Les Insectes Pollinisateurs et la Verveine : Un Ballet Essentiel pour la Biodiversité

Abeille butinant une fleur de verveine

Les insectes pollinisateurs sont des acteurs discrets mais fondamentaux de la vie sur Terre. Sans leur ballet incessant de fleur en fleur, nos écosystèmes seraient bouleversés et notre alimentation gravement compromise. Ces petits auxiliaires ailés sont les garants de la reproduction de plus de 80 % des plantes à fleurs, assurant ainsi la fécondation, la production de fruits, de graines et, in fine, la survie de nombreuses espèces, y compris la nôtre. Le jardinier le sait bien : les insectes pollinisateurs sont essentiels pour la reproduction des plantes. Sans eux, pas de pollinisation, pas de fruits, pas de graines.

Si certaines plantes sont pollinisées par le vent (plantes anémogames), la plupart d'entre elles le sont, entièrement ou en partie, par les insectes (plantes entomogames) qui viennent butiner pour se nourrir, et transportent ainsi involontairement les grains de pollen d'une fleur à une autre. Ce sont donc grâce à eux que ces fleurs sont fécondées et que la production de fruits et de graines peut avoir lieu. En clair, sans insectes pollinisateurs, pas de pollinisation pour de nombreuses plantes : on estime que la survie de 70 à 80% des plantes à fleurs dans le monde dépend des insectes. D'où l'intérêt de mieux les connaître pour mieux les protéger.

Le mécanisme de la pollinisation : un transfert vital

Un insecte pollinisateur est un insecte qui, en butinant les fleurs pour se nourrir de nectar ou de pollen, transporte involontairement du pollen d’une fleur à l’autre. Ce transfert permet la fécondation des plantes à fleurs, un processus indispensable à la production de graines et de fruits. Lorsqu’un insecte se pose sur une fleur, il entre en contact avec les organes reproducteurs de celle-ci. Le pollen, produit par les étamines (partie mâle), se colle à son corps. En se déplaçant vers une autre fleur, il dépose ce pollen sur le pistil (partie femelle), permettant ainsi la fécondation. Ce mécanisme naturel est appelé pollinisation entomophile, car il dépend des insectes.

Il n’est pas toujours simple de déterminer si un insecte posé sur une fleur va jouer un rôle dans la pollinisation. On distingue les insectes floricoles des insectes pollinisateurs. Tous les insectes qui fréquentent les fleurs pour se nourrir de nectar ou de pollen sont dits floricoles. Ce faisant, en passant d’une fleur à une autre, certains insectes transportent involontairement du pollen et assurent ainsi la pollinisation. Un même insecte peut être pollinisateur d’une espèce de plante et floricole pour une autre. Comme sa langue est courte, il ne peut pas accéder au nectar de certaines fleurs trop profondes. Il lui arrive donc de « tricher » en faisant un trou à la base de la fleur pour prélever le nectar. Dans ce cas, il n’assure plus la pollinisation puisqu’il n’est pas en contact avec les étamines et le pistil !

L'importance capitale des pollinisateurs pour notre monde

Sans les insectes pollinisateurs, notre monde serait tout simplement méconnaissable. Leur contribution dépasse largement le simple butinage : ils sont au cœur de l’équilibre écologique et alimentaire. Environ un tiers de ce que nous mangeons dépend directement de la pollinisation. Au-delà de l'alimentation humaine, les insectes pollinisateurs sont essentiels pour la reproduction des plantes sauvages, qui nourrissent à leur tour les animaux herbivores. Ils garantissent le maintien de la biodiversité florale et la stabilité des écosystèmes, qu'il s'agisse de forêts, de prairies, de haies ou de zones humides. Ils permettent donc à toute la chaîne alimentaire de tenir debout. Près de 85 % des plantes à fleurs sont pollinisées par des animaux, le transfert du pollen par le vent (anémophilie) ou l’eau (hydrophilie) étant plus rare. Pour attirer les pollinisateurs, la fleur développe des stimuli attractifs (couleur, odeur, forme) et des récompenses, principalement nutritives. La plupart des pollinisateurs sont en quête de nourriture, en général du nectar et parfois du pollen.

D’après les traces fossiles, la pollinisation des plantes se serait mise en place 60 millions d’années (Ma) avant l’apparition des plantes à fleurs. Des fossiles de mouches-scorpions (Panorpidées), datant de 200 Ma, ont été découverts, pollinisant des cônes de gymnospermes montrant déjà des adaptations pour l’attraction des insectes. Les plantes à fleurs sont ainsi apparues alors que des insectes visitant les structures reproductrices des plantes existaient dans l’environnement. Le plus vieux pollinisateur fossile d’une angiosperme décrit est un thrips, couvert du pollen de Ginkgo, daté de 105-110 Ma.

