
L'Épître aux Hébreux présente une des pierres angulaires de la foi chrétienne : la personne et l'œuvre de Jésus-Christ en tant que Souverain Sacrificateur. Ce concept, central pour comprendre la Nouvelle Alliance, invite les croyants à dépasser les rudiments de la doctrine pour embrasser une connaissance plus profonde des vérités évangéliques, en particulier l'intelligence complète des types de l'Ancien Testament.
L'Exhortation à la Perfection Spirituelle
L'auteur de l'épître exhorte les Hébreux à abandonner les premiers éléments de la doctrine du Christ pour tendre vers « l'état d'hommes faits », ou « la perfection ». Il s'agit d'une quête d'une connaissance plus étendue des vérités évangéliques, avec une compréhension approfondie des symboles et des préfigurations de l'Ancien Testament. Là où l'enfant s'arrête aux ombres et aux rudiments, l'homme fait se dirige directement vers la vérité, le corps et la substance. Ce passage offre une réponse significative aux critiques souvent adressées à une étude plus approfondie des Écritures, notamment en ce qui concerne les types. Bien que l'abus des types, parfois qualifié de « typomanie », soit une réalité, cela ne devrait pas discréditer la typologie elle-même. Ce que beaucoup appellent « simplicité évangélique » ou « solidité doctrinale » est parfois désigné dans cette épître comme une « enfance intellectuelle » ou une « paresse d'oreilles » (Hébreux 5:11, 13).
Parmi les « premiers éléments de la doctrine du Christ » se trouvent plusieurs notions fondamentales :
- La repentance des œuvres mortes : Les actes qui souillent la conscience sont nommés œuvres mortes par opposition à ceux qui souillaient la chair sous la Loi, comme le contact d'un corps mort (Hébreux 9:14 ; Lévitique 5:2). Ces actes, issus de la mort spirituelle, mèneront inévitablement à la mort éternelle s'il n'y a pas repentance (Éphésiens 2:1 ; Romains 6:23).
- La foi en Dieu : Dieu a livré Jésus à la mort pour nous, L'a ressuscité d'entre les morts et Lui a donné la gloire, afin que notre foi et notre espérance soient en Lui (Romains 4:24-25 ; 1 Pierre 1:21). Croire Dieu, c'est recevoir le témoignage qu'Il a rendu au sujet de son Fils (1 Jean 5:10). La conversion et la foi sont intimement liées dans le mandat que Jésus a donné à ses apôtres, ainsi que dans leur accomplissement de ce mandat (Luc 24:47 ; Actes 20:21).
- La doctrine des ablutions : Le mot ablution (ou lavage) correspond au mot grec baptismos. Baptisma, ordinairement rendu par baptême, a la même signification. Il existe deux baptêmes : le baptême d'eau ou dans l'eau (le signe) et le baptême d'Esprit ou dans l'Esprit (la réalité) (Matthieu 3:11 ; Jean 3:5 ; Actes 1:5 ; Romains 6:3-6 ; 1 Corinthiens 12:13 ; Colossiens 2:12).
- La doctrine de l'imposition des mains : Cette imposition des mains était celle par laquelle les apôtres conféraient le Saint Esprit. Eux seuls avaient ce pouvoir qu'ils n'ont transmis à personne. L'imposition des mains suivait généralement le baptême (Actes 8:17-18).
- La résurrection des morts : Ou « relèvement des morts », elle concerne tant celle des justes que celle des injustes (Actes 24:15). Cependant, les morts ne ressusciteront pas tous en même temps : les justes sortiront de leurs tombeaux à la venue de Christ, avant le millénium ; les autres seulement après cette bienheureuse période (1 Corinthiens 15 ; 1 Thessaloniciens 4 ; Apocalypse 20).
- Le jugement éternel : Il est éternel comme le rachat (Hébreux 9:12). La sentence que prononcera le Juge souverain sera irrévocable et ses effets dureront à toujours (Actes 10:42 ; Apocalypse 20:11-15).

« C'est ce que nous ferons, si Dieu le permet » (Hébreux 6:3). Il s'agit d'avancer « vers l'état d'hommes faits », si la grâce de Dieu nous est accordée. Car ne pas avancer expose au risque de rétrograder, jusqu'à l'apostasie.
