Le monde des arbres fruitiers regorge d'une multitude de formes, chacune ayant des implications uniques pour la croissance, la productivité et l'esthétique du jardin. Du majestueux haute-tige au discret pommier colonnaire, en passant par l'élégance des palmettes, le choix de la forme est une décision cruciale pour tout jardinier, qu'il soit amateur ou spécialiste. Comprendre les différentes formes, leurs avantages et les techniques de formation est essentiel pour créer un verger productif et harmonieux, même dans les plus petits espaces.

Les Formes Libres : Robustesse et Espace
Les formes libres d'arbres fruitiers, bien que moins sculptées que leurs homologues palissées, offrent une robustesse et une production généreuse, idéales pour les grands vergers ou les jardins où l'espace n'est pas une contrainte majeure.
Le Pommier en Haute-Tige : Majesté et Abondance
Le pommier conduit en haute tige est une vision majestueuse et imposante, élevant son tronc à 1,80 à 2 mètres au-dessus du sol. Sa couronne généreuse s’étend sur de vastes espaces, offrant un abri à une faune variée. Rien de tel qu’une haute-tige pour donner du caractère à un grand verger ou pour offrir de l’ombre aux pâturages. Avec son tronc de 2 m, il devient le roi du jardin ! Les arbres fruitiers haute-tige se distancent entre eux de 5 à 12 mètres, suivant la vigueur de l’espèce et la nature du porte-greffe. La couronne (ou le houppier) d’un arbre correspond à sa partie supérieure, c'est-à-dire à la portion où se trouvent les branches et les feuilles. Elle assure la croissance, la photosynthèse et la production de fruits, formant ainsi l’écosystème vital de l’arbre. Pour une même variété de cerise, le cerisier conduit en demi-tige possède une couronne de volume similaire à celle des cerisiers en haute tige.
Le Pommier en Demi-Tige : Un Compromis Idéal
Le pommier en demi-tige offre une hauteur de tronc réduite, facilitant la cueillette des fruits. Sa couronne, bien placée, permet un entretien un peu plus aisé en comparaison avec le pommier en haute tige. Avec un tronc dégagé à 1,5 m, ce format est idéal pour les vergers familiaux. Accessible pour la taille et la récolte, il permet une belle structure sans monopoliser l’espace. Sa couronne est aussi grande que celle d’un arbre haute-tige pour une même variété et un même porte-greffe. L’unique différence réside dans la hauteur où commencent les branches. Cette forme est constituée d'un axe central autour duquel s'insèrent une demi-douzaine de charpentières. Elle a l'avantage d'un développement rapide.
Le Gobelet : Exposition Optimale et Productivité
Un arbre fruitier en forme de gobelet est une option populaire pour les vergers domestiques en raison de sa facilité d’entretien et de sa productivité. Cette forme s’applique surtout aux arbres fruitiers pour vergers et à toutes les espèces fruitières. Elle se compose d’une tige unique, au pied de 1,20 m à 2 mètres de haut, surmontée d’une tête formée en gobelet. Les branches en forme de gobelet sont ouvertes vers l’extérieur, ce qui favorise une exposition optimale au soleil. Cela améliore la photosynthèse et la qualité des fruits. Autour de l'axe central, trois ou quatre branches, les charpentières (ou les mères), forment la charpente. Pour la formation du gobelet, ébourgeonner jusqu’à 0,35 m au-dessus du niveau du sol. Puis conserver trois yeux qui donneront trois branches, que l’on s’efforce de maintenir également distantes entre elles. Chacune de ces branches, taillée la deuxième année sur deux yeux, donnera naissance à deux branches qui seront à leur tour, taillées à deux ans, la troisième année et donneront un total de douze branches qui seront conservées comme branches charpentières du gobelet. Cette forme s’applique aux pommiers, poiriers, pêchers.
#2 TAILLE DE FORMATION - Tutoriel
Les Formes Palissées : Esthétique et Optimisation de l'Espace
Résolument décoratifs, les fruitiers palissés permettent de constituer un verger même dans les plus petits jardins. Conduits en contre-espalier, ils structureront avantageusement le jardin en différents espaces. Mais ce n’est pas tout : leur forme même permet un ensoleillement optimal, gage de belles et bonnes récoltes, et une meilleure aération contre les maladies cryptogamiques (causées par des champignons). La plupart des arbres fruitiers se prêtent à ces tailles, même si clairement les plus adaptés sont les arbres à pépins.
