Le framboisier (Rubus idaeus) et le cassissier (Ribes nigrum) sont des piliers incontournables des jardins fruitiers. Appréciés pour la saveur de leurs baies, ces arbrisseaux comptent pourtant quelques ennemis qui vont s’en prendre à la plante. Tout comme les maladies du framboisier, ces nuisibles vont avoir des effets néfastes sur la santé de l’arbrisseau et sur le rendement et la production des fruits du jardin. Ces ravageurs sont multiples et, si certains sont discrets, d'autres peuvent compromettre une récolte entière. La compréhension de leur cycle de vie et de leurs méthodes d'identification est la première étape pour une gestion durable au jardin.

Les ravageurs spécifiques du framboisier : Identification et biologie
Le framboisier compte quelques ennemis qui vont s’en prendre à la plante. Le plus redouté de tous est sans conteste le ver de la framboise. Il s’agit de la larve du coléoptère Byturus tomentosus. Ce petit coléoptère brunâtre, mesurant environ 4 à 5 mm, hiverne dans le sol et émerge à partir de mai. Les adultes se nourrissent des bourgeons floraux et des fleurs des framboisiers, ce qui peut réduire la production de fruits. Les femelles pondent leurs œufs dans les fleurs ou les jeunes fruits, et il en résulte un petit ver blanc qui fanfaronne (et écœure) quand on ouvre la framboise.
L’anthonome du framboisier (Anthonomus rubi), aussi appelé charançon des fleurs du fraisier, est un autre acteur majeur. C’est un petit coléoptère de couleur noire d’environ 3 mm de longueur, reconnaissable à son rostre courbé vers le bas. Sur le framboisier, il apparaît juste avant la floraison et pond dans les boutons floraux encore fermés. L’anthonome s’attaque aux fleurs, ronge les tiges et les larves éclosent quelques semaines plus tard pour se nourrir du pollen.
La drosophile à ailes tachetées (Drosophila suzukii) est une menace plus récente. Originaire d'Asie, elle pond ses œufs non seulement dans les fruits blets, mais dès que les fruits changent de couleur. Les petites larves blanches se développent à l’intérieur du fruit mûr, ce qui le fait pourrir et suinter. Cette mouche est particulièrement redoutable car elle possède de nombreuses générations par an.
Enfin, la cécidomye de l’écorce (Lasioptera rubi) est parfois appelée mouche du framboisier. Après avoir hiverné, les adultes pondent dans l’écorce des cannes. Quelques semaines plus tard, un phénomène de décomposition se produit. L’écorce finit par se fendiller, condamnant la plante.
Des larves de mouche en action
Menaces sur le cassissier : Acariens et insectes piqueurs
Le cassissier est lui aussi sujet à plusieurs menaces. La Sésie du groseillier (Synanthedon tipuliformis) est un lépidoptère dont la chenille provoque le dessèchement et le dépérissement des rameaux infestés en creusant des galeries dans les tiges. L'imago est un papillon au corps noir violacé marqué de bandes jaunes.
Le phytopte du cassissier (Cecidophyopsis ribis) est un acarien minuscule (0,2 mm). Il ne peut être distingué à l’œil nu. Ce parasite cible le cassissier ainsi que le groseillier. Les bourgeons infestés deviennent gonflés et globuleux, bien plus gros que les bourgeons sains. C'est une problématique majeure en Europe et en Asie.
Les pucerons, tels que Aphis schneideri (puceron vert du groseillier et du cassissier), sont également présents. Ils se nourrissent de la sève en piquant le tissu des feuilles, provoquant leur déformation et leur recroquevillement. La croissance des pousses est alors arrêtée, et la présence de miellat salit la plante, favorisant parfois le développement de fumagine.
Les ravageurs opportunistes : Fourmis, limaces et punaises
Certains insectes ne sont pas des ravageurs primaires mais profitent des conditions offertes au jardin. Les fourmis sont partout. Quand elles ne sont pas sur les jeunes pousses à élever des pucerons, elles vont et viennent sur les cannes des framboisiers. Elles protègent les pucerons pour profiter des sucres qu’ils sécrètent.
Les limaces, quant à elles, profitent d'un allié de circonstance : le liseron. Bien enroulé autour des cannes, il offre une autoroute aux limaces pour grimper directement jusqu'aux fruits. Bien dissimulées le jour au pied des cannes, elles sortent la nuit ou lors d'épisodes pluvieux.
La punaise brune ou verte, insecte piqueur-suceur, s’amarre aux framboises pour les « siroter » tranquillement. Si le cueilleur les dérange, elles émettent une odeur répulsive qui laisse un très mauvais goût à la framboise, gâchant la récolte.

Stratégies de prévention et méthodes de lutte biologique
Pour traiter les ravageurs du framboisier, des solutions sont à disposition des jardiniers. Chez Planète Agrobio, l’utilisation de purin de fougère et de savon noir est préconisée. Le purin de fougère est connu pour son pouvoir insecticide.
Pratiques culturales et hygiène
La meilleure prophylaxie pour éviter les attaques excessives est de cultiver des plantes robustes et saines. Il est essentiel de choisir des variétés résistantes. La rotation des cultures, bien que complexe avec des arbustes vivaces, consiste à ne pas replanter systématiquement au même endroit les nouvelles parcelles. Un bon entretien, comme l'élimination des mauvaises herbes et des débris végétaux, réduit les refuges pour les ravageurs.
Pour les framboisiers, la taille est déterminante. Pour les framboisiers non remontants, supprimez immédiatement après la récolte les cannes de deux ans ayant fructifié pour prévenir la transmission de maladies. Une fertilisation modérée permet d'éviter des fentes de croissance sur les nouvelles cannes, limitant les sites de ponte pour certains insectes.
Lutte par les auxiliaires et méthodes manuelles
Le jardinier peut agir à l'ancienne. L'utilisation d'un parapluie renversé sous les framboisiers pour secouer les insectes (comme les anthonomes) permet d'évaluer l'invasion et de contenir les populations. Cette récolte manuelle est très efficace le matin, quand les insectes sont encore engourdis par la fraîcheur.
Il est aussi crucial d'encourager la présence des prédateurs naturels. Les coccinelles, les chrysopes vertes et les syrphes sont des alliés précieux contre les pucerons. Si vous utilisez des prédateurs, veillez à limiter la présence des fourmis, car elles tuent les larves auxiliaires introduites. Pour les acariens prédateurs, comme Phytoseiulus persimilis ou Andersoni, ils sont disponibles en jardinerie et permettent une régulation naturelle sans recourir aux produits phytosanitaires chimiques.
Gestion des fruits et barrières physiques
Ne laissez surtout pas les fruits blets ou abîmés sur l’arbuste ou à son pied, car c’est la meilleure façon d’élever les drosophiles. Les tas de compost à l’air libre, dépourvus de filets, sont également des foyers de reproduction. L'installation de pièges à phéromones ou de pièges à appâts (vinaigre de cidre) peut aider à surveiller et réduire les populations de mouches, à condition d'être installés précocement. Enfin, l'utilisation de filets anti-insectes peut constituer une barrière physique efficace contre les mouches fruitières.
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