La Sainte-Catherine, célébrée le 25 novembre, est une date riche en significations, mêlant des traditions populaires ancestrales, des pratiques horticoles ancrées dans l'histoire, et l'hommage à une sainte martyre. Au-delà des rituits liés aux "catherinettes", cette journée est également associée à un dicton agricole bien connu et, de manière plus spécifique, à une variété de prunier exceptionnelle qui porte son nom.
Sainte Catherine d'Alexandrie : Figure Historique et Légendaire
La sainte que l'on fête le 25 novembre, Catherine d'Alexandrie, est une figure emblématique du christianisme. Née à Alexandrie en 290, elle était d'une grande érudition et d'une intelligence rare pour une jeune fille de son âge. L'empereur Maximin II Daïa, ou Maxence selon certaines sources, tente de la faire renoncer à sa foi chrétienne. Lorsqu'il lui propose le mariage pour la faire abjurer, elle refuse, se déclarant « fiancée du Christ ». Maxence ordonne alors qu’elle périsse sur une roue, puis qu’elle soit décapitée. Une légende tardive raconte que le Christ n’aurait pas voulu d’elle initialement, la trouvant spirituellement trop laide, ce qui aurait déterminé sa conversion et son baptême. Devenue « belle », Catherine d’Alexandrie aurait alors épousé le Christ et reçu son anneau.
Patronne des écoles de filles et des élèves de philosophie, elle est souvent représentée appuyée sur une roue à demi rompue et teintée de sang. Sa légende s'est répandue en Occident lors des Croisades, quelques siècles après sa mort. Il est important de noter que la date du 25 novembre, qui célèbre Catherine d’Alexandrie, ne doit pas être confondue avec celle du 24 mars, qui fait référence à Sainte-Catherine de Sienne. Les Catherine ont ainsi la chance d'être fêtées deux fois dans l'année !
Les Catherinettes : Une Tradition Féminine en Évolution
C'est au Moyen Âge, au XIe siècle, que se forge la légende d’une sainte marieuse, qui apparaît en Normandie avant d’essaimer presque partout en France. Au siècle suivant, le 25 novembre devient le jour de la fête des jeunes filles à marier. Celles qui ont atteint l’âge fatidique de 25 ans - la fin de la tutelle matrimoniale des parents à l’époque - se réunissent pour une messe autour de la statue de Sainte-Catherine. À partir du XVIe siècle, la tradition veut qu’elles posent une coiffe sur la tête de la sainte. On dit qu’elles « coiffent sainte Catherine », concrétisant une sorte de rite de passage de la catégorie des filles mariables à celle des vieilles filles, qui pouvait inclure un passage à la foire pour trouver un mari. Les hommes célibataires ont aussi leur saint protecteur, Saint-Nicolas, mais c'est une tout autre histoire.
Vers le milieu du XIXe siècle, cette fête, jusque-là surtout rurale, suit l’évolution de la société et l’industrialisation. Elle devient un rite urbain et quasi-professionnel, qui va se développer au début du XXe siècle, avec l’essor du mythe de la « midinette », nom donné aux jeunes employées de couture parisiennes. La Sainte-Catherine réunit désormais des groupes féminins du monde du travail et plus seulement des filles à marier, au premier rang desquelles les ouvrières des ateliers de couture et les modistes, qui fabriquent les chapeaux. Il existe même un débat entre ces deux corps de métier : « Sainte Catherine, c’est seulement la patronne des modistes », dit-on chez les chapeliers, tandis que « les couturières n’ont qu’à s’adresser à Sainte-Luce ! ».

Dans les années 1930, les journaux féministes contestent cette tradition, la jugeant démodée et sexiste. Cependant, en 1936, la convention collective des milieux de la couture officialise la fête en donnant quartier libre aux ouvrières l’après-midi du 25 novembre. Dans les années 1950-1960, les jeunes filles qui ont 25 ans dans l’année, les catherinettes, ne vont plus dans les églises changer la coiffe portée par la statue de sainte Catherine, mais elles arborent symboliquement des chapeaux verts (couleur de l’espoir) et jaunes (couleur de la sagesse). Fabriqués par leurs collègues, ils portent les attributs de leur profession. On décore les ateliers et les bureaux de guirlandes de fleurs et de bouquets, et le chef de service les invite à déjeuner ou à dîner. C'est dans la couture et les magasins de prêt-à-porter que les animations sont les plus nombreuses : tombolas, concours, spectacles et bals, pour favoriser les rencontres !