Diagramme des principaux ordres d'insectes pollinisateurs

Les différents acteurs de la pollinisation : une diversité insoupçonnée

Lorsque l'on évoque les insectes pollinisateurs, l'abeille et le bourdon viennent immédiatement à l'esprit. Et pour cause : ce sont les champions incontestés de la pollinisation, à la fois efficaces, endurants et indispensables. Mais ils ne sont pas les seuls. Les insectes pollinisateurs appartiennent principalement à 4 grands ordres, bien qu'il existe environ 260 000 espèces d’angiospermes décrites à l’heure actuelle et plus de 130 000 espèces d’animaux visitent leurs fleurs.

Les Hyménoptères : les travailleurs acharnés

Cet ordre vaste, qui compte 8000 espèces en France, regroupe de nombreux pollinisateurs comme les abeilles, les guêpes, les bourdons, ou encore, de manière plus inattendue, les fourmis.

  • L'abeille domestique (Apis mellifera) et les abeilles sauvages : C'est le premier insecte pollinisateur des jardins. Qu'il s'agisse de l'abeille domestique qui produit le miel ou des abeilles sauvages comme l'abeille charpentière, ces hyménoptères raffolent des plantes à fleurs comme le mimosa, le laurier, le romarin ou la bruyère. On en compte près de 1000 espèces en France qui sont gravement menacées avec un taux d’extinction « 100 à 1000 fois plus élevé que la normale », selon l’ONU. Une abeille est capable de butiner le pollen de 250 fleurs par heure en stockant, sur une seule patte, environ 500 000 grains de pollen ! L'abeille domestique est l’insecte pollinisateur le plus connu et le plus étudié. L'abeille est plus fine, vit en colonie durable, et est spécialisée dans certaines fleurs. Espèce la plus évoluée de toutes les abeilles, elle forme des colonies comptant jusqu’à 80000 individus.

  • Le bourdon : Autre hyménoptère bien connu parmi les insectes pollinisateurs, le bourdon, appartenant à la famille des apidés comme les abeilles, est un gros costaud poilu du jardin. Le bourdon terrestre (Bombus terrestris) et le bourdon des jardins (Bombus hortorum) sont deux bourdons communs en Europe. Moins connu du grand public, le bourdon est pourtant plus résistant au froid, actif dès le début du printemps, voire en hiver dans certaines régions. Il est d’ailleurs beaucoup plus trapu, sa taille étant de 7 à 32 mm selon qu’il s’agit d’une ouvrière, d’un mâle ou de la reine. Le bourdon est effectivement un insecte social qui vit en petite colonie, fondée en avril par une jeune reine ayant hiverné dans le sol. En août, le groupe peut compter jusqu’à 150 individus. Également en déclin, les bourdons se nourrissent du nectar des fleurs et récoltent le pollen pour leurs larves. Le bourdon est plus gros, poilu, actif par temps froid, et capable de pollinisation par vibration (utile pour les tomates, par exemple). Reconnaissable à son derrière tout blanc, le bourdon terrestre est l’un des plus communs du jardin et l’un des plus précoces. Abeilles et bourdons sont complémentaires : là où l’une est spécialiste, l’autre est généraliste.

  • La guêpe : Toujours parmi les hyménoptères, la guêpe s’avère être un excellent insecte pollinisateur. Outre ses rôles de prédateur de nuisibles et de décomposeur de cadavres d’insectes, la guêpe participe à la multiplication des plantes à fleurs. Les guêpes adultes se nourrissent essentiellement de sucre (nectar, fruits, etc.) tandis que leurs larves carnivores se nourrissent de chenilles, pucerons ou cochenilles. Elles constituent ainsi d’excellentes auxiliaires du jardin. Toutes les guêpes ne participent pas à la pollinisation : ce sont généralement les mâles qui se chargent de la récolte du fameux nectar. Le figuier est, d’ailleurs, pollinisé par des guêpes spécifiques appelées Agaonides. Les guêpes sont indispensables pour les figuiers. La guêpe du figuier, nommée guêpe agaonidae, joue le rôle de livreuse de pollen. Elle permet ainsi à l’arbre de réaliser son cycle reproductif en totalité.

