La Biodiversité dans le Potager en Permaculture : Un Écosystème Vivant et Résilient

potager permaculture diversifié

Favoriser la biodiversité est, avec la création de la fertilité naturelle du sol, une clé fondamentale d’un jardin potager en bonne santé. Dans les milieux naturels, la monoculture n’existe pas. La luxuriance et la résilience des écosystèmes sont directement liées à leur diversité et à la complexité des interactions entre tous les éléments et individus du système. Un potager riche en biodiversité est plus résilient, plus facile à gérer à long terme et souvent plus généreux en récoltes. C'est l'ensemble de la vie, visible et invisible, qui fait la différence entre un potager qui végète et un potager vraiment vivant.

La permaculture est un mode d’agriculture fondé sur les principes du développement durable, respectueux de la biodiversité et de l’humain. Bien loin d’un cliché new age, il s’agit d’un mode de culture du jardin qui prône l’optimisation des ressources, dans le respect de la nature. Ce modèle fonctionne avec la nature, sans aucune utilisation de pesticide. Il s’agit d’un système autosuffisant qui imite la nature pour qu'elle n'ait plus à s'adapter. En jardinage en permaculture, respecter la Vie sous toutes ses formes est une règle de base. Cette Vie se manifeste à plusieurs niveaux complémentaires : la vie minérale, la vie végétale et la vie animale. Nos pratiques de jardinage devraient toujours intégrer cette notion fondamentale de respect de la vie, c’est la condition indispensable au bon équilibre d’un potager naturel et donc de la santé des plantes qui y prospèrent.

Les Fondements de la Permaculture et la Biodiversité

La permaculture a été conçue à la fin des années 1970 par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren, dans le but de fournir de la nourriture, de l'énergie et un abri aux humains de manière durable. Plus qu’une simple technique agricole, il s’agit surtout d’une vraie méthode philosophique qui se base sur l’observation de la nature pour recréer des espaces naturels où l’intervention de l’humain est la plus limitée possible et où la biodiversité joue un rôle crucial.

Les chercheurs avaient déjà prédit à l'époque que le système actuel de monoculture, qui consiste à ne cultiver qu'une seule plante à grande échelle, ne ferait finalement que causer des problèmes. Notre système actuel d'agriculture et d'élevage repose sur le principe de la monoculture : afin de produire des cultures de la manière la plus efficace, la moins chère et la plus rapide possible, la même culture est toujours pratiquée sur la même parcelle de terre. Cela crée plusieurs problèmes. Parce qu'une seule culture est pratiquée, non seulement le sol est épuisé, mais les parasites et les maladies ont également la possibilité de se propager à la vitesse de l'éclair. Après tout, il y a une abondance de nourriture, ce qui leur permet de se reproduire rapidement. Pour résoudre ce problème et éviter que des cultures entières ne s'effondrent en même temps, on utilise des pesticides. Ceux-ci nuisent à la diversité et à la fertilité des sols. Pour réalimenter le sol, on utilise des engrais. Mais les engrais entraînent également une perte de la diversité des sols. Si l'on ajoute à cela les lourdes machines utilisées pour cultiver la terre, le sol s'épuise complètement, sa diversité disparaît et la terre devient infertile.

L'objectif de la permaculture est de rétablir l'équilibre et la diversité de la nature dans les environnements créés par l'homme. La permaculture est essentiellement une question de diversité. Une diversité que l'on retrouve partout dans la nature, à moins que vous ne regardiez les endroits où l'homme interfère avec la nature. "La permaculture est un système de conception multidisciplinaire qui se concentre sur les systèmes naturels, dans lesquels tout est interconnecté et tout a sa propre fonction. Nous ne pouvons pas changer les lois de la nature, mais lorsque nous comprenons ces lois, nous pouvons contribuer à accélérer les processus naturels qui profitent à tous."