L'Espalier et le Contre-espalier : Maîtrise de la Verticalité
Un arbre conduit en espalier est palissé contre un mur ou une surface verticale. Il est taillé et attaché de manière à former une structure plate et étalée. L’espalier est une méthode efficace pour obtenir des fruits de qualité dans des espaces restreints. La taille en espalier des arbres fruitiers permet un gain de place, une meilleure circulation de l’air et de la lumière, une facilité de récolte, et une fructification rapide. Un contre-espalier est un arbre fruitier qui est palissé sur des fils de fer tendus entre des poteaux, et non appuyé contre un mur. Vous pouvez donc accéder aux deux côtés de l’arbre pour la taille, la récolte et les soins. Cette méthode permet ainsi d’optimiser l’utilisation de l’espace tout en facilitant la récolte des fruits.
Le Cordon : Simplicité et Productivité Linéaire
Le cordon est une forme simple à une ou deux branches palissées horizontalement sur un fil tendu. Cette forme consiste en une tige unique qui est conduite perpendiculaire au sol. Les fruitiers à pépins (poiriers et pommiers) constituent des sujets d’élection pour le palissage en cordon. Les branches sont palissées sur un fil de fer tendu à 0,40 m du sol. Les pommiers greffés sur Paradis (le meilleur sujet pour les cordons horizontaux) se distancent à 3 mètres. La formation est très facile, elle consiste à incliner le jeune plant d’un an sur le fil de fer et à l’y laisser. Puis la branche est taillée sur un œil placé au-dessous de la tige et qui fournira le prolongement. Lorsque ce prolongement se développera, vous le laisserez pousser verticalement pour favoriser sa croissance. Si le terrain est en pente, les prolongements sont dirigés en montant. Sur les cordons horizontaux de pommiers et de poiriers, on ne conserve que les coursonnes développées en dessous de la branche de charpente ou sur les côtés. Pour les cordons verticaux, distancer entre eux les pommiers et poiriers de 0,40 m ; la vigne de 0,80 m. L’année suivante, celle de la plantation, ébourgeonner les yeux de base jusqu’à 0,30 m au-dessus du sol, puis rabattre le prolongement à la moitié de sa longueur et sur un œil bien placé face à vous. Cet œil terminal donnera le prolongement qui sera allongé de quelques centimètres chaque année. Si l’on plante le long d’un mur exposé au levant ou au couchant, les arbres sont inclinés de préférence vers le Midi. Si l’on plante le long d’un mur exposé au Midi, ces arbres seront inclinés vers le levant.
Les Palmettes : Une Galerie de Formes Artistiques
Déclinaison libre d'une palmette, ces poiriers en espalier sont garnis de fruits. Comment ? En fixant et guidant leurs branches sur un support vertical (armature de piquets ou de poteaux) à l’aide de fils tendus constituant un solide treillage. Les formes en palmette sont les plus courantes. Elles se déclinent notamment en palmette oblique, palmette en éventail, palmette verrier, candélabre, à la diable ou encore palmette en U (simple ou double). La palmette, élégance et productivité, est idéale pour les petits espaces ou pour habiller un mur, elle allie esthétique et rendement.

Palmette Verticale : Simplicité AscendanteCette forme s’applique aux poiriers et pommiers que l’on plante à des distances variables en raison de la hauteur à couvrir et de la vigueur des variétés, en principe 1 mètre entre les axes. Pour la formation, ébourgeonner les yeux situés à moins de 0,35 m du sol. Tailler à 0,70 m ou 0,80 m du sol et sur un œil opposé à la greffe.
Palmette Verrier : Une Structure RobusteCette forme aux poiriers, pommiers, pêchers, aux variétés peu vigoureuses, aux terrains pauvres et aux murs élevés, ou qui doivent être garnis rapidement. Tailler le scion à 0,30 m du sol pour poirier et pommier, et 0,50 m pour le pêcher, réservant deux yeux placés de chaque côté et à peu près opposés. Les tailles annuelles consistent à monter progressivement, chaque fois que les parties inférieures sont solidement constituées et garnies, et à assurer la bonne venue des coursonnes placées seulement à droite et à gauche.