  • La fourmi : Encore plus étonnant que la mouche, la fourmi constitue aussi un insecte pollinisateur, même si son rôle est plus anecdotique que l’abeille. Plus précisément, 16 espèces de cet hyménoptère de la famille des Formicidés récoltent le nectar des fleurs. Les deux paires d’ailes caractéristiques de l’ordre des hyménoptères sont absentes chez la fourmi ouvrière (qui est stérile) mais visibles chez les reines et les mâles, en période de reproduction. Outre son rôle de pollinisateur, la fourmi est une formidable prédatrice de larves, chenilles et autres nuisibles du jardin. Bien que non spécialisée dans la pollinisation, la fourmi peut parfois transporter du pollen lorsqu’elle explore les fleurs. Son rôle est controversé. Elle peut parfois transporter du pollen en marchant sur les fleurs, mais son efficacité est très faible.

Les Lépidoptères : les messagers élégants des fleurs

Ce sont les papillons. En France, on compte 5200 espèces de papillons, la plupart d'entre elles (1950) étant, contre toute attente, des espèces nocturnes. Les papillons de nuit et les papillons de jour se nourrissent généralement du nectar des fleurs. Appartenant à l’ordre des lépidoptères, les papillons constituent également de précieux insectes pollinisateurs. Ils déroulent leur longue trompe afin de récolter le nectar au cœur de la fleur, participant ainsi à la reproduction sexuée des plantes à fleurs. En effet, lors de cette dégustation savoureuse, le papillon recueille, sans le vouloir, du pollen sur sa trompe et les poils de son corps. Celui-ci va se déposer sur une autre fleur qu’il va butiner, permettant sa fécondation. Tous les papillons ne sont pas des pollinisateurs mais certains sont de véritables champions de la pollinisation comme le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum), le Machaon (Papilio machaon) ou l’Argus bleu (Polyommatus icarus). Les papillons, qu’ils soient de jour (rhopalocères) ou de nuit (hétérocères, dont les mites), visitent régulièrement les fleurs pour se nourrir de nectar. Oui, surtout pour les fleurs profondes qu’il atteint grâce à sa longue trompe. Des papillons ou lépidoptères on en connaît plus de 160 000 espèces dans le monde, dont plus de 5 500 en France métropolitaine. Les plus connus sont les papillons dits « de jour » qui ne comprennent que 250 espèces en métropole. Les autres espèces, souvent plus discrètes, sont dites « de nuit » même si certaines vivent le jour.

Les Diptères : les mouches déguisées

Les mouches, mais aussi les syrphes et les bombyles font partie de cet ordre qui compte 8000 espèces en France. Ces insectes se nourrissent de pollen et de nectar. Souvent de petite taille, ils pollinisent les petites fleurs, délaissées par les insectes de plus grande taille qui sont attirés par des fleurs plus imposantes. Les diptères se caractérisent par le fait que la deuxième paire d’ailes est remplacée par des balanciers, organes qui interviennent comme des stabilisateurs du vol.

  • Le syrphe : Appartenant à l’ordre des diptères (comportant une seule paire d’ailes), le syrphe est parfois confondu avec l’abeille ou la guêpe compte tenu de ses couleurs jaunes et noires. Cependant, il est plus petit et, à coup sûr, reconnaissable par son vol stationnaire autour des fleurs. Insecte pollinisateur, le syrphe se nourrit, notamment, du nectar et du pollen du pissenlit, du coquelicot, de la carotte sauvage et de la pâquerette. C’est également un ami du jardinier puisque c’est un prédateur de pucerons, au stade larvaire. Une larve peut consommer 400 à 700 pucerons durant les 10 jours de sa croissance. Avec son apparence rayée jaune et noire, le syrphe est souvent pris à tort pour une guêpe. Non ! Le syrphe est une mouche totalement inoffensive. Il imite les couleurs de la guêpe pour se protéger, mais il ne pique pas. Parmi les espèces de diptères floricoles, on retrouve les syrphes qui sont des mouches qui ressemblent pour certains à de petites guêpes et sont capables de faire du vol sur place. Ces grosses mouches sont très souvent nombreuses sur les fleurs. Elles ressemblent bien souvent à des abeilles voire à des bourdons. Inoffensives, ces diptères sont d’excellents pollinisateurs.