Pour résumer la permaculture, il est possible de la condenser à trois principes fondateurs : prendre soin de soi et des autres, prendre soin de la terre, et favoriser la création d’un lieu d’abondance, où chaque surplus est valorisé. Dans un jardin en permaculture, il est difficile de tout contrôler. Les écosystèmes naturels ont leurs propres règles, qu’il est parfois bien complexe de comprendre, et les premières années de permaculture comprennent leur lot de déceptions, d’échecs et d’apprentissage. Puisque les ajouts chimiques sont totalement proscrits, il est nécessaire de faire preuve d’inventivité, afin de protéger les cultures des nuisibles de manière naturelle. L’un des principes de la permaculture est de créer une terre riche et fertile, qui ne sera pas labourée.

schéma principes permaculture

Accueillir la Vie Minérale et l'Eau

Pierres et eau : des alliées clés pour la biodiversité du jardin. Une mare et des pierres contribueront grandement à favoriser la biodiversité dans votre jardin. Les pierres présentes naturellement dans le jardin, par la lente érosion qui s’opère sur elles, libèrent des éléments minéraux utiles au développement des plantes et au bon fonctionnement de l’écosystème. Il est vrai qu’elles sont parfois gênantes pour le travail du sol. Vous pouvez donc retirer les plus grosses dans les zones cultivées. Mais un dépierrage systématique n’aurait pas de sens : il faudrait ensuite compenser la perte d’éléments minéraux par des apports extérieurs, souvent moins harmonieux pour la biodiversité du jardin potager.

D’autre part, les pierres et les rochers servent d’abri à de nombreux auxiliaires utiles au jardin (lézards, orvets, insectes, petits mammifères…). Préserver ou créer de petits monticules de pierres dans un coin du jardin, par exemple avec les plus gros cailloux retirés des planches de culture, est un excellent moyen de favoriser la biodiversité.

L’eau est une autre composante essentielle d’un jardin écologique riche en biodiversité. Elle abrite une faune importante (dont nos amis les batraciens) et permet d’irriguer les cultures en période sèche. La mare est un élément central d’un jardin permaculturel. Elle participe à la canalisation de l’eau dans le système, pour vous et pour tous les animaux du jardin. Si vous n’avez qu’un tout petit espace et que vous ne pouvez pas créer de mare, pensez à mettre de plus petits points d’eau (bassine avec bois flottant pour les insectes) et même avec quelques plantes que vous placez dans la bassine en les laissant en pot. Créer ou entretenir une mare existante, si possible avec un léger écoulement pour éviter la stagnation, est un geste fort pour accueillir la vie au jardin.

Bor Borren, concepteur en permaculture, insiste : "L'eau, c'est la vie. Pour vos plantes, mais aussi pour les insectes et les oiseaux. Un jardin bien équilibré doit contenir une certaine forme d'eau. L'eau attire beaucoup de vie et crée beaucoup de vie." Planter est le moyen le plus simple et le plus important de conserver l'eau dans le jardin - en effet, les arbres, les arbustes et les plantes retiennent l'eau et maintiennent ainsi le niveau des nappes phréatiques. Une autre option pour amener plus d'eau dans votre jardin est de déconnecter le tuyau de descente. Au lieu de faire couler l'eau de pluie dans les égouts, laissez-la s'écouler directement dans le jardin. Creusez de petits fossés jusqu'à vos bordures ou dirigez l'eau vers un étang. "Je suis toujours étonné de voir qu'une fois que vous avez construit un étang, quelques semaines plus tard, il sera rempli de grenouilles. Cela a un énorme attrait écologique. Faites donc quelque chose avec l'eau dans votre jardin. Si votre jardin est petit, vous n'avez peut-être pas de place pour un étang, mais vous pouvez aussi creuser un récipient dans le sol et commencer à le faire. Même par de petits moyens, vous pouvez faire une grande différence."

L'eau, source de vie, est considérée en permaculture comme un flux énergétique. Récupération de l’eau de pluie des toitures et stockage en citerne, collecte via une mare dans le potager, toutes les solutions sont bonnes. Un arrosage maîtrisé évite les gâchis d’eau et d’énergie humaine.

mare naturelle jardin

Favoriser la Biodiversité Végétale : Un Festival de Couleurs et de Formes

plantes sauvages et cultivées potager

La biodiversité végétale : faire une place aux herbes sauvages au potager. Laissez des plantes sauvages se développer en bordure de votre jardin ! Motivé par l’image d’un jardin parfaitement entretenu et par la fierté du travail bien fait, le jardinier a souvent le réflexe de traquer toutes les herbes qui osent s’immiscer dans son potager ou au milieu de ses massifs ornementaux. Pourtant, en jardinage biologique, il n’y a pas de mauvaises herbes, il n’y a que des adventices. Autrement dit, des plantes spontanées qui ont presque toujours une utilité.

