L'acte de grimper, qu'il s'agisse d'une façade d'immeuble pour sauver une vie ou de gravir les sommets les plus prestigieux de la planète, révèle une facette profonde de la nature humaine : la capacité de dépasser ses limites physiques face à l'urgence ou à l'accomplissement personnel. Cette exploration nous mène des rues de Paris aux falaises escarpées du Mali, en passant par les prouesses sportives en Tanzanie.

Les héros ordinaires : l’instinct de survie urbain
Le monde a été marqué, il y a quelques années, par l'acte héroïque de Mamoudou Gassama, un migrant malien alors en situation irrégulière qui a sauvé un enfant pendu à un balcon dans le 18e arrondissement de Paris. Ce jeune homme a ému des millions de Français en venant au secours d'un enfant dans le 18e arrondissement de Paris. Sans hésiter, il s'est précipité sur la façade de l'immeuble. À la force des bras, sous les encouragements des nombreuses personnes présentes sur place, Mamoudou Gassama a grimpé les étages un à un. D’une agilité déconcertante, le Malien ne met en effet que quelques secondes à grimper jusqu’à l’enfant en perdition au-dessus du vide.
Ce phénomène ne se limite pas aux frontières françaises. Moins d’un mois après l’acte héroïque de Mamoudou Gassama, un autre homme a été surnommé « Spiderman » en Chine. Accroché au quatrième étage d’un immeuble, un enfant a été secouru par Zhang Xin, devenu lui aussi un héros dans son pays. À Zhijian, dans la province du Hubei, un bon Samaritain qui passait dans le quartier a aperçu un jeune enfant en difficulté. Il était accroché à une grille qui protégeait l’une des vitres de son appartement, avec les pieds qui pendaient dans le vide. Zhang Xin n’a pas hésité à escalader la façade à mains nues, utilisant son expérience militaire pour mener à bien cette mission périlleuse.
La géographie de l’exploit : le Mali et ses sommets
Si l'escalade urbaine est une réaction spontanée au danger, la grimpe au Mali est une tradition séculaire, profondément ancrée dans le paysage et l'histoire. La région de Hombori, point culminant du Mali à 1155m, abrite des sites spectaculaires. Les massifs rocheux que nous allons visiter sont situés dans cette zone, peuplée de plusieurs groupes ethniques. Les Dogons, célèbres pour leurs villages perchés sur les pitons rocheux, ont utilisé ces hauteurs pour se protéger des razzias des tribus nomades.

