L’Art de la Fertilisation au Potager : Entre Tradition, Science et Enjeux Globaux

Le jardinage est une quête permanente d'équilibre. Pour le jardinier amateur comme pour l'agriculteur professionnel, nourrir le sol est la condition sine qua non pour espérer une récolte abondante. Pourtant, derrière le geste simple d'apporter de l'engrais se cache une réalité complexe, mêlant enjeux géopolitiques mondiaux, impératifs écologiques et solutions locales parfois surprenantes, comme l'utilisation de l'urine au potager.

Schéma illustrant le cycle des nutriments dans un potager domestique

L'urine au potager : l'or liquide méconnu

C’est un sujet sensible, pour ne pas dire tabou que celui de l’urine au potager. Elle sort de notre corps, elle est rapidement malodorante, tout pour lui mettre l’étiquette d’un « déchet » à vite faire disparaître. Seulement, quand on est jardinier en quête de richesse du sol, en quête de minéraux naturels utiles à nos cultures, tout ce qui peut contenir de quoi nourrir notre potager suscite notre attention. Et l’urine, nous allons le voir, contient de quoi sacrément booster nos cultures.

Une composition exceptionnelle

Même si elle contient une énorme majorité d’eau, l’urine est d’une richesse folle, notamment en azote. Elle contient de l’urée, une molécule organique très rapidement dégradable qui va se transformer sous quelques jours en azote assimilable par nos cultures potagères. De très nombreuses études scientifiques comparent des salades pour exemple, dans un substrat avec et sans urine. Les résultats sont implacables, une croissance bien plus vigoureuse dans le substrat avec urine. Pour rentrer dans les détails chiffrés, un litre d’urine contient 6g d’azote, 1g de phosphore et 2g de potassium. C’est autant que des engrais que vous devrez acheter 5 ou 10 € le litre dans le commerce ! Une véritable mine d’or dont on aura du mal à faire plus local.

Précautions et usages

Alors pourquoi nous ne récupérons pas tous notre urine, au vu de cette richesse ? Parce qu’il n’y a pas que des avantages à l’utiliser. Elle est concentrée en minéraux et des minéraux vite disponibles. Elle pourrait vite polluer la planète si nous nous mettions tous, d’un coup, à « pisser » sur notre terre. Aussi parce que parfois nous prenons des traitements médicamenteux qui demandent prudence, nous le verrons. Enfin parce que l’urine contient du sel qu’il faut éviter à trop forte dose dans le sol. Et puis cette odeur qui parfois dérange.

Aux vues des concentrations en minéraux (6g d’azote par litre d’urine), il faut bien mesurer nos apports. Un litre suffira largement. Les cultures les plus assoiffées, notamment les cultures feuilles et les cultures estivales, pourront elles recevoir jusqu’à un litre et demi sur leur durée de croissance. Au-dessus, c’est souvent inutile sachant qu’il y a toujours une richesse de réserve présente dans le sol.

On pourra apporter l’urine de 2 façons au potager. Soit non diluée, mais un peu en amont des cultures pour ne pas aller déranger trop les racines. Imaginez qu’on vous demande de boire un sirop de grenadine sans eau, c’est un peu le cas pour les racines si vous amenez à votre sol de l’urine non diluée. Alors, autant éviter cet apport non dilué lorsque des cultures sont déjà en place. Autre méthode, vous diluez votre urine x 10 avec de l’eau, par exemple 1 litre d’urine avec 9 litres d’eau dans votre arrosoir. Vous apporterez cette potion magique non pas en amont des cultures, mais pendant la croissance, un arrosoir pour 2 m². Dans les premiers jours de développement de vos plants en premier lieu, puis un autre arrosage 15 jours plus tard.

Photo montrant un système de collecte d'urine en bidon au potager

Les engrais : piliers de la production agricole

Depuis le milieu du XIXème siècle, l'apparition des engrais de synthèse, couplée à l’évolution des pratiques agricoles, à la génétique, et à l’utilisation des produits phytosanitaires a permis une augmentation considérable des rendements et donc de la production agricole mondiale. À l’échelle internationale, en 2022, 109 millions de tonnes d’azote (N), 44 millions de tonnes de phosphore (P) et 35 millions de tonnes de potassium (K) ont été appliquées sur les terres agricoles, soit six fois plus qu’en 1961. La part de ces nutriments provenant d’engrais synthétiques est de plus en plus importante.

Histoire et mécanismes

L’origine de l’utilisation des engrais remonterait à 8 000 ans : des chercheurs ont montré que du fumier était utilisé par les premiers agriculteurs pour améliorer les rendements. Jusqu’au XIXème siècle, le guano était la source d’azote d’excellence pour améliorer les rendements agricoles en raison de sa richesse en azote. Les engrais synthétiques sont apparus au cours du XIXème siècle mais la révolution vient au début du XXième grâce au chimiste Fritz Haber qui parvint à combiner l’azote atmosphérique et l’hydrogène présent dans le gaz naturel pour fournir de l’ammoniac.