Les herbes sauvages hébergent en effet une foule d’insectes, de pollinisateurs et d’autres auxiliaires très utiles au jardin. Préserver des bandes enherbées, des coins un peu « sauvages » en bordure du potager ou le long d’une haie est un moyen simple et efficace de favoriser la biodiversité au jardin potager. Chez moi, en Dordogne, j’ai vu plus d’une fois la différence entre une parcelle « nickel » et une autre où l’on laisse quelques zones spontanées : dans la seconde, les auxiliaires sont beaucoup plus présents, et les attaques de ravageurs ont tendance à se réguler plus rapidement.

Bor Borren souligne : "Que nous considérions les mauvaises herbes comme quelque chose de mauvais qu'il faut enlever est l'une des plus grandes idées fausses. Les mauvaises herbes peuvent en fait vous en apprendre beaucoup sur l'état de votre sol. Le chardon, par exemple, une espèce indésirable, apparaît lorsque votre sol est fertile mais trop compact. Cette plante s'efforce donc de donner un peu plus d'air au sol. Chaque plante sauvage a sa propre fonction de restauration du sol. Au fil des années, les plantes sauvages qui apparaissent vont changer. Lorsqu'une fonction prend fin, une autre plante sauvage avec une nouvelle fonction prend le relais. Cela continue jusqu'à ce que le sol soit restauré, puis la dominance des mauvaises herbes diminuera." Il est donc préférable de choisir de ne pas enlever les mauvaises herbes. Une autre stratégie consiste à semer des choses qui prendront le relais de la dominance.

Diversifier les Espèces Cultivées et Ornementales

Diversifier les plantes, les floraisons et les hauteurs. Pour que la biodiversité s’installe, il faut de la diversité dans les plantes elles-mêmes : légumes, fleurs, aromatiques, arbustes, couvre-sols… Chaque espèce attire sa petite faune, pollinisateurs compris. Plus le jardin est varié, plus l’écosystème est stable. Évitez de planter des variétés ornementales qui ont été sélectionnées pour leur caractère esthétique mais ont le plus souvent perdu leurs fonctions nutritives pour les insectes (pollen et nectar) et les oiseaux (baies).

Essayez d’associer au potager :

  • Des fleurs mellifères au milieu ou en bordure des planches de culture ; au premier plan, des agastaches très mellifères associées au potager. Les plantes à fleurs qu’on trouve en abondance en jardinerie au début de printemps sont souvent à floraison estivale. Vous savez donc facilement attirer les insectes auxiliaires et favoriser la biodiversité pendant cette période. Cependant, les deux périodes où les insectes (indispensables à la pollinisation) sont plus en difficulté sont la sortie de l’hiver et l’arrivée de l’automne. Les différentes espèces d’insecte ont des préférences en ce qui concerne la morphologie des fleurs. Par exemple, les bourdons et certaines espèces d’abeilles aiment les fleurs à corolle longue.
  • Des aromatiques vivaces, qui restent en place plusieurs années ; les plantes aromatiques - ciboulette, persil, coriandre, etc.
  • Des plantes hautes et basses pour créer différentes strates ;
  • Des floraisons étalées de mars à l’automne, pour nourrir les pollinisateurs en continu.

Dans mes conditions de culture, le simple fait d’ajouter quelques bandes fleuries et des aromatiques vivaces a clairement augmenté la présence de syrphes, coccinelles et autres auxiliaires, avec à la clé moins de pucerons sur mes légumes.

Le compagnonnage des plantes est un atout majeur. Plutôt que de cultiver en rangées classiques, la permaculture repose sur l’association des plantes. Certaines espèces se protègent mutuellement des maladies et éloignent les insectes nuisibles. Par exemple, les radis et carottes sont particulièrement compatibles : n’hésitez pas à les installer ensemble dans un bac de potager. De la même manière, le poireau et l’artichaut, le pois et l’asperge, ou encore le fraisier et le poireau font particulièrement bon ménage. Les capucines, les géraniums, l’oignon et le cerfeuil ont pour avantage d’éloigner les limaces. La menthe, le basilic et l’aneth ont pour réputation d’avoir un effet répulsif contre les pucerons, tandis que le ricin est habituellement utile pour repousser naturellement les taupes.