L'Avertissement Contre l'Apostasie
L'épître met en garde contre la possibilité de l'apostasie, un reniement complet du Christ. « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté du don céleste et sont devenus participants de l'Esprit Saint, qui ont goûté la bonne parole de Dieu… puis sont tombés, soient encore renouvelés à la repentance, crucifiant pour eux-mêmes le Fils de Dieu et l'opposant à l'opprobre ! » (Hébreux 6:4-6).
Il est question ici de ceux qui ont été « éclairés » (Hébreux 10:32), ayant « reçu la connaissance de la vérité » (Hébreux 10:26). Ils ont été illuminés mais non « régénérés » (2 Pierre 2:20-21 ; Matthieu 13:20-21). Ils ont goûté du don céleste, le Saint Esprit (Jean 7:37-39 ; Actes 2:38 ; 8:20). Ils sont devenus, dans une faible mesure, « participants de l'Esprit Saint », de ses dons spirituels, ou surnaturels, appelés charismes, destinés à confirmer la vérité de l'évangile. Ces dons étaient souvent conférés même à des personnes irrégénérées ; sans l'amour qui les accompagne normalement, ils ne pouvaient leur profiter (1 Corinthiens 12:3 ; 13:2 ; Actes 8:13).
Ils « ont goûté la bonne parole de Dieu et les miracles du siècle à venir » (Hébreux 6:5). Ils ont entrevu l'excellence de la bonne nouvelle et la joie qu'elle peut répandre dans une âme (Matthieu 13:20-21 ; Luc 8:12-13). Le « siècle à venir », ou âge du Messie qui en sera le Père (Ésaïe 9:6), est l'âge bienheureux de son règne universel sur la terre renouvelée. Israël rétabli et les nations converties jouiront alors des plus riches effusions du Saint Esprit (Zacharie 12:10 ; Ésaïe 59:19-21 ; Ézéchiel 36:26-27), et, par cet Esprit, ils accompliront des actes de puissance (ou miracles). C'est le sens du mot de l'original (Hébreux 2:4). L'Église primitive possédait déjà les prémices de ces pouvoirs miraculeux de l'âge à venir, et les apostats eux-mêmes y avaient eu une part relative ; ils avaient aussi connu un peu les joies qui en accompagnaient l'exercice ; mais on peut avoir fait des miracles au Nom du Seigneur, et être finalement rejeté de Lui (Matthieu 7:22-23).
Ils « sont tombés » pour avoir négligé de faire ce que recommandent les versets 1 et 2. Ce n'est pas la chute partielle et momentanée du chrétien exposé à la tentation, dont la foi est sujette à des déclins passagers (1 Corinthiens 5:1 ; 2 Corinthiens 12:20-21 ; Apocalypse 2:4-5 ; 3:15-20), mais le complet reniement de Christ, le crime des apostats (Ézéchiel 14:13 ; 15:8 ; 18:24). Il est impossible qu'ils soient amenés à se repentir, qu'ils « soient encore renouvelés à la repentance » (Hébreux 6:6), à la conversion (Hébreux 10:26 ; Matthieu 5:13 ; Jean 15:6). Cette impossibilité provient d'eux-mêmes, de leur mauvais comportement, et non de Dieu à qui toutes choses sont possibles. Ils ont « crucifié pour eux-mêmes le Fils de Dieu » et l'ont « exposé à l'opprobre » ! (Hébreux 6:6b). Pour eux-mêmes, autant qu'Il est en eux, et à leur préjudice, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu, en approuvant son supplice qu'ils seraient même tout prêts à renouveler, et en lui disant anathème comme à un malfaiteur, mais ils ne le font plus dans l'ignorance comme auparavant (Luc 23:34 ; 1 Timothée 1:13). Ils l'exposent à l'opprobre, dans tous leurs discours, lui, sa Parole, son Église, ne craignant pas d'acheter à ce prix les faveurs d'un monde qui le hait ; leur dernière condition est pire que la première (2 Pierre 2:20).
