L'Art de la Grimpe : Entre Compétition Professionnelle et Éveil de l'Enfance

L'ascension des arbres, qu'elle soit pratiquée dans un cadre professionnel rigoureux ou comme une exploration ludique de l'enfance, représente bien plus qu'une simple activité physique. C'est un trait d'union entre l'homme et la nature, une discipline qui allie technique, respect du vivant et développement personnel. De la compétition freestyle au sommet des grands platanes jusqu’aux jeux innocents de nos premières années, grimper aux arbres est une pratique ancestrale qui mérite d'être réhabilitée.

Un arboriste-grimpeur en pleine ascension dans un grand platane

La dimension professionnelle : l'arboriculture de compétition

Dans la vallée de la Seine, il attire tous les regards. Ce n’est pas le château de Quevillon (Seine-Maritime), mais juste à côté, un platane de 30 mètres qui accueille une compétition de grimpe freestyle. Vivien Poizeau découvre la discipline. Mais, comme les 64 participants, il est arboriste-grimpeur et il sait où il met les pieds : "C'est vraiment intéressant d'encourager et de regarder les autres concurrents pour voir les bons passages", explique-t-il. C'est maintenant à son tour de s'élancer, le temps d'une dernière répétition, avant le premier saut. Ses trajectoires sont fluides et son plan respecté à la lettre. "C'est pas mal, c'est propre, il n'y a pas de bêtises", se réjouit le participant.

La discipline est inédite. Derrière elle, un métier qui chérit les arbres : les arboristes-grimpeurs. "Nous, on relaie juste le fait que notre métier existe et qu'il faut vraiment le respecter et embaucher les bonnes personnes. Il y a à peu près 7 000 arboristes diplômés recensés en France. Ce n'est quand même pas énorme. Généralement, on se connaît tous et on s'entraide quand on peut", indique Arthur Grimault, cofondateur de Tree Climbing.

L'héritage ludique : les racines de l'aventure enfantine

La grimpe est une activité extérieure qui est relativement sûre. De plus, en grimpant dans les arbres, les enfants acquièrent des compétences qui peuvent être transférées à d’autres activités et sports. "Un public minable, indigne"… Le jeu « Feu rouge, feu vert » était très populaire pendant les après-midi d’été, et les chaises de jardin et les balais servaient à créer de difficiles obstacles à sauter. Ce sont toutefois les deux pommiers noueux situés le long de la clôture qui ont suscité le plus d’action. Tout au long de l’année, leurs branches inclinées étaient le support de conversations tranquilles entre amis au milieu des bourgeons parfumés du printemps, ou encore de courses pour essayer d’être le premier à se suspendre à l’envers à la plus haute branche. Ces arbres jumeaux ont grandi avec nous jusqu’à ce que, finalement, leurs branches ne nous semblaient plus aussi hautes.

Alors que mon amour pour les arbres et pour la tranquillité d’esprit qu’ils procurent ne cesse de se renforcer au cours des années à travers des promenades et des randonnées dans les bois environnants et dans les forêts lointaines, mon fils de neuf ans a une attitude beaucoup plus pragmatique à l’égard des arbres. « Je ne sais pas. Grimper les arbres, vieux jeu (et parfois oublié) de l’enfance, est l’une des formes de plaisir le plus simple pour de nombreux enfants. Mais grimper dans les arbres ne se limite pas à un exercice physique et peut aussi devenir une occasion de s’exercer à l’imagination. Pour mon fils, les arbres ont été des vaisseaux spatiaux équipés d’un laboratoire scientifique, de chambres à coucher et d’une cuisine à chaque étage de l’arbre. Ce sont des endroits où l’on peut passer du temps avec des doudous pour partager un thé, et ce sont des endroits secrets où l’on peut se réfugier loin de ses frères et sœurs, ou se reposer avec une glace et un bon livre. « Attends, » je lui réponds.