  • La mouche : Autre insecte de l’ordre des diptères dont on ne soupçonnerait pas le rôle de pollinisateur : la mouche ! Comme les syrphes, certaines mouches butinent et consomment le pollen et le nectar des fleurs. Il s’agit des mouches de la famille des muscidés dont fait partie la mouche domestique (Musca domestica). Cette famille comprend près de 5000 espèces, souvent bénéfiques au jardin car certaines interviennent dans la décomposition des déchets organiques, dans la pollinisation ou sont de redoutables prédatrices de pucerons et moustiques. Ce sont des mouches qui évoluent de fleurs en fleurs.

Les Coléoptères : les pollinisateurs de l'ombre

Ce sont tous les insectes "à carapace", type scarabées, gendarmes ou coccinelles. Parmi les 10.000 espèces de cet ordre, certaines vivent sur les fleurs, qu'elles pollinisent éventuellement, mais avec relativement peu d'efficacité. Ces insectes gourmands consomment en effet les étamines et le pollen et ne rendent donc pas forcément beaucoup service à la plante. Plus de 5000 espèces en France, ils sont aussi d’excellents pollinisateurs à l’état d’adulte. En revanche, la chenille est consommatrice de plantes. Les coléoptères sont des insectes qui se distinguent par leurs ailes antérieures dures et rigides appelées élytres. Elles forment une carapace qui protège l’abdomen et les ailes postérieures membraneuses. Les coléoptères consomment souvent les étamines et le pollen : ils sont généralement des pollinisateurs peu efficaces par rapport aux autres groupes d’insectes floricoles.

  • La cétoine dorée : Certains coléoptères constituent également d’excellents insectes pollinisateurs. C’est, notamment, le cas de la cétoine dorée. Vous reconnaîtrez ce petit scarabée à sa couleur vert métallisé aux reflets dorés. Tandis que la cétoine adulte apprécie le nectar, le pollen et les pétales de fleurs, ses larves s’avèrent de grosses consommatrices de matières végétales mortes qu’elles décomposent. La larve de cétoine ne doit pas être confondue avec la larve de hanneton qui détruit les végétaux. La cétoine dorée est particulièrement utile au jardin. Vous aurez peut-être le plaisir de l’apercevoir autour de vos roses dont elle raffole. Parmi les coléoptères pollinisateurs, citons la cétoine dorée (dont la larve est très fréquente dans les bacs à compost), mais aussi la trichie commune ou encore l'oedemere noble, que l'on aperçoit très souvent sur les fleurs.

D'autres animaux pollinisateurs

Pour polliniser les fleurs, il faut généralement pouvoir voler de fleur en fleur. Outre les insectes, d'autres animaux ailés se nourrissent de nectar ou de pollen et contribuent à la pollinisation : certains petits oiseaux exotiques (colibri), ainsi que quelques espèces de chauve-souris. Enfin certains vertébrés (reptiles, oiseaux, primates) participent aussi au processus.

  • La pollinisation par les vertébrés : La pollinisation par les oiseaux ou ornithophilie se rencontre dans 500 genres de plantes (Protea, Banksia …). Les oiseaux mouches (300-350 espèces, Trochilidées) pratiquent un vol stationnaire devant les fleurs afin de prélever le nectar et polliniser les fleurs alors que les autres espèces d’oiseaux (~ 600 espèces, 9 familles), telles que les souimangas (Nectariniidés), se perchent directement sur la plante. La pollinisation par les chauves-souris ou chiroptérophilie concerne 500 genres de plantes. Baobab africain, l’Agave américain qui sert à produire le Mezcal, ou le bananier (Musa) en Asie sont aussi pollinisés par ces mammifères. Certains primates, marsupiaux et rongeurs (environ 60 espèces) assurent la pollinisation de près de 85 espèces végétales réparties dans 19 familles comme des Protéacées (Banksia, Protea), des Myrtacées, des Bombacacées (Pseudobombax) ou des Melastomatacées (Blakea). Ces genres sont aussi pollinisés par des oiseaux ou chauves-souris. Les principaux caractères floraux d’espèces d’un même genre varient selon le type de pollinisateur soulignant l’adaptation florale au comportement et à la morphologie du pollinisateur. Sur certaines îles et îlots, des fleurs comme Phormium tenax (Xanthorrhoéacées) en Nouvelle Zélande, Trochetia blackburniana (Malvacées) à l’ile Maurice, ou Euphorbia dendroides (Euphorbiacées) aux Baléares sont pollinisées par des lézards ou des geckos.

Pourquoi les abeilles sont-elles importantes pour la planète ?