« En effet, la terre qui boit la pluie tombée fréquemment sur elle, et qui produit des plantes utiles à ceux pour qui elle est labourée, reçoit de Dieu de la bénédiction » (Hébreux 6:7). Ce n'est plus le sol rocailleux de la parabole, où la semence lève aussitôt pour sécher ensuite au premier soleil de la tentation ou de la persécution ; c'est la bonne terre dans laquelle est tombée la bonne semence et où elle porte du fruit à maturité (Matthieu 13:18-23 ; Luc 8:11-15). « Mais si elle porte des épines et des chardons, elle est jugée sans valeur, près d'être maudite : sa fin est d'être brûlée » (Hébreux 6:8). Cette parole prophétique pressentait le jugement prochain des apostats et de la nation rebelle tout entière, une « terre » à laquelle le céleste cultivateur avait pourtant prodigué ses soins, et qui n'avait produit que des ronces et des chardons (Ésaïe 5:1-7).
Considérons les hommes dont il est question avant leur chute. Qu'étaient-ils, que possédaient-ils alors ? L'illumination spirituelle, la jouissance momentanée de la Parole de Dieu, la participation passagère aux dons de son Esprit, en particulier à ceux de puissance, voilà tout ce que ce chapitre leur accorde. Il n'y a absolument rien dans le passage qui marque une communion réelle avec Christ, le Cep de vie. Il y a un silence complet sur tout ce qui caractérise la véritable œuvre du Saint Esprit. C'est donc l'illumination et non la régénération, une certaine jouissance de la grâce divine, et non l'habitation du Saint Esprit dans le cœur, un goût momentané de la parole évangélique au lieu de son implantation dans l'âme à salut (Jacques 1:21).
Les hommes caractérisés ont bien « goûté » les grâces les plus éclatantes du Saint Esprit, mais quant au fruit de ce même Esprit (Galates 5:22-23), il n'y en a pas trace dans le chapitre. Il n'y a pas un mot de la foi, ni de l'espérance, ni de la charité, pas un mot des grâces fondamentales et permanentes du christianisme ! Quelle pauvreté dans cette richesse momentanée et quelle misère, quelle maigreur se cache sous le beau vêtement qui les couvre !
Quel contraste présente alors le portrait des vrais croyants (Hébreux 6:9-12) ! Tout ce que les autres n'ont pas, ceux-ci le possèdent : la foi avec son œuvre, l'espérance avec sa patience, l'amour avec son travail (1 Thessaloniciens 1:3). Tels étaient, avant leur chute, les hommes de la première moitié du chapitre 6 ; c'étaient donc bien réellement les auditeurs de la deuxième classe de la parabole du semeur (Luc 8:6, 13), avec les charismes ou dons spirituels, dans la riche mesure où le Saint Esprit les répandait alors jusque sur des irrégénérés. Les hommes de la seconde moitié de ce chapitre étaient, au contraire, les auditeurs de la quatrième classe de cette même parabole (Hébreux 6:8, 15).
Demander pardon n'est pas suffisant (La vraie repentance) - Prières inspirées - Clinton Lawson
En faisant sa demeure dans le cœur des vrais croyants, l'Esprit Saint a rendu pour eux impossible un retour complet au monde. Il n'a fait en quelque sorte que traverser l'âme des autres, y jeter en passant quelques lumières, et y répandre aussi quelques douceurs. Cependant, leur cœur est demeuré, pour l'esprit impur, comme une maison ouverte où il pouvait entrer à son gré, et où il est entré, en effet, mais avec sept esprits plus méchants que lui-même (Matthieu 12:43-45). Ils ont bien goûté la parole du pardon, mais ils n'ont pas accepté le joug de Celui qui l'accorde ; s'ils ont été momentanément en Christ, c'était par une croyance purement spéculative, une simple profession de bouche, et non par l'implantation divine sous l'opération du Saint Esprit. Telle est la physionomie morale que l'épître nous donne de ces hommes, reflet trop fidèle, hélas, de celle de Satan, leur père.
Est-il possible de mieux caractériser la chute consommée, irrévocable, éternelle, d'hommes qui ont complètement rompu avec Jésus pour se donner corps et âme à son Ennemi ? C'est le reniement complet de Christ, l'annihilation radicale, non seulement du sens chrétien, mais même du sens moral. En un mot, c'est l'endurcissement final, la totale et éternelle apostasie. Si ce n'est pas proprement le péché contre le Saint Esprit, c'est bien certainement un péché qui a la plus grande analogie avec ce péché-là (Hébreux 10:29).
