L'Aisne, un département riche en histoires et en personnalités, est le théâtre de parcours de vie variés, allant de l'engagement politique et syndical à des reconversions professionnelles inattendues, en passant par des carrières sportives remarquables. Cet article explore les trajectoires de plusieurs figures dont les activités, bien que différentes, ont toutes un impact significatif dans leurs domaines respectifs, certaines ayant des liens directs avec l'Aisne, d'autres y ayant élu domicile pour y développer de nouvelles vocations.

Maurice Brugnon : Un pilier de la Résistance, du syndicalisme et de la politique en Aisne
Né le 7 mai 1909 à Saint-Michel-en-Thiérache, dans l'Aisne, et décédé le 21 août 1997 dans la même commune, Maurice Brugnon incarne une figure majeure de l'histoire sociale et politique de la région. Son parcours est celui d'un instituteur engagé, d'un syndicaliste dévoué, d'un résistant courageux et d'un homme politique influent.
Maurice Brugnon, fils d'un ouvrier agricole devenu garde-champêtre et représentant de commerce, et d'une domestique de ferme, a reçu les premiers sacrements catholiques dans un milieu modeste. Élève du cours complémentaire de Saint-Michel, il a intégré l'École normale d'instituteurs de Laon en 1925, où il a adhéré à la Ligue des droits de l’Homme et aux Jeunesses socialistes, marquant ainsi le début de son engagement.
Il a commencé sa carrière d'instituteur en 1928 dans sa commune natale, avant d'être nommé à Watigny de 1931 à 1946, où il a également exercé les fonctions de secrétaire de mairie. Socialiste SFIO depuis 1931, il a joué un rôle actif dans le développement rural, organisant des cours postscolaires agricoles, créant un syndicat de lutte contre les ennemis des cultures, et mettant en place un champ d’essais agricoles. Il a également contribué à développer les assurances mutuelles agricoles et s’est impliqué dans la construction d’une école et d’une mairie. En 1934, il a créé l'un des tout premiers fonds de chômage du département, témoignant de son avant-gardisme social.
Mobilisé en septembre 1939, il a été fait prisonnier à Dunkerque, mais s’est évadé pour regagner Watigny et reprendre ses fonctions d’instituteur. Sa participation à la Résistance a été « autant discrète qu’active » au sein du mouvement Libération-Nord, puis de l’Organisation Civile et Militaire, sous le pseudonyme de « Charles ». En juin 1944, la section qu’il dirigeait, basée dans une ferme isolée de Watigny et composée d'une quinzaine de réfractaires au STO, souvent d'anciens élèves, a mené diverses actions contre l’occupant et organisé des patrouilles de surveillance après le départ de ce dernier.
Après la guerre, en 1946, il est devenu directeur de l’école du Plateau à Laon jusqu’en 1951, tout en assurant à l’École normale d’instituteurs le cours de formation aux fonctions de secrétaire de mairie. Sa carrière professionnelle s’est achevée à la tête de l’école du Centre à Chauny de 1951 à 1964, où il a également exercé les fonctions de censeur du nouveau lycée Gay-Lussac.
Sur le plan syndical, Maurice Brugnon a participé activement à la reconstitution de la section départementale de l’Aisne du Syndicat national des instituteurs (SNI) à la Libération, en devenant secrétaire général de 1945 à 1955. Il a également assuré le secrétariat général de la section FEN de l’Aisne. Son engagement syndical était marqué par sa fidélité aux motions votées lors des congrès, comme en témoigne sa position en faveur d'une grève nationale en 1947. Lors du congrès national du SNI en mars 1948, il a proposé une motion adoptée par 58,5 % des mandats, qui interdisait de constituer « un syndicat dans le syndicat », tout en permettant le maintien et le renforcement de l'unité du syndicalisme enseignant. Il est intervenu régulièrement lors des congrès nationaux du SNI, regrettant l'inaction et la division sur les luttes laïques en 1951, et s'opposant à une alliance avec la CFTC en 1953 pour éviter une « confusion, préjudiciable à la défense laïque ». Élu au Conseil départemental en 1951, il en a démissionné fin 1953 à la demande du SNI pour protester contre la politique gouvernementale répressive et antilaïque.
Maurice Brugnon a également participé à la création de la section de l’Aisne de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN), en étant secrétaire dès sa création, puis directeur de 1951 à 1965. Il a fait construire le Centre laïque départemental pour regrouper les œuvres gravitant autour du syndicat. Il a exercé de 1945 à 1977 la responsabilité de secrétaire de la Fédération départementale des œuvres laïques.