Le jeu libre et risqué - En 1 minute

Les enjeux pédagogiques et le développement de l'autonomie

La liste suivante, non exhaustive, fait état des possibilités éducatives qu’offre l’activité. Les objectifs de chaque séance sont établis en fonction du projet pédagogique écrit par l’enseignant. « Faire de l’activité physique et sportive, un enjeu éducatif fort pour l’enfant, un enjeu de santé, d’épanouissement global, d’apprentissage de la vie associative, de capacité à prendre et à assumer des responsabilités, d’agir donc avec de plus en plus d’autonomie et en développant une conscience citoyenne. « Elle contribue à l’éducation à la santé en permettant aux élèves de mieux connaître leur corps, et à l’éducation à la sécurité, par des prises de risques contrôlées. Elle éduque à la responsabilité et à l’autonomie, en faisant accéder les élèves à des valeurs morales et sociales (respect de règles, respect de soi-même et d’autrui).

Familiarisés avec une approche sensible de la nature, les élèves apprennent à être responsables face à l’environnement, au monde vivant, à la santé. Ils comprennent que le développement durable correspond aux besoins des générations actuelles et futures. En relation avec les enseignements de culture humaniste et d’instruction civique, ils apprennent à agir dans cette perspective. Réalisation de fiches « portraits d’arbre. « Faire accéder tous les élèves à la maîtrise de la langue française, à une expression précise et claire à l’oral comme à l’écrit, relève d’abord de l’enseignement du français mais aussi de toutes les disciplines : les sciences, les mathématiques, l’histoire, la géographie, l’éducation physique et les arts. Fiches ou carnet à remplir. « La pratique des mathématiques développe le goût de la recherche et du raisonnement, l’imagination et les capacités d’abstraction, la rigueur et la précision. »

Sécurité et encadrement : le juste milieu entre risque et danger

La découverte et la pratique de cette activité nécessitent le respect de consignes de sécurité et la mise en œuvre de technique que chacun doit s’approprier. La pratique de cette activité demande équilibre et coordination. Permet aux enfants de s'initier à une pratique d'escalade en extérieur à proximité du centre, de l'école à moindre coût notamment lié au déplacement. Les conditions d'encadrement de cette activité contre rémunération sont précisées par l'instruction n° 09-089 du ministère chargé des Sports. L’éducateur de grimpe d’arbre est le garant de la sécurité de son public et doit mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à l’atteinte de cet objectif. L'utilisation des arbres doit être soumise à déclaration et/ou autorisation.

Grimper aux arbres, manipuler une scie ou un marteau, jouer à proximité de l’eau ou du feu, rouler vite à vélo, jouer à cache-cache hors de vue directe des parents… Autant d’activités recommandées par la société canadienne de pédiatrie (SCP). Comme le signale le journal québécois "Le Devoir", "c’est la première fois que la Société canadienne de pédiatrie émet de telles directives". Ces recommandations sont basées sur une analyse de la littérature scientifique existante. Mais attention, jeu risqué ne veut pas dire jeu dangereux. Dans le cas du risque, détaille la note de la SCP, "l’enfant peut reconnaître et évaluer la difficulté et opter pour un plan d’action selon ses préférences personnelles et la perception de ses propres habiletés". Le danger, à l’inverse, "se pose dans des situations où le risque de blessure dépasse la capacité de l’enfant à le percevoir comme tel ou à le gérer.

Schéma illustrant les nœuds autobloquants utilisés en grimpe d'arbre

L'expérience concrète : entre parcs aventure et nature sauvage

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Chez Pep'S Nature, les enfants peuvent venir grimper à partir de 7 ans ! Nous proposons des sessions adaptées aux plus jeunes, où sécurité et plaisir sont au rendez-vous. Une activité ludique et pleine de sensations pour toute la famille ! Nous nous engageons à vous faire vivre une expérience dans les arbres en toute sérénité, grâce à un encadrement assuré par des moniteurs diplômés d'État ou Éducateur de grimpe d'arbre. Que vous soyez débutant ou pratiquant expérimenté, vous pouvez profiter pleinement de l’aventure en sachant que vous êtes entre de bonnes mains. Matériel fourni pour une expérience en toute sécurité. Nous mettons à votre disposition tout le matériel spécifique nécessaire pour pratiquer la grimpe en toute sécurité.