Il est bon d'ajouter que le péché décrit dans ces versets ne peut guère être commis sous cette forme particulière, avec cette énergie, avec cette exubérance d'impiété, que dans les jours de grande lutte entre l'Église et le monde, dans ces jours de sincérité, de décision, de vigueur, où l'on prend ouvertement parti pour ou contre Christ. Par conséquent, les apostasies comme les conversions sont franches et nettement déclarées.
La Promesse de Dieu et la Certitude de l'Espérance Chrétienne
L'auteur de l'épître, après avoir parlé des apostats et de leur sort final, se hâte d'ajouter qu'il attend de ses lecteurs et pour eux des « choses meilleures », car il ne veut pas les confondre avec les hommes dont il vient de tracer le portrait. Le Seigneur, toujours fidèle à ses promesses, n'oublie pas ce que les Hébreux avaient fait pour les saints, et ce qu'ils faisaient encore. L'auteur les exhorte donc à persévérer jusqu'à la fin dans le travail de leur amour, et à imiter ceux qui, par le moyen de la foi et de la patience, héritent de ce qui a été promis.
Il est ainsi amené tout naturellement à parler de la promesse faite par Dieu au père des croyants (Genèse 12:2-3) et renouvelée plus tard à l'occasion du sacrifice d'Isaac, confirmée alors par un serment solennel (Genèse 22:15-18). Il rappelle qu'Abraham, ayant attendu patiemment, obtint un accomplissement de cette promesse suffisant pour lui en garantir l'entière réalisation au temps convenable. Elle se vérifiera de même envers tous les imitateurs de la foi du patriarche.
Combien une telle promesse divine, confirmée par un serment de Dieu, est rassurante ! Ce sont, en effet, deux « actes irrévocables » (Hébreux 6:18), deux colonnes sur lesquelles reposent l'espérance et la consolation des fidèles. Leur vie est comparée à une navigation, et leur espérance à une ancre ferme et sûre de leur âme ; elle pénètre jusque dans les cieux où Jésus Christ est entré comme notre avant-coureur, ayant été fait souverain sacrificateur pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédec (Hébreux 6:18-20).
C'est ainsi que l'auteur de l'épître entre dans le sujet du sacerdoce éternel de Christ par la citation du verset 4 du Psaume 110. La seconde moitié du chapitre 6 a spécialement rapport à l'espérance chrétienne. Elle est envisagée de fait sous le double aspect de son objet et de sa certitude.
L'espérance des croyants a donc pour objet la promesse faite à Abraham (Genèse 12:2-3 ; 15:4-5 ; 17:1-8 ; 22:15-18 ; Romains 4). Dans cette promesse, une et cependant multiple, il y a des choses particulières à Abraham, et il y en a d'autres qui sont communes au patriarche et à sa postérité, soit purement charnelle (par Isaac - les Juifs), soit spirituelle (les Juifs et les croyants des nations non-juives). Il y a des promesses temporelles et nationales pour la première, et des promesses spirituelles et éternelles pour la seconde. C'est essentiellement de ces dernières qu'il est question ici et le chapitre qui est principalement en vue est le vingt-deuxième de la Genèse.
L'auteur fait allusion à plusieurs éléments de cette promesse :
- La première, à laquelle il fait allusion sans la citer : « J'ai juré par moi-même, dit l'Éternel… » (Hébreux 6:13).
- La seconde, qu'il cite en partie, se rapporte plus spécialement à Abraham : « Certainement je te bénirai… » (Hébreux 6:14).
- La parole suivante, à laquelle il fait également allusion, en est le complément : « Toutes les nations de la terre se béniront en ta semence » (Hébreux 6:18). C'est le trait le plus saillant, le point central des promesses faites au patriarche ; c'est la promesse par excellence. Après avoir attendu patiemment, Abraham en obtint l'effet dans la naissance surnaturelle d'Isaac, et plus tard sa résurrection, en figure. Mais la promesse ne devait se réaliser totalement que dans la naissance du Messie. C'est Lui qui est avant tout la postérité d'Abraham (Galates 3:16), le grand objet de la promesse ; la bénédiction qu'Il devait apporter au monde comprend toutes les grâces que requiert l'état actuel de l'homme coupable, corrompu, déshérité d'Eden, c'est-à-dire la justification de la foi (Galates 3:8), le don du Saint-Esprit.
