Guy Prunier est un homme aux multiples facettes, dont le parcours se dessine à la croisée de l'engagement mémoriel, de la technique artisanale et de la passion dévorante pour le spectacle vivant. Sa vie, marquée par une curiosité insatiable et un besoin viscéral de partage, s'articule autour de deux axes majeurs : la sauvegarde de l'histoire du maquis de Mussy-Grancey et l'exploration poétique des mots à travers le conte.

Une jeunesse marquée par l'ombre de la guerre
Né en 1933, Guy Prunier est trop jeune pour avoir fait la guerre, mais celle-ci l’a marqué à jamais. Au cours de l’exode en juin 1940, sa famille passe devant un charnier dont la vision et l’odeur resteront gravées toute sa vie dans son subconscient. Les quatre années d’Occupation, quatre années d’incertitude, de peur, voire de terreur, sont encore vivaces dans son souvenir. Cette empreinte indélébile a forgé son rapport au monde et son dévouement ultérieur envers ceux qui ont résisté.
Après la guerre, la vie a repris son cours normal. Il est devenu électricien et s’est installé à Mussy-sur-Seine. Son entreprise marchait bien, il était toujours à la pointe de la technique et voit arriver les premières machines à laver, les premiers téléviseurs et les premières sonos. Avant, la sono se trouvait sur le tube Citroën de son entreprise. C’est ainsi que tout a commencé : les anciens du maquis sont venus le solliciter pour sonoriser les cérémonies commémoratives sur les lieux du maquis et au monument situé entre Mussy et Grancey. À l’époque, peu de gens possédaient des sonos fonctionnant sur batterie.
La quête de la mémoire : le maquis de Mussy-Grancey
Au fil des années, des liens se sont tissés. Aussi, les anciens maquisards ont-ils fini par le convier aux repas qu’ils organisaient après les cérémonies. Guy était très curieux de ce qu’ils avaient vécu. À cette époque-là, la guerre, l’Occupation avec ses compromissions étaient proches et les gens en parlaient peu. Le temps passant, les anciens maquisards se sont confiés à lui car ils se rendaient bien compte qu’il était passionné. Il a commencé à récolter, à noter les souvenirs des uns et des autres. Pour avoir un maximum d’informations, tous les ans, il changeait de table. Ainsi, il a pu recouper, compléter les informations qu’il recueillait. Il était et est toujours émerveillé devant l’organisation, digne d’une armée régulière, de ce maquis.

Arrivé à la retraite, il a commencé par aider son ami Jean Philippe, directeur d’école à la retraite, à organiser les visites du musée de la Résistance. Après un certain temps, il en savait assez pour donner des conférences. Il avait créé des cartes montrant les lieux du maquis, racontant l’attaque des 2 et 3 août 1944, et il aimait partager ses connaissances. Mais très vite, cela lui a semblé très étriqué, il voulait sortir du musée, que les gens se rendent compte in situ de ce qu’avait été le maquis et son évacuation, c’est là que l’idée des chemins de mémoire a germé. L’expression « chemins de mémoire », reprise par d’autres depuis, a été créée par Jean Philippe.
C’est Jean Philippe qui l’a mis en relation avec Roger Perrier, maquisard et grand marcheur, membre de la Fédération française de randonnée. Avec son aide, il a trouvé des itinéraires passant par les points intéressants, créé les circuits et balisé les chemins. De 2001 à 2019, il a organisé une randonnée « sur les pas des maquisards ». En plus, il a écrit un livre regroupant toutes ses connaissances sur le maquis Mussy-Grancey avec des photos d’époque et de quelques objets avec leur fonctionnement.
Reconnaissance et transmission in situ
C’est donc tout naturellement qu’il a été sollicité pour faire partie de l’équipe de pilotage de la rénovation du nouveau musée. En 2020, il n’a pas pu organiser de randonnée à cause du Covid et il n’a jamais repris après. Mais il tenait à célébrer l’évacuation du maquis et pendant trois ans, il a organisé un « pèlerinage laïque » au PC Montcalm, lieu qui était le cœur du maquis Mussy-Grancey.

