Les diptères : acteurs méconnus et indispensables de la pollinisation

Les écosystèmes, nos cultures et notre alimentation dépendent étroitement des pollinisateurs sauvages. Les pollinisateurs sont les animaux transportant les grains de pollen d’une fleur à une autre permettant leur fécondation. Sur 260 000 plantes à fleurs (les angiospermes) connues sur Terre, on estime que 70 à 80% d’entre elles dépendent de la pollinisation animale pour leur fécondation. S’ils disparaissaient, nous ne pourrions pas vivre sans eux. Malheureusement, une grande partie des insectes est aujourd’hui menacée de disparition en raison de l’emploi massif de pesticides en agriculture. On peut parler d’un effondrement des populations d’insectes car en 30 ans, près de 80% d’entre eux ont disparu en Europe selon une étude réalisée en Allemagne en 2017.

Schéma illustrant le processus de pollinisation entre les étamines et le pistil d'une fleur

La zoogamie : une coopération écologique fondamentale

La pollinisation est une étape importante de la vie d’une plante. Elle consiste au transport des grains de pollen entre les organes de reproduction mâle appelés étamines vers les organes femelles (pistils) de la fleur. Le transport des gamètes mâles vers les gamètes femelles peut être aérien, grâce au vent, on parle d’anémophilie. Ce mode de transport concerne environ 20% des plantes à fleurs. Pour la majorité des autres plantes (80%), le pollen est transporté par les insectes : les plantes sont alors appelées entomophiles.

Les insectes sont attirés par les corolles richement colorées et par l’odeur des fleurs. Les fleurs émettent différentes substances volatiles chimiques, sucrées, fruitées, épicées… qui attirent différents insectes. C’est en butinant qu’ils collectent sur différentes parties du corps, avec leurs poils, sur la tête ou les pattes, le pollen. En visitant une autre fleur de la même espèce, ils les fécondent involontairement.

Les diptères : au-delà des préjugés

Si l’on pense souvent à l’abeille domestique Apis mellifera quand on évoque la pollinisation, elle est loin d’être la seule espèce concernée. Les diptères, qui regroupent les mouches, les moustiques et les syrphes, représentent environ 1/3 des pollinisateurs. Le nom de cet ordre vient du grec « di » (deux) et « pteron » (aile), signifiant qu’ils ne possèdent qu’une seule paire d’ailes fonctionnelle, la seconde étant transformée en balanciers leur conférant une stabilité remarquable en vol, leur permettant notamment d’effectuer des vols stationnaires.

Les diptères sont des insectes dont les adultes ont une paire d’ailes et deux micro-balanciers. Leurs yeux sont proéminents et sont souvent situés sur le dessus de la tête. Avec plus de 100 000 espèces recensées dans le monde, ces insectes sont bien plus complexes qu’on ne le croit. Dans les zones géographiques où le climat est plus froid, en altitude ou dans les hautes latitudes, la pollinisation est en majorité réalisée par les mouches. Les petites fleurs sont en particulier pollinisées par les diptères.

Photographie macro d'un syrphe en vol stationnaire au-dessus d'une fleur

Les syrphes : les champions du mimétisme et de la régulation

La famille des Syrphidae, ou syrphes, représente une part importante des diptères pollinisateurs. Pour se protéger des prédateurs, certains diptères présentent des caractères physiques similaires aux abeilles et aux guêpes (rayures, poils). Cette ressemblance, ou mimétisme, est parfois tellement flagrante qu’on les confond aisément avec leurs cousines, bien qu’ils ne possèdent aucun dard.

Leur rôle est double : les adultes sont d’excellents pollinisateurs, tandis que leurs larves sont de précieuses auxiliaires pour le jardinier car elles se nourrissent de pucerons. Certaines larves de syrphes peuvent consommer de 50 à 150 espèces de pucerons différentes. D’autres diptères, comme les Asilides (mouches à moustache), sont de redoutables chasseurs d’insectes nuisibles, s’attaquant même à des proies plus grandes qu’eux.

Diversité des stratégies de butinage

Parmi les mouches mieux outillées, les bombyles sont particulièrement bien adaptés car ils possèdent une trompe très longue, leur permettant d’aspirer le nectar d’un grand nombre de fleurs. Recouverts de longs poils, ils ressemblent à des bourdons et sont des attrape-pollens très efficaces.

Certaines fleurs ont développé des stratégies étonnantes pour attirer ces insectes. Si beaucoup misent sur des parfums doux, d’autres utilisent la sapromyophilie : elles imitent l’odeur de la chair en décomposition ou des excréments pour attirer des mouches attirées par ces substances. Ces fleurs trompent les insectes, parfois en les piégeant, pour assurer leur pollinisation.

Menaces pesant sur les pollinisateurs sauvages

La quantité d’insectes a fortement diminué ces 30 dernières années. Les principales causes identifiées sont :

  • Les pratiques agricoles intensives : monocultures appauvrissant la diversité florale et usage massif de pesticides.
  • La destruction des habitats naturels : artificialisation des sols, construction de routes, zones industrielles ou urbanisées.
  • Les changements climatiques : sécheresse, pluies abondantes et épisodes météorologiques extrêmes.
  • Les collisions : avec les trains et les voitures.
  • Les espèces envahissantes et maladies : comme le frelon asiatique ou l'acarien Varroa destructor qui impacte la santé des abeilles.

Le Rôle Essentiel des Abeilles Européennes : Protéger Nos Pollinisateurs | Documentaire Nature

Agir pour préserver les pollinisateurs au jardin

Pour limiter le déclin des pollinisateurs sauvages et favoriser leur venue au jardin, il est essentiel de leur proposer le gîte et le couvert :

  • Ne pas employer de produits chimiques : herbicides, pesticides et engrais sont proscrits.
  • Laisser des bandes herbeuses et fleuries : ne pas tondre au printemps et en été pour permettre aux insectes de trouver de la nourriture dès la sortie de l'hibernation.
  • Maintenir des petits habitats : tas de bois, de feuilles ou de pierres servent de refuges.
  • Installer des gîtes : fabriquer des abris pour les abeilles solitaires ou les coccinelles.
  • Fournir des points d'eau : des abreuvoirs ou petites mares permettent de combler les besoins des insectes, oiseaux et amphibiens.

Il est important de noter qu'une concurrence existe parfois entre les abeilles sauvages et l’abeille domestique. L’installation massive de ruches, notamment en ville, peut nuire aux pollinisateurs sauvages en occupant les ressources florales. Un équilibre est à trouver pour protéger l'ensemble de la biodiversité. En préservant les fleurs sauvages et en maintenant les petits habitats, nous permettons à ces insectes, souvent considérés comme de simples nuisibles, de continuer à assurer leur mission vitale de pollinisation, garantissant ainsi la reproduction des plantes et la survie de nos écosystèmes.

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