Jusqu’au début des années 2000, cette tradition est restée bien ancrée dans les métiers de la mode. À Bordeaux, Maïté Cazaux, 91 ans, qui avait fondé rue Huguerie une boutique de haute couture, se souvient encore avec émotion de toutes les Sainte-Catherine de sa carrière, une tradition qu’elle n’aurait manquée pour rien au monde, pas plus que les filles de son atelier et ses clientes. Pour les médias, pas question non plus de rater ce « marronnier ». En 1998, les archives de « Sud Ouest » nous apprennent que le chapelier Alain-Pierre Ary, rue Condillac, à Bordeaux, avait créé une collection de chapeaux dédiée aux Catherinettes, élégantes… et fortunées.
Aujourd’hui encore, en France et dans la région, mais aussi au Canada, au Québec et au Royaume-Uni, des traditions culinaires, des foires, agricoles ou non, et des festivités diverses marquent encore la Sainte-Catherine. La tradition des Catherinettes a pris un sacré coup de vieux, mais elle n’est pas tout à fait éteinte et elle a encore ses adeptes. Les maisons de couture, notamment, entretiennent la flamme de la sainte des célibataires en organisant des défilés. Signe des temps, il arrive que leur chapeau soit fabriqué en matières recyclées.
Les catherinettes - Karambolage - ARTE
Le Dicton « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » : Réalité Horticole et Précautions
Le fameux dicton « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » n’a rien à voir avec les catherinettes, mais il est profondément lié aux pratiques horticoles. Ce dicton, souvent entendu dans la bouche des grands-pères jardiniers, sert de repère pour les plantations. En effet, les jardiniers plantent à la Sainte-Catherine car à cette époque hivernale, les arbres et arbustes entrent en dormance, c’est-à-dire en repos végétatif. Ce repos végétatif limite le stress lié à la plantation : les racines peuvent se régénérer tranquillement, sans devoir alimenter feuilles et jeunes pousses.
On peut ainsi bouturer le saule, l’érable, le chêne ou le peuplier, et planter des arbustes comme la vigne vierge, les rosiers à racines nues, la bruyère et les hortensias ou encore des plantes grimpantes, la clématite, par exemple. Parmi les végétaux à planter, il y a aussi les petits arbres fruitiers tels que les pommiers, les framboisiers, les poiriers, les figuiers ou les noisetiers.
La période idéale de plantation des arbres et arbustes s’étale généralement de novembre à mars, dès que les feuilles sont tombées et que l'arbre est entré en dormance. Cependant, il est crucial de surveiller les bulletins météorologiques. S’il gèle régulièrement, il sera difficile voire impossible de creuser un trou. De même, l’arrosage abondant dont a besoin une plante lors de sa plantation risque de tourner au fiasco. S’il pleut ou neige, il est également préférable d'éviter de creuser un trou, car planter un arbuste dans un sol gorgé d’eau risque de lui être fatal.
Le réchauffement climatique et les dérèglements météorologiques qui l'accompagnent pourraient-ils finir par rendre désuet l’adage qui a traversé les siècles ? Quoi qu’il en soit, il convient d’ores et déjà de le manier avec précaution. Ce jour-là, s’il pleut ou qu’il gèle, mieux vaut éviter de planter. Il faut aussi choisir des arbres, arbustes et plantes vivaces rustiques adaptés à sa région et au sol de son jardin, afin qu’ils aient toutes les chances de se développer parfaitement dès le retour des beaux jours. Sinon, Sainte-Catherine ou pas, vos plantations auront du mal à prendre racine.
Le dicton s'applique surtout aux boutures de bois sec (groseillier, cassissier, saule, certains arbustes d’ornement…) et aux arbres et arbustes caducs plantés en racines nues. Les arbres en conteneurs peuvent aussi être plantés à cette période, mais le gain n’est pas aussi marqué que pour les racines nues. Dès la plantation, il est conseillé de pailler généreusement le pied (feuilles mortes, broyat, compost mûr) et, si besoin, de protéger le tronc avec un voile d’hivernage ou une gaine. En attendant le printemps, pour vérifier l’actualité du dicton, bonne fête à toutes les Catherine !
Le Prunier 'Sainte Catherine' : Un Trésor du Patrimoine Fruitier
Au-delà des traditions populaires et horticoles, la Sainte-Catherine est également associée à une variété de prunier très ancienne et appréciée, le prunier 'Sainte Catherine', parfois nommé 'Sainte Catherine de Tours'. Cette variété était déjà connue au XVIIe siècle et on la retrouve même dans le potager du roi Louis XIV. L'origine de cette variété demeure incertaine, mais on suppose qu'elle vient de Sainte-Catherine-de-Fierbois, près de Sainte-Maure-de-Touraine. L'Office départemental de l'Aisne la citait en 1928 comme étant l'une des trois prunes les plus cultivées du département, attestant de sa popularité. Elle est une variété traditionnelle de la Picardie à la Belgique.