Les légumes perpétuels, comme l’asperge, excellent légume vivace, ont toute leur place dans un potager en permaculture.

jardin aromatiques mellifères

Accueillir la Vie Animale : Des Auxiliaires Essentiels

insectes pollinisateurs jardin

Biodiversité animale : accueillir auxiliaires et réguler les ravageurs. Dans un potager en permaculture, la vie animale doit pouvoir prospérer : vers de terre, insectes rampants ou volants, rongeurs et autres petits mammifères, reptiles, oiseaux, chauves-souris… Tous jouent un rôle et participent au bon équilibre de l’écosystème que constitue un jardin. Éliminer une seule de ces catégories d’animaux, c’est prendre le risque de rompre cet équilibre. Certains insectes, privés de leurs prédateurs naturels, peuvent alors proliférer et devenir de véritables ravageurs pour vos cultures, au point de réduire à néant des semaines de travail au potager.

Il est important de comprendre qu’aucun animal n’est nuisible en soi. C’est seulement lorsque sa population devient trop importante, faute de régulation naturelle, qu’il peut provoquer des dégâts sérieux. Tant qu’une population reste dans des limites raisonnables, un certain partage est de mise : les animaux ont aussi le droit de manger ! Notre travail quotidien ne devrait donc pas consister à combattre systématiquement une espèce que l’on juge « nuisible ». Au contraire, l’objectif est de préserver et permettre la multiplication de la vie animale dans le jardin, dans toute sa diversité : abris pour les auxiliaires, haies, tas de bois, pelouse moins tondue, points d’eau… C’est ainsi que, dans la majorité des cas, les populations animales se régulent d’elles-mêmes, et que les dégâts se limitent à un simple partage de bon voisinage.

Multiplier les Refuges pour la Faune

La faune a besoin de cachettes, de zones calmes et d’endroits où nicher pour s’installer durablement au jardin. Plus vous offrez de refuges, plus les auxiliaires trouveront leur place et participeront à la régulation naturelle des ravageurs. Placer des hôtels à insectes est insuffisant si vous ne favorisez pas la biodiversité de façon plus globale !

Vous pouvez par exemple :

  • Laisser un tas de pierres ou de bois dans un coin tranquille du jardin. Des tas de bois morts ou des tas de feuilles mortes offrent un refuge pour de nombreux animaux (amphibiens, hérissons).
  • Conserver quelques tas de feuilles mortes ou de branchages en bordure du potager. Bor Borren précise : "Ne jetez pas vos déchets de jardin. Après tout, cela a aussi une fonction. Un arbre laissera tomber son poids en feuilles plusieurs fois au cours de sa vie. Dans le seul but de se nourrir. Nous ne devons donc pas ratisser ces feuilles, mais les conserver dans le système écologique du jardin ! La nature a tendance à toujours couvrir le sol nu avec des choses comme des fleurs sauvages ou des mauvaises herbes. S'assurer que le sol est couvert empêche les mauvaises herbes de pousser. Ratissez des éléments comme les feuilles, les copeaux de bois et l'herbe coupée vers les bords de votre jardin et assurez-vous que le sol est couvert. Cela empêche non seulement les mauvaises herbes de pousser, mais nourrit également le sol, créant ainsi un sol équilibré sur lequel les plantes peuvent pousser. En outre, les déchets attirent de nombreux insectes et oiseaux." Dans cette optique, il vaut mieux laisser les fleurs mortes en hiver au lieu de les couper, elles sont une source importante de nourriture pour les oiseaux et les insectes.
  • Préserver des zones de haies variées, avec des essences locales. Du 15 mars au 31 juillet, la LPO recommande de ne pas tailler les haies de votre jardin. Cela tombe bien car, dans un potager permaculturel, on a beaucoup d’autres choses à faire. D’autant que si vous taillez vos haies durant la période de pousse, vous devrez recommencer au début de l’hiver. Le mieux est de tailler vos haies en octobre. De cette façon, vous disposerez d’une haie taillée tout l’hiver, et vous permettrez aux oiseaux d’exploser leur record de naissance ! De plus, une haie non taillée permet aux jeunes oisillons de s’abriter des prédateurs et des intempéries. Favoriser la biodiversité des espèces plantées et taillées tardivement est également une option. De cette façon, vous pourrez littéralement entendre les cris des bébés oisillons proche de votre maison. Comme votre haie aura un air un peu plus « sauvage » en été, prévoyez une zone de passage plus large le long afin de ne pas être gêné lors de vos déplacements. Le cognassier du Japon : il sert de brise-vue en été, produit de jolies fleurs en fin d’hiver et des fruits appréciés des oiseaux. Jolie floraison mellifère d’un cognassier du Japon en fin d’hiver. Le lierre commun : il habille n’importe quel support tout au long de l’année, et constitue un refuge pour la biodiversité. En voici une illustration.
  • Installer un point d’eau peu profond pour les oiseaux, les insectes et les batraciens. Chez nous les nichoirs sont proches des terrasses, la mare naturelle également, et les animaux ne s’en plaignent pas. Un parterre ornemental mellifère proche de la terrasse.