Critères d'un pollinisateur efficace : le casting idéal

Pour être un pollinisateur efficace, il faut réunir plusieurs qualités :

  • Un rendement élevé : L'insecte idéal doit visiter un maximum de fleurs en une journée. Le nombre de fleurs butinées par un insecte en 24h est fonction de ses habitudes alimentaires : s'il se nourrit exclusivement de nectar, comme le font les papillons, son seul moyen de trouver sa nourriture sera de butiner sans relâche de nombreuses fleurs. Le "score" est encore meilleur si les larves sont également dépendantes des fleurs : ainsi, chez les abeilles, tous les individus, larves et adultes, ont un régime alimentaire entièrement inféodé aux fleurs (nectar, pollen, miel). Pour nourrir tout ce petit monde, il faut butiner, butiner… d'où le rôle essentiel des abeilles dans la pollinisation.

  • Une fidélité sélective aux fleurs d'une espèce : Idéalement, l'insecte pollinisateur idéal doit être sélectif, c'est-à-dire préférer les fleurs d'une espèce donnée. Un insecte qui butine une fleur de cerisier, puis une fleur de pissenlit, et enfin une fleur de pâquerette ne pollinisera rien du tout ! En revanche, s'il a l'habitude de butiner essentiellement les fleurs de cerisier, là, la pollinisation est efficace.

  • Un corps poilu : Plus l'insecte est poilu, mieux il accroche les grains de pollen en se frottant aux étamines, pour les transporter d'une fleur à l'autre. Abeilles, bourdons, bombyles, trichies, papillons, mouches : ces insectes ont un corps couvert de poils. On a tous l'image d'un bourdon "saupoudré" de pollen en s'envolant d'une fleur !

Coévolution entre plantes et pollinisateurs : des millions d'années d'adaptation

Ces interactions illustrent toute l’ingéniosité du vivant, notamment à travers la spécialisation des fleurs en réponse aux visites du pollinisateur particulièrement abondant et/ou efficace. Les exemples de coévolution les plus extrêmes sont ceux qui impliquent une interaction de pollinisation obligatoire (chaque partenaire dépend de l’autre pour sa survie), souvent spécifique (une espèce de plante - une espèce de pollinisateur) et accompagnée d’adaptations morphologiques, comportementales ou physiologiques. Ce phénomène a été décrit chez les figuiers (Moracées), les yuccas (Agavacées), le palmier nain (Arécacées), etc., tous pollinisées par des insectes. Ainsi les yuccas sont spécifiquement pollinisés par des teignes nocturnes (papillons du genre Tegeticula), qui ont développé des appendices sur leurs palpes maxillaires permettant de collecter et compacter le pollen.

Dans le cas des figuiers, chaque différentiation d’une nouvelle espèce entraîne la différentiation d’une nouvelle espèce de guêpe pollinisatrice associée, toutes deux affiliées à l’espèce « mère ». Dans le cas des Aracées il a été montré qu’au cours de l’évolution de cette famille le type de pollinisateur a changé plusieurs fois (abeilles, mouches et coléoptères) et que chaque changement s’est accompagné de modifications florales. Si la pollinisation représente un service écosystémique pour une grande partie de nos productions agricoles (service gratuit rendu par la nature), n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’interactions plantes-insectes qui évoluent depuis plus de 105 Ma avec des adaptations continuelles et des processus de diversification créateurs de biodiversité.

Pour attirer les pollinisateurs, la fleur développe des stimuli attractifs (couleur, odeur, forme) et des récompenses, principalement nutritives. Les insectes sont attirés par les couleurs des fleurs, pour la forme et les informations portées par le découpage et l’ornementation des pétales. Les pétales sont également ornementés de lignes, de taches, de points qui servent à guider l’insecte vers le nectar ; on parle d’ailleurs de guides nectarifères. Enfin, les insectes sont attirés par l’odeur des fleurs qui peut être agréable ou désagréable à nos sens.

L'intervention humaine dans la pollinisation

Résultat d’une longue coévolution, les plantes confient leur pollen à des auxiliaires (vent, insectes etc.) indispensables à leur multiplication. L’homme prend sa part dans ce système, surtout quand ce service résulte en une augmentation de la production d’une ressource alimentaire.