Palmette Oblique : Une Inclinaison ÉléganteCette forme s’obtient en taillant le scion sur trois yeux placés à 0,30 m du sol pour pommier et poirier et 0,50 m pour pêcher. De ces trois yeux, le terminal placé face à vous, assurera le prolongement. Chaque année, il est formé un étage, suivant le même procédé, à la condition toutefois que l’étage inférieur soit déjà bien nettement établi. C’est ainsi que parfois, on est obligé de rester deux ou trois ans sur un même étage, surtout sur les étages inférieurs, ceux-ci devant être particulièrement bien constitués. Même formation que la palmette horizontale sauf l’inclinaison des tiges. Même distance de plantation. On fait parfois alterner une palmette oblique avec une palmette horizontale le long d’un espalier. Fréquemment aussi, la palmette oblique se dresse sur double tige. Il faut alors commencer par former un U ordinaire.
Palmette Horizontale : La Production en LigneLa branche inférieure doit donc être conduite horizontalement sur une longueur comprenant autant de fois 0,30 m ou 0,50 m pour pêcher que la palmette aura des branches verticales. Elle se forme comme précédemment, mais les branches sont conservées horizontalement sur toute leur longueur. Les branches inférieures sont maintenues plus longues que les supérieures.
Palmette en U : Le Classique des JardinsPour une palmette en U, première année : Taillez le scion à 30-40 cm du sol. Sélectionnez deux bourgeons opposés pour chaque duo de 'charpentières' et éliminez les autres. Si vous voulez 3x2 branches porteuses (charpentières), vous laissez 3x2 bourgeons opposés. Deuxième année : Guidez les deux branches choisies à l’horizontale. Pincez leurs extrémités pour encourager la ramification. Attachez-les pour les guider dans la direction souhaitée. Guider des branches se fait en sortant de l'hiver, début du printemps (montée de sève) pour une bonne flexibilité. Entretien annuel : Taillez les rameaux latéraux à 2 ou 3 yeux pour favoriser la fructification. Assez similaire à la taille de la vigne et le rosier grimpant. On garde les charpentières et on réduit les rameaux à 2 ou 3 yeux. Si vous reconnaissez les bourgeons à fleurs (donc fruits), ceux-là on veut surtout les garder.
Le Cordon Double Guide : Un Équilibre Harmonieux
Le cordon double guide est une déclinaison de la palmette où les branches sont palissées horizontalement sur deux fils tendus. Il combine l'efficacité du cordon avec une structure plus élaborée, permettant une fructification abondante sur une surface relativement restreinte.
La Pyramide : Une Élégance Conique
Cette forme s’applique exclusivement au poirier. Généralement, une pyramide s’élève jusqu’à 4 à 5 mètres de haut. Son plus grand diamètre inférieur est égal aux deux tiers de sa hauteur, soit 3 mètres. Les branches latérales sont inclinées obliquement et espacées de 0,30 m entre deux branches superposées. Les rameaux latéraux de l’étage précédent sont raccourcis d’un tiers environ, sur un œil situé au-dessous, traitant, d’autre part, leurs rameaux secondaires en coursonnes fruitières.
Le Fuseau Nord-Hollandais : Densité et Rendement
Le fuseau nord-hollandais, introduit dans les années 60, est un système de conduite spécifique utilisé dans la culture des arbres fruitiers, notamment pour les pommiers. Les arbres sont taillés pour former une structure verticale étroite, ressemblant à un fuseau. La densité de plantation est élevée, ce qui permet d’obtenir un grand nombre d’arbres par hectare. La forme étroite favorise une meilleure utilisation des ressources, une exposition solaire optimale et une gestion efficace, ce qui contribue à une production régulière et de qualité des fruits. Les arbres sont taillés pour former une structure conique élancée, similaire à la forme d’un sapin. Ces arbres ont environ 2 mètres de haut avec une quinzaine de branches fruitières démarrant à hauteur de genou. En théorie, les branches de la base devraient être les plus robustes. Si les rameaux latéraux sont traités comme simples coursonnes ayant leur empattement sur la branche principale, la forme est appelée « colonne » si au contraire ces rameaux sont traités comme de petite branche secondaire partant elles-mêmes des coursonnes, la forme s’appelle alors « fuseau ». En ce cas, les plus basses de ces branches secondaires ne doivent pas atteindre une longueur définitive supérieure au cinquième de la hauteur totale de la forme. Cette forme s’applique surtout au pommier greffé sur Doucin.

