligues où les plaquages sont autorisés que dans celles où ils sont interdits. "C'est évident qu'on ne peut plus faire comme si on ne savait pas tout ça, continue Laurent Meunier. Maintenant, on sait les conséquences que ça a sur les corps et les cerveaux. C'est une tradition qui est dépassée."
"La bagarre, si associée à l'image populaire du hockey sur glace, n'est ni universelle ni unanimement acceptée." Alors bientôt du passé, les bagarres sur les patinoires ? Le président de la Fédération française de hockey sur glace y va aussi de son recadrage : "On n'est pas un sport violent. Si vous voulez de la bagarre, allez voir du MMA. Ce n'est pas ça qui va faire venir une maman avec son gamin ou sa fille de 5 ans pour venir jouer au hockey", a taclé sur RMC Pierre-Yves Gerbeau.
"C'est une tradition qui ne partira pas comme ça", prévient l'ancien centre Laurent Meunier. Lui suggère un entre-deux, entre l'autorisation actuelle et l'interdiction totale : "Pourquoi ne pas suspendre un joueur dès qu'il a effectué trois bagarres, par exemple ? Pourquoi ne pas mettre en place quelque chose qui ressemblerait aux cartons jaunes ?" Les joueurs de NHL semblent avoir eux-mêmes déjà embrassé le changement. Année après année, le nombre de bagarres fond sur les patinoires américaines et canadiennes. Le site HockeyFights, qui les recense toutes, en a répertorié 789 lors de la saison 2003-2004. Puis 645 en 2010-11.

La perception de ces altercations varie considérablement selon les observateurs. Certains estiment que cela fait partie du jeu, arguant que si deux joueurs veulent régler leurs comptes, c'est leur responsabilité, tant que les conséquences (blessures, amendes) sont assumées. D'autres, au contraire, s'inquiètent de l'influence de la NHL sur les ligues européennes ou nationales, craignant que des comportements importés ne nuisent à l'esprit sportif. L'arbitrage joue ici un rôle pivot : alors qu'auparavant l'intervention immédiate était la norme, les arbitres disposent désormais d'une plus grande flexibilité pour évaluer la situation, évitant ainsi de transformer chaque friction en scènes de "boxe à deux balles" qui hachent inutilement le jeu. La transition vers un hockey moins centré sur les poings et davantage sur la technique semble être une tendance de fond confirmée par les instances dirigeantes internationales et les évolutions des règlements locaux.