Le compost, souvent appelé l’or noir du jardinier, est un formidable atout pour améliorer significativement votre terre. Il est capable d’agir sur la fertilité physique, mais aussi sur les fertilités biologiques et chimiques de votre sol. Si l’on souhaite comprendre pourquoi cet élément est si précieux, il faut d’abord saisir la nature profonde de ce que nous apportons au jardin.
Un compost est un amendement parce qu’il a une forte proportion de carbone. On peut retenir le « C » de carbone comme le « C » de compost. Et s’il est composé de carbone, cela signifie que c’est organique, que les molécules sont complexes, qu’il a de la structure, du corps, qu’il est solide et qu’on peut le prendre à pleine main. Le compost est donc à l’opposé des engrais qui, eux, contiennent très peu de carbone. Ces engrais ont peu ou pas de structure et sont composés avant tout de minéraux essentiels pour les cultures, que ce soit azote, phosphore, potassium. La différence avec le compost est de taille avec une incidence quasi nulle sur la fertilité physique de nos sols.

Les amendements servent à améliorer l’état physique, chimique et biologique du sol, en favorisant le maintien d’une bonne structure. Ils sont incorporés à la plantation et lors du travail du sol annuel. Au niveau chimique, la fertilisation et l’enrichissement en oligo-éléments peuvent être améliorés grâce aux amendements organiques. Quant au niveau biologique, ils peuvent engendrer un renforcement de la résistance des plantes et de l’activité biologique des sols. Les amendements organiques proviennent d’origine végétale et nourrissent le sol avant de nourrir la plante.
Comprendre la fertilité physique par le carbone
Tout est lié au carbone. Les molécules sont beaucoup plus complexes, stables, durables. Cela a une première conséquence forte : le compost va jouer sur la fertilité physique. Grâce à sa structure et au fait qu’elle ait du corps, cette matière organique carbonée va alléger les sols lourds. Au contraire elle va alourdir les sols légers. Elle va engendrer une meilleure oxygénation de votre sol.
Dans les sols cultivés, la vie du sol peut être durablement altérée par l’absence d’apport de matières organique et un travail du sol trop intensif. Sans vie, la décomposition de la matière organique est impossible, la structure du sol se dégrade et ne retient pas les éléments nécessaires à la croissance des plantes. Les amendements organiques allègent les terres lourdes, donnent du corps aux terres légères et reconstituent le stock de matière organique du sol et l’humus du sol. Par leur minéralisation progressive, ils permettent de nourrir durablement les végétaux, sans risque de lessivage, tout en assurant une meilleure circulation de l’air et de l’eau.
La biodisponibilité des minéraux : une alimentation lente et durable
Autre incidence d’une forte présence de carbone, on peut en mettre à la folie au potager. On peut y aller quasiment en brouettes par 10m². Non seulement parce que les minéraux sont peu concentrés, mais aussi parce que les minéraux sont très fortement retenus par le carbone. On parle de biodisponibilité lente des minéraux, en premier lieu de l’azote.
La biodisponibilité des minéraux est leur capacité à être assimilée par les plantes. Par exemple, l’azote contenu dans une poignée de compost est très complexe, organique. Il va mettre plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs années à se libérer dans le sol (variable selon l’humidité, la température et l’activité biologique), et à se rendre disponible pour nos cultures. Comparons avec le sang desséché qui libère son azote en une à deux semaines ! Les engrais ne sont pas obligatoires. Si vous arrivez à gravir une montagne sans besoin de sucres rapides, dites-vous que votre potager peut très bien arriver à produire sans avoir recours aux engrais, et juste avec des composts.
Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost
La norme AFNOR (NFU 44-051) impose aux fabricants de noter sur les sacs d’amendements le rapport C/N (Carbone / Azote), indicateur de l’état de décomposition de la matière organique. Il est recommandé d’utiliser de la matière organique déjà bien décomposée. La matière organique trop fraiche utilise l’azote du sol pour sa décomposition au détriment de la plante. Ceci induit une carence en azote appelée « faim d’azote ».
Le compost ménager et le compostage de surface
Le compost le plus couramment utilisé sera celui qui vient de nos déchets quotidiens. Ce sont avant tout des ressources. L’essentiel, nous l’avons vu, c’est qu’il faut du carbone pour faire du compost. Et le carbone se trouve avant tout dans les matières rigides, solides, ligneuses, sèches. Il faudra donc constamment équilibrer nos apports humides, trop humides, avec des matières plus sèches.