Les Pommiers Columnaires : Compacité et Gain d'Espace
Les pommiers colonnaires sont des variétés spécialement sélectionnées pour leur croissance verticale et compacte. Ils peuvent facilement être contenus à une hauteur de 2 mètres. Leur croissance peu encombrante offre un gain d’espace précieux dans les jardins restreints. Les coursonnes (courts rameaux portant les fruits) s’insèrent de part et d’autre de la branche. Cependant, gardez à l'esprit que leur sélection variétale est limitée et que leur espérance de vie peut être plus courte que celle des pommiers traditionnels.
Le Choix et la Formation : Les Étapes Clés
Donner forme à un jeune scion pour le transformer en un arbre fruitier majestueux est bien plus qu'une simple technique. C'est un dialogue avec la nature, une invitation à façonner son jardin selon ses envies. Palmette élégante, demi-tige équilibrée ou haute-tige majestueuse : chaque forme raconte une histoire et promet des fruits abondants.
Le Scion : Le Point de Départ
Un scion est un jeune arbre greffé d’un an, plein de promesses. Pour choisir le bon, privilégiez un scion droit (dites 'baliveaux'), vigoureux et bien greffé. Pour former des arbres en basse-tige, demi-tige, palmette et gobelet, il nous faut une greffe basse et un porte greffe à vigueur réduite ou moyenne.
Le Rôle Crucial du Porte-Greffe
Le choix du porte-greffe est une étape fondamentale. Il est essentiel de réfléchir au choix du porte-greffe adapté à votre situation, car il influence directement la vigueur souhaitée de l’arbre adulte, la forme de sa couronne et sa hauteur à l'âge adulte.
La Plantation et l'Entretien Initial
« À la Sainte Catherine, tout bois prend racine » dit-on. Mais il ne faut pas se limiter au 25 novembre pour réussir une plantation d’arbres. Le trou de plantation doit être suffisamment grand. Au moment de la plantation, il faudra veiller à positionner l’arbre comme il l’était avant l’arrachage. Il est essentiel de veiller à ne pas planter les arbres trop près les uns des autres. C'est avec les tailles et les arcures qu'on arrive à faire une bonne formation des fruitiers, dans les règles de l'art. Arquer les charpentières est important pour garantir une bonne structure de départ et pour réaliser la forme fruitière choisie, car l'arbre ne pousse pas toujours comme on le voudrait. Une bonne formation initiale de l'arbre est donc cruciale.
L'Arcure : Une Technique Avancée
Ce système qui consiste à diriger l’arbre le plus horizontalement possible est basé sur l’aptitude à la fructification des formes horizontales et aussi sur l’aptitude de ces formes à émettre une végétation qui permet le remplacement des rameaux si cela est nécessaire. Utilisée par des spécialistes de la production fruitière, l’arcure exige une parfaite technique et ce procédé ne semble pas avoir son emploi dans le jardin d’amateur. La haie fruitière, type Lepage, est un exemple où l’arcure est pratiquée sur les branches charpentières elles-mêmes, le scion étant planté obliquement pour former avec le sol un angle de 45 ° ou 60°.
Le Plaisir de la Récolte et les Perspectives Futures
Malgré les efforts et l'attente, la récompense est souvent à la hauteur. Même si l'on désespère à l'idée de devoir attendre deux ans pour la première récolte, certains pommiers choisis peuvent déjà avoir quelques bourgeons à fleurs, offrant ainsi des fruits dès septembre et octobre. Le plaisir de récolter ses propres pommes est incomparable, même si l'on espère que les gourmands à quatre pattes ne les croqueront pas directement sur l'arbre.
Dans son ouvrage, "Encyclopédie des formes fruitières : Les modes de conduite : un métier, un art, une passion", Jacques BECCALETTO nous invite à un voyage fascinant à travers le monde des formes fruitières. Une multiplicité de formes plus ou moins complexes sont réalisables, et le fait de créer, de maîtriser, d’innover ou d’inventer des formes fruitières peut devenir un nouveau challenge unique dans un verger familial. Avec une quinzaine de formes fruitières palissées 2D et sept formes libres en construction, l'aventure de la création de vergers continue d'inspirer les passionnés.