Jésus-Christ : Notre Souverain Sacrificateur Parfait

Le message de l'Épître aux Hébreux, à ce point, se résume en ce que Jésus-Christ est notre souverain sacrificateur permanent et parfait. Son sacerdoce supplante les souverains sacrificateurs physiques d'antan, qui ne pouvaient entrer dans le saint des saints qu'une fois par an avec des sacrifices ne pouvant pardonner les péchés. Christ, par contre, a apporté Son sacrifice parfait dans la vraie salle du trône dont le saint des saints était seulement une copie. Son sacrifice est suffisant pour payer notre dette - la peine de mort que nous avons encourue par nos péchés, et Il ne quitte plus le saint des saints, mais est assis à la droite du propitiatoire - du trône de Dieu. Il est immortel et tout-puissant et Il nous aime.
Chez les Juifs, le souverain sacrificateur intercédait devant le siège de miséricorde. Nous pouvons nous présenter avec audace devant le trône de la grâce, car notre tendre Frère Aîné est notre souverain sacrificateur dans les cieux. La leçon pratique du chapitre est que le vrai repos promis est toujours disponible. Ce n'était pas le jour du sabbat, ni Canaan, c'est le repos célestes dont ces derniers sont des types. La désobéissance par incrédulité d'Israël l'a privé du repos de Canaan, et de même seront exclus ceux qui auront commencé à entrer dans le repos céleste, s'ils refusent d'entendre Christ à cause de leur incrédulité. Nous devons nous approcher de Christ avec vénération, dans une crainte pieuse, sans être « traînés » devant le trône de Sa Justice, mais étant invités, par Son Amour, au propitiatoire, où règne la Grâce. Nous pourrons, avec hardiesse, entrer dans le « saint des saints », uniquement grâce au sang de Jésus !
La Promesse du Repos de Dieu
La promesse du repos de Dieu subsiste. Les anciennes versions faisaient de cette parole une menace à l'adresse de ceux qui auraient été tentés d'abandonner la promesse et de s'en priver, comme les Israélites. La promesse, la bonne nouvelle du repos de Dieu nous a été annoncée. Dès ces premiers mots, l'auteur n'a plus en vue seulement la promesse d'un repos temporel faite aux Israélites, mais la promesse du repos éternel de Dieu (Hébreux 4:4, note).
Pourquoi leur est-elle devenue inutile ? Et comment pourrons-nous en recevoir les éternelles bénédictions ? Ils entendirent de leurs oreilles seulement ; or, si elle ne trouve pas en l'homme la foi, la parole de Dieu même et ses plus glorieuses promesses restent une lettre morte. Mais l'histoire ne mentionne pas parmi les Israélites dans le désert une minorité croyante. Pour cette raison, M. Weiss déclare cette leçon exégétiquement inadmissible.
Nous entrons dans le repos, nous qui avons cru ; notre destinée est différente de celle des Israélites, rappelée à Hébreux 4:2, parce qu'on n'entre dans le repos de Dieu que par la foi. Pour preuve l'auteur cite encore une fois la parole de Psaumes 95, qui exclut de ce repos les Israélites qui se sont obstinés dans leur incrédulité. La doctrine du salut par la foi seule est enseignée dans d'innombrables déclarations de la Parole de Dieu, qui excluent tout autre moyen d'y parvenir. Les œuvres sont les œuvres de Dieu. « On n'entre dans le repos de Dieu que par la foi, selon que Dieu a dit : J'ai juré en ma colère… » « Il a parlé, » c'est-à-dire Dieu.
La parole de la Genèse que l'auteur cite (Genèse 2:2) et qu'il rapproche de celle des Psaumes 95, avait à ses yeux une profonde signification. Il y est question du repos de Dieu ; or Dieu n'a jamais besoin de repos. L'homme devait partager le repos de Dieu, trouver son bonheur en Dieu, tout en accomplissant ici-bas sa destination. Le septième jour lui offrait à la fois l'image et la réalité du repos en Dieu. Or, il est bien évident qu'on n'entre dans un tel repos que par la foi, qui est le lien vivant de la réconciliation et de la communion de l'homme avec Dieu. « Disant dans le livre de David » (grec dans David), signifie : dans le livre des Psaumes.
