La culture du lin, qu’il s’agisse de lin textile ou de lin oléagineux, est une activité exigeante qui demande une précision extrême, notamment dans la gestion de l'humidité et des étapes de récolte. Le lin est arraché afin de pouvoir garder la longueur de la fibre. Contrairement aux céréales, on ne fauche pas le lin, on l’arrache. Cette intervention, qui a lieu durant le mois de juillet, est cruciale pour préserver l'intégrité des fibres.
Les fondements physiologiques et les exigences de culture
Les lins textiles sont cultivés sous des climats tempérés et humides. Une culture de lin est susceptible d’évaporer, durant ses 100 ou 120 jours de végétation, une quantité d’eau correspondant à une chute de pluie de 700 mm. Il lui faut donc des terres arrosées, profondes, à de bonnes réserves hydriques. Ces terres ne doivent pas être trop sablonneuses, toutefois, elles ne doivent pas être trop argileuses, car la levée serait alors difficile.
L’implantation conditionne le potentiel de la culture, la racine pivotante est sensible aux défauts de structure. L’implantation conditionne son enracinement et donc sa capacité à s’alimenter et à résister aux ravageurs, aux maladies et à la verse. Le nombre optimal de plantes par mètre carré est compris entre 1500 et 1800. La régularité du peuplement prime sur la densité car le lin compense mal une hétérogénéité.

Le rendement en fibres s’élabore durant tout le cycle végétatif. De la levée au stade de 10 cm, il doit s’écouler 2 mois. Cette durée est indispensable à la mise en place des fibres. Les à-coups climatiques et interruption de croissance de toutes natures perturbent l’élongation et le remplissage des fibres. Les liniculteurs craignent le phénomène de « verse » par temps d’orage car plus il grandit, plus il devient sensible. Parfois, pour limiter la croissance et favoriser la solidité des fibres, sont utilisés des produits chimiques appelés « régulateurs ».
Le processus d’arrachage et la gestion de la maturité
Lorsque la plante a perdu 1/3 de ses feuilles en partant du sol (on dit qu’il est défolié) et que les capsules sont brunes, le lin peut être arraché. L’arrachage correspond à la première étape de la récolte et intervient quand les lins sont matures. Les plantes ne sont pas fauchées mais bien arrachées pour ne pas perdre les fibres présentes dans la partie basse des tiges.
L’arrachage mobilise des machines spécifiques, automotrices, appelées arracheuses. Selon les versions, les arracheuses travaillent sur une largeur de 2.40m ou 2.60m. Leur vitesse d’avancement est de 10 à 16 km/h. L’arracheuse dépose le lin en andains sur le sol, ce qui correspond à une nappe de lin d’une largeur atteignant un mètre. A noter que l’épaisseur des andains doit être aussi faible et aussi régulière que possible pour éviter la formation de surépaisseurs difficiles à rouir.
Arrachage du lin en Normandie
Le rouissage : une étape naturelle sous influence climatique
Le rouissage consiste à la dégradation des pailles sous l’action enzymatique des microorganismes. C’est un pourrissage à l’air libre de la plante pour dissocier les parties fibreuses de la plante. Il commence dès que le lin est arraché et se termine lorsque celui-ci est enroulé. Première phase naturelle de transformation de la plante en fibre, c’est l’alternance de pluie et de soleil qui permet au lin de rouir. Grâce à l’action des micro-organismes et des bactéries présents sur le sol, le rouissage (de juillet à septembre) élimine la pectose qui soude les fibres textiles à la partie ligneuse de la plante.
Tributaire de la météorologie, le liniculteur doit être particulièrement vigilant pour amener à bien sa récolte avec la meilleure qualité. Il est généralement nécessaire d’effectuer un retournage afin d’obtenir un rouissage homogène sur les 2 faces. Il est possible en fonction des années d’effectuer 2 retournages. L’idéal étant de retourner le lin 10 jours après l’arrachage afin d’homogénéiser les andains. Le retournage correspond à la 2ème étape de la récolte. L’opération consiste à retourner les andains de pailles pour exposer à la lumière leur face tournée contre terre.
Le soulevage est une opération optionnelle qui peut éviter un retournage supplémentaire et accélérer d’une à deux heures le séchage des pailles avant leur enlèvement du champ. Il mobilise des machines spécifiques, appelées souleveuses, qui décollent les andains du sol sans les retourner.
La récolte et la conservation : contraintes d’humidité
Si le lin est trop roui c’est à dire grillé plutôt que séché, il est brûlé dans le champ. Pour une bonne conservation, les pailles doivent présenter, à l’enroulage, un taux d’humidité ne dépassant pas 16%. Pour éviter toute reprise d’humidité, les pailles doivent être sorties du champ dès l’enroulage terminé. Cette opération, ainsi que le stockage des balles à la ferme imposent une manutention conséquente.
Il faut éviter de serrer trop fort les balles lorsque l’enroulage a lieu en conditions humides car celles-ci peuvent chauffer durant le stockage. Également réalisée pendant le rouissage, l’opération d’écapsulage permet de récolter les graines pour la production de semences. Les écapsuleuses-batteuses vont reprendre les andains afin de récupérer les graines de lins. Afin de réunir de bonnes conditions de conservation, le taux d’humidité doit être inférieur à 15%.