  • Les palmiers dattiers (Phoenix dactylifera), plantes dioïques, sont pollinisés naturellement par le vent et quelques insectes. La production qui résulte de cette pollinisation est insuffisante quand les dattes font partie de l’alimentation de base d’une population. La pratique de pollinisation manuelle, d’abord mentionnée dans les textes cunéiformes de la ville d’Ur en Mésopotamie (- 2300), aurait été introduite en Égypte au moyen-empire. Cette technique reste pratiquée actuellement dans les oasis du sud méditerranéen, tandis que les palmeraies industrielles bénéficient de méthodes mécaniques de propulsion du pollen.

  • Le pistachier (Pistacia vera), autre plante dioïque, serait à l’origine d’un mémoire de Vaillant (1717) sur la sexualité des plantes qui fut utilisé par Linné pour sa classification. Vaillant avait réussi à faire fructifier un pistachier parisien en secouant, à proximité, une branche fleurie du pistachier du Muséum. Le pistachier est naturellement pollinisé par le vent et, pour peu qu’on mette dans le verger un nombre de pieds mâles suffisants et bien orientés, il ne devrait pas y avoir de problème. Or les fleurs mâles s’épanouissent souvent avant les fleurs femelles. Il faut donc compenser par une pollinisation manuelle ou, mieux, choisir des variétés mâles et femelles ayant des floraisons concordantes.

  • La vanille (Vanilla planifolia) nécessite une pollinisation manuelle dans les pays où elle est produite (Madagascar, Indonésie, Réunion …). Cette orchidée, originaire du Mexique, est naturellement pollinisée par une petite abeille du genre Melipona mais son efficacité est réduite (<1% de fleurs fécondées). En l’absence de ce pollinisateur spécifique et/ou pour augmenter les rendements, les hommes, copiant les insectes, se sont érigés en vecteur de pollen. Les astuces techniques mises en œuvre depuis le XIXe siècle, lui permettent de féconder jusqu’à 2 000 fleurs par jour.

  • Les pommiers sont normalement pollinisés par des abeilles. Aujourd’hui, en Chine, la diminution dramatique des pollinisateurs, due à l’utilisation massive d’insecticides, oblige l’homme à jouer les abeilles s’il veut encore récolter des pommes.

Les menaces qui pèsent sur les pollinisateurs

Les insectes pollinisateurs sont indispensables à la vie, mais leur survie est en danger. Depuis plusieurs décennies, les populations d’insectes pollinisateurs s’effondrent à une vitesse alarmante. L’abeille n’est que la partie visible de l’iceberg : bourdons, syrphes, papillons… tous sont concernés. Les pollinisateurs disparaissent pour des raisons multiples, souvent liées à l’action humaine.

  • Pesticides et produits phytosanitaires : Les néonicotinoïdes, insecticides neurotoxiques, affectent gravement le système nerveux des pollinisateurs. Premières victimes des pesticides, ces précieux insectes peuvent être aidés par la plantation de fleurs mellifères au jardin.

  • Monocultures et agriculture intensive : Les grandes étendues de cultures uniformes (maïs, colza, tournesol…) offrent peu de nourriture diversifiée aux insectes.

  • Urbanisation et destruction des habitats : L’extension des villes, routes, zones industrielles détruit les haies, prairies fleuries, bords de chemins… autant de refuges naturels essentiels pour les insectes. Comme des habitats plus traditionnels ont été réduits, le rôle des jardins comme refuges pour les pollinisateurs et d'autres faunes et flores sauvages grandit en importance.

  • Réchauffement climatique : Les saisons deviennent imprévisibles : printemps trop secs, étés caniculaires, hivers sans repos végétal… Les plantes et les insectes ne sont plus synchronisés.

Comment favoriser les insectes pollinisateurs dans son jardin ?

La bonne nouvelle est que chacun peut agir, à son échelle, pour favoriser la survie des insectes pollinisateurs. Qu’il s’agisse pour vous de jardiner responsable en respectant la biodiversité ou de favoriser la floraison de vos plantes, toutes les raisons sont bonnes pour accueillir abeilles, bourdons, papillons et autres insectes butineurs.