Les conditions climatiques sont souvent défavorables à l’agriculture et à l’élevage. Pour se prémunir de ces conditions extrêmes, les Songhaïs et les Dogons ont fabriqué des greniers à mil sur des parois abruptes, pour y stocker des réserves en prévision des années de sécheresse, encore utilisés de nos jours et qui constituent également une curiosité touristique. Ces structures témoignent d'une ingéniosité humaine capable de s'adapter aux parois les plus verticales.
Parmi ces formations, la « Main de Fatima » occupe une place mythique. Dès notre arrivée dans le village de Daari, les habitants nous ont raconté une histoire fabuleuse. Privés d'eau et menacés de mort, ils ont connu le salut grâce à une femme, Fatima, qui, à mains nues, a escaladé cette énorme falaise de 600 mètres qui surplombe le village pour gagner une source. Avant de grimper sur « La Main de Fatima », il a fallu obtenir l'autorisation du chef du village. Le sommet paraissait inaccessible tant il était vertical.
L’alpinisme comme quête de reconnaissance
Au-delà de l'héroïsme de survie, la grimpe représente une discipline sportive où la persévérance féminine a souvent dû se frayer un chemin. Au moment où le ministre des sports s’apprête à décorer deux professionnels maliens de l’escalade, qui ont grimpé le Mont Kilimandjaro en 2012, nous avons un devoir de mémoire pour avoir publié en 2003, l’histoire de la première malienne à escalader cette montagne longue de 5 895 m d’altitude, au Nord Est de la Tanzanie.
La première malienne à grimper le Mont Kilimandjaro s’appelle Oumou Saïdou Guindo. Le 27 novembre 2003, à l’âge de 17 ans, elle obtenait ainsi le premier certificat délivré à un Malien par Kilimandjaro National Parc de Tanzanie. Cette prouesse réussie par notre compatriote, une fierté nationale, a fait l’objet d’article de presse d’un journal malien. Au moment où les deux hommes seront décorés, les ministres de la Culture et du Tourisme sont interpellées sur le succès d’une autre brave femme qui a, elle aussi, réussi à escalader le toit de l’Afrique. Elle détient à cet effet un certificat délivré par les autorités touristiques de Tanzanie depuis 2003, assenant ainsi la preuve, s’il en était besoin, qu’elle pouvait réussir là où ses compatriotes hommes et d’autres, vont réussir près d’une décennie après elle.
Sur les routes du thé d'exception : de l’Afrique à l’Himalaya 🌏🌿 | Trésors du Patrimoine
L’expérience partagée : le quotidien des grimpeurs
La pratique de l'escalade dans des régions reculées comme le Mali transforme le rapport au temps et à la communauté. Nous sommes arrivés à Garmi, au pied de la Main de Fatma, après un voyage en 4×4 à travers la savane du Burkina-Faso et du Mali. Chacun s’installe dans les cases de paille ou de pierres sèches à l’intérieur du camping de Mariama. Il y a également une construction centrale où peuvent se prendre les repas en commun, et, à l’extérieur, une table et des sièges en bois pour prendre un verre, papoter ou manger.
Chaque soir les projets d’escalades ou de randonnées du lendemain sont décidées sur base des conseils de Salva, pour déterminer l’heure du lever et du déjeuner en fonction de l’horaire supposé de grimpe, de l’orientation, de l’évolution de l’ensoleillement, de la forme ou méforme de chacun. Les journées finissent autour du repas collectif, toujours délicieux, préparé par l’équipe de cuisine, pour certains après une fin de voie « à la frontale », lorsque l’itinéraire aura réservé quelques surprises.
La nuit tombe vite dans cette région. En général les dernières lueurs du jour disparaissent vers 7h. En partageant le quotidien de ces gens, on se rend compte à quel point la chance de vivre dans des conditions différentes est une perspective relative. Malgré nos différences, la montagne et les valeurs de la nature réunissent les individus. Chacun de nous a reçu quelque chose de l'autre, transformant de simples expéditions en véritables échanges culturels, comme le montre le film « La Main de Fatima » qui a permis d'installer un puits dans le village de Daari.

L’engagement total : quand la grimpe devient un mode de vie
Que ce soit pour sauver un enfant en danger ou pour atteindre un sommet symbolique, la grimpe exige une mobilisation totale des sens et des muscles. Lors de l'acte de Mamoudou Gassama, le temps s'est figé. « Je ne pensais pas aux risques. Je suis monté pour le sauver. » Cette phrase résume l'état de flow, cette concentration extrême où l'individu ne fait plus qu'un avec la paroi, qu'il s'agisse de briques parisiennes ou de grès malien.
Les conditions de vie des familles, comme celle découverte par la police chinoise lors du sauvetage de l'enfant, soulignent que l'escalade est souvent une réponse à des environnements non sécurisés ou hostiles. Dans le cas de la Main de Fatima, c'est la survie même du village qui a dicté l'ascension initiale. Ces récits, qu'ils soient urbains ou ruraux, rappellent que l'escalade, loin d'être un simple sport, est une réponse fondamentale aux défis que la vie place sur notre chemin. La verticalité n'est plus alors un obstacle, mais le seul chemin possible vers la résolution d'une crise ou l'accomplissement d'un rêve.
tags: #incroyable #malien #grimpe