Analyse des bénéfices pour le développement humain

Grimper aux arbres fait partie des « activités extérieures à risque » associées à des effets positifs sur plusieurs indicateurs sanitaires et comportementaux : niveau général d’activité physique, temps total passé à jouer avec les autres, compétences sociales (établissement et entretien de liens sociaux de qualité, facilité à l’interaction, résilience, …), risque de blessure, comportements antisociaux (agressivité, isolement, …), créativité, etc. contribuer à un meilleur développement physique. diminuer le taux d’hormones du stress dans le sang (adrénaline, cortisol, …). Certains chercheurs proposent une explication directement issue de l’approche ancestrale : la vie de nos ancêtres préhistoriques était rythmée par des interactions de type « combat ou fuite » avec de gros animaux ; grimper à un arbre a longtemps été un moyen de ne plus être une proie potentielle.

Selon la biologiste Elaine Brooks, « biologiquement et gentiquement, nous n’avons pas changé. […] nos ancêtres ne pouvaient pas courir plus vite qu’un lion, mais nous pouvions grimper à un arbre ». Prendre du bon temps avec ses enfants !! Et bien, pour une activité plaisante, simple et gratuite, je trouve ça plutôt pas mal !! Pour ceux qui seraient tentés de s’y mettre plus sérieusement, (re)faire le point sur quelques règles de sécurité de base parait le plus prudent. Avoir toujours au moins deux points d’appui bien stables, dont au moins une main. Opter pour une démarche progressive. Par exemple, ne pas monter trop vite trop haut.

Infographie montrant les bienfaits physiques et mentaux de la pratique en forêt

Le rôle de l'adulte dans l'apprentissage de la résilience

Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’université de Mons, parle plutôt de "jeu libre", une pratique qu’il juge lui aussi bénéfique pour les enfants et les adolescents. "La prise de risque, c’est aussi ce qui permet de réaliser des apprentissages, de choses nouvelles, de choses surprenantes, énumère-t-il. Dans de tels jeux, précisent les pédiatres canadiens, le risque est encadré par les adultes qui "devraient toujours être en mesure d’intervenir lorsque le jeu de l’enfant se met à représenter un danger pour lui-même ou pour autrui". Tout est donc affaire de juste milieu… et de lâcher-prise. Un exercice difficile pour des parents qui veulent tout faire pour protéger leur enfant. "C’est tout le talent du parent : permettre le risque sans que l’enfant se mette en danger. C’est pour ça que la surveillance reste nécessaire, insiste Bruno Humbeeck.

Quand on parle de jeu libre, on ne parle pas d’absence complète de l’adulte. On ne parle pas de mettre des enfants dans une forêt puis de s’en aller. Un parent doit pouvoir toujours répondre aux besoins d’autonomie de son enfant. Et l’autonomie, c’est la capacité de faire appel aux autres quand c’est nécessaire. Ce n’est pas la capacité de se débrouiller seul. Il faut donc être présent sans être envahissant dans les jeux, ne pas contrôler l’ensemble des mouvements de l’enfant, mais être présent s’il en a besoin. Les "fais attention !" et les "doucement !" lancés par un parent les sourcils froncés à la vue de son enfant qui fait des acrobaties partent en général d’une bonne intention. Pourtant ces injonctions qui se veulent bienveillantes peuvent être autant de freins au développement de la confiance en soi. Mais "les enfants qui reçoivent des avertissements répétés finissent par comprendre 'Tu ne me fais pas confiance' ou 'Tu ne penses pas que j’en suis capable'."