  • Planter des fleurs mellifères et locales : Offrir une diversité florale étalée sur plusieurs saisons est la base d’un refuge à pollinisateurs. Les plantes qui attirent les insectes pollinisateurs peuvent aussi attirer des insectes nuisibles entraînant la prolifération de maladies. Vous pouvez facilement vous en prémunir en respectant certaines règles. Il s’agit essentiellement de choisir les bonnes plantes par rapport à vos sols, de les espacer, de les arroser selon leur besoin, de mettre en place la rotation des cultures et d’utiliser de l’engrais naturel. Le jardinier amateur se voit conseiller de planter de préférence des plantes locales dans son jardin car elles sont mieux adaptées aux conditions climatiques. Mais du point de vue des insectes pollinisateurs qui butinent ces fleurs, dont les populations sont parfois menacées, est-ce vraiment la meilleure stratégie ? Des scientifiques de la Royal Horticultural Society ont testé l'idée de planter des espèces exotiques pour favoriser les insectes pollinisateurs. En effet, des espèces végétales provenant de l'hémisphère sud, comme Lobelia tupa et Verbena bonariensis, peuvent jouer un rôle important pour la biodiversité : comme elles fleurissent plus tard que les variétés de l'hémisphère nord, elles fournissent du nectar et du pollen bien après les autres. Pour cela, ils ont réalisé des expériences en champ. Des parcelles ont été plantées avec différents assemblages de plantes, locales ou non. Les chercheurs ont suivi les insectes pollinisateurs pendant quatre années. Ils ont alors trouvé que, indépendamment de l'origine des plantes, qu'elles soient locales ou pas, plus il y avait de plantes en fleur dans un jardin, plus les abeilles et autres insectes pollinisateurs le visitaient. Le nombre de visiteurs des fleurs correspondait au pic de floraison. Les jardiniers qui souhaitent soutenir ces alliés de la végétation devraient donc semer un mélange de fleurs provenant de plusieurs régions géographiques. C'est la solution qui permet de préserver des ressources le plus longtemps pour les insectes pollinisateurs : les plantes exotiques prolongent la saison de floraison et procurent une source de nourriture en plus.

  • Laissez des zones sauvages : Des herbes hautes, des tas de bois ou de pierres offrent des abris et des lieux de reproduction précieux pour de nombreux insectes.

  • Bannissez les pesticides : Privilégiez des méthodes de jardinage écologiques, sans produits chimiques.

  • Installez un hôtel à insectes : Ces structures offrent des nichoirs aux abeilles solitaires et autres petits pollinisateurs. Un petit insecte poilu, à l’abdomen roux vif, fait au printemps des allées et venues devant la fenêtre pour s’introduire dans le trou d’évacuation de l’eau. Pas de doute, une osmie en manque de logement a décidé de loger ses larves à cet endroit. Cet insecte fait partie de la famille des abeilles solitaires, qui apparaissent au début du printemps. Elles butinent avec assiduité les premières fleurs pour se nourrir et fabriquer la pâtée de nectar et de pollen qui nourrira ses larves.

  • Variez les floraisons tout au long de l’année : Assurez un approvisionnement constant en nectar et pollen.

Voici quelques fleurs qui vous permettront d’attirer ces pollinisateurs dans votre jardin :

  • Le thym : Attirez les insectes tout l’été avec les fleurs rose pâle du thym. Le thym produit de belles fleurs de juin à septembre qui attirent de nombreuses espèces d’insectes notamment les papillons, les abeilles et les bourdons. En plus de pouvoir l’utiliser en cuisine, vous pourrez respirer ses agréables senteurs de citronnelle toute l’année. En pot ou en semi, le thym se cultive facilement et sur n’importe quels sols. Il demande seulement une bonne exposition et un arrosage régulier dans sa première année de vie. Au niveau de l’entretien, il vous suffira de veiller à nettoyer les pieds de toutes mauvaises herbes et de récolter ses branches toute l’année.

  • Les marguerites : Offrez un espace pour se poser aux insectes pollinisateurs grâce aux marguerites. La marguerite se différencie de la pâquerette par sa taille plus imposante. Elle attire abeilles, papillons et araignées dans votre jardin ou votre potager pour le plus grand bonheur de vos plantes. Les anthrènes de la famille des coléoptères aiment particulièrement butiner son nectar jaune. La marguerite fait partie des fleurs simples qui ont besoin de peu de soleil et se contente de sols secs ou mixtes. Elle fleurit majoritairement en juin et sa pousse dure environ 2 ans après les semis. Avec ses magnifiques couleurs, elle embellit votre jardin et vos bouquets !

  • La lavande : Faites entrer les papillons et les abeilles grâce à la lavande. Avec une floraison d’avril à septembre, vous êtes certains d’attirer les insectes pollinisateurs comme l’abeille et le papillon dans votre jardin aux allures provençales. Avec ses fleurs bleutées, roses ou blanches, la lavande possède de nombreuses vertus, notamment pour la santé et la peau. Pour se développer pleinement, elle apprécie une très grande exposition au soleil et être dans des sols secs, même caillouteux. Elle fera le bonheur de votre potager dont elle pourra en dessiner les contours ou former une haie colorée dans votre jardin.