Chez moi, j’ai vu revenir davantage de hérissons et de lézards dès que j’ai cessé de « nettoyer » systématiquement chaque recoin. À long terme, ces auxiliaires rendent bien service au potager. Un petit truc pour attirer les coccinelles : Faire pousser des féveroles très tôt dans la saison (février-mars). Celles-ci vont attirer les pucerons. Lorsque les coccinelles sortiront de l’hiver, ces redoutables prédateurs auront alors de la nourriture à profusion et pourront s’installer confortablement.

Les animaux ont leur propre place dans un jardin de permaculture. Ces derniers sont particulièrement utiles pour chasser les nuisibles. Par exemple, la présence de canard peut permettre de réduire grandement la problématique des limaces, tout comme les poules peuvent manger les insectes ravageurs. Leurs excréments sont utilisés dans le compost pour certaines cultures, et il est tout à fait possible de les nourrir grâce aux restes alimentaires provenant des cultures. Si vous n’avez pas de poules mais que vous avez l’espace et l’envie d’en intégrer à votre jardin, c’est une excellente ambition à condition d’être bien accompagné ou formé.

nichoir oiseaux jardin

Protéger le Sol et Limiter les Interventions Lourdes

paillage sol potager

Un sol nu est très pauvre en biodiversité. Dès que la terre est couverte, la vie reprend vite ses droits : micro-organismes, champignons, vers de terre, insectes… Ce petit monde travaille pour vous, à condition de ne pas tout bousculer à chaque passage. Avoir un sol vivant est indispensable pour un potager en permaculture résilient et productif ! Un sol vivant étant un sol suffisamment humide, aéré et riche en matière organique, votre mission numéro 2 consiste à en prendre soin. En stimulant cette vie du sol grâce, notamment, à l’apport de matière organique - déchets de cuisine, compost, fumier, etc.

Pour favoriser la biodiversité du sol, vous pouvez :

  • Limiter le travail profond du sol et privilégier l’ameublissement doux si besoin. Bor Borren recommande la méthode "no-dig" : "Nous ne savons pas mieux qu'un agriculteur laboure sa terre, et nous faisons de même dans nos jardins (potagers). Mais en faisant cela, vous interrompez le sol à chaque fois et créez beaucoup de remous. Et ce alors que la vie du sol est pleine d'auxiliaires indispensables à la bonne santé du jardin. La nouvelle façon d'entretenir votre potager est la méthode dite "no-dig": au lieu de creuser complètement votre jardin, vous recouvrez le sol d'une épaisse couche de compost, puis d'une couche de mulch - une matière organique telle que des feuilles, des copeaux de bois ou des écorces d'arbre qui permet de nourrir le sol et d'éloigner les mauvaises herbes. De cette façon, sans avoir à creuser, vous pouvez semer ou planter dans le même sol, encore et encore. Cela permet d'obtenir un meilleur sol et, en prime, cela demande beaucoup moins de travail que le désherbage."
  • Protéger la terre avec un paillage adapté (foin, feuilles mortes, broyat, etc.). Le paillage du sol fournit le gîte et le couvert à toute la microfaune qui vit dans le sol. Non seulement cette microfaune participe à la fertilité du sol mais elle représente elle-même une source de nourriture pour d’autres animaux et notamment, les oiseaux. Le paillage fournit également un refuge pour de plus grands animaux comme les crapauds par exemple. L’apport de matière carbonée favorise le développement des champignons dont se nourrissent une partie non négligeable des habitants du jardin. Le paillis (mulch en anglais), empêche les herbes non désirées de pousser, maintient l’humidité du sol et enrichit la terre. Vous n’aurez plus besoin d’engrais et de désherbants chimiques.
  • Éviter les allers-retours inutiles avec des outils agressifs ;
  • Privilégier les apports organiques équilibrés plutôt que les engrais concentrés.

Au potager, j’ai souvent constaté qu’un sol simplement couvert et peu travaillé abritait bien plus de vers de terre et de faune du sol qu’un sol « bêché-propre ». À moyen terme, cela se voit sur la vigueur des plantes.