Résultat : "Ces mises en garde inoffensives, répétées souvent dans le temps, peuvent transmettre de la peur, même si le danger est minime ou inexistant." D’où cette recommandation : attendre entre 15 et 30 secondes avant d’intervenir. Car un enfant systématiquement coupé dans son élan pourrait en arriver à ne plus rien vouloir faire. "Les enfants qui s’ennuient peuvent préférer jouer à l’intérieur ou sur des écrans, ce qui a également des conséquences sur leur santé", observe la SCP. Sans compter qu’un enfant qui n’ose plus rien faire s’ennuie. Selon les différentes études consultées par la SCP pour rédiger son document, il y a donc des bienfaits à laisser ses enfants grimper une branche plus haut sans mettre ses mains à 50 centimètres derrière lui pour amortir une chute. Pas besoin non plus de trottiner derrière le vélo de celui ou celle qui effectue ses premiers tours de roue sans assistance. Des enfants brimés dans leur élan sont aussi des enfants qui osent moins prendre des risques dans des activités du quotidien.

L'impact sur la santé et la connexion au vivant

Grâce au jeu risqué et correctement encadré à distance, les pédiatres canadiens font aussi état de "relations positives avec l’activité physique, le bien-être et la diminution de la perception de stress". Dans la cour de récréation aussi "le jeu turbulent et désorganisé peut contribuer à la résilience et aux habiletés de résolution de conflits". Outre la vitesse, le fait de jouer dans la nature et avec ce que la nature contient est aussi encouragé. Le document canadien cite une étude de 2020 selon laquelle "l’ajout de plantes et d’éléments naturels ou mobiles (p. ex., des bûches, des barils, des pneus) sur le terrain d’un milieu de garde pour inciter les enfants à creuser et à grimper a accru la diversité bactérienne de leur peau et modifié leur microbiote intestinal".

On songe alors à ces "terrains d’aventure" dont le premier est apparu au Danemark au début des années quarante. Grimper aux arbres, construire une cabane en hauteur… Ce ne serait quand même pas un tout petit peu dangereux quand même ? "Un enfant ne prend pas spontanément des risques inconsidérés", assure Bruno Humbeeck. Le psychopédagogue fait valoir qu'"on a un tas de mécanismes qui s’activent très très tôt dans notre développement, qui font qu’on mesure les risques de manière suffisante. Les enfants ne grimpent pas aux arbres comme des petits singes parce qu’ils savent très bien qu’ils connaissent intuitivement leurs limites. C’est ça le principe de l’enfant. Il va faire quelques pas sur l’arbre pour grimper dessus. L’affirmation laissera peut-être dubitatifs certains parents dont les enfants sont des casse-cou depuis le berceau et qui connaissent un peu trop bien la salle d’attente des urgences les plus proches. Certes, mais le jeu risqué est aussi un bon moyen pour les adultes de travailler sur eux-mêmes, sur la façon dont ils gèrent leur propre anxiété. "Le parent va devoir faire face à ses propres angoisses", sourit Bruno Humbeeck. Et de citer un cas où un père ou une mère laisse à l’enfant un quart d’heure de jeu libre dans un lieu public avec la consigne de revenir à une heure précise à un point de rendez-vous.

L'interaction avec l'arbre devient alors une leçon de vie globale, où le corps et l'esprit se synchronisent. Que ce soit pour le professionnel qui taille avec précision ou pour l'enfant qui découvre ses capacités dans les branches, le message est clair : respecter la nature, c'est aussi apprendre à s'y intégrer. En nous laissant guider par nos instincts et en assurant un encadrement bienveillant, nous permettons aux générations futures de tisser un lien indéfectible avec le monde vivant. La recherche scientifique, tout comme l'expérience de terrain des arboristes, confirme que ces moments passés en hauteur sont essentiels à notre équilibre, offrant une perspective unique sur le monde qui nous entoure. Il ne reste plus qu'à lever les yeux, choisir son arbre, et se laisser porter par le plaisir simple de l'ascension.

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