Il a continué à participer à des salons, ce qui lui permettait de transmettre mais aussi de parfaire ses connaissances, et à sonoriser toutes les cérémonies : 11 Novembre, 8 Mai et bien sûr les commémorations au monument du maquis. Guy Prunier a reçu des mains de Pascal Juvenelle la croix du mérite et du souvenir Général-de-Gaulle. Cette distinction honorifique récompense un dévouement exceptionnel, des dizaines d’années à défendre, promouvoir, sauvegarder la mémoire des hommes et femmes du maquis de Mussy-Grancey.
L'art du conte : la musique des mots
Guy Prunier aime les mots, la musique des mots, les mots en musique et même la musique sans mots. Mais c'est avant tout le besoin de partager ses joies, ses espoirs et ses inquiétudes avec ses contemporains, adultes et enfants, qui le pousse sur les scènes les plus variées, des théâtres aux plus discrètes salles de village. Il s’inspire du répertoire traditionnel et n’hésite pas à glaner des contes de toutes origines pourvu qu’ils l’émeuvent, le surprennent et aiguisent sa curiosité. Il lui arrive aussi de puiser dans des œuvres littéraires ou d’écrire ses propres textes.
TV occitanie Helene Guers le conte et l'orature
« Je m’appelle Geppetto et je ne sors plus depuis que je suis dans le ventre de cette baleine. De toute façon, je ne sais pas nager. Pinocchio ne me donne pas de nouvelles. J’ai assez couru, j’attends. » Lorsque Geppetto se retrouva dans le ventre du monstre marin, il eut tout le loisir d’ouvrir le grand livre des pères et de chercher un papa exemplaire, un exemple à suivre. Pour Guy Prunier, le conte est une forme ouverte aux autodidactes. « Il est important d’arrêter le temps pour faire des choses inutiles… Quand j’ai commencé, je n’avais pas de modèle, pas de voie tracée. »
Explorer l'imaginaire et les mythes
Manipuler les mots, c’est un plaisir sans cesse renouvelé. Les enfants se régalent même avec des mots qu’ils ne comprennent pas. Le jeu prend le relais et soutient le sens. Quand la parole est l’outil d’un métier, on peut sans cesse en explorer toutes les possibilités. Le conteur est porteur et créateur d’images, d’idées nouvelles, il fait appel à l’imagination.
Dans ses spectacles, comme ceux revisitant la mythologie, il se glisse dans la peau de Zeus. Le pari est gagné : « Ils sont tous plus séduisants les uns que les autres et pourtant ils ne sont que deux ! » (avis d’une spectatrice enthousiaste). Aujourd’hui, plus personne ne croit en Zeus. Pourtant, si les dieux de l’Olympe ne sont plus aux affaires, les références à la mythologie sont fréquentes pour évoquer nos comportements quotidiens : Narcissique, Œdipien, supplice de Tantale, boîte de Pandore et talon d’Achille, sans oublier d’être médusé.
Vers un monde de partage et de création
Heureusement qu’il y a des méchants dans les histoires, sinon il ne se passerait pas grand-chose. On leur met tout sur le dos, on les punit sévèrement, ils perdent toujours et ne sont jamais invités au mariage du prince et de la princesse. Être ogre, sorcière, loup, monstre… Diable ! Rêvez, vous verrez !
Dans leur atelier, deux artistes se retrouvent pour préparer une fête en souvenir de Monsieur Kamishibaï, un vieux conteur calligraphe, montreur d’image et marchand de bonbon qu’ils ont connu dans leur enfance. Ils évoquent sa venue chaque soir, l’impatience des enfants, les histoires qu’il racontait. C’est l’histoire d’une petite cuillère unique qui s’ennuie parce que papa couteau et maman fourchette n’ont pas le temps de jouer avec elle. C’est l’histoire d’un premier jour d’école. C’est une histoire pleine de rencontres et de surprises. Guy Prunier continue ainsi, de scène en scène, d'inventer des ponts entre le passé et le présent, entre la rigueur de l'historien et la liberté du poète.