Limiter les Traitements et Accepter une Part de Dégâts

La tentation est grande d’intervenir dès que l’on voit quelques pucerons ou feuilles grignotées. Pourtant, si l’on traite trop souvent, même avec des produits naturels, on perturbe la vie du jardin et on empêche les auxiliaires de faire leur travail. Favoriser la biodiversité au jardin potager, c’est accepter une part de dégâts, surtout au début, le temps que l’équilibre se mette en place. Quelques feuilles trouées ou quelques fruits endommagés sont le prix à payer pour un potager plus autonome à long terme.

Avant d’agir, demandez-vous toujours :

  • Le ravageur cause-t-il de vrais dégâts ou seulement des pertes acceptables ?
  • Voit-on déjà des auxiliaires présents (larves de coccinelles, syrphes, oiseaux, etc.) ?
  • Un simple geste de prévention (filet, voile, rotation des cultures) ne suffirait-il pas ?

Le terme « permaculture » est aujourd’hui plus à la mode, et tant mieux si cela amène davantage de jardiniers à s’interroger sur leurs pratiques. Mais au-delà des mots, ce qui compte vraiment, c’est que cette approche respectueuse de la vie, sous toutes ses formes, se traduise concrètement sur le terrain : refuges pour la faune, sols couverts, diversité de plantes, moins de traitements, plus d’observation. Même les traitements « naturels » peuvent perturber la biodiversité lorsqu’ils sont utilisés de manière systématique. Ils ne font pas la différence entre auxiliaires et ravageurs. Réservez les traitements aux situations vraiment problématiques ; privilégiez la prévention, les refuges et l’observation avant d’agir.

Créer des Microclimats et Optimiser l'Espace

microclimat jardin

Un microclimat est une zone du jardin où les conditions de vie (structure du sol, température, humidité, etc.) sont différentes de l’ensemble des conditions du jardin. La mare et le mur plein sud favorisent la pousse de la vigne et la présence d’oiseaux qui se délectent des fruits non récoltés dès le début de l’automne. Les plantes sauvages laissées en grappe le long du petit canal créent une large zone de fleurs proche d’un point d’eau et des cultures sur la gauche.

Bor Borren conseille : "Aux Pays-Bas, nous sommes habitués aux terrains plats, donc nous aménageons aussi des jardins plats. C'est une grande erreur de croire que nous devons niveler nos jardins. Allez dans une forêt proche et vous ne verrez jamais un terrain plat. En fait, c'est une grande révélation pour beaucoup de gens: le vent est le plus grand ennemi de la croissance des arbres, arbustes et plantes. Moins une plante rencontre de résistance, plus sa croissance sera vigoureuse. Une différence de hauteur d'environ un demi-mètre peut déjà créer une végétation différente. Créez donc les différences de hauteur de la nature dans votre jardin. L'abri du vent suit et les plantes peuvent pousser."

La création des parcelles et l’organisation des végétaux sont au cœur de cette démarche. On opte pour une organisation des plantes avec différentes hauteurs de plantation : les buttes, parcelles hautes, treillis, tapis et suspensions sont privilégiés. Le jardin en permaculture est donc organisé autant à l’horizontale qu’à la verticale. L'expérimentation du potager vertical en permaculture est une option pour optimiser l'espace.

L'Importance de la Butte de Permaculture

butte permaculture

Découvrez comment réaliser une butte de permaculture - ou butte permacole - chez vous, un système autonome qui participe à réduire la consommation d’eau, d’engrais et qui respecte la vie du sol, en somme un système durable. La permaculture intègre le fonctionnement des écosystèmes : la terre n’est pas mise à nue, ni labourée. Les plantes et les micro-organismes du sol y permettent la formation de l’humus, le sol devenant auto-fertile. Les engrais chimiques et pesticides n’y sont pas employés, ce qui bénéficie à la faune sauvage et aux auxiliaires des cultures (hérisson d’Europe, coccinelles, syrphes, forficules…).

