Le Néolithique marque une période charnière dans l'histoire de l'humanité, caractérisée par une transformation radicale des modes de vie et une explosion d'innovations techniques. Cette ère, que le préhistorien John Lubbock a définie en 1865 comme l'« Âge de la pierre polie » par opposition au Paléolithique (« Âge de la pierre taillée »), est avant tout le moment où l'homme, autrefois chasseur-cueilleur nomade, est devenu agriculteur et sédentaire. L'homme ne se contente plus de prélever dans son environnement selon ses besoins - cueillette, chasse, pêche - mais entreprend une manipulation sans précédent de la matière vivante, qu'elle soit végétale ou animale, pour construire un milieu désormais contrôlé.

Cette révolution a engendré de nouveaux besoins, moteurs d'un développement instrumental sans précédent. Si la céramique vient immédiatement à l'esprit, c'est l'agriculture qui a été le véritable catalyseur de l'inventivité et des techniques associées. La sédentarité et le tissage ont également contribué à l'émergence d'outils de plus en plus complexes. Cependant, le développement du Néolithique n'a pas été uniforme, progressant à des rythmes différents selon les régions et les sociétés. Comme le souligne Sophie A. de Beaune, « tous les traits qui composent le Néolithique ne sont pas nécessairement solidaires et peuvent être décalés, selon les sociétés ».
L'Émergence de l'Agriculture et la Sédentarisation
L'apparition de l'agriculture a profondément modifié les comportements humains, incitant les populations néolithiques à se fixer. Elles ont alors entrepris des travaux de défrichage et la construction d'habitations plus durables. L'archéologue Jean-Paul Demoule note que « il y a 7000 ans, en France, les premières maisons étaient rectangulaires, en bois ou en terre, de 5 à 8 mètres de largeur en moyenne et de 15 à 45 mètres de longueur, avec un toit à double pente ». Pour établir leurs hameaux, les néolithiques devaient déboiser et créer des clairières au cœur de la forêt. La maquette de la maison de Marolles-sur-Seine, datant du Néolithique ancien (7000-6600 ans BP), illustre parfaitement ces premières architectures.

Pour Jean-Paul Demoule, « il semble que les inventions se soient accélérées à partir du réchauffement climatique qui déboucha il y a douze mille ans sur notre période interglaciaire ». Les changements climatiques, ainsi que ceux affectant les faunes et flores, ont contraint les humains à de nouvelles adaptations. Dans le sud de la France, au 5ème et 4ème millénaire avant J.C., l'agriculture et l'élevage sont devenus les ressources principales, marquant une période où de nombreux réseaux d'échanges se sont développés, et où l'on a assisté à l'apparition de mines et de carrières de pierre.
Les Outils Néolithiques : Ingéniosité et Spécialisation
L'innovation la plus emblématique de cette période est sans doute la hache polie. Les haches permettaient de défricher la forêt, créant ainsi des surfaces cultivables et des clairières, mais aussi d'abattre des arbres et de tailler le bois pour la construction des habitations. Pour polir une pierre taillée, les néolithiques la frottaient sur un bloc rocheux afin d'en éliminer les aspérités. Ce mouvement de va-et-vient devait être effectué sur un polissoir pendant une longue période, parfois plusieurs jours.
Selon Jean-Luc Piel-Desruisseaux, « le polissage, essentiellement des haches, est une originalité de cette période ». Pour améliorer la robustesse de l'outil, une « gaine » en bois de cerf pouvait être insérée entre la lame et le manche en bois, soulageant ainsi ce dernier. Il est essentiel de noter que l'appellation « Âge de la pierre polie » ne signifie pas que tous les outils étaient polis. La majorité des outils du Néolithique étaient avant tout taillés. On devrait presque parler uniquement d'un âge de la hache et de l'herminette polie, car ces outils sont presque les seuls exclusivement polis.

On retrouve donc majoritairement des outils néolithiques taillés, tels que les lames et les éclats rapidement transformés en grattoirs, burins, racloirs et couteaux. Ces outils étaient souvent munis d'un manche, le plus souvent en bois végétal, en bois de cerf ou en os. Les lames étaient débitées sur un silex de grande taille avec une grande préparation et une grande précision, témoignant de l'expertise des tailleurs de l'époque. Si certaines lames pouvaient atteindre 40 cm, la plupart mesuraient une vingtaine de centimètres. Une fois retouchées, ces lames étaient appelées couteaux. Leur utilisation n'est pas toujours clairement définie ; souvent fragiles, les préhistoriens pensent que ces lames pouvaient être des marques de prestige. Les lames du Grand-Pressigny sont souvent citées en exemple car on les retrouve très loin de leur lieu de production. Au Néolithique final, la production de grandes lames est devenue une activité de « spécialistes », comme dans les ateliers de la région du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire) où elles étaient détachées par percussion indirecte de nucleus volumineux, appelés « livre de beurre ».
Tuto'Silex
Un jeune chercheur d'Aix-Marseille Université, au sein du Laboratoire méditerranéen de Préhistoire Europe-Afrique, travaille sur l'étude des objets en pierre taillée des agriculteurs des 5ème et 4ème millénaires avant J.-C. en Provence et dans les régions voisines. Son travail consiste à identifier les matières premières - silex, cristal de roche, voire obsidienne - et à comprendre comment ces objets ont été taillés et diffusés. La première étape implique l'identification des matières premières en collaboration avec des chercheurs spécialistes de la composition des roches, observant leurs types, textures ou microfossiles pour déterminer les lieux d'extraction et leur circulation. Ensuite, il tente de reproduire les techniques préhistoriques pour créer des outils de référence, comparant ces outils avec les objets des fouilles pour identifier les techniques et savoir-faire.
La Révolution de la Poterie : Stockage et Cuisson
Les premières poteries, premiers objets intégralement fabriqués par l'homme, étaient initialement simplement mises au soleil pour sécher. Pour gagner en solidité, les populations néolithiques ont développé de nouvelles méthodes. L'artisan trouvait la terre, la façonnait, souvent en montant des colombins, selon ses besoins, et la cuisait directement sur un foyer au sol. Ce processus ne permettait pas une montée en température aussi élevée qu'avec un four, rendant les céramiques obtenues plus fragiles. Au début, les récipients étaient fabriqués en petite quantité, au fur et à mesure des besoins. Il s'agissait de vases pour stocker des graines, de la nourriture ou des liquides, et de marmites pour cuire ou chauffer des aliments. Le four, apparu plus tard, a permis de fabriquer des récipients plus résistants. La poterie s'est progressivement répandue dans le monde, attestée en Sibérie orientale il y a 16000 ans BP et au Japon il y a 13000 ans BP. Il a fallu attendre 9000 ans BP pour trouver les premières poteries plus près de nous, au Proche-Orient.