Même pour ceux qui entrèrent en Canaan sous Josué, le repos qui leur fut donné ainsi ne pouvait être qu'une très imparfaite image du vrai repos, car sans cela comment, au temps de David, eût-il été encore question d'un autre repos ? Il reste donc un repos de sabbat (Grec : un sabbatisme) pour le peuple de Dieu, consolante vérité que l'auteur a exprimée des versets Hébreux 4:1,2, et qu'il a établie pour ses lecteurs portés à en douter parce qu'ils étaient ébranlés dans leur foi. Le mot dont se sert ici l'auteur pour exprimer ce repos, sabbatisme ou célébration du sabbat, ne se trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament.
Quand il est entré dans son repos, dans ce repos de Dieu, destiné à l'homme dès la fondation du monde, perdu par le péché et recouvré par la grâce de Dieu dans la rédemption de Jésus-Christ (comparez Apocalypse 14:13) chaque croyant célèbre le sabbat parfait, éternel ; il se repose, lui aussi, de ses œuvres, comme Dieu se repose des siennes, non dans l'oisiveté et l'inaction de la mort, mais dans une activité exempte des stériles agitations de ce monde, calme, puissante comme celle que Dieu ne cesse d'exercer pour la conservation de son œuvre.
Quelques exégètes ont appliqué notre verset à Jésus-Christ, entré dans son repos après l'achèvement de son œuvre. Ils pensent que l'auteur pouvait être conduit à cette idée par un contraste avec Josué (en grec Jésus, Hébreux 4:8), qui n'a pas pu, lui, introduire dans son vrai repos le peuple de Dieu. L'auteur a prouvé jusqu'ici qu'il reste un repos aux croyants, au vrai peuple de Dieu. Les derniers mots du verset sont diversement interprétés. Le texte porte littéralement : afin que nul ne tombe dans le même exemple de désobéissance ou d'incrédulité. L'auteur veut dire : prenons garde, tandis que l'exemple de nos pères nous avertit, que quelqu'un ne vienne à se perdre comme eux. Dans tout ce morceau l'auteur emploie les mots de désobéissance et d'incrédulité comme entièrement synonymes.
Il vient d'appliquer à ses lecteurs plusieurs versets d'un Psaume, qui montraient par des faits que la parole de Dieu, menace aussi bien que promesse, s'accomplit. Il a senti lui-même la puissance divine de l'avertissement donné par le psalmiste de ne pas endurcir son cœur à la voix de Dieu. Cette puissance est celle de toute parole de Dieu, qu'elle ait été prononcée sous l'ancienne Alliance par les prophètes ou le soit sous la nouvelle par Jésus Christ et ses apôtres. Quel motif de nous empresser d'entrer dans ce repos de Dieu qu'elle nous annonce encore ! Cette description de la parole de Dieu sert ainsi de conclusion à toute la première partie de l'épître.
La Parole de Dieu : Vive et Efficace
La Parole de Dieu est décrite comme « plus acérée que toute épée à deux bouches », selon l'image hébraïque d'après laquelle l'épée dévore. La Parole perce cette cuirasse d'illusions, d'orgueil, de subterfuges, d'égoïsme, de mensonge dont l'homme s'enveloppe devant Dieu. Elle pénètre « jusqu'au partage d'âme et d'esprit, de jointures et mœlles ». Le substantif partage désigne l'action exprimée par le verbe d'où il dérive et qui signifie : partager, diviser (secondairement : distribuer, d'où le sens de répartition dans Hébreux 2:4). Plusieurs commentateurs, estimant que, si l'on peut, à la rigueur, parler d'une limite ou d'une séparation à opérer entre l'âme et l'esprit, on ne saurait en concevoir entre les jointures et les mœlles, sous-entendent un second « jusqu'à » devant les mots jointures et mœlles. Voilà proprement le but de l'action pénétrante de la Parole : elle exerce en l'homme, dès ici-bas, le jugement de Dieu ; elle porte la lumière dans sa conscience ; elle condamne et absout, elle tue et donne la vie. Il n'est pas très facile d'établir la nuance qui distingue les pensées des réflexions. Les deux mots signifient pensées dans le Nouveau Testament. Le premier se lit Matthieu 9:4 ; 12:25 ; Actes 17:29 ; il tiendrait plutôt du sentiment et de la volonté. La description de la Parole de Dieu est achevée.