  • La glycine : Donnez de la hauteur aux insectes pollinisateurs avec la glycine. La glycine est particulièrement généreuse en fleurs et décorera parfaitement vos murs ou les contours de votre pergola. Elle s’enroule dans le sens inverse des aiguilles d’une montre sur tous les supports. Particulièrement plaisante pour les insectes auxiliaires, elle favorise la pollinisation des fleurs dans votre jardin par les bourdons, les papillons et les abeilles. Avec ses grappes violettes ou roses, elle se développe majoritairement à partir de mai et juin. Elle s’épanouira grandement dans un sol profond, humide, à l’abri du vent et avec une bonne exposition au soleil.

  • Le romarin : Découvrez le double effet du romarin sur les insectes et nuisibles. En plus d’attirer les insectes pollinisateurs, le romarin permet de chasser les nuisibles comme la piéride du chou et la mouche de la carotte. Alliée du potager, cette plante vous permettra de profiter de ses fleurs bleutées tout en goûtant ses arômes en cuisine. Récoltez ses branches toute l’année pour cuisiner vos poissons et viandes. Le romarin apprécie les sols secs et les températures chaudes. Vous pouvez faire pousser cette plante dans votre potager ou comme petite haie basse autour de votre jardin pour attirer les abeilles, les bourdons ou encore les bombyles.

Plantes mellifères dans un jardin

Le rôle de Monsieur Madame Anti Nuisibles : identifier et protéger

Protéger les insectes pollinisateurs, ce n’est pas un combat réservé aux écologistes ou aux apiculteurs. C’est une question de survie collective. Ces insectes nourrissent les oiseaux, les petits mammifères, les reptiles… en favorisant la production de graines et de fruits. En tant que citoyen, jardinier, agriculteur, élu local ou même entreprise, chacun a un rôle à jouer.

Chez Monsieur Madame Anti Nuisibles, l'approche repose sur trois piliers : raisonner, identifier, transmettre.

  • Une utilisation raisonnée des produits biocides : Les interventions ne se font jamais à l’aveugle.

  • L’identification des insectes avant toute action : Tous les techniciens sont formés à reconnaître les principales espèces : abeille, guêpe, frelon, syrphe, bourdon, papillon… Avant d’intervenir, une identification précise est effectuée, en s’appuyant sur une analyse sur site, parfois accompagnée d’un expert, des outils numériques d’identification (photos, fiches, IA) et la possibilité de faire appel à un réseau d’apiculteurs partenaires. Une abeille n’est jamais éliminée. Elle est signalée, protégée, ou relocalisée. Un outil gratuit pour identifier les insectes avec photo est mis à disposition des clients.

  • Une pédagogie active auprès des clients et techniciens : La sensibilisation est considérée comme la meilleure des protections.

Quelques questions fréquentes sur les pollinisateurs

  • Quels sont les principaux insectes pollinisateurs ? Les plus connus sont l’abeille domestique et le bourdon, mais d’autres espèces jouent un rôle important : papillons, syrphes, coléoptères et même parfois les fourmis.

  • Quelle est la différence entre une abeille et un bourdon ? L’abeille est plus fine, vit en colonie durable, et est spécialisée dans certaines fleurs. Le bourdon est plus gros, poilu, actif par temps froid, et capable de pollinisation par vibration (utile pour les tomates, par exemple).

  • Comment favoriser la pollinisation dans mon jardin ? Plantez des fleurs mellifères locales, laissez des zones sauvages, bannissez les pesticides, installez un hôtel à insectes et variez les floraisons tout au long de l’année.

  • Le papillon est-il vraiment un bon pollinisateur ? Oui, surtout pour les fleurs profondes qu’il atteint grâce à sa longue trompe.

  • Le syrphe pique-t-il comme une guêpe ? Non ! Le syrphe est une mouche totalement inoffensive. Il imite les couleurs de la guêpe pour se protéger, mais il ne pique pas.

  • La fourmi est-elle un pollinisateur ou pas ? Son rôle est controversé. Elle peut parfois transporter du pollen en marchant sur les fleurs, mais son efficacité est très faible.

  • Quels insectes pollinisateurs sont les plus menacés ? Les abeilles sauvages, certains bourdons, et les papillons de prairie sont parmi les plus touchés par les pesticides, la destruction des habitats et le changement climatique.

tags: #insecte #pollinisateur #verveine