Les poteries sont essentielles pour comprendre les modes de vie des populations du passé, comme le suggère la question « Pot de terre contre pot de fer ? » lors d'un atelier. Elles permettent de restituer les gestes anciens, d'identifier la provenance des poteries, leur fonction initiale, et même leur éventuelle seconde vie.
Textiles et Vannerie : Des Arts Éphémères
Par leur nature, certains outils ou artefacts n'ont pas pu se conserver plusieurs milliers d'années. Le bois et le tissu sont particulièrement putrescibles. Selon les circonstances, on peut retrouver quelques vestiges, mais ils sont rarement complets. C'est souvent leur immersion dans l'eau qui permet de retrouver des éléments bien conservés, tels qu'une embarcation, un panier ou un filet. Parfois, ce n'est pas l'artefact lui-même qui est retrouvé, mais son empreinte, comme un morceau de tissu ou un fond de panier.
Au début du Néolithique, on utilisait des fibres végétales comme le lin pour fabriquer de petites pièces qui ne supplantent pas encore les vêtements en cuir. Le tissage était une activité très chronophage, comme en témoigne un morceau de fusaïole et sa reconstitution, datant du Néolithique chasséen (5500 BP) et exposé au Musée de préhistoire régionale de Menton. La vannerie et le tressage des végétaux (osier, cordes) laissent peu de traces, car la matière première disparaît rapidement sous l'action du temps.
Parures et Symboles Sociaux
Au Néolithique, on retrouve des parures qui, selon les régions, étaient fabriquées en pierre, en coquillages ou en d'autres matériaux caractérisés par leur rareté (couleur, éloignement). Cependant, les femmes et les hommes qui portaient ces « bijoux » pouvaient également choisir des matériaux plus banals, utilisés bruts ou finement ciselés. Il apparaît que ces parures étaient probablement des signes d'appartenance à une communauté ou à un statut social.
Des fragments d'anneaux et des anneaux en pierre polie (serpentine), ayant vraisemblablement servi de bracelets, datent de la période néolithique. Ces anneaux-disques, qui nécessitaient un long travail de perforation et de polissage, sont des marqueurs d'un statut social particulier. Une lame de silex accompagnait souvent cet ensemble.
L'Environnement Néolithique : Une Nature Transformée
L'impact de l'homme néolithique sur son environnement est également notable. Dans des sites comme Chalain et Clairvaux, les pollens de céréales sont si nombreux dans les villages qu'ils masquent souvent l'évolution du couvert végétal naturel, témoignant de l'ampleur des cultures.
À côté des céréales, qui constituaient à la fois la base alimentaire et un moyen de contrôle social par le biais des greniers, des plantes non alimentaires (hormis peut-être les graines pour l'huile) recevaient des soins particuliers. C'est le cas du pavot à opium, dont les graines ont été retrouvées en très grande quantité dans certains villages. Le Physalis alkekengi, très connu aujourd'hui pour l'aspect décoratif de ses capsules oranges vives et sa richesse en vitamine C, était une plante sauvage qui tendait à se développer rapidement sur les terres cultivées laissées à l'abandon.

Ateliers et Découvertes en Pays d'Aix
L'édition 2018 du Village, coordonnée par le Museum / Ville d'Aix-en-Provence, a offert l'opportunité de découvrir divers aspects de cette période fascinante. Des ateliers ludiques et éducatifs ont permis au public d'explorer le Néolithique. Des activités telles que « Écris ton prénom en cunéiforme ! », bien que le cunéiforme soit un développement ultérieur, peuvent avoir servi à illustrer l'évolution des systèmes d'écriture, souvent liés aux besoins des sociétés sédentaires et agricoles. L'atelier « Pot de terre contre pot de fer ? » a mis en lumière la diversité des céramiques, incitant à se questionner sur la provenance de ces poteries, leur fonction initiale, leur éventuelle seconde vie, et les modes de vie des populations du passé.

Des jeux comme « Compose ton animal ! » ou « Animaux et environnements : remets les animaux à leur place ! » ont permis de se plonger dans la zoologie et le rôle de l'archéozoologue pour comprendre la consommation de viande à la Préhistoire et au Moyen Âge, offrant une perspective sur l'interaction entre l'homme et la faune au fil des époques. Ces initiatives locales soulignent l'importance de la recherche et de la diffusion des connaissances sur le Néolithique, en particulier dans une région riche en sites archéologiques comme le Pays d'Aix.
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