Différencier engrais et amendements

Il faut différencier deux formes d’intrants : les engrais (ou fertilisants) et les amendements. Les engrais ont pour objectif de nourrir directement la plante, en répondant à ses besoins en minéraux, de sorte à ce qu'elle ne développe pas de carence. Leur effet est immédiat ou court terme. À l’inverse, les amendements ne visent pas directement la plante, ils améliorent la fertilité du sol, en agissant sur sa structure (rétention d'eau, circulation de l'air, perméabilité, pH, etc.).

DIFFÉRENCE entre ENGRAIS et FERTILISANT 🌱 Quel est le meilleur ?

Enjeux environnementaux et géopolitiques

Les engrais sont aujourd’hui à la croisée de nombreux enjeux nationaux et mondiaux : souveraineté alimentaire, atténuation des externalités négatives sur l’environnement, prix de l’alimentation.

L’impact climatique et aquatique

Les engrais organiques et minéraux sont responsables de l’émission de 2,6 GtCO2e à l’échelle mondiale, soit 5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Un tiers de ces émissions provient des processus de production d’engrais, dont la production repose sur les industries fossiles. Les deux autres tiers proviennent des émissions générées par l’utilisation des engrais azotés au champ. D’autre part, l’utilisation intensive d’engrais minéraux est à l’origine d’une perturbation des cycles de l’azote et du phosphore et d’une pollution aquatique qui ont des conséquences très importantes sur les écosystèmes, notamment via l'eutrophisation des eaux.

La dépendance aux ressources

La production des engrais de synthèse, notamment des engrais azotés, est principalement réalisée à partir de gaz naturel. Ainsi, les usines se trouvent la plupart du temps dans des pays producteurs de gaz naturel (Chine, Russie, Etats-Unis, Egypte, etc.). Les prix des engrais, et donc de l’alimentation, sont ainsi fortement liés au prix du gaz. De plus, sa disponibilité dépend du contexte géopolitique : par exemple, l'arrêt des exportations d'engrais russes suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie a bouleversé les marchés internationaux.

Guide pratique des fertilisants organiques

Le jardinier raisonnable donnera la priorité aux engrais organiques. Ils doivent d’abord passer par une phase de décomposition/minéralisation avant d’être assimilables par les plantes. Ces apports en éléments nutritifs sont donc mis à disposition de la plante progressivement, limitant ainsi les risques de lessivage.

Les classiques de l'engrais organique

  • La corne broyée : Cet engrais organique azoté simple, à libération lente et progressive, présente une fertilisation durable dans le temps. Il s’utilise au moment de la plantation, au printemps ou à l’automne.
  • Le guano : Issu de l’accumulation et du vieillissement des fientes d’oiseaux, c’est l’engrais naturel le plus efficace pour une action rapide, avec un effet « coup de fouet ».
  • Le sang séché : Source naturelle d’azote d’origine 100% animale, il stimule l’activité microbienne du sol. Son action est rapide et convient très bien aux rosiers, aux vivaces ou aux plantes à massif.

Infographie comparant les taux N-P-K des différents fertilisants organiques

Vers une gestion durable du jardin

Nos jardins, nos balcons, nos parcs sont des refuges pour les oiseaux, les insectes, la faune du sol… Réunis ils forment ce que l’on appelle des corridors écologiques car ils permettent à la biodiversité de circuler. La transition écologique des espaces verts est résolument collective.

Bonnes pratiques pour un sol vivant

  1. Tondre moins souvent : La pelouse rase est un désert pour la biodiversité. Essayez une tonte en mosaïque.
  2. Points d’eau : Une mare naturelle accueille amphibiens et libellules.
  3. Recyclage des déchets verts : Le broyat nourrit les sols et sert de paillage. Les sols couverts restent fertiles et humides plus longtemps.
  4. Gestion différenciée : Accepter des herbes folles et des zones moins entretenues favorise la vie auxiliaire.

Finalement, si vous souhaitez acheter des engrais, nous vous recommandons notre partenaire Comptoir des Jardins qui possède une gamme professionnelle accessible aux jardiniers. N’attendez plus pour démarrer votre propre potager. Il est important de ne pas culpabiliser quelconque jardinier à « devoir » recycler ou non son urine. Vous pourrez très bien faire sans et tant pis si cet or liquide fini à 100% en station d’épuration. Vous pourrez trouver la richesse de l’urine au travers d’autres apports naturels pour votre potager. On pensera aux composts à apporter en grandes quantités, aux fumiers, aux paillages diversifiés qui, mois après mois, se transformeront en richesse pour votre sol.

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