Demander pardon n'est pas suffisant (La vraie repentance) - Prières inspirées - Clinton Lawson
C'est, comme à Hébreux 3:1, par une exhortation que l'auteur aborde un sujet nouveau qu'il a déjà touché en passant (Hébreux 2:17,18), mais qu'il va traiter avec beaucoup de développements dans les chapitres suivants : Jésus le souverain Sacrificateur de la nouvelle Alliance. La foi en Jésus-Christ spécialement envisagé comme un grand souverain Sacrificateur est tout ce qu'il y a de plus propre à affermir le chrétien dans sa profession (Hébreux 3:1, note). Il doit en effet retenir celle-ci comme un objet précieux que tous les ennemis de son salut tentent sans cesse de lui arracher.
Le trône de Dieu, sa présence immédiate, avait son symbole dans le lieu très saint, où le seul souverain sacrificateur entrait une fois l'année avec le sang d'une victime qu'il répandait sur le propitiatoire (Lévitique 16). Or Christ, comme souverain Sacrificateur, n'est pas seulement entré dans le lieu saint, il l'a traversé et a pénétré jusqu'au lieu très saint. C'est-à-dire qu'il n'est pas seulement entré dans les cieux, il n'a pas seulement été élevé au rang des justes parfaits et des anges de Dieu, mais il a traversé les cieux et s'est assis à la droite de la Majesté divine, revêtu Lui-même de cette Majesté. Le fait désigné par cette expression n'est pas seulement celui de la royauté de Jésus-Christ qui ramène l'homme sauvé sous la dépendance de Dieu, après avoir détruit par l'œuvre de la rédemption tous les ennemis de notre salut. Ce que le souverain sacrificateur israélite faisait en figure, lorsqu'il traversait le lieu saint et entrait dans le lieu très saint avec le sang de propitiation pour les péchés du peuple, Jésus le fait en réalité. De là les précieuses paroles d'encouragement adressées aux plus craintifs, aux plus éprouvés, dans les deux versets qui suivent. Au reste, notre auteur reviendra avec plus de développements sur cette grande pensée : Christ accomplissant sa souveraine sacrificature dans les cieux.
Étranger à la convoitise qui fait la puissance du péché dans la chair, Jésus ne pouvait éprouver la tentation que du dehors. D'autres interprètes traduisent : « il fut tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché. » L'auteur exprimerait non le caractère, mais le résultat des tentations auxquelles Jésus fut exposé. Cette pensée est étrangère au contexte : pour nous montrer en Jésus « un souverain sacrificateur qui peut compatir à nos faiblesses, » l'auteur devait insister sur le fait qu'il avait subi une épreuve semblable à la nôtre. Il n'avait aucun intérêt à mentionner le résultat de cette épreuve. Au contraire, il aurait, en le relevant, affaibli l'impression qu'il désirait produire, puisque la victoire constamment remportée par Jésus le place infiniment au-dessus de nous et que cette supériorité qui est la sienne pourrait nous faire douter de sa compassion.
Le trône de la Majesté divine apparaît à l'homme qui a conscience du péché, comme le trône de la justice ; mais il devient le trône de la grâce pour toute âme réconciliée avec Dieu par Celui qui intercède en sa faveur (Hébreux 4:14, note ; Hébreux 1:3,8 ; 2:9) et qui a compassion de ses infirmités. Obtenir miséricorde et trouver grâce sont des expressions à peu près synonymes, mais que l'auteur emploie à dessein pour nous inspirer d'autant plus de confiance en cette miséricorde (Hébreux 2:17), en cette grâce, source d'un secours que Dieu envoie toujours dans le temps où nous en avons le plus grand besoin.
Le Sacerdoce Selon l'Ordre de Melchisédec
Hébreux 7:11-17 développe une vérité fondamentale : « Si donc la perfection était par la sacrificature lévitique, (car c'est en relation avec elle que le peuple a reçu sa loi,) quel besoin était-il encore qu'un autre sacrificateur se lève selon l'ordre de Melchisédec et qui ne soit pas nommé selon l'ordre d'Aaron ? Car la sacrificature étant changée, il y a aussi par nécessité un changement de loi. Car celui à l'égard duquel ces choses sont dites appartient à une autre tribu, dont personne n'a été attaché à l'autel ; car il est évident que notre Seigneur a surgi de Juda, tribu à l'égard de laquelle Moïse n'a rien dit concernant des sacrificateurs. Et cela est encore bien plus évident, si, à la ressemblance de Melchisédec, un autre sacrificateur se lève, qui n'a pas été établi selon la loi d'un commandement charnel, mais selon la puissance d'une vie impérissable. Car [ce] témoignage [lui] est rendu : “Tu es sacrificateur pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédec” » (Psaume 110:4).
