Dans le cadre d’une approche durable du potager, la gestion de la fertilité ne repose pas sur des apports chimiques, mais sur une compréhension fine des cycles biologiques. Les engrais verts sont les alliés du jardinier bio. Ces plantes, cultivées temporairement, agissent comme une pompe en remontant à la surface des éléments nutritifs qui seront ensuite disponibles pour les cultures suivantes. Ceux-ci sont alors stockés dans la plante, au niveau des feuilles, des tiges et des racines. En développant leur système racinaire, ils ameublissent, aèrent et structurent progressivement le sol.

Qu’est-ce qu’un engrais vert ?
Un engrais vert est une plante semée temporairement dans le but d’améliorer et de protéger le sol. On entend de plus en plus parler d’engrais verts. C’est une pratique très courante en agriculture biologique, on cultive des engrais verts pour les utiliser dans le potager. Aussi bien en agriculture qu’au jardin, la culture de ces plantes auxiliaires devient aujourd’hui une pratique incontournable pour entretenir et améliorer naturellement la fertilité du sol.
Leurs rôles sont multiples :
- Limiter l’apparition des « mauvaises herbes ».
- Aérer et décompacter les terres lourdes, notamment les sols argileux.
- Enrichir la terre en matière organique et stimuler la vie du sol.
- Préserver la structure et limiter l’érosion liée aux intempéries.
Ces plantes agissent comme une pompe : elles récupèrent les nutriments en profondeur et les rendent disponibles en surface après leur décomposition. Par ailleurs, cette décomposition attire aussi des micro-organismes. Ces derniers vont dégrader l’engrais vert, mais aussi d’autres éléments fertilisants déjà présents dans le sol.
Le rôle biologique des couverts végétaux
Lorsque les résidus d'un couvert se trouvent au contact d'un sol vivant, aéré, suffisamment chaud et humide, une série de transformations commence à se mettre en place. Après la destruction d'un couvert, la matière organique est fragmentée par les micro-organismes (champignons, bactéries, nématodes, protozoaires).
Les premières substances décomposées sont riches en sucres (feuilles et tiges jeunes et "tendres"). Elles fournissent de l'énergie. Un important dégagement de chaleur, gaz carbonique et d'eau est observable au cours de ces réactions. Une fois que les matériaux les plus tendres et fermentescibles sont décomposés, ceux qui le sont moins sont attaqués à leur tour. Ainsi, la cellulose (feuilles et tiges sèches) puis la lignine (bois) sont "digérées".
Cette masse de produits organiques et de minéraux divers issus de la décomposition du couvert et celle des décomposeurs constituent ce qu'on appelle les "produits transitoires". Ils sont sous une forme transitoire entre les matières organiques fraîches et l'humus. La libération des produits transitoires est concomitante d'une prolifération microbienne, laquelle joue un rôle positif sur la structure du sol. Des substances organiques, telles que des hormones, vitamines et amino-acides sont présents dans les produits transitoires. Ces substances aident les plantes à se maintenir en bonne santé, à résister aux maladies et aux parasites.
Un sol vivant en images - L'actu en classe
Les grandes familles d'engrais verts
Pour choisir judicieusement, il est nécessaire de comprendre les spécificités des familles botaniques. 3 grandes familles de plantes se distinguent et sont couramment utilisées comme engrais verts pour le jardin.
Les légumineuses
Les légumineuses telles que les féveroles, le pois, la vesce ou le trèfle sont utilisées pour fixer l’azote atmosphérique grâce à leurs nodosités. Après destruction de la plante, cet azote est restitué au sol et disponible pour la culture suivante. Elles sont souvent associées à une graminée qui leur sert de tuteur.
Les graminées
Le seigle, l’avoine ou le ray-grass ont un effet intéressant sur la structure du sol de par leur système racinaire chevelu et leur enracinement profond. Beaucoup d’engrais verts possèdent un système racinaire très intensif qui aère les sols denses, surtout après trop de compactage mécanique. Elles sont souvent associées à une légumineuse pour équilibrer le rapport carbone/azote.
Les crucifères
La moutarde, le colza ou la navette ont une croissance rapide et mobilisent rapidement les éléments minéraux du sol. Leurs racines pivotantes améliorent notablement la structure du sol. Leur décomposition a un effet désinfectant sur le sol, grâce à leur richesse en éléments soufrés. Relativement sensibles au gel, elles sont utilisées au printemps et en été en surveillant la montée à graines.
Choisir l'engrais vert selon l'objectif
Le choix des engrais verts à utiliser dépend du moment, du type de culture et du climat. Pour des raisons phytosanitaires, une bonne rotation par des cultures variées est importante.
Pour un sol tassé
- En surface : Utilisez des racines traçantes (ou fasciculées). Le ray-grass, le seigle ou la phacélie sont excellents pour aérer les premiers centimètres et concurrencer les adventices.
- En profondeur : Utilisez des racines pivotantes comme la féverole, la luzerne ou le radis fourrager. Ce dernier est une véritable « foreuse » de sol qui décompacte les terrains lourds.
Pour un sol pauvre
En sol pauvre ou sableux, il faut privilégier les espèces productrices de biomasse importante. Le seigle, par son énorme production de paille, est idéal en hiver. La phacélie, facile à broyer, est également une excellente option pour enrichir le sol en matière organique.

