Le Jardin-verger Conservatoire : Entre Patrimoine Végétal et Mémoire Anthropologique

Le Jardin-verger Conservatoire d'Assat, né d'une collaboration entre la municipalité, des experts en agroécologie et le monde académique, s'est imposé comme un lieu unique en son genre dans le paysage aquitain. Plus qu'un simple espace de culture, il se définit comme un "potager botanique" où chaque parcelle, chaque arbre et chaque semence raconte une histoire, celle de la relation millénaire entre les hommes et les plantes. Ce projet, soutenu par une démarche de conservation rigoureuse, s'est transformé en un véritable pôle ethnobotanique, reliant le passé agricole du Béarn aux enjeux de biodiversité d'aujourd'hui.

Vue panoramique du Jardin-verger Conservatoire d'Assat montrant la diversité des cultures et des strates végétales.

La constitution d'un conservatoire vivant

Le Jardin-verger Conservatoire est caractérisé par une diversité impressionnante, mettant en valeur un riche éventail de plantes et d'arbres fruitiers. À l'entrée, un parc arboré abrite des espèces telles que des cèdres de l’Atlas, tilleul, ginkgo biloba et divers pieds d’agrumes comme des citronniers et mandariniers. La structure repose sur des piliers botaniques solides :

  • Une collection de plantes vivaces : Elle regroupe 170 espèces ou variétés, méticuleusement identifiées par des étiquettes métalliques comportant des informations telles que la famille, la désignation binomiale, le nom vernaculaire, le nom occitan et le pays d'origine.
  • Des cépages oubliés : Le jardin valorise des variétés de cépages interdits mais autorisés pour le jardinier amateur, tels que le Noah, l’Isabelle et le Clinton.
  • Les semences paysannes : Une collection de légumes anciens et de terroir, totalisant environ une centaine d'espèces, inclut des raretés comme les Baselles, Chervis, Vigne de Madère, Orteil du prêcheur, Chénopodes, Crosnes, Inule, Tomates locales, Poireaux de Carentan, Cyclanthères et une collection de cucurbitacées.
  • La filière céréalière : En partenariat avec l'association Pétanielle, le site cultive des céréales anciennes telles que le Blé rouge de Bordeaux, l’Engrain, l’Amidonnier, le blé gaher de Bigorre ou l’Orge de Silésie.
  • Le verger pyrénéen : Il abrite une centaine d'arbres fruitiers, dont 70 pommiers rustiques de 45 variétés provenant essentiellement du Piémont pyrénéen. Des variétés locales, comme la Pérasse de Nay, de Gan, la Rangotte, la Suzette, la Cassou de Casse, la Vedette du Béarn, la Calville et l’Anixa, y côtoient cerisiers, pêchers, pruniers, poiriers et abricotiers.

On greffe des variétés de pommes anciennes, moins fragiles, sur nos pommiers de Golden, Gala...

L'approche ethnobotanique : quand le jardin devient mémoire

En 2018, le Jardin-verger Conservatoire a évolué vers une approche ethnobotanique, répondant au besoin des visiteurs de se reconnecter avec une nature chargée d'histoire. Le légume ne nous relie pas seulement à la terre qui le produit, mais il pousse aussi sur le terreau de notre mémoire affective. Cette dimension anthropologique, théorisée par des chercheurs comme Jean Vassort, transforme la simple visite en une expérience de transmission.

Derrière chaque plante médicinale ou légume ancien, se cache l'histoire du monde et de nos civilisations. Le parcours de visite, structuré en 26 stations, intègre des bornes et tables d'interprétation sonores qui diffusent des récits en français, occitan, anglais et espagnol. Ces outils permettent de découvrir les histoires locales liées aux végétaux, faisant du jardin un véritable conservatoire du patrimoine culturel immatériel.

De l'archive à la terre : le rôle des documents historiques

L'intérêt pour la conservation ne se limite pas aux végétaux ; il s'ancre dans une recherche documentaire profonde. Des recherches aux archives départementales et le collectage auprès d'Anciens ont conduit à l'écriture d'une conférence sur « L’histoire de nos jardins de l'Antiquité à nos jours ». Ce travail de recherche souligne que les symboles et l'histoire de nos jardins dépassent la seule préoccupation de produire de la nourriture.

La gestion des archives, qu'il s'agisse des fonds départementaux des Pyrénées-Orientales ou d'autres ressources généalogiques et historiques, rappelle l'importance de la mémoire administrative et foncière. Tout comme les registres anciens, tels que la série B des archives du Roussillon, témoignent de la gestion royale des domaines, des pacages, et des droits d'usage, le jardin d'Assat documente ses propres collections, assurant ainsi une pérennité des savoir-faire perdus.

Schéma illustrant le lien entre la recherche archivistique et la mise en culture des variétés anciennes.

Un écosystème de formation et de transmission

Depuis 2015, le jardin est un lieu de formation accessible au grand public, aux élèves et aux étudiants. Le CLAB, classé "Association éducative complémentaire de l’enseignement public", s'est engagé dans une démarche d'éducation populaire. Grâce à son référencement sur ADAGE et ses offres via le Pass culture, l'association transmet les savoir-faire liés aux métiers du maraîchage et à l'ethnobotanique.

La professionnalisation de la structure, marquée par le recrutement d'une directrice en 2019 et la création d'un pôle ethnobotanique, a permis de structurer la transmission. Le laboratoire de transformation des fruits, financé par France Relance, illustre cette volonté de créer un cycle complet : de la semence à la transformation, en passant par le partage avec les associations caritatives locales. Cette dynamique prouve qu'en portant un regard différent sur les végétaux, comme le faisaient nos anciens, nous pouvons efficacement renouer le lien avec les plantes et préserver la biodiversité.

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