Le prunier 'Sainte Catherine' est réputé pour sa vigueur, sa robustesse et sa production abondante. Il s’adapte à divers climats et conditions, et offre chaque année une récolte généreuse de prunes savoureuses. Sa floraison est précoce à moyenne saison, mais surtout tardive, ce qui est idéal pour éviter les gelées printanières et garantir une fructification régulière. Il est autofertile, ce qui signifie qu'il peut produire des fruits sans avoir besoin d'un autre pollinisateur, bien qu'il se pollinise bien avec des variétés comme Madeleine, Prune d'Ente, Thames Cross, Reine Claude d'Oullins et Queen Victoria, ce qui peut améliorer la production.
Les prunes de la variété 'Sainte Catherine' sont des fruits de calibre moyen, de forme ovoïde, légèrement allongés. Leur épiderme passe du vert au jaune doré, parsemé de taches carminées à l’insolation. La chair est tendre et juteuse, avec un arôme très agréable et un goût légèrement miellé, délicieusement sucré, fondante en bouche et offrant une saveur parfumée incomparable. Leur noyau adhère peu, ce qui les rend pratiques pour préparer des recettes cuites.

Cette prune se cueille dès la première quinzaine de septembre, ce qui en fait une des dernières de la saison. Les qualités gustatives de la prune Sainte Catherine la rendent parfaite pour diverses utilisations. Elle est appréciée en consommation fraîche pour sa chair juteuse et son arôme délicat. Ses saveurs riches se prêtent parfaitement aux confitures et compotes, et elle sublime les tartes, clafoutis ou autres douceurs. De plus, elle possède une excellente aptitude au séchage, sa texture et sa teneur en sucre en faisant une variété idéale pour le séchage et la conservation. La prune Sainte Catherine est d'ailleurs à l’origine du pruneau fleuri de Tours, un pruneau faisant partie du patrimoine gastronomique de la Touraine.
Le prunier 'Sainte Catherine' résiste globalement bien aux maladies, limitant ainsi l’entretien nécessaire. C'est une variété rustique et peu sensible aux affections courantes des pruniers. Ses fruits, qu'ils soient séchés ou frais, se conservent bien, prolongeant le plaisir de la dégustation. Cette variété historique présente de nombreux avantages pour les jardiniers à la recherche d’une prune de qualité exceptionnelle, notamment après séchage. Son fruit sucré et mielleux, aussi délicieux frais que séché, en fait une des meilleures options pour une utilisation polyvalente.
Conseils de Plantation du Prunier 'Sainte Catherine'
Pour réussir la plantation de votre prunier 'Sainte Catherine', quelques étapes clés sont essentielles. Dès réception de votre jeune arbre, il est crucial de ne pas laisser les racines sécher. Si vous ne comptez pas le planter immédiatement, placez vos arbres en jauge.
Pour la plantation en elle-même, réalisez un trou de 50 cm sur 50 cm, d'une profondeur correspondant environ à la hauteur des racines de l'arbre, soit la hauteur d'un fer de bêche. Une fois la terre retirée et mise de côté, ameublissez le fond du trou sans retirer la terre, à l'aide d'une bêche ou mieux, d'un louchet. La terre retirée peut être placée sur une bâche à côté du trou pour éviter qu'elle ne se perde dans l'herbe et pour un travail propre.
Placez ensuite l’arbre dans le trou en prenant soin de ne pas enterrer le point de greffe. Enterrez les premières racines à 5 cm de profondeur. Replacez la terre en disposant bien les racines, puis tassez à l’aide du talon du pied afin d’assurer un bon contact entre la terre et les radicelles. Une fois la terre remise, nivelez si vous le souhaitez et surtout arrosez copieusement afin de bien réappuyer la terre.
La clé de la réussite ne sera pas seulement la reprise de l’arbre, mais sa pousse la première année, elle doit être la meilleure possible ! Pour cela, maintenez désherbé l’arbre sur une surface de 50x50 cm autour du tronc et arrosez-le en cas de temps sec. Ce prunier, avec sa saveur exceptionnelle, son histoire, sa rusticité et sa résistance aux maladies, est un véritable trésor pour votre jardin.
Les catherinettes - Karambolage - ARTE
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