Son engagement politique s'est concrétisé par son adhésion au Rassemblement démocratique et révolutionnaire en 1948, et son abonnement à La Gauche. Membre du bureau de la fédération socialiste SFIO de 1955 à 1956, puis secrétaire fédéral à la propagande de 1956 à 1958, il était considéré en 1958 comme l'une des personnalités marquantes de la Fédération socialiste de l’Aisne. Il a été candidat aux élections législatives dans la quatrième circonscription (Chauny-La Fère) en 1958 et en 1962.
Élu conseiller général du canton d’Hirson en 1964, il a conservé son siège jusqu’en 1988. Premier vice-président du Conseil général de 1982 à 1985, il a été à l’origine du syndicat du Pays des Trois Rivières, dont il est devenu président en 1983, et a participé à la création du Syndicat mixte pour le développement de la Thiérache en 1979. Élu conseiller municipal, puis maire de Saint-Michel-en-Thiérache le 28 mars 1965, il a conservé cette fonction jusqu’en novembre 1991.
Maurice Brugnon a été élu député de l’Aisne dans la troisième circonscription (Vervins-Hirson) en 1967, et a conservé son siège jusqu’en 1981, remportant plusieurs élections successives. Pendant ses mandats, il a exercé diverses responsabilités, dont vice-président du groupe parlementaire FGDS, membre des commissions de l’agriculture, de la production et des échanges, et secrétaire de l’Assemblée nationale d’avril 1971 à avril 1972. Il a participé à diverses missions à l’étranger, a été l'un des dix-huit représentants de la France au Conseil de l’Europe et a siégé au conseil supérieur de l’Enseignement et de la Recherche.
Maurice Brugnon a dominé la vie politique de l’arrondissement de Vervins pendant plus de quinze ans, préparant sa retraite en aidant ses successeurs à conserver les trois mandats qu’il détenait. Jean-Pierre Balligand, son assistant parlementaire, est devenu député de l’arrondissement en juin 1981, et Jean-Jacques Thomas, journaliste chargé de mission, a été élu conseiller général du canton d’Hirson en 1988. Ses obsèques civiles ont eu lieu le 25 août 1997 sur le parvis de l’église abbatiale de Saint-Michel.
William Prunier : Un parcours footballistique dense, de joueur à entraîneur
William Prunier, né le 14 août 1967 à Montreuil (Seine-Saint-Denis), est une figure bien connue du football français. Ce défenseur central, au CV long comme le bras en tant que joueur puis entraîneur, vient de s’engager avec l’US Chauvigny ce mardi 1er juillet 2025, un nouveau chapitre dans sa riche carrière.
Âgé de 57 ans, William Prunier est issu de la formation auxerroise et de l’école Guy Roux, réputée pour sa rigueur et son excellence. Ce solide défenseur central, athlétique et doté d’un fort tempérament, a débuté au plus haut niveau à Auxerre en 1984, restant à l’AJA jusqu’en 1993. Son parcours l'a ensuite mené à l’Olympique de Marseille (1993-1994), puis aux Girondins de Bordeaux (1995-1997). Il n'a cependant pas terminé l'exercice 1996-1997 en Gironde, s’engageant avec Manchester United pour une pige de deux matchs, participant au titre de champion d’Angleterre des Red Devils, avant de finir la saison à Copenhague, au Danemark.
Il a poursuivi sa carrière à Montpellier (1996-1997) puis à Naples, en Italie (1997-1998), à Courtrai, en Belgique (1998-1999) pour retrouver la France à Toulouse, en 1999, en Ligue 2. Au TFC, il a d’abord participé à la remontée en Ligue 1 en 2000 et est resté fidèle au club malgré sa relégation administrative en National à l’issue de la saison 2000-2001. Il a fait partie de l’épopée ramenant le club en Ligue 1 en 2003 avant de raccrocher les crampons au Qatar, à Al-Sailiya. Au total, il a cumulé près de 600 matchs chez les professionnels et compte une sélection en équipe de France.
Sa reconversion en tant qu'entraîneur a débuté en région toulousaine, à Cugnaux (R1, 2010-2011), puis à Colomiers (N2) à partir de 2011, club qu’il a fait monter en National en 2013. Il a quitté Colomiers en 2014 pour rejoindre Marseille-Consolat (National) avant de s’engager à Montpellier où il a dirigé la réserve (National 3 puis National 2 de 2015 à 2017). Il a ensuite pris la tête de Toulon (National 2, 2017-2018), du Canet (National 3, 2018-2020) et du Bourges Foot 18 (National 2, 2022-2023). William Prunier a débuté la saison passée à Thonon-Evian (National 3), avant d’être écarté de ses fonctions en janvier alors que le club occupait la 4e place.