Conduite de culture : Semis et entretien
Semez les engrais verts dans un sol appauvri après plusieurs cultures ou entre deux cultures. Il s’impose une préparation très fine du sol, afin de créer de bonnes conditions de germination des semences fines et des graminées. Il est conseillé de bien mélanger les graines avec du compost ou du sable pour avoir une répartition homogène lors des semis à la volée.
Les engrais verts sont de gros consommateurs d’eau, surtout l’été où l’arrosage va être abondant et indispensable pour qu’ils se développent. En automne, les variétés à croissance rapide absorbent une grande quantité de minéraux azotés et ainsi évitent l’érosion des sols.
La gestion du rapport C/N
Le rapport carbone/azote (C/N) est essentiel pour comprendre la décomposition. Dans les matières organiques fraîches, le rapport C/N est faible si les tissus sont jeunes. Si les matières organiques sont enterrées, les micro-organismes décomposeurs prélèvent l'azote dont ils ont besoin dans la terre, qui se trouve momentanément appauvrie (faim d'azote). Si elles sont convenablement mulchées en surface, les micro-organismes aérobies et fixateurs d'azote atmosphérique peuvent entrer en action et fournir un apport supplémentaire et gratuit.
La destruction : étape cruciale
Le moment optimal pour le fauchage est juste après la floraison. Surtout, faites-le avant qu’ils ne montent en graines. Pour éviter que les engrais verts n’envahissent vos sols comme des adventices, pratiquez une fauche ou un broyage pour stopper la formation avant le stade des graines.
La destruction de l'engrais vert se fait par broyage qui permet d'accélérer la décomposition. Si la culture n'est pas immédiate, alors on peut faucher l'engrais vert et le laisser à la surface sur le sol pour qu'il se décompose naturellement. Si vous voulez établir une culture tout de suite après, il est impératif d'enlever toute végétation afin d'éviter le phénomène de faim d'azote.
La technique du roulage
La destruction par roulage offre plusieurs avantages : il permet de réduire la consommation d'eau et prévient l'érosion. Lors de l'action de roulage, les tiges se plient et la circulation de la sève est coupée. La masse des plantes reste sur le sol pour le protéger du séchage et de l'évaporation, formant un paillis vivant. Cette technique maintient une faune riche ainsi qu'une microflore abondante.

Stratégies pour le maraîchage sur sol vivant
En maraîchage sur sol vivant, les sols sont riches en matières organiques. Le rôle premier des couverts n'est pas d'apporter une fertilité supplémentaire mais de maintenir une bonne structure du sol et de favoriser les communautés microbiennes.
Il est important de choisir la composition de son mélange en fonction de la date de semis :
- Semis d'automne (septembre-octobre) : Espèces non gélives pour occuper le sol durant l'hiver.
- Semis de printemps (mai-juillet) : Espèces ayant besoin de chaleur après les gelées.
- Semis de fin d'été (août-septembre) : Espèces généralement gélives pour créer une biomasse avant l'hiver.
Combiner les familles botaniques permet d'apporter une diversité de matières organiques digestibles pour la vie du sol. Il faut trouver un juste milieu entre une routine excessive et un tâtonnement permanent. Dans la plupart des situations, deux à quatre espèces suffisent pour composer le mélange répondant aux objectifs voulus.
Adapter les mélanges à la culture suivante
Les légumes gourmands tels que tomates, poivrons ou courgettes sont exigeants. Pour préparer le sol, privilégiez des mélanges qui produisent une grande biomasse et qui contiennent des légumineuses fixant l'azote. Avant une culture de tomates, vous pouvez par exemple semer un mélange seigle/vesce ou phacélie/trèfle.
En revanche, les parcelles destinées aux légumes d'hiver profiteront parfaitement d'une culture préalable d'engrais verts. Après une culture de légumineuses, on sèmera de préférence du sarrasin ou une crucifère. La bonne conduite de la culture de l'engrais vert est cruciale pour garantir son effet positif sur la culture suivante. Il faut donc trouver un compromis entre maximiser la biomasse produite et détruire le couvert au bon moment pour ne pas retarder l'implantation de la culture légumière suivante.