La culture du noisetier (Corylus avellana) est une activité gratifiante, permettant de récolter ses propres fruits. Néanmoins, la santé de cet arbuste est soumise à de nombreuses pressions biologiques. Pour assurer une production saine, il est essentiel de savoir identifier les symptômes causés par les insectes, les acariens et les agents pathogènes. Cet article détaille les menaces majeures pesant sur le noisetier, en se concentrant sur les insectes ravageurs et les maladies cryptogamiques ou bactériennes.

Les principaux insectes ravageurs du noisetier
Le Balanin des noisettes : le fléau des vergers
Le balanin des noisettes (Curculio nucum), également appelé charançon des noisettes, est le principal ravageur du noisetier. Il appartient à la famille des Curculionidés. L'adulte mesure environ 5 à 10 mm et est facilement reconnaissable à son rostre étroit, long et incurvé, ainsi qu'à ses yeux ronds et noirs. De couleur grise à rousse marbrée de taches plus claires et recouvert de fins poils, il est le responsable des dégâts importants dans la culture de la noisette.
Le cycle de reproduction et de développement du balanin est lié au développement du noisetier. Après la nymphose qui a lieu dans le sol, les adultes apparaissent alors que les noisettes ne sont pas encore formées. Ils se nourrissent de la pulpe des poires ou des pêchers qu’ils piquent avec leur rostre avant de se diriger vers les noisetiers vers le mois d'avril. La ponte a lieu en juin : la femelle perfore la noisette et introduit un seul œuf qu’elle met à l’intérieur. Sa capacité de ponte est d’environ 20 à 30 œufs.
Les attaques se repèrent par la présence de trous dans les noisettes. Les noisettes attaquées jeunes tombent précocement et la récolte est donc réduite. On y retrouve à l’intérieur les excréments de la larve qui a rongé l’amande. Une forte infestation peut détruire jusqu’à 70 % de la récolte.
Les punaises : des insectes piqueurs-suceurs
Depuis 2012, de nouveaux symptômes sont apparus sur les noisettes françaises. Les punaises, telles que Palomena prasina (punaise verte des bois) et Gonocerus acuteangulatus (punaise des noisettes), sont des insectes piqueurs-suceurs dotés d’un stylet qui injecte de la salive composée d’enzymes. Les dommages physicochimiques causés lors de la nutrition varient en fonction du stade de croissance de la noisette.
Les piqûres précoces perturbent la fécondation, conduisant à une noisette vide ou avortée. Lorsque l’amandon est en pleine croissance, la piqûre provoque son flétrissement. Enfin, lorsque l’amandon a terminé sa croissance, les piqûres ont pour effet de créer des nécroses visibles par des taches blanches ou des taches brunes ainsi qu’un goût rendant l’amandon immangeable (amertume et goût acide). Les « noisettes punaisées » ont une coque d’apparence normale, mais renferment un amandon déformé et non comestible.
Pucerons et autres ravageurs
Parmi les pucerons, on peut citer Myzocallis coryli (puceron jaune des feuilles) et Corylobium avellanae (puceron vert des pousses). Ce dernier est globuleux, de couleur vert pâle à légèrement rosé. Le dépistage de sa présence est assez difficile car il se fond dans son environnement. Il colonise presque exclusivement les extrémités en train de se développer et les rameaux fructifères. Les organes végétaux qui sont attaqués par le puceron ne sont généralement pas déformés, mais ils sont extrêmement souillés par un abondant miellat qui favorise le développement de la fumagine, en particulier sur les noisettes et leurs cupules.
Enfin, l’acarien des bourgeons (Phytoptus avellanae) est un petit acarien qui, par ses piqûres, détériore les bourgeons, les empêchant de se développer normalement.
Le cycle biologique du balanin de la noisette (Curculio nucum, L)
Les maladies cryptogamiques et bactériennes
L'anthracnose et les champignons foliaires
Parmi les maladies du noisetier, l’anthracnose, due au champignon Sphaceloma coryli, est l’une des plus courantes. Il se développe très vite et affaiblit la plante qui ne produit plus correctement. On peut l’observer sur les tiges et les feuilles sous forme de grandes taches beiges à brunes, presque translucides avec des bords jaunes à pourpre. Les taches sont couvertes de gouttes orangées d’une sorte de mucus qui contiennent les spores. Sur les feuilles, on voit des taches jaunâtres se recouvrant par la suite d’un feutrage blanchâtre. En fin de saison, on remarque des ponctuations noires disséminées au niveau des taches.
L’oïdium asiatique du noisetier
L'oïdium asiatique (Erysiphe corylacearum) produit des dépôts blancs sur les faces supérieure et inférieure des feuilles. Ces dépôts apparaissent tout d’abord sous forme de petites taches blanches de 0,5 à 3 cm de diamètre qui grandissent progressivement. En présence d’une forte infestation, les feuilles se déforment et s’enroulent. Les feuilles et les tiges contaminées finissent par perdre complètement leur couleur verte, elles brunissent et tombent prématurément.
La bactériose
L’infection causée par la bactériose (Xanthomonas arboricola pv. corylina) est détectable sur les feuilles par de petites taches brunes huileuses entourées d’un halo vert tirant sur le jaune. Si les coques des fruits sont touchées, la maladie se manifeste par l’apparition de taches brun foncé ou noires. La maladie provoque aussi des chancres mauves plus ou moins enfoncés qui peuvent encercler une branche et la faire mourir. Lors de fortes humidités, un liquide collant suinte des tissus infectés.

Stratégies de gestion et méthodes de lutte
Méthodes culturales et mécaniques
Pour le balanin, certaines variétés anciennes ont des coques plus dures et épaisses comme ‘Merveille de Bollwiller’. Au printemps, il est possible d’étaler un drap ou une bâche sous les noisetiers et de secouer les branches tôt le matin, lorsque les balanins sont encore engourdis, pour les éliminer. Dès que les noisettes commencent à tomber en été, procédez à leur ramassage pour ne pas laisser le temps aux larves de s'introduire dans le sol. À partir du mois de novembre, il est recommandé de travailler le sol au pied des noisetiers pour exposer les larves aux prédateurs naturels comme les oiseaux. Si vous avez des poules, vous pouvez les lâcher au pied des arbres dès la chute des premières noisettes véreuses.
Lutte biologique et auxiliaires
Pour les pucerons, la meilleure solution consiste à laisser s’installer les insectes auxiliaires gros consommateurs de pucerons au printemps et en été (chrysopes, coccinelles, syrphes). Pour favoriser leur présence, il est possible d’installer un hôtel à insectes. Concernant le balanin, le recours au nématode Heterorhabditis bacteriophora est une piste, bien que son utilisation nécessite un respect scrupuleux des conditions de conservation et d’application.
Traitements spécifiques
Pour le traitement des pucerons et des acariens, une solution composée de 100 ml de traitement bio (selon les recommandations) et de 10 ml de savon noir par litre d’eau peut être appliquée au pulvérisateur de manière régulière entre avril et juin. Concernant l'oïdium, en cas de légère infestation, il est possible d’empêcher la dissémination en enlevant et en éliminant les feuilles infestées. La recherche actuelle se tourne vers l'utilisation de médiateurs chimiques pour le balanin et la stimulation des défenses naturelles des plantes avec des substances comme l'acibenzolar-S-méthyl pour contrer les pathogènes fongiques.