Le club de Chauvigny, à la recherche d’un successeur à Jean-Marie Huriez, écarté à deux journées de la fin du championnat terminé à 9e place de la poule F de N3, a donc choisi William Prunier pour diriger l’équipe fanion chauvinoise. C'est un ancien international avec une solide expérience d’entraîneur au niveau amateur qui dirigera les Aigles chauvinois la saison prochaine, après que de nombreuses pistes n’aient pas abouti.

Bruno Garnier : De boulanger-pâtissier à magnétiseur dans le sud de l'Aisne
Installé dans le sud de l'Aisne, à Gandelu, Bruno Garnier a connu une reconversion professionnelle des plus atypiques. Cet ancien boulanger-pâtissier, puis cuisinier, a découvert son don de magnétisme en 2005 et a décidé de l'exploiter pleinement.
L’air plutôt décontracté, Bruno Garnier propose désormais des moments de relaxation dans un cadre naturel, entouré de bambous et d'un jardin, une opportunité qu'il valorise en déclarant : « Vous voyez, j’habite à la campagne dans un cadre naturel : bambous, jardin, etc. et j’ai l’opportunité d’avoir ici une pièce pour exercer mes fonctions. » Il ajoute aussitôt comme une évidence : « Ce n’est pas un frein d’habiter à la campagne ! »
Sa découverte de son don de magnétisme en 2005 lui a été révélée par un médium qui l’a conseillé de l’exploiter. Diplômé depuis le 8 juin 2016, il a ouvert son cabinet à son domicile le 1er mai 2017. Par la suite, il a suivi une formation de luminothérapie à distance en 2022, enrichissant ainsi son panel de compétences.
Son activité, bien qu'en zone rurale, fonctionne bien, notamment grâce au bouche-à-oreille et à son site internet, attirant même des personnes se déplaçant de Paris. Il pratique des tarifs réduits pour les personnes à revenus modestes, et explique cette approche : « Il est vrai qu’ici en zone rurale, je pratique un tarif plus bas qu’en ville. Et un simple magnétiseur n’a pas de remboursement tandis que moi je fais de la sophrologie qui est remboursée par les mutuelles. »
La sophrologie, qu'il pratique, est une méthode qui peut accompagner la gestion du stress et des émotions, la préparation mentale aux examens, les troubles du sommeil, la gestion des douleurs, entre autres. Il précise également les bienfaits du magnétisme : « Le magnétisme rééquilibre le système nerveux et soulage les angoisses, les insomnies, calme et apaise les douleurs de brûlures, tendinites, revitalise l’organisme, favorise la cicatrisation des plaies, brûlures. »
Bruno Garnier a pu partager son expérience lors de divers salons de bien-être organisés dans la région, où il installe son barnum. Le personnel de la clinique de l’Ange gardien à Chamigny et l’Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) La Meulière de la Marne de La Ferté-sous-Jouarre ont, par exemple, déjà bénéficié de son expertise.

Jimmy De Pinho Correia : L'influenceur qui sensibilise au tri des déchets
Jimmy De Pinho Correia, connu sous le nom de Jimmy, est un influenceur des réseaux sociaux qui utilise sa notoriété pour une cause environnementale : la sensibilisation au tri des déchets et au métier de ripeur. Son approche, caractérisée par un sourire rayonnant, une musique entraînante et une danse improvisée, s'est avérée être la clé de son succès.
Le mercredi 14 juin, il est venu à Athis-Mons, en Essonne, à la rencontre des habitants, et notamment des plus jeunes, pour les sensibiliser à l'importance du tri des déchets et partager les réalités de son métier. Sur la place de l’hôtel de ville, des jeunes et des ripeurs de Grand Orly Seine Bièvre (GOSB) l’attendaient.
Cette initiative a été mise en place par la collectivité après avoir été alertée par les résultats d’une enquête Ipsos d’octobre 2022. Cette enquête avait établi que la classe d’âge la moins informée sur les consignes de tri était celle des 18-24 ans. Face à ce constat, la décision a été prise de « faire appel à Jimmy » pour toucher cette tranche d'âge de manière efficace et engageante.
L'objectif de Jimmy est clair : sensibiliser la population à ce métier essentiel et, surtout, aux bonnes pratiques comme le recyclage. Il s'inscrit dans la lignée d'autres éboueurs devenus des stars des réseaux sociaux, comme Ludovic, qui partagent également cette mission de sensibilisation. Son approche dynamique et accessible permet de déconstruire les clichés autour du métier de ripeur et de montrer l'importance de chacun dans la chaîne du recyclage.