10 conseils avant de démarrer :

  • Prenez le temps de choisir le bon endroit. Notez les plantes indigènes et les animaux présents, la nature du sol, l’orientation du terrain, les vents dominants. Vous devez vous sentir bien sur le site car l’Homme et son bien-être font partie intégrante de ce concept.
  • Familiarisez-vous avec les plantes indigènes, les insectes auxiliaires, les micro-organismes et petits animaux de votre jardin.
  • Observez l’orientation de la parcelle à cultiver par rapport au soleil, au vent et à la quantité de lumière reçue.
  • Sélectionnez les plantes et regroupez-les en fonction du besoin en lumière, en eau et de la sensibilité aux insectes.
  • Créez une ou plusieurs petites buttes. Chaque butte est surélevée d’environ 15 à 30 cm au-dessus du niveau du sol. Elle a un impact minimal sur le jardin car elle permet de ne pas directement cultiver le sol, ce qui épuiserait les éléments nutritifs. La butte doit être suffisamment large pour pouvoir planter deux rangées de plantes, mais suffisamment étroite pour pouvoir accéder facilement au centre.
  • Placez les plus grandes plantes de façon à ce qu’elles fournissent de l’ombre aux plantes plus petites, plus sensibles au soleil et à la sécheresse.
  • Disposez les plantes qui demandent davantage de soins près de la maison. Choisissez l’emplacement des autres plantes en fonction de leurs propriétés, par exemple, celles qui agissent comme insecticide naturel, comme le souci qui empêche les invasions de vers dans les plants de tomates.
  • Placez les plantes ayant les mêmes besoins en eau dans les mêmes bordures.
  • Étalez de la paille sur la butte. Le paillis empêche les herbes non désirées de pousser, maintient l’humidité du sol et enrichit la terre.
  • Utilisez la terre de compost pour votre butte. Arrosez la butte en période de sécheresse à l’aide du récupérateur d’eau. La diversité des plantes, leur feuillage et le paillage réduisent considérablement les besoins en eau.

La culture sur butte ne représente pas un modèle parfait, ni un idéal au jardin ! Celle-ci peut même s’avérer contre-productive dans certains cas. Ainsi, dans un contexte de climat à fortes chaleurs, l’évaporation sera plus conséquente sur la butte, et sera donc néfaste à vos cultures, en créant un milieu difficile. De même, dans un secteur particulièrement soumis aux vents, les végétaux rehaussés sur la butte seront particulièrement exposés, limitant leur développement ! Aussi, il s’agit pour le jardinier de bien connaître et d'observer son terrain avant toute chose.

La butte de permaculture est un espace riche, vivant, productif, équilibré et donc plus résistant aux aléas climatiques. Les combinaisons végétales y sont favorisées afin de recréer des petits écosystèmes. C’est un mode de culture durable qui repose sur des principes ancestraux comme ce qui existait par exemple il y a des millénaires au Mexique pour la culture du maïs (la Milpa était une technique Maya de culture qui consistait à associer le maïs à la courge et au haricot grimpant sans épuiser le sol. Cette technique est toujours utilisée de nos jours). À l’échelle de votre jardin, une butte de permaculture apportera un nouveau milieu pour la faune et la flore sauvages tout en étant productive, auto-fertile. Alors, si votre terrain s’y prête, tentez l’expérience, abandonnez les rangées de légumes traditionnelles et optez pour la butte de permaculture !

Observer, Noter et Ajuster Année Après Année

observation jardin permaculture

La biodiversité se construit dans le temps. Plus vous observez votre jardin, plus vous comprenez quels aménagements fonctionnent chez vous, quelles zones sont les plus vivantes, où les déséquilibres apparaissent. Je vous recommande de garder quelques notes, même simples : apparition de certains oiseaux, présence de hérissons, coin du jardin où les pucerons sont toujours plus nombreux, zones où le sol reste humide plus longtemps, etc. Ces observations vous aideront à ajuster vos pratiques pour renforcer encore la biodiversité au fil des saisons. Avec cette approche progressive, votre jardin potager devient peu à peu un écosystème vivant, plus résilient face aux aléas climatiques et aux attaques de ravageurs.

Le plus important c’est d’agir, de planter, de construire, d’arrêter les mauvaises pratiques pour les remplacer par de bonnes pratiques. Dans un jardin potager, la biodiversité ne se résume pas à quelques oiseaux ou insectes de passage. C’est l’ensemble de la vie, visible et invisible, qui fait la différence entre un potager qui végète et un potager vraiment vivant.

Le jardinage pour la biodiversité, saison après saison, ce n’est pas ajouter une contrainte de plus. C’est au contraire alléger le travail à long terme, en laissant la vie faire une bonne partie du boulot à votre place. En acceptant quelques herbes sauvages, en gardant des tas de bois et de pierres, en paillant le sol et en limitant les traitements, vous créez peu à peu un écosystème vivant. Les auxiliaires reviennent, les ravageurs se régulent, le sol gagne en structure et vos plantes deviennent plus résistantes.

De mon côté, je n’ai pas tout changé du jour au lendemain. J’ai avancé par petites touches, en observant ce qui fonctionnait ou non dans mon contexte. C’est exactement ce que je vous invite à faire : tester, observer, ajuster, et laisser la biodiversité vous montrer le chemin. Tout commence par quelques gestes simples répétés d’année en année.

L'Impact de la Permaculture sur la Biodiversité

Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Kaiserslautern-Landau (RTPU), et publiée en juillet dernier dans la revue Communications Earth & Environment, s’est penchée sur la question de l'impact de la permaculture sur la biodiversité. Les chercheurs ont notamment relevé trois fois plus d’oiseaux, de vers de terre et de plantes dans les fermes permacoles que dans les fermes traditionnelles. Ils ont également mesuré une biomasse de micro-organismes du sol plus importante, contribuant à une meilleure décomposition des matières organiques et donc à davantage de nutriments pour les végétaux. Teneur en nutriment elle-même augmentée par la teneur importante des sols en carbone et en humus constatée par les chercheurs, ce qui bénéficie à la santé humaine.

Pour les scientifiques, ces résultats s’expliquent par les principes mêmes de la permaculture : des cultures variées, pouvant accueillir davantage d’espèces animales, et l’absence de pesticides. Limiter au maximum l’entretien de la végétation joue également un rôle crucial. "Pour un insecte, traverser une pelouse c’est hyper dangereux, c’est un désert vert" indique à Permaculture Design Stéphanie, jardinière permacultrice. "Mais quand il y a des haies, des tas de branches, des prairies, il peut se déplacer. C’est ce qu’on appelle la trame verte, […] il faut qu’il y ait une continuité […] pour que les animaux circulent".

Une biodiversité riche et variée peut aussi avoir des effets au-delà des limites de la ferme ou du jardin. Les insectes se nourrissant du nectar des fleurs vont polliniser d’autres jardins ou espaces sauvages, contribuant ainsi à leur développement. Et les espèces animales diversifiées favorisent des chaînes alimentaires solides, essentielles à la bonne santé de l’écosystème. C’est ce qu’a pu constater Stéphanie dans son jardin, où des rapaces ont élu domicile. "Je me suis dit waouh, super, c’est le haut de la pyramide alimentaire. C’est un super-prédateur donc ça veut dire […] qu’il y a une chaîne alimentaire complexe, donc bien résiliente. Si le démarrage d’une exploitation permacole peut prendre du temps, son développement est ensuite exponentiel et les rendements seraient comparables à ceux de l’agriculture traditionnelle. Selon les chercheurs de RTPU, une généralisation de la permaculture est possible. À condition que des incitations financières soient mises en place pour les agriculteurs.

tableau avantages permaculture

Les Gestes Concrets au Jardin et leurs Effets

Geste au jardinEffet sur la biodiversitéImpact pour le potager
Conserver un tas de bois et de pierresOffre des abris à insectes, reptiles et petits mammifèresMeilleure régulation naturelle des ravageurs
Laisser des zones enherbées et fleuriesNourrit pollinisateurs et auxiliaires toute la saisonPollinisation plus régulière, récoltes plus abondantes
Protéger le sol avec un paillageAugmente la vie du sol (vers, micro-organismes)Sol plus structuré, moins d’arrosages, plantes plus résistantes
Réduire les traitements, même naturelsPréserve les chaînes alimentaires et les équilibresMoins de pullulations soudaines, jardin plus autonome
Diversifier les plantes au potagerMultiplie les habitats et ressources pour la faunePotager plus stable face aux aléas et aux attaques

Le principe de respect de la biodiversité est l’un des fondements du jardinage biologique. Pour moi, jardiner « bio », ce n’est pas seulement éviter les produits de synthèse, c’est d’abord choisir de travailler avec la vie plutôt que contre elle. Le terme « permaculture » est aujourd’hui plus à la mode, et tant mieux si cela amène davantage de jardiniers à s’interroger sur leurs pratiques. Mais au-delà des mots, ce qui compte vraiment, c’est que cette approche respectueuse de la vie, sous toutes ses formes, se traduise concrètement sur le terrain : refuges pour la faune, sols couverts, diversité de plantes, moins de traitements, plus d’observation.

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