Le compostage de surface est une méthode efficace pour recycler ses déchets ménagers : on jette tous nos déchets sur le sol, sous un paillage si possible. Cette méthode a le mérite de la simplicité : vous minimisez les interventions et retirez un maximum de votre matière organique. En effet, les éléments compostent alors directement en place en nourrissant directement la vie du sol là où je cultive. Les jus de compost très riches en éléments partent bien dans les zones de culture. Et on perd moins de carbone en CO2, car on n’a pas la montée en température que l’on a dans un tas.
Le rôle central des fumiers d’animaux
Le compost de fumier d’animaux est la décomposition des déjections d’animaux que l’on mélange avec la litière. Cette litière peut être du foin, de la paille, des copeaux, du broyat. Il sera plus enclin à héberger la vie du sol, friande d’oxygène, d’humidité et de molécules organiques. C’est capital parce que c’est la vie du sol qui décompose tous nos autres apports, notamment les paillages. Si vous paillez un sol mort, sec, tassé, compacté, il ne se passera pas grand-chose en dessous.
Faites attention au compost de fumier de poules (et autres volailles) qui est bien plus riche que les autres composts de fumier animal. Utilisées pures, les fientes sont même un engrais. On préfèrera alors en mettre 1 kilo au m² plutôt que 3 à 5 kilos pour les autres. Certains utilisent le fumier de leurs poules, la litière du poulailler récupérée et amoncelée dans un composteur. Pour pallier les manques, il est fréquent de se dépanner avec du fumier composté d’âne ou de cheval provenant de domaines voisins.
Compost végétal et plateformes de déchets verts
Le troisième compost est celui issu à 100% du monde organique végétal. Il suffira par exemple de mélanger des tontes fraiches, humides avec du broyat sec. Ou encore de mélanger des feuilles assez vertes avec de la paille. Le compost de déchets verts de plateforme est une béquille de fertilité qui vient compléter les apports en matières organiques fraiches.
C’est une ressource abordable qu’on peut parfois se faire livrer chez soi si on en commande des gros volumes. Il est préférable de les mettre au jardin 3 mois minimum avant de cultiver le temps de faire passer les éventuelles faims d’azote. À noter aussi que ce sont des matières très séchantes qui vont nécessiter de bien arroser. Comme ce sont des matières déjà compostées, vous apportez avec ces composts les minéraux qu’ils contiennent ainsi que du carbone qui pourra former de l’humus. En revanche, vous ne nourrirez que peu votre vie du sol. Un des soucis principaux de cette ressource, c’est son bilan carbone.
Les jus de compost : du percolât au thé oxygéné
Lombrithé.Info s’intéresse au lombrithé, un amendement organique et non pas un engrais. Ce mot valise fait référence à l’action des lombrics et à l’aspect liquide. On distingue plusieurs formes :
- Le lombrithé : produit depuis une extraction du lombricompost.
- Le percolât (ou lixiviat) : liquide résiduel issu des biodéchets ayant percolé à travers le lombricompost.
- Le thé de compost oxygéné (TCO) : après extraction, une aération permet la présence d’oxygène pour favoriser la microflore aérobie.

Selon Elaine Ingram, réintroduire une vie microbienne est possible en apportant du compost au sol. Le thé de compost permet d’extraire les micro-organismes du compost. Leur milieu naturel étant aérobie, il faut maintenir la présence d’oxygène pour assurer leur développement. C’est pourquoi le thé de compost est parfois appelé jus de compost oxygéné ou jus de compost à aération active.
Précautions et utilisations pratiques
Si vous devez raisonner en priorité d’épandage faute d’en avoir assez, mettez-en donc en priorité sur les parcelles qui recevront des cultures gourmandes. Notamment les cultures estivales, courgette, tomates, aubergines, concombres, les choux aussi. Il jouera néanmoins son rôle à court terme en rendant le sol meuble, aéré, humide, propice à un bon développement racinaire des plants.
Il est possible de jardiner sans compost si vous avez une très belle terre de départ, déjà bien meuble, bien texturée, bien vivante. Vous pourrez alimenter votre sol en matières grossières, en broyats, en fumier frais, en paillage plutôt qu’avec du compost. Pour ceux qui n’ont pas la logistique, le temps, la ressource, la force, l’envie de jardiner avec des composts, vous avez la solution des engrais naturels qui vont nourrir plus spécifiquement vos cultures.
Enfin, faites attention à la qualité : évitez d’acheter ce qu’on appelle les « refus de criblage » vous y trouverez énormément de plastique. C'est un élément qui pollue durablement la structure du sol et contredit l'objectif d'une terre saine. En respectant ces principes de gestion du carbone et de la vie du sol, vous transformez votre jardin en un écosystème autonome et productif, capable de se régénérer saison après saison.
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