Nous sommes ici à une étape importante du discours de l'auteur. C'est à la fois un résumé de ce qui précède, et un sommet. Les chapitres 1 à 7 ont exalté les gloires et les perfections de Christ. Le chapitre 7 a introduit un changement de sacrificature dont le grand souverain sacrificateur est le Fils de Dieu lui-même. Son ministère ne s'exerce pas sur la terre, mais dans les cieux, à la droite de Dieu, dans le vrai tabernacle. À partir du chapitre 8, sont introduites les nouvelles dispositions, établies par Dieu.
Quand un virtuose n'a pas un bon instrument de musique, le résultat de sa prestation reste moyen. Mais s'il a l'instrument adéquat, il sublime son talent. Il en est ainsi pour le sacerdoce de Christ. À partir de ce chapitre, l'auteur présente l'office de Christ pour nous permettre de nous approcher de Dieu pour l'adoration. Pour célébrer les fêtes à l'Éternel (Exode 10:9), le peuple d'Israël devait être mené dans le désert, au sanctuaire (le tabernacle) dressé. Les règles pour s'approcher de Dieu y seraient énoncées. Les sacrificateurs pourraient y présenter les sacrifices des Israélites pour la joie de Dieu. Mais ce n'étaient que des images du nouvel ordre que Dieu voulait établir.
Cette déclaration renvoie au passage qui déclare : « Car un tel souverain sacrificateur nous convenait » (Hébreux 7:26). C'est celui qu'il nous faut, car, tout en étant parfait, il s'identifie à nous, dans nos faiblesses et nos épreuves. Sa perfection le rend supérieur à tous les autres sacrificateurs et il est pour (à) nous (Zacharie 6:2). Dieu, satisfait, l'a fait asseoir à sa droite. Pour la troisième fois, Jésus est présenté comme assis dans les cieux. Quelle assurance de savoir le Seigneur ressuscité ainsi dans la gloire. Il n'y a pas de lieu plus élevé. Cette réalité a été évoquée dès le début de l'épître (Hébreux 1:3). Elle est l'accomplissement de la promesse du Père à son Fils : « Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je mette tes ennemis comme marchepied de tes pieds » (Psaume 110:1). Le Seigneur a tout pouvoir.
Jésus, après son exaltation, a « traversé les cieux » (Hébreux 4:14) pour servir dans le sanctuaire céleste. Il est l'administrateur officiel, non du tabernacle terrestre, construit par Moïse, mais du « vrai tabernacle que le Seigneur Dieu a dressé ». En réalité, ce sanctuaire existait, mais n'était pas révélé. Celui où Aaron officiait était symbolique, une figure du vrai, qui ne pouvait être dressé qu'après l'inauguration de la nouvelle alliance par le sang de Christ. Le vrai tabernacle est le ciel de la présence immédiate de Dieu. La sacrificature de Christ s'exerce dans la présence même de Dieu et a pour sphère toute la création (Hébreux 3:6). La gloire des anges, celle de Moïse, de Josué et d'Aaron, se sont estompées, pour ne laisser place qu'à celle de Jésus, notre grand souverain sacrificateur. Les chrétiens hébreux avaient tendance à se décourager, et à retourner au judaïsme. C'est comme si l'écrivain leur disait : regardez à lui, à la puissance de son intercession, et adorez-le.

Hébreux 8:1-2 résume ce point crucial : « Or la somme de ce que nous disons, c'est que nous avons un tel souverain sacrificateur qui s'est assis à la droite du trône de la majesté dans les cieux, ministre des lieux saints et du vrai tabernacle que le Seigneur a dressé, non pas l'homme. » Ce « ministre » est l'administrateur officiel. C'est une vérité fondamentale qui invite à une adoration profonde et à une confiance inébranlable en la perfection du sacerdoce de Jésus-Christ.