Transformation industrielle : du teillage à la fibre
Les fibres du lin sont contenues dans l’enveloppe externe de la tige, communément appelée « paille ». Pour pouvoir les exploiter, il est nécessaire de les extraire et de les débarrasser du bois présent au centre de la tige. Le teillage est le terme désignant l’opération de première transformation industrielle de la paille rouie de lin. Lors du teillage, les graines de lin sont récupérées, puis la tige est battue pour enlever le bois.
Arrivées à l’usine, les pailles sont déroulées et étalées sous forme d’une nappe. Le travail de l’opérateur est très important pour obtenir une nappe bien régulière, dont la densité est d’environ 2 kg par mètre linéaire. Lors de l’étirage, l’épaisseur de la nappe diminue progressivement en passant entre une série de disques dentés. Durant cette phase, sa vitesse linéaire est multipliée par 8 par le diviseur. Les pailles sont ensuite broyées par des cylindres cannelés, à grosses dentures au début puis à fines dentures par la suite.
Lors de l’écangage, les fibres sont nettoyées par des tambours, munis de lames de faible épaisseur. Elles frottent les tiges à une vitesse proche de 200 tours/min. En bout de ligne, les opérateurs font un tri afin d’homogénéiser les lots. Le lin teillé ou fibres longues est conditionné en balles ou en rouleaux d’environ 100 kg. Ces fibres longues représentent 15 à 25 % de la plante. Un hectare de lin produit en moyenne entre 1 200 et 1 400 kg de lin teillé.
Spécificités du lin oléagineux
Le lin oléagineux est une production majoritairement contractualisée auprès des producteurs. Il se récolte lorsque les graines sont libres dans les capsules et lorsque les tiges ont commencé à jaunir, par temps sec, chaud et ensoleillé. A contrario, éviter les très fortes chaleurs en journée (> 35 °C). Utiliser une lame de barre de coupe affutée et ajuster les contre-lames. La récolte est facilitée avec l’utilisation des machines à vis à gros diamètre.
Les normes à la récolte pour le lin oléagineux sont de 9% d’humidité et 2% d’impuretés. La richesse en huile (38 % selon les normes minimum) et en acide alpha-linolénique sont également des critères pris en compte pour la commercialisation. Pour ce dernier, certains contrats entre l’organisme collecteur et l’agriculteur fixent un prix de référence pour un lot de teneur comprise entre 54 et 56 % avec une grille de bonification-réfaction selon la teneur réelle des lots de graines livrés.

Le lin est une plante très fibreuse. La bonne gestion des résidus post-récolte est primordiale. La paille peut ainsi être exportée ou broyée. Si les résidus sont laissés ou enfouis, un broyage des pailles de lin est indispensable. Les résidus de paille de lin se dégraderont d’autant plus facilement qu’ils sont laissés